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Full text of "Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter;"

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NOUVELLE 

BIOGRAPHIE GÉNÉRALE 

DEPUIS 

LES TEMPS LES PLUS RECULÉS 

JUSQU'A NOS JOURS. 



TOME VINGT-DEUXIEME, 



Grévin. — Gyulay. 



PAItlS. — TYPOCRAMIIE DE ^1UM1^ OlDOl l'IlÈKES , HLS KT r."' , HllÈ JACOB, 



5fi. 



NOUVELLE 

BIOGRAPHIE GÉNÉRALE 



DEPUIS 



LES TEMPS LES PLUS REGULES 

JUSQU'A NOS JOURS, 

AVEC LES RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES 

KT l'indication DES SOURCES A CONSULTER; 

PUBLIÉE PAH 

iiN. mimm didot frères, 

sous LA DIRECTION 

DE M. LE D' HOEFER. 



^nme DtngMJntieièmc. 



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PARIS, 



FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C", EDITEURS, 

IMPRIMEURS-LIBRAIKKS DE LINSTITUT DE KRANCE , 

RUE J\r.OB, 5(i. ^ 

M DGCC LVni. 

Les éditeurs se réservent le droii de tradiuliort et de reproduction à l'étranger. 



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NOUVELLE 

BIOGRAPHIE 

GÉNÉRALE 

DEPDB US TEMPS lES PLUS EECHIÉS JUSQU'A NOS JOURS. 



G 



GRÉviN {Jacques), poëte et l'un des pre- 
miers auteurs dramatiques français , et de plus 
médecin, né en 1539, à Clermont ( Beauvoisis ), 
mort en 1570. Après avoir fait des études bril- 
lantes dans l'université de Paris, il prit de 
bonne heure ses grades auprès de la faculté de 
médecine , et se fit en même temps remarquer 
parmi les disciples de Ronsard; le maître disait 
dans une de ses Élégies : 

Alnsy dans nostre France un seul Gresvin assemble 
La docte médecine et les beaux vers ensemble. 

Il se signala d'abord comme poëte dramatique, 
et débuta par une comédie intitulée La Mauber- 
Une , c[u'il dit lui avoir été dérobée ; mais cette 
pièce avait été représentée, et elle avait suffi 
pour mettre en vue J. Grévin. Henri II lui en 
commanda une autre pour les noces de Claude, 
duchesse de Lorraine. Grévin écrivit La Tréso- 
rière , que des obstacles imprévus empêchèrent 
de jouer en cette circonstance, mais qui fut re- 
présentée le 5 février 1558, au collège de Beau- 
vais. Deux ans après on jouait au même endroit 
une autre comédie de Grévin, Les Esbahis , et 
une tragédie, Jules César. Les comédies de 
Grévin ne brillent pas par la noblesse et l'éléva- 
tion des sentiments, mais on y trouve des in- 
trigues assez bien démêlées , de l'enjouement , 
un style vif et naturel ; lui-même dans ses Pré- 
faces se vante de savoir donner à ses person- 
nages , qui sont en général des gens du commun, 
le langage qui convient à leur condition , au lieu 
de leur prêter celui du bel esprit. Sa tragédie de 
Jules César, qu'on a dite à tort traduite de la 
pièce latine de M. A» Muret, lui a valu les éloges 
de La Harpe , qui ne fait pas difficulté d'y re- 
connaître « des idées grandes , fortes « et « lo 
ton de la tragédie » ; Tauteur lui paraît bien su- 
périeur à Jodelle. Le Discours qui sert de pré- 
face au théâtre de J. Grévin ( Paris, 1562, in-8'') 
mérite d'être lu : l'auteur y traite des règles 

NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXH. 



de la poésie dramatique, et c'est peut-être le pre 
mier ouvrage écrit en français sur cette matière; 
Grévin a composé encore plusieurs poèmes : 
ainsi, en 1558, Les Regrets de Charles â/ Au- 
triche, empereur Cinquième de ce nom, en- 
semble la Description du Beauvoisis , avec 
quelques autres œuvres ; et un Hymne sur 
le Mariage de François, dauphin de France, 
et de Marie Stuart, reine d'Ecosse ; en 1559, 
une Pastorale sur le mariage d'Elisabeth, 
reine d'Espagne; en 1560, L'Olympe, recueil qui 
contient des sonnets, des chansons, des odes, 
des villanesques, etc., et où Grévin célébrait, 
sous le nom d'Olympe , la belle et savante Nicole 
Estienne , dont il était épris et qui depuis épousa 
un autre médecin; en 1567 un poème sur l'his- 
toire de France, intitulé Proëme , et qui , bien 
que non signé, est attribué à J. Grévin par La 
Croix du Maine, Du Verdier et G. Colletet ; une 
traduction en vers des Thériaques de Nican- 
dre et des Emblèmes d'Adrianus Junlus. Dans 
ses Poésies, réunies en 1561 (Paris, in-8°), on 
trouve encore, sous le titre de La Géloelacrie , 
des sonnets et diverses pièces de vers. Tous ces 
poèmes ajoutèrent à la réputation de Grévin au- 
près de ses contemporains ; mais la postérité ne 
se souvient que de son théâtre. M. YioUet-Leduc 
a réimprimé la comédie des Esbahis dans le 
4^ vol. de l'ancien Théâtre français {Biblioth. 
Elzevir.). J. Grévin prit aussi part à quelques 
satires contre Ronsard. Ce qui avait séparé^^le 
maître et l'élève , c'étaient des motifs de reli- 
gion: Grévin, comme calviniste, avait pris fait 
et cause pour ses coreligionnaires, fort maltraités 
dans les vers de Ronsard. Le chef de la Pléiade 
n'imagina pas contre le rebelle de châtiment plus 
sévère que de rayer de ses poésies tous les vers 
à la louange de Grévin; mais, pour ne pas les 
perdre, il s'imagina de les appliquera d'autres 
poètes contemporains. C'est Ronsard lui-même 



GRÉVIN — GREW 



qui , dans une Ode à la fin de ses œuvres, nous 
confesse cette petite vengeance : 

J'oste Gresvln de nos escrits, 
Pour ce qu'il fust si mal appris, 
Affin de plaire au calvinisme, 
Je voulois dire à l'athéisme , 
©'injurier par ses brocars 
Mon nom, cognu de toutes parts, 
Et dont il faisoit tant d'estime 
Par son discours et par sa ryme. 

Il ne faut pas que le poëte nous fasse oublier 
dans Grévin le médecin. Il eut comme tel une 
polémique sur l'antimoine avec un nommé de 
Launay, qu'il appelle dédaigneusement « un em- 
pirique » , et coatre lequel il écrivit en vers et 
en prose. Il fit imprimer en 1568 à Anvers deux 
livres Des Venins, et en 1569 une traduction 
de YAnatomie d'André Vésale. Il avait publié 
en 1567 une traduction d'un ouvrage latin de Jean 
Wier, De V Imposture et Tromperie des Dia- 
bles, enchantements et sorcelleries. Il mourut 
à Turin, peu de temps après y avoir été appelé 
par la fille de François P% Marguerite de France, 
duchesse de Savoie , près de laquelle il remplis- 
sait à la fois les fonctions de médecin et de 
conseiller d'État. Il avait trente ans , et laissait 
de jeunes enfants, qui furent recueillis par sa 
protectrice. A. Chassang. 

Du Verdicr, Bibl.fr. — De T:hoyi, Histoire. — G. Col- 
letet, Hist. des Poètes franc, (manuscrit de la Bibl. du 
Louvre). — Nicéron, t. XXVI. — La Harpe, Cours de 
Littérature. — Ronsard, Élégies, sixième partie de ses 
OEuvres; Paris, 1609 et 1623, in- fol. — Teissier, Éloges 
des Hommes- savants , t. II. — Baillet, Jugementsdes Sa- 
vant.'; sur les Poètes modernes , t. IV, 1313. — Parfaict 
frères. Histoire du Théâtre français, tom. lit, 310, 
316. — Titon du Tlllet, Parnasse français, p. 130. 

*GRÉVY {François- Judith- Paul- Jules) , 
avocat et homme politique français , né à Mons- 
sous-Vaudrez, le 15 août 1809. Ses parents étaient 
cultivateurs. Il fit ses études au collège de Po- 
ligny, et vint suivre les cours de droit à Paris. 
Encore étudiant, il se mêla aux combattants de 
1830. Inscrit au tableau des avocats en 1837, il 
défendit plusieurs co-accusés de Barbes, Blanqui 
et Martin Bernard devant la chambre des pairs, 
dans l'affaire des 12 et 13 mai 1839. Cependant 
il s'occupa moins de politique que d'affaires ci- 
viles, et il s'était fait une certaine réputation au 
palais lorsque éclata la révolution de févriei* 1 848. 
M. Ledru-Rolïin le nomma d'abord commissaire 
du gouvernement dans le département du Jura. 
Ce département le plaça le premier sur sa liste 
de représentants à l'Assemblée constituante. II y 
fit partie du comité de la justice, et attacha son 
nom à un amendement qu'il présenta sur la cons- 
titution, amendement qui repoussait le principe 
de la création d'un président de la république, 
pour ne laisser qu'un conseil des ministres 
nommé et révoqué à volonté par l'assemblée. 
Cet amendement fut rejeté par 643 voix contre 
158. Partisan du général Cavaignac, il vota 
constamment contre le ministère du 20 décembre 
1848, et nommé rapporteur des diverses propo- 
sitions qui demandaient la dissolution derAssera- 



blée constituante, il les combattit de toutes se 
forces. Réélu le premier dans le Jura à l'Assem- 
blée législative, il vota avec l'extrême gauche , 
parla en faveur de la liberté de la presse , contre 
l'état de siège , et présenta un amendement pour 
que le chemin de fer de Lyon fût exécuté par 
l'État; cet amendement, qui devait consacrer le 
principe contraire à l'exécution des chemins de 
fer par des compagnies,fut repoussé par 443 voix 
contre 205. En dehors de l'assemblée, M. Grévy 
présidait une petite réunion de représentants, 
et l'assemblée le choisit elle-même plusieurs fois 
pour vice-président. Le coup d'État du 2 décem- 
bre 1851 l'a rendu au barreau. L. Louvet. 
Biogr. des représentants. 

GREW ( Obadiah ) , théologien anglais , né à 
Atherstone (comté de Warwick), en 1607, 
mort en 1698. Il fut élevé au collège Balliol à 
Oxford , entra dans les ordres , se déclara pour 
le parlement', et fut nommé ministre de Saint- 
Michel à Coventry. Quoiqu'il fiit d'accord avec 
les presbytériens contre la hiérarchie ecclésias- 
tique, il ne les suivit pas dans leurs procédés 
envers le roi. Il obtint même de Cromwell, 
lorsque celui-ci passa à Coventry, la promesse 
de ne commettre aucun acte de violence contre 
Charles F'". Sous la restauration, il refusa de re- 
connaître la hiérarchie, et fut privé de sa pa- 
roisse. On a de lui : A sonner's justification 
by Christ; 1670, in-8° ; — Méditations upon 
Our Saviour's parable 0/ the prodigal Son; 
1678, in-4°. Z. 

Chaimers, General Biographical Dictionàry. 
GRi^w (Néhémie), célèbre naturaliste anglais, 
fils du précédent, naquit vers 1628, à Coventry, 
et mourut subitement à Londres, le 25 mars 
171 1. Élevé dans le presbytérianisme, il poursuivit 
ses études à l'étranger depuis la restauration de 
Charles II. Reçu docteur en médecine , il s'éta- 
blit d'abord à Coventry ; c'est là sans doute qu'il 
commença, vers 1664, ses recherches sur l'ana- 
tomie et la physiologie des plantes. Il fut en- 
couragé dans cette voie par son gendre, le 
Dr. Sampson, qui lui montrait un passage du 
traité de Gli s son (De Hepate, c. 1) où l'auteur 
indique l'anatomie des plantes comme un sujet 
encore inexploré et propre à éclairer le traitement 
des maladies. En 1772 il vint se fixera Londres, 
et peu de temps après il fut élu membre de la 
Société Royale, à laquelle il avait communiqué , 
en 1770, son premier essai sur l'anatomie des 
plantes, sous le titre de Idea of a philosophical 
History of Plants (imprimée en 1173, in-12, 
aux frais de la Société Royale). Plus tard, il 
devint secrétaire de cette savante compagnie , et 
en publia les mémoires ( Philosophical Trans- 
actions), depuis 6 janvier 1677 (n° 137) jus- 
qu'en février de l'année suivante (n" 142). 

L'important ouvrage de Grcrvi , Anatomy qf 
Vegetables, of Roots and of Trunks, formait 
primitivement trois publications distinctes, in- 8°, 
ils furent par la suite réunis en un vol. in-fol.; 



GREW — GREY 



Londres, 1682, avec 83 planches ; trad.en fran- 
çais par Le Vasseur, Paris, 1675 et 1679, in-12. 
On y trouve un grand nombre d'observations 
très-ingénieuses sur le développement de la graine, 
de la racine, de la tige, de la fleur et du fruit, 
observations qui ont singulièrement contribué 
aux progrès de la science. Grew a le premier fait 
reconnaître la véritable nature des fleurs com- 
posées, dont les centres ou cœurs-fleuris, 
comme on les appelait alors, étaient pris 
pour des étamines. « Les cœurs-fleuris, dit-il. 
comme sont ceux des soucis, des fleurs de ta- 
naisie et autres, sont ordinairement appelées 
étamines , parce qu'on les croit composés de 
filets simples, quasi stamina; mais les obser- 
vations que j'ai faites m'ont persuadé qu'ils ne 
sont pas bien nommés , car quelque différentes 
que soient les étamines de diverses fleurs , elles 
ont toutes cela de commun que les parties qui les 
composent et qu'on croit n'être que des filets 
simples et solides, sont eux-mêmes composés de 
deux ou de plusieurs parties, qui ont toutes des 
figures différentes, mais fort régulières et fort 
agréables ; et c'est pour cela que je les appelle 
des fleurons. » — Les autres ouvrages de Grew 
sont: Muséum Regalis Societatis, or a cata- 
logue and description ofthe natural andarti- 
jicial rarities belonging to the Royal Societij 
and preserved at Gresham collège ; Londres, 
1681, avec 22 planches coloriées; on y trouve 
joint : Comparative Anatomij ofSiomacks and 
guts begun, being several lectures read before 
the Royal Society in 1676; avec 9 planches, 
fournies par Dan. Colwell. ; — Cosmographia 
sacra, or a discourse of the Universe, as it is 
the créature and kingdom of God ; Londres, 
1701, in-fol. ; Chauffepié, dans son Dictionnaire, 
a donné une analyse détaillée de ce livre, plutôt 
tliéolf)2;ique que scientifique ; — De Aqua vm- 
rïna dutcorata; Londres, 1700, in-S"; — plu- 
sieurs mémoires, dans les Philosophical Trans- 
actions. F. H. 

Biogr. Brit. — Rees, Cyclopasdia. — Chalraers, Gen. 
Biogr. Dict. 

GREY {Jeanne), reine d'Angleterre pen- 
dant neuf jours, naquit en 1538, et mourut 
sur l'échafaud, en 1554. Jeanne était la fille aî- 
née de lord Grey, marquis de Dorset, et de 
Françoise de Suffolk (1), cousine germaine d'E- 
douard VL En 1548, un des oncles maternels 
de <;e jeune roi, Thomas Seymour, qui était 
grand-amiral d'Angleterre et qui avait épousé 
la reine douairière Catherine Parr, conçut, dans 
l'intérêt de sa politique particulière, le projet 



(1) Françoise de Suffolk, marquise de Dorset, était la fille 
aînée de Marie d'Angleterre, sœur cadette de Henri VIII, 
et qui, peu après la mort de son premier mari, Louis XII, 
avait tpousti Charles Brandon, duc de Suffolk. Leurs deux 
lils, Cliarles et Henri, ayant été enlevés par une épidé- 
mie, le titre de duc de Suffolk fut transmis en ISSl, par 
une faveur particulière du jeune roi Edouard VI, à Grey, 
marquis de Dorset, époux de Françoise de Suffolk et 
père de Jeanne Grey. 



d'unir Edouard et Jeanne ; ils étaient du même 
âge l'un que l'autre, et ils avaient passé en- 
semble la plus grande partie de leur enfance. 
Le grand-amiral décida le marquis et la mar- 
quise de Dorset à laisser leur fille résider auprès 
de sa femme ; mais la mort de lady Seymour 
ayant eu lieu dans le courant de cette même 
année 1548, Jeanne retourna dans sa famifle, et 
il ne fut plus question de ce projet de mariage 
avec le roi. L'année suivante Seymour , atteint 
et convaincu de haute trahison, eut la tête tran- 
chée. Tous les historiens anglais, sans en excepter 
un, que l'attachement de Jeanne pour la religion 
réformée dispose à une certaine sévérité à l'égard 
de cette princesse , vantent les charmes de sa 
ligure et de son esprit , Taménité de son carac- 
tère et la noblesse de ses sentiments. Jeanne ai- 
mait l'étude. Roger Ascham, le précepteur d'Eli- 
sabeth , rapporte qu'un jour il alla faire une visite 
au marquis et à la marquise de Dorset , qui se 
trouvaient alors dans leur résidence du comté 
de Leicester; quand il arriva au château, toute 
la famille, hormis Jeanne, qui était occupée à lire 
en grec un ouvrage de Platon, chassait dans le 
parc. Ascham ayant témoigné à la jeune princesse 
son étonnement de la solitude dans laquelle il la 
voyait, Jeanne lui répondit qu'aucune sorte de 
divertissement ne lui procurerait autant de plai- 
sir que la lecture du traité De l'immortalité 
de l'Ame. Au reste, cette inclination de sa pensée 
vers la philosophie ne lui ôtait pas les grâces de 
son sexe; elle se sentait heureuse de plaire et 
d'être aimée, et elle poussait même, remarque- 
t-on , le goût de la parure plus loin que ne l'eus- 
sent approuvé les rigoristes de sa religion. 

Cependant le déclin de la santé d'Edouard 'VI 
préoccupait le duc de Northumberland. Le pou- 
voir, la richesse et la duplicité de ce seigneur 
lui avaient attiré un grand nombre d'ennemis, 
qui sous un autre règne se vengeraient peut- 
être de sa haute fortune et de son insolence. Pour 
éviter une chute , il résolut de s'élever au-dessus 
de tous , en plaçant un de ses enfants sur le trône, 
après la mort du roi Edouard. Dans ce dessein, 
il demanda et obtint pour Guilford Dudley, son 
quatrième fils, la main de Jeanne Grey, à qui sa 
mère, devenue duchesse de Suffolk, céda ses 
droits personnels (1) à la succession d'Edouard. 
Il ne manquait plus, pour assurer la réafisation 
des espérances de Northumberland , que la sanc- 
tion du roi. Ce dernier avait conservé une tendre 
amitié pour sa cousine ; le penchant de sa sœur 
Marie pour le papisme l'éloignait au contraire de 
cette princesse ; quant à Elisabeth , elle lui était 



(1) Les droits de la duchesse de Suffolk à la succession 
au trône d'Angleterre étaient hases sur le testament 
d'Henri viil. Par ce testament, la couronne d'Angleterre 
devait être transmise , dans le cas où les trois enfants 
d'Henri mourraient sans laisser de postérité, aux héri- 
tiers de Marie, duchesse de Suffolk, et seconde sœur du 
roi, à l'exclusion des héritiers de Marguerite, sa sœur 
aînée, qui, mariée d'abord à Jacques IV, roi d'Ecosse, 
avait épousé en secondes noces le comte d'Angus. 



GREY 



à peu près indifférente. Henri VIII, leur père, 
en Honamant dans son testament ses deux filles 
pour lui succéder après Edouard, à défaut d'hé- 
ritier direct de ce prince, les avait désignées 
î'une et l'autre en des termes qui indiquaient de 
sa part une condescendance marquée et n'effa- 
çaient pas le caractère d'illégitimité que par ses 
ordres le parlement avait autrefois imprimé sur 
leur naissance. Northumberland décida Edouard 
à faire , lui aussi , un testament par lequel il dé- 
Dosséda ses deux sœurs de leurs droits à sa suc- 
cession en faveur de Jeanne Grey. Celle-éi avait 
entièrement ignoré les intrigues de son beau- 
père pour l'élever à une position qu'elle n'am- 
bitionnait pas. Le 10 juillet 1553, quatre jours 
après la mort d'Edouard, qu'on avait tenue se- 
crète, Northumberland, accompagné de plusieurs 
seigneurs , entre autres du duc de Suffolk et des 
comtes de Pembroke et d'Arundel , se rendit au- 
près de Jeanne. Bien qu'il ne lui apprît pas d'a- 
bord le motif de sa visite , le profond respect 
avec lequel il lui parlait éveilla dans l'esprit de la 
jeune princesse une curiosité qui n'était pas 
exempte d'inquiétude. Bientôt parurent la mère 
et la belle-mère de Jeanne ; Northumberland at- 
tendait leur présence pour instruire sa belle-fille 
de la mort et des dernières volontés d'Edouard : 
ce prince avait ordonné au conseil des lords de 
proclamer reine Jeanne Grey, à laquelle succéde- 
raient, dans le cas où elle n'aurait pas d'enfants , 
les deux sœurs de cette princesse, Catherine 
et Marie. A ces paroles, les autres seigneurs 
mirent un genou en terre devant Jeanne, dé- 
clarèrent qu'ils la reconnaissaient pour leur sou- 
veraine, et jurèrent qu'ils étaient prêts à verser 
leur sang pour soutenir ses droits. Cette révéla- 
tion inattendue jeta le trouble et l'effroi dans 
l'âme de la nouvelle reine; elle poussa un cri, 
devint pâle et tremblante , et s'évanouit. Quand 
elle eut recouvré l'usage de ses sens , elle fit 
observer à ceux qui l'entouraient qu'elle ne 
possédait pas les qualités et les talents néces- 
saires pour gouverner un royaume; elle plaida 
même la cause des sœurs d'Edouard ; mais en- 
suite , sur l'insistance de son mari et de sa fa- 
mille, elle accepta la couronne, avec l'espoir, dit- 
elle, que Dieu lui donnerait la force d'en soutenir 
le poids, pour la gloire de la religion et le bon- 
heur du peuple. 

Le lendemain la princesse fut conduite par 
eau à la tour de Londres , où c'était la coutume 
que les rois d'Angleterre résidassent jusqu'à 
leur couronnement. Elle y fit son entrée avec le 
cérémonial alors en usage, et dans la même 
journée les hérauts proclamèrent la mort d'E- 
douard et l'avénemcnt de Jeanne. Cette procla- 
mation fut mal accueillie par le peuple ; il igno- 
rait le mérite de celle qu'on lui imposait pour 
souveraine, mais il connaissait l'astuce et la 
cruauté de son beau-père. L'iailuence dont Nor- 
tlïumberland avait tant abusé sous le dernier 
règne ne serait-elle pas encore plus grande sous 



ie 



celui-ci, et ne devait-on pas appréhender qu 
plus tard il usurpât pour lui-même le trône sur 
lequel il allait faire asseoir son fils à côté de la' 
cousine du feu roi ? Marie, ayant pour elle la na- 
tion presque tout entière, devait l'emporter sur 
Jeanne , les membres du conseil qui a^'ait pro- 
clamé cette dernière furent promptement désunis. 
Arundel et Pembroke passèrent des premiers dans 
le parti de lafille d'Henri VHI et de Catherined'A- 
ragon. Les troupes que Northumberland condui- 
sait contre elle se débandèrent, et le duc, fcrc( 
de s'arrêter à Cambridge, y proclama lui-même 
le règne de Marie avec des démonstrations de 
joie. 

Pendant ce temps , les jours s'écoulaient avec 
bien de la lenteur pour Jeanne, à la Tour, où 
elle était restée. A la tristesse des pressentiments 
qui assombrissaient sa pensée se joigaait l'amer- 
tume des querelles de famille, auxquelles donnè- 
rent lieu les prétentions de son mari à partager 
avec elle la puissance souveraine. Un chroni- 
queur italien du seizième siècle rapporte que 
Guilford ayant obtenu de sa femme, après une 
longue discussion , qu'elle lui donnerait la cou- 
ronne par un acte du parlement, et Jeanne s'étant 
ensuite rétractée, l'époux, irrité, avait voulu se 
retirer à Sion-House. Mais la lettre écrite plus 
tard par Jeanne Grey à la reine Marie, et que 
cite PoUini , est-elle bien authentique ? Le même 
écrivain dit encore, d'après ce document , que la 
duchesse de Northumberland s'emporta, en cette 
occasion , contre sa belle-fille au point que cctto 
dernière, effrayée de ses reproches et de ses me- 
naces , en vint à s'imaginer qu'on lui avait lait 
prendre du poison. D'un autre côté, les histo- 
riens anglais représentent Guilford Dudley comme 
un jeune homme digne sous tous les rapports 
de son épouse, dontil était tendrement aimé et qu'il 
aimait également. Toutefois, il faut le reconnaître, 
les pressantes instances dont la mère et le fils ob- 
sédèrent Jeanne pour la contraindre à couronner 
Guilford coïncident avec les vues intéressées 
de Northumberland; et si réellement la résis- 
tance de la nouvelle reine aux volontés de ces 
trois personnes amena la tentative d'empoison- 
nement dont nous venons de parler, cet incident 
jetterait un jour nouveau sur la cause du refus 
de Jeanne de voir Guilford avant de mourir. 

Le 10 juillet , avons-nous dit , Jeanne Grey 
avait été leconnue reine d'Angleterre par le con- 
seil des lords ; le 20 , Suffolk remit au comte de 
Pembroke le commandement de la Tour, et la 
princesse retourna à Sion- House. A peine Marie 
eut-elle pris possession du trône, qu'on ins- 
truisit le i)rocès des conspirateurs. Le jugement 
qui les condamna à mort ne fut exécuté qu'à 
l'égard de Northumberland et de deux autres 
seigneurs. La vie de Jeanne , ainsi que celle de 
son père et de son mari, fut d'abord épargnée. 
Cette princesse avait été plutôt l'instrument que 
la complice de Northumberland ; d'ailleurs, .son 
existence devait être pour la reine une garantie 



GREY 



10 



3e la fidélité à venir de Suffolk et de ses adhé- 
rents. Mais au commencement de l'année sui- 
rante le duc de Suffolk prit part à une nou- 
velle insurrection, dont on présume qu'il fut le 
moteur, bien que cette insurrection eût pour chef 
Wyat et pour objet l'élévation de la princesse 
Elisabeth au trône d'Angleterre. Wyat et Suffolk, 
ayant été faits prisonniers , subirent la peine ca- 
pitale. Le jugement prononcé contre Jeanne et 
Guilford était resté suspendu sur leur tête ; deux 
jours après l'arrestation de Wyat, ils furent 
avertis de se préparer à mourir. Jeanne ne té- 
moigna pas de surprise de ce message; seule- 
ment le délai de ti'ois jours mis à l'exécution de 
son arrêt parut lui être pénible. Marie lui en- 
V(jya un de ses chapelains , le docteur Fecken- 
ham. Il essaya vainement de tourmenter la 
conscience de Jeanne en lui disant que sa per- 
sistance dans sa foi religieuse l'excluerait du ciel; 
ses efforts ne réussirent point à ébranler la 
conviction de la princesse. Le matin du jour 
fatal , le 1 2 février , la permission de se dire adieu 
fut donnée aux deux époux; mais Jeanne refusa 
I cette entrevue, sous le prétexte que dans quelques 
iheures elle et lui se retrouveraient dans un 
autre monde. Aucun historien anglais n'a com- 
menté ce refus; ils paraissent croire que Jeanne 
voulut éviter une scène d'attendrissement qui 
eût amoindri le courage de Guilford et le sien 
propre. Un grand écrivain français, M™^ de Staël, 
a considéré ce renoncement de Jeanne à la con- 
solation qu'on lui offrait , comme une expiation 
volontaire et méritoire , parce qu'elle n'était pas 
forcée, du tort qu'elle avait eu d'accepter la cou- 
ronne dont une autre femme était l'héritière légi- 
time. Mais chez les grandes âmes la pensée a 
quelquefois des profondeurs que l'œil humain 
oublie de sonder; peut-être cette victime de 
l'ambition des deux familles auxquelles elle ap- 
partenait sentit que le souvenir de la conduite 
de Guilford envers elle jetterait sur ce moment 
suprême une amertume qui troublerait ses sen- 
timents religieux. La crainte d'émouvoir trop 
fortement le peuple, dont le malheur d'une si jeune 
et si aimable princesse excitait la pitié, empêcha, 
plus encore que le respect pour le sang royal 
dont Jeanne était issue, que son exécution eût 
heu en public. On dressa son échafaud dans 
l'enceinte de la Tour, où elle était gardée depuis 
l'avènement de Marie , ainsi que Guilford ; quant 
à lui, il tut supplicié avant elle, hors de la Tour, 
et à la vue d'une multitude immense. Jeanne 
conserva jusqu'à sa dernière heure la liberté 
de son esprit et le stoïcisme de son caractère. 
De la fenêtre de sa prison , elle vit passer le 
corps décapité et dégouttant de sang de Guilford, 
que l'on transportait du lieu de son exécution 
à la chapelle de la Tour pour y être inhumé ; 
un soupir fut la seule expression du mouvement 
intérieur qu'elle éprouva. Lorsque ensuite sir John 
Gates , gouverneur de la Tour, vint chercher la 
princesse pour la conduire à l'écliafaud, il la 



pria de lui laisser un souvenir; elle lui donna 
des tablettes sur lesquelles elle avait écrit un 
instant auparavant , en grec , en latin et en an- 
glais , trois sentences que venait de lui suggérer 
la vue du cadavre de son époux. Sur l'échafaud, 
où elle monta d'un pas ferme , elle adressa aux 
assistants d'un ton calme, et avec une physiono- 
mie sereine , quelques paroles simples et vraies. 
Elle confessa qu'elle avait erré , mais par obéis- 
sance , non par ambition ; elle n'était point cou- 
pable d'avoir cherché à s'emparer de la couronne, 
mais de n'avoir pas assez fortement résisté à la 
volonté de ceux qui lui ordonnaient de l'accepter. 
Elle termina son discours en exprimant la con- 
fiance que son âme serait sauvée par les mérites 
du Christ, et après avoir dit un psaume avec 
Feckenham, elle posa sa tête sur le billot. Un 
seul coup de hache mit fin à cette vie si pure, qui 
avait à peine duré seize ans. Camille Lebrun. 

Strype, Memorials, Annals of the Reformation. — As- 
cham, Works. — Haynes, State Papers. — Noailles, 
Dépêches. — Pollini, Istoria délia Rivoluzione d'Ing/iil- 
terra, publiée en I59i. — Lingard, History of England. 
— Hume, History of England. 

GREV ( Richard ) , théologien et écrivain pé- 
dagogique anglais, né à Newcastle, en 1694, 
mort en 1771. Il fut élevé à Lincoln- Collège à 
Oxford, obtint successivement le rectorat deKiln- 
cote ( comté [de Leicester ), celui de Hinton 
( comté de Northampton) , et la prébende de l'é- 
glise cathédrale de Saint- Paul. Ses principaux 
ouvrages sont : Memoria technica, or a new 
method of lartificial memory applied to 
and exemplified in chronology , history , geo- 
graphy , astronomy; also Jewish, Grecian, 
and Roman Coins, weights, and measu- 
res , etc., with tables proper to the respec- 
tive sciences, and mémorial Unes adapted 
to each table; 1730, in-8°; — A System of 
English ecclesiastical Law, extracted from 
the Codex Juris ecclesiastici AngHcani of the 
R. R. the lord Bishop of London , for the 
use ofyoung students in the universities who 
are designed for holy orders; 1731, in-8°. 
L'université d'Oxford décerna à Grey pour cet 
ouvrage le diplôme de docteur en théologie. Z, 

Chalmers, General Biographical Dictionary . 

GREY (Zacharie) , théologien et littérateur 
anglais , né en 1687 , mort en 1766. Il fit ses 
études au collège Jésus à Cambridge , et devint 
recteur de Houghton Conquest ( comté de 
Bedford), puis vicaire de Saint-Giles et de 
Saint-Pien'e à Cambridge. Chalmers cite de lui 
trente-trois ouvrages , dont le plus connu est une 
édition de Hudibras , avec des notes et une pré- 
face; 1744, 2 vol. in- S''. Il publia un supplément à 
ce poëme en 1752, in-8°. Il fut le violent antago- 
niste de Warburton. On estime son Impartial 
Examination of the second volume of M. Da- 
niel NeaVs History of the Puritains; 1736, 
in-8°. Il assista Whalley dans son édition de 
Shakspeare, en 1756; lui-même avait pubhé : 
Critical, historical, and explanatory Noies 



11 



GREY 



12 



in Shaxspeare, with emendations on ihe 
texte; 1755, 2 vol. m-8°. Z. 

Chalraers, General Biographical Dictionary. 

GREY ( Charles ), comte Grey, et baron Geey 
DE HowicK, homme d'État anglais , né le 13 mars 
1764, à Fallowden, près d'Alawick ( Northum- 
berland), mort à Howick-House , le 17 juillet 
1845. Il appartenait à une famille anoblie sous 
le règne d'Edouard VI. Son père, sir Charles 
Grey, qui s'était distingué à la bataille de Min- 
den et à la prise de Québec, fut élevé à la pairie 
en 1802, avec le titre de baron Grey de Howlck, 
et créé comte Grey en 1806. Il mourut au mois 
de novembre 1807, dans sa soixante-neuvième 
année. 

Charles Grey fit de brillantes études au col- 
lège d'Eton , et avant d'avoir atteint sa seizième 
année il entra à l'université de Cambridge , où il 
resta environ deux ans. Il entreprit ensuite le 
voyage sur le continent qui est en Angleterre 
le complément obligé de toute éducation aris- 
tocratique, et consacra deux ans à visiter la 
France , l'Espagne , et surtout l'Italie. Sa car- 
rière parlementaire commença presque aussitôt 
après son retour. Élu, en 1786, membre de la 
chambre des communes pour le comté de Nor- 
thumberland, il s'attacha au parti et surtout à la 
personne deFox. Son début oratoire, son maiden 
speech, prononcé en 1787, fut une vive attaque 
contre le traité de commei-ce que Pitt venait de 
conclure avec la France. La chambre, sans don- 
ner raison au-^eune orateur, remarqua son ta- 
lent. En 1788, il fut un des commissaires dési- 
gnés pour soutenir la poursuite de la chambre 
des communes dans le procès de Warren-Has- 
tings , et , l'année suivante , il prit une grande 
part à la discussion du bill de régence. Le parti 
whig, que la régence du prince de Galles de- 
vait ramener aux affaires , demandait pour ce 
prince des pouvoirs plus étendus que ne voulait 
lui en accorder la politique jalouse de Pitt. Grey, 
que l'éclat de sa jeunesse, de son rang, et 
l'agrément de ses manières avaient placé parmi 
les amis les plus familiers de l'héritier présomp- 
tif, fit partie de tous les conseils de Carlton- 
House, pendant les débats de la régence, et il 
eût été ministre si le parlement eût adopté la 
régence. Mais Pitt temporisa, lei'oi se rétablit, 
et les whigs, pour longtemps écartés des affaires, 
s'engagèrent plus vivement dans l'opposition. Ce 
parti était à la veille d'une dissolution partielle. 
Les premiers mouvements de la révolution fran- 
çaise , ses excès et ses progrès , eurent une im- 
mense influence sur la politique intérieure et 
étrangère de la Grande-Bretagne. Les wliigs res- 
sentirent profondément le contre-couii des espé- 
rances et des craintes également exagérées que 
la révolution excita en Angleterre. Tandis que 
les uns, saisis d'effroi , cherchaient, avec Burke, 
dans la politique du ministère, un refuge contre 
les agitations populaires, les autres, en petit 
nombre, mais ayant à leur tète Fox et Grey, con- 



servèrent leurs idées libérales au milieu d'une 
réaction dont le gouvernement n'avait pas seul 
donné le signal , et que l'opinion publique ac- I 
cueillait avec faveur. Cette période de lutte, pour 
une cause que le pouvoir attaquait et que la na- 
tion ne défendait pas, dura depuis 1792 jusqu'en 
1 801 , et ce fut l'époque la plus brillante de la vie 
politique de Grey. En 1792, de concert avec lord 
Landerdale, Erskine, Withbread, Sheridan, et 
plusieurs personnes distinguées du même parti , 
il fonda la Société des Amis du Peuple. Cette so- 
ciété , qui n'eut aucune action immédiate sur le 
pouvoir, mérite cependant une place importante 
dans l'histoire parlementaire de la Grande-Bre- 
tagne; elle prépara la réforme exécutée qua- 
rante ans plus tard par son principal fondateur. 
Le 30 avril 1792, au nom de la Société des Amis 
du Peuple, il annonça dans la chambre des com- 
munes qu'il ferait l'année prochaine une motion 
sur la réforme à introduire dans la représenta- 
tion nationale. Mais , dans l'intervalle d'une ses- 
sion à l'autre, des faits graves s'accomplirent qui 
semblaient devoir le détourner de son projet. 
La révolution française avait renversé la mo- 
narchie et proclamé la république. Beaucoup de 
whigs, de plus en plus alarmés, négociaient, sous 
la direction du duc de Portland , une coalition 
avec Pitt, laquelle finit par se conclure en 1794. 
Fox, effrayé de la dissolution de son parti, ne 
voulut pas que son nom fût inscrit parmi ces 
Amis du Peuple que l'opinion publique stigmati- 
sait comme des jacobins et des niveleurs. La 
tentation de remettre à une autre époque le pro- 
jet de réforme était forte; Grey n'y céda pas. 
Homme de principes sévères , libéral par devoir, 
avec beaucoup de hauteur et de dédain aristo- 
cratique , il se souciait peu de l'opinion et ne 
comptait pas ses adversaires. Le 6 mai 1793 il 
présenta à la chambre des communes la mémo- 
rable pétition des Amis du Peuple. Les pétition- 
naires se plaignaient que le nombre des représen- 
tants élus par les comtés fût singulièrement dis- 
proportionné avec leur étendue comparative, leur 
population et leur commerce. « Les droits élec- 
tifs , disaient-ils , sont distribués d'une manière 
si inégale , si partiale , et sont souvent confiés à 
des corporations si peu nombreuses , que la ma- 
jorité de la chambre se trouve élue par moins de 
quinze mille électeurs. « Ils avançaient ensuite, 
comme im fait incontestable, que trois cent-neuf 
membres, formant une grande majorité dans la 
chambre, étaient nommés pour l'Angleterre et 
le pays de Galles , indépendamment des qua- 
rante-cinq membres d'Ecosse , par soi\ante-ct- 
onze pairs et quatre-vingt-onze propriétaires. 
Grey, dans le discours éloquent où il soutint la 
pétition, ne mit en avant aucun plan de réforme, 
jl demanda un retour aux vrais principes de la 
constitution , et fit une motion tendant à faire 
examiner, par une commission spéciale , l'état de 
laroprésentationdans la chambre <lcs communes 
Cette motion fut rejetée, à la majorité de deux 



GREY 



14 



j nt quatre-vingt-deux voix contre quarante-et- 
ne. Ce résultat était trop prévu pour que Giey 
s'ea décourageât. Il n'en continua pas moins de 
l'aire, une opposition énergique, quoique toujours 
vaine , à ce qui constituait alors la politique de 
Pitt : compression à l'intérieur, intervention à 
l'étranger, dépenses énormes couvertes par des 
emprunts. En 1794 il essaya d'obtenir une en- 
quête sur la conduite du gouvernement qui avait 
introduit en Angleterre des troupes étrangères 
sans le consentement du parlement. Il s'opposa 
avec une grande vivacité à la suspension de 
Vhabeas corpus act. En 1795 il s'opposa avec 
ime égale vigueur au bill qui avait pour but de 
limiter, sinon de prohiber, les réunions publiques. 
Le 10 mars 1796 il demanda une enquête sur 
l'état général des affaires, appelant l'attention sur 
l'immensité des dépenses, les larges avances faites 
par la banque, et l'application de l'argent à des ob- 
jets différents de ceux qui avaient été votés par 
le parlement. Toutes ces propositions furent re- 
ietées. Mais si le ministère gardait toute son ac- 
tion sur le parlement, il commençait à perdre 
3ans l'opinion. Grey crut donc le moment venu 
de tenter un nouvel et décisif effort en faveur de 
la réforme. Le 26 mai 1797 il développa devant 
la chambre son plan de réforme parlementaire. 
Le nombre des députés des comtés devait être 
porté de quatre- ving-treize à cent treize, et la 
franchise électorale étendue des francs-tenanciers 
aux fermiers à long bail. Les autres quatre 
3ents membres devaient être nommés par les 
;hefs de famille payant l'impôt. Les élections 
juraient lieu dans un seul et même jour. Dans 
e cours de la discussion, Grey déclara qu'il ne 
^rendrait plus de part aux débats de la chambre 
ii sa proposition était repoussée ; elle le fut, à la 
ïiajorité de deux cent cinquante-neuf voix, 
ont'e quatre-vingt-treize. 

Grey ne reparut dans la chambre que deux 
lis plus tard , pour s'opposer à la réunion proje- 
té de l'Irlande avec la Grande-Bretagne. Il crai- 
gnait que l'additiion des représentants irlandais 
l'accrût la majorité du ministère, et il aurait 
/oulu que l'union, si elle devait se faire, fût 
irécédée d'une réforme électorale en Irlande. 
Dette nouvelle proposition ne fut pas plus heu- 
eiise que les précédentes. Cependant, le moment 
itait venu où le parti conservateur allait à son tour 
le diviser, sous l'influence de l'opinion publique, 
^itt, remplacé au pouvoir (1801) par Addington 
depuis lord Sidmouth), se coabsa contre lui 
ivec des whigs de toutes nuances; mais, peu 
idèle à ses nouveaux, alliés, il rentra sans eux au 
iiinistère (1804), et les eut pour adversaires. A 
ravers cette double évolution politique , le parti 
Aliig se reconstitua , et compta parmi ses chefs 
ïrenville, le plus important des anciens col- 
ègucs de Pitt. Lorsque la mort de celui-ci , en 

800, porta le dernier coup à son ministère, 
léjà bien ébranlé , les diverses fractions du parti 
ivhig, réunies à quelques conservateurs, for- 



mèrent un cabinet , où Grey ( maintenant lord 
Howick ) prit place, d'abord comme premier lord 
de l'amirauté, puis après la mort de Fox, en sep- 
tembre, comme secrétaire d'État pour les affaires 
étrangères. 11 remplit aussi les fonctions de leader 
de la chambre des communes dans le parlement 
qui se réunit au mois de décembre de la même 
année. La nouvelle administration, affaiblie 
par le mauvais vouloir de la couronne, ne sut 
pas conquérir l'appui de la nation par de grandes 
mesures populaires. L'objet principal qu'elle se 
proposait, la paix avec la France, devint im- 
possible par suite dé la campagne de Prusse. 
Elle fut brisée par le roi, au mois de mars 1807, 
sans exciter de regrets. Elle eut pourtant l'hon- 
neur, dans sa courte existence , de faire adopter 
dans la chambre des communes l'abolition de la 
traite des nègres. Personnellement lord Grey eut 
le mérite de refuser aux instances de Georges HE 
une promesse secrète de renoncer à l'émanci- 
pation des catholiques. Cette noble résistance 
fui la cause immédiate du renvoi du ministère 
Grenville. A la mort de son père , en novembre 
1807, lord Howick, devenu comte Grey, alla 
continuer à la chambre des lords l'opposition, ra- 
rement interrompue, qu'il faisait depuis vingt ans 
dans la chambre des communes. Un de ses pre- 
miers actes fut de protester contre le bombarde- 
ment de Copenhague. En 1809, la désastreuse 
expédition de Walcheren , le duel et les démis- 
sions de lord Castlereagh et de Canning, puis la 
mort du duc de Portland , amenèi'ent la disso- 
lution du cabinet qui avait remplacé celui de 
lord Grenville. Perceval, par l'ordre exprès 
du roi, adressa deux duplicatas de lettre aux 
lords Grey et Grenville , alors absents , pour les 
inviter à se rendre immédiatement à Londres, à 
l'effet d'y composer « un ministère decoalition ». 
Lord Grey, qui se trouvait dans sa résidence 
du Northumberland, repoussa dédaigneusement 
des ouvertures qu'il ne regardait pas comme 
sincères, et le cabinet Perceval se forma à 
l'exclusion des whigs. Le prince de Galles, nommé 
bientôt après régent (1811), etliédepuis longtemps 
avec les membres de ce dernier parti , semblait 
devoir prendre ses conseillers parmi eux. Il se 
contenta d'exprimer froidement, dans une lettre 
au duc d'York, en 1812, le désir que les lords 
Grenville et Grey fissent partie du ministère 
Perceval. Cette offre presque dérisoire fut re- 
jetée. L'ascendant de Perceval et des tories pa- 
j laissait assuré, lorsque ce ministre fut assassiné, 
! le 11 mai 1812. Dans le désarroi où cet événe- 
! ment jeta le pouvoir, il fallut revenir aux whigs. 
! Le régent autorisa lord Moira à traiter avec les 
I deux lords , sans condition. On était sur le point 
I de s'entendre ; mais lord Grey redoutait l'empire 
1 de la marquise de Hertford sur l'esprit du régent , 
I et il savait que la maison de ce prince était toute 
composée de membres de la famille de la mar- 
quise on de ses créatures. Lui et Grenville de- 
mandèrent donc que les grandes charges du pa- 



15 GREY 

lais fussent mises à leur disposition.! Cette 
exigence inopportune fit rompre les négociations ; 
une administration se constitua sous ford Liver- 
pool. Elle dut bientôt une force irrésistible aux 
événements qui, après bien des alternatives, don- 
nèrent raison à la politique de Pitt. Lord Grey 
rompit, en 1815, le lien qui l'attachait à lord 
Grenville : il défendit le droit qu'avait la France 
de changer son gouvernement, et blâma, avec une 
généreuse éloquence, l'intervention de l'Angle- 
terre dans les affaires d'un pays étranger. Pen- 
dant les six ou sept années suivantes, il s'opposa 
constamment, bien qu'avec une réserve taxée de 
timidité par les plus hardis de son parti, à la 
politique compressive de lord Liverpool. Il de- 
manda une enquête sur la conduite du gouver- 
nement dans la sanglante répression connue sous 
le nom de massacre de Manchester. Samotion fut 
repoussée par cent cinquante-cinq membres contre 
trente-quatre ; mais l'on remarqua que deux mem- 
bres de la famille royale,les ducs de Kent et de Sus- 
sex votèrent avec la minorité. Il combattit la peine 
de la transportation appliquée aux auteurs de li- 
belles séditieux. Enfin , il défendit la reine Ca- 
roline contre les poursuites haineuses du minis- 
tère, et prêta à la réputation, bien compromise , 
de cette princesse l'appui de sa haute moralité. 
Cette conduite retrempa la popularité de lord 
Grey. En même temps le mouvement de plus 
en plus prononcé de l'opinion vers les idées li- 
bérales rendait difficile la position des ministres 
qui les combattaient. Canning le comprit, et lui, 
qui avait quitté jadis les whigs pour les tories , 
revint aux premiers, par une évolution habile et 
sincère, dont son pays lui sut gré. On s'atten- 
dait que lord Grey prêterait son appui à ce mi- 
nistre : il lui fit, au contraire, une opposition que 
n'exigeait certainement pas l'intérêt public. C'est 
que, avec toutes ses nobles qualités, le comte 
Grey était profondément imbu de l'esprit aristo- 
cratique. La défense de la liberté lui semblait 
appartenir de droit aux grandes lamitles de son 
pays , et il souffrait de voir cette cause confiée à 
un- plébéien, qu'il regardait au fond comme un 
brillant aventurier. Canning, devenu premier 
ministre en 1827, l'eut donc pour adversaire, et 
cette opposition à contre- temps empêcha le parti 
whig de s'installer solidement aux affaires. Grey 
se trouva un moment presque confondu avec le 
parti contraire. Il soutint l'amendement du duc 
Wellington qui amena l'abandon du corn-bill 
(loi sur les céréales) de Canning. Comme dans 
cette discussion un orateur avait dit que le rejet 
de la loi provoquerait une rupture entre l'aris- 
tocratie et le peuple , le comte Grey prononça ces 
paroles, qu'on devait lui rappeler plus tard : « Si 
ce vote , dit-il , doit amener une lutte entre cette 
chambre et une grande portion du peuple, mon 
parti est pris; avec l'ordre auquel j'appartiens, 
je résisterai ; ou je succomberai ; » et il ajouta : 
•(Je maintiendrai jusqu'à la dernière heure de 
mon existence les privilèges et l'indépendance de 



cette chambre ». Le temps était proche où lajiei 
circonstances forceraient lord Grey à modifier 
que cette déclaration avait de trop absolu 



'• \m 



m, 



Jusqu'en 1830 le gouvernement anglais 
refusa à la moindre réforme électorale. Lors 
qu'un nouveau parlement se rassembla après 1 ^ 
mort de Georges IV, le duc de Wellington, alo^ 
premier ministre , déclara expressément que " 
système de représentation méritait et possédait 
pleine et entière confiance du pays : superbe ait 
surance, que démentait l'état des esprits et qu' 
fut impossible de maintenir, lorsque la révoULi 
tion française de 1830 vint provoquer en Anh, 
gleterre une redoutable émulation. Le duc dlj 
Wellington , quoiqu'il eût la majorité dans ItL 
chambres, donna sa démission, en novembr^uj 
1830. Lord Grey fut aussitôt chargé de forme,,, 
un ministère. Il le fit au milieu des circonstance; 
les plus difficiles, sur la plus large base. Le radi 
calisme mitigé et le torysme libéral ne furent pa ^\ 
exclus de cette combinaison , et le parti whi; 
dans toutes ses nuances y fut représenté par le; 
lords Althorp, Brougham, Durham, Holland; 
Lansdown , Melbourne , Palmerston , Stanley 
Russell , Glenelg. On remarque seulement qu< , 
lord Grey, fidèle à ses idées aristocratiques!)^ 
avait un peu trop prodigué les lords dans sor jj,] 
ministère, et qu'il n'avait pas fait aux illustra 
lions plébéiennes une place aussi large que h 
duc de Wellington. Malgré cette prédominance 
de l'élément aristocratique, la nouvelle adminis 
tration fut franchement libérale. « Tout \ ([wy 
j'ai professé dans l'opposition , je me propose di 
l'accomplir au pouvoir «, avait dit lord Grey ; et .' 
remplit noblement cet engagement. Le 1"'' mar: 
1831 lord John Russell {voy. Rcssell), au non, 
du cabinet, présenta le bill de réforme à la chambn, 
des communes. Repoussé une première fois , U 
cabinet fit appel au pays , et il en obtint u k j 
chambre où le parti réformiste avait décidémcn 
la majorité. Un second bill, peu différent -, 
premier, fut porté le 12 décembre 1831 devan 
la chambre des communes. La chambre de:, 
lords au contraire, à laquelle il fut présenté le 2(, 
mars 1832, montra un parti bien arrêtéde ne pa;,] 
l'adopter, et le 7 mai 1732 lord Lyndhurst fi 
passer un amendement qui équivalait à un rejet, 
L'opposition des lords était un obstacle prévu 
qu'on pouvait surmonter en menaçant la chambn 
de modifier sa majorité par la création d'un cer 
tain nombre de pairs. La menace ne pouvai 
avoir d'effet que si elle était sérieuse. Lord Gre 
demanda donc au roi Guillaume la perrnissior. 
de créer, s'il le fallait, un nombre de pairs suffi 
sant. Guillaume s'y refusa , et le cabinet û\ 
lord Grey se retira le 9 mai. Aussitôt une agita 
tion menaçante se produisit dans la chambre e 
dans le pays. Le parti tory, qui essaya de for^ 
mer une administration, échoua complètement 
et le 17 mai lord Grey revint au pouvoir. Cctt^ 
fois il n'était plus possible de lui refuser l'a- 
torisation de créer des pairs, 'et l'on savait que 



GREY — GRËZm 



18 



ïialgré sa profonde répugnance h employer un 
)areil moyen , il en userait au besoin. Les lords 
édèrent. Le bill passa le 4 juin, à une majorité 
le cent -six voix contre vingt-deux, et trois 
ours après il reçut la sanction royale. Ainsi fut 
ésolue, sans atteinte portée à l'ordre ou à la 
onstitution, une question qui remise en d'autres 
nains aurait pu conduire l'Angleterre à une ré- 
olution. L'honneur de cette solution pacifique 
ppartient à tous les membres du cabinet whig , 
lais à aucun autant qu'à lord Grey, dont la 
onduite durant la crise fut admirable de calme 
t de fermeté. 

Le premier parlement réformé se rassembla 

! 29 janvier 1 833 , et ses premières mesures 

irent l'abolition de l'esclavage colonial, l'aboli- 

on du monopole de la Compagnie des Indes 

dentales, la réforme de l'Église anglicane d'Ir- 

mde, et la réforme delà loi des pauvres. Au 

lilieu de son triomphe , le cabinet whig portait 

1 lui le germe d'une prochaine dissolution. Les 

rogrès mêmes de sa politique devaient marquer 

laque jour d'une manière plus tranchée, et 

ifm rendre inconciliables les différentes nuances 

lii le composaient. En mars 1 833 lord Durham 

3nna sa démission , pour cause de santé. A la 

a de mai 1834 lord Stanley (maintenant comte 

erby), sir James Graham, le comte de Ripon 

; le duc de Richemond , refusèrent de s'associer 

des mesures qui selon eux portaient atteinte 

l'Église anghcane, et ils quittèrent le ministère. 

^ comte Grey lui-même n'attendait qu'une oc- 

isioVi d'abandonner avec honneur la carrière 

)litique. 11 la trouva dans de graves dissi- 

înces qui survinrent au sein du cabinet à propos 

î l'Irlande. Le comte Grey croyait à la nécessité 

î maintenir dans cette contrée le coercion 

II; plusieurs de ses collègues, au contraire, 

ir nn^., ^ , "^nt pour O'Connel, auraient voulu 

!i adoucir les dispositions les plus rigoureuses. 

; secret de ce dissentiment fut livré à O'Con- 

il (voy. lord Spencer), qui fit aussitôt contre 

premier ministre des sorties violentes. Lord 

rey, malgré son dédain de grand seigneur pour 

igitateur de Z'JrZande, ne pouvait rester insen- 

bie à ces attaques, et ne trouvant pas dans ses 

'llègues d'appui assez dévoué, il résigna le pou- 

)ir,le9juilletl834. Pendant un an ou deux après 

sortie de charge il parut encore de temps en 

mps à la chambre des lords, puis il rentra 

ut à fait dans la retraite, qu'il avait toujours 

mée , et où il passa, au milieu d'une nombreuse 

mille, les dix dernières années de sa vie. Il 

ourut dans sa quatre-vingt-deuxième année, 

issant un des noms les plus honorables et les 

us honorés de l'histoire parlementaire de l'An- 

eterre. Érainent parle caractère et les lumières, 

«1 comte Grey porta soit dans la conduite de 

)pposition, soit au pouvoir, un trop vif désir 

indépendance , une réserve trop hautaine, une 

rtaine inhabileté à manier les hommes ; aussi 

■ec de grandes qualités ne fut-il pas un grand 



homme d'État, et parut-il plus propre à honorer 

aon parti qu'à le diriger. 

Grey avait épousé, le 18 novembre 1794, Marie- 
Élisabeth, fille unique du très-honorable William 
Brabazon-Ponsonby. 11 eut d'elle dix fils et six 
filles. Sa veuve, huit de ses fils, et quatre de ses 
filles lui ont survécu. Léo Joubert. 

Penny Cyclopœdia {bioyraphy). —Rose, New gênerai 
Bioyraphieal Dictionary. — Monthly Magazine, 1831. — 
Mérivale, dans la Revue des Deux Mondes, IS décembre 
1836. — Revue Britannigue, 1846. — Roebuck , History 
of the Whig Party 0/1830; Londres, 18S2. — Edinburgli 
àeview , avril 1852. — Harriet Martineau , History of 
Thirty Yeurs' Peacc. 

^ GREY (Henry-Georges, comte de), lord Ho- 
wiCK , homme d'Etat anglais , fils aîné du pré- 
cédent, naquit en 1802. Il entra au collège de 
Trinity à Cambridge. Il fut envoyé à la chambre 
des communes en 1829parWinchelsea,ety siégea 
en 1830 comme représentant de Higham-Ferrars. 
A la formation du ministère de son père, il fut 
nommé sous-secrétaire des colonies; mais en 
1833 il donna sa démission, ne voulant pas con- 
courir à l'exécution des projets de lord Stanley 
(aujourd'hui comte de Derby) pour l'émancipa- 
tion des esclaves. Il occupa successivement pen- 
dant une courte période le poste de sous-secré- 
taire de l'intérieur, et à la formation de l'admi- 
nistration Melbourne, en 1835, il devint secré- 
taire du département de la guerre. En 1841, après 
avoir échoué auprès des électeurs du Northum- 
berlandshire, qu'il avait représenté pendant dix 
ans, il fut élu membre du parlement par Sun- 
derland, vint siéger dans les rangs de l'opposi- 
tion, et sut gagner la réputation d'un homme 
d'État aussi sage qu'habile. En 1845 il succéda 
à son père comme comte de Grey, siégea 
alors à la chambre des pairs, et occupa en 
1846 le poste de secrétaire d'État des colonies 
dans le cabinet de lord John Russell. En 1852 il 
quitta le ministère avec ses collègues, publia 
un long mémoire justificatif ( 2 vol. in-4°) sur 
son administration, qui avait été l'objet de nom- 
breuses critiques , et entra en opposition contre 
lord Derby. Après la dissolution du nunistère de 
la coalition, il fut désigné comme ministre de la 
guerre ; mais il refusa ce poste , parce qu'il ne 
regardait pas la guerre de l'Orient « comme juste 
et nécessaire ». Il développa à ce sujet ses vues 
dans un long discours , prononcé à la chambre 
des lords le 25 mai 1855. M. Gacdin. 

Men of the time. 

*GRÉziJV {Jacques), poète français, vers le 
miheu du seizième siècle. Il fut curé de Condac 
et vicaire général du cardinal de La Bordaizière, 
évêque d'Angoulême; on manque de détails sur 
sa vie, et il est resté si peu connu qu'il n'est 
nulle mention de lui dans les écrits des an- 
ciens bibliographes (La Croix du Maine, lin 
Verdier, les frères Parfaict, etc.). Il est auteur 
d'une composition dramatique, véritable mora- 
lité, sans distinction d'actes ni de scènes , im- 
primée à Angoulême, en 1565, in-4", et intitulée : 
Advertissement /ait à l'homme par lesjléaux 



19 



GRÉZIN — GRIBEAUVAL 



de Nostre-Seigneur ; ces fléaux sont la famiae, 
la peste et la guerre qui frappent l'homme pé- 
cheur et l'amènent à se convertir. A la suite de 
cette production on trouve des Sonnets lamen- 
tables de notre mère sainte Église, et Vers \ 
lamentables en /orme de dialogue pour chan- 
ter en Vhonneurde Dieu. Cette œuvre n'a d'autre 
mérite que celui de la rareté : elle était si re- 
cherchée des bibliophiles que M. de Soleinne, qui 
n'avait rien épargné pour former une bibliothèque 
dramatique française complète, avait dû se con- 
tenter de posséder une copie manuscrite et mo- 
derne de VAdvertissement du bon curé de 
Condac. G. B. 

Bibliothèque du Théâtre français, t. I, p. 178-180. 

GRiBALOi {Matthieu ), jurisconsulte italien, 
né à Chieri (Piémont), au commencement du 
seizième siècle, mort en septembre 1564. Sur 
le titre de quelques-uns de ses ouvrages il prend, 
on ne sait pourquoi, le nom de Mo/a. Après s'être 
appliqué à l'étude de la jurisprudence, il ensei- 
gna cette science successivement à Pise , à Pé- 
rouse, à Pavie, à Toulouse et enfin à Valence, 
où il fut appelé en 1541. Sept ans après il fut 
chargé d'une chaire de droit à l'université de 
Padoue; il y professa avec tant de succès que 
la salle des cours ne pouvait pas contenir le 
grand nombre d'étudiants qui affluaient pour l'en- 
tendre. Vers 1550, Gribaldi embrassa secrète- 
ment la réforme ; craignant d'être poursuivi , il 
quitta sa patrie cinq ans après. Il se rendit à 
Genève, où il eut une conférence avec Calvin ; ce 
dernier ne voulut pas lui donner la main avant 
qu'il n'eût fait une profession de foi orthodoxe 
sur l'article de la Trinité. Gribaldi se retira in- 
continent, sans vouloir s'expliquer ; sur quoi Cal- 
vin le menaça d'une fin malheureuse, à ce que 
dit Théodore de Bèze. Pendant quelque temps 
il professa le droit à l'université de Tubingue ; 
mais ayant laissé apercevoir qu'il était de la 
secte des anti-trinitaires , il se rendit dans sa 
terre de Farges près de Genève, afin de ne pas 
être inquiété par les autorités luthériennes. Lors 
d'un séjour qu'il fit à Berne, il fut arrêté pour 
avoir parlé contre la Trinité ; il ne fut relâché 
qu'après avoir fait solennellement abjuration 
des principes sociniens, ce qui ne l'empêcha pas 
de rester attaché à ses premières opinions. Il 
donna l'hospitalité à Valentin Gentilis , lorsque 
ce derrtier fat exilé de Genève. Calvin méditait 
sa perte; et selon Théodore de Bèze Gribaldi 
n'aurait pas échappé au supplice si la peste ne 
l'avait emporté. On a de lui : De Methodo ac 
ratione studendi in Jure civili; Lyon, 1544 
et 1556, in-16; ibid., 1574, in-8° : dans cet ou- 
vrage, composé en huit jours, Gribaldi soutient 
qu'un bon jurisconsulte doit avoir une connais- 
sance approfondie de l'histoire ; — Recentiorcs 
Jureconsulti singuli singulis distichis com- 
prehensi, inséré dans le Catalogus Jureeon- 
sultorum vclerum de Madamar, Bâle, 1545, 
in-4°, ainsi que dans l'édition du traité- de 



50 

Pancirole De Claris Legum Interpretihus, don- 
née par Hoffmann à Leipzig en 1721 ; — Com- 
mentarius in § Vulgo ad legem Falcidiam; 
Pavie, 1548, in-8°; — Epistola in mortem 
Francisci Spieras , insérée dans le recueil de 
Cœlius secundus Curio, ayant pour titre : Fr. 
Spierœ, qui quod susceptse evangelicae verita- 
tis pro/essionem abnegasset , in horrendam 
incidit desperationem, Historia; Bàle, 1550, 
in-8°; — De jure fi.sci subtiles ac perutiles 
Interpretationes ; Venise, 1552,in-8° ; — Com- 
mentaria in aliquot prœcipuos Digesti, in- 
fortiati, novi et codicis , titulos ; Francfort, 
1 567, in-fol. ; — Deomni Génère Homicidii; 
Spire, 1583 et 1592, in-8°. Les ouvrages de Gri- 
baldi se distinguent par une grande largeur de 
^ues; dans ses interprétations il recherche bien 
plus l'équité naturelle que la stricte lettre de 
la loi. E. G. 

Bayle, Diction. — Nicéron, Mémoires, t. XL(. — Pa- 
padoli, Ilist. Gymnasii Patavini, t. 1 , p. 252. — Sandius, 
/nbl. Anti-Trinitaria.-ç.il, — Beyer, Kotitia Auctorum 
Juridicorum. — Gerdes , Italia reformata, p. 276. — Ti- 
raboschi, Storia délia Lett. Ital., t. VII, part., II, p. 139. 

GRIB4N. Voy. Gresban. 

GKiBEAUVAi. {Jean-Baptiste^ kf^xiEri^ de), 
général français, né à Amiens, le 15 septembre 
1715, mort à Paris, le 9 mai 1789. Entré en 
1732, comme volontaire, dans le régiment royal 
artillerie, il fut trois ans après nommé officier 
pointeur. Il s'occupa particulièrement de la 
partie des mines, et en 1752 il devint capitaine 
du corps des mineurs. Sa réputation était si bien 
établie que le comte d'Argenson , ministre de la 
guerre, le choisit pour aller étudier l'artillerie 
prussienne, dans laquelle on venait d'introduire 
le système des pièces légères attachées aux ré- 
giments d'infanterie. Gribeauval remplit cettti 
mission d'une manière utile, et rapporta des mé- 
moires sur cet objet et sur l'état des frontières 
et des fortifications qu'il avait visitées. Promu 
au grade de lieutenant-colonel en 1757 , il passa 
au service de l'Autriche, sur la demande de 
Marie-Thérèse. Il fut nommé général de bataille, 
commandant le génie, rartillerie et les mi- 
neurs , et servit en cette qualité pendant la guerre 
de Sept Ans. Il dirigea les opérations du sfége de 
Glatz, et par ses savantes dispositions il facilita 
la prise de cette ville, clef de la Silésie. Sous 
le comte de Guasco, il fut chargé des opéra- 
lions relatives à la défense de Schweidnitz, dont 
Frédéric II était venu lui-même faire le siège. 
« Cette place, un des plus forts remparts de la Silé- 
sie, dit le colonel Carette, avait été prise le T"" oc- 
tobre 1761, après deux jours d'attaque , sur une 
garnison de 3,000 Prussiens, par l'habile et au- 
dacieux maréchal Laudhon, à la tête d'iuie divi- 
sion autrichienne. L'année suivante (1762), Fré- 
déricll voulut reprendre Schweidnitz : il chargea 
le major Lefebvre, ingénieur prussien d'un grand 
mérite, de la direction dos travaux de mines 
par lesquels il comptait s'emparer promplement 
de la place. » Gribeauval la défendait avec onze 



iio 



21 



GRÏBEAUVAL 



2-2 



mille Autrichiens^ La tranchée fut ouverte le 
6 août, et le 13 Frédéric écrivait au marquis 
d'Argens ; « Mon entreprise sur Schweidnitz va 
jusque ici à merveille ; il nous faut encore onze 
jours heureux , et notre épreuve sera remplie. » 
Vingt-trois jours- s'étaient écoulés lorsque, le 
6 septembre, le roi de Prusse écrivait au même 
marquis d'Argens : « Je suis aussi maladroit à 
prendre des places qu'à faire des vers. Un certain 
Gribeauval, qui ne se mouche pas du pied, et 
10,000 Autrichiens nous ont arrêtés jusqu'à pré- 
sent. Cependant , le commandant et la garnison 
sont à l'agonie ; on leur donnera incessamment 
le viatique. » Il s'était engagé en effet une guerre 
souterraine, dans laquelle Gribeauval prolongeait 
sa défense par une grande supériorité de moyens. 
[I avait perfectionné les globes de compression 
inventés par Bélidor, et par leur emploi il empê- 
chait les travaux de l'assiégeant d'avancer. Le 
26 septembre Frédéric écrivait : « Je vous avais 
annoncé avec trop de présomption la fin de notre 
siège. Nous y sommes encore; les mines nous 
[)nt beaucoup arrêtés... Il nous faut employer 
six semaines à reprendre une place que nous 
avons perdue en deux heures. Je ne veux plus 
Ure, prophète ni vous annoncer le jour de la 
réduction; je crois que cela pourra durer encore 
quelques jours. Le génie de Gribeauval défend 
la place plus que la valeur des Autrichiens. Ce 
sont des chicanes toujours renaissantes qu'il nous 
fait de toutes les façons. Je suis obligé de faire 
ici le métier d'ingénieur et de mineur; il faut 
bien que nous réussissions à la fin. « Ces chi- 
canes se multipliaient si bien que le siège dura 
jusqu'au 9 octobre 1762. Une grenade étant tom- 
bée sur un magasin à poudre, il sauta et ren- 
versa un bastion entier. L'assaut devenait dès 
lors possible, et la garnison capitula, après 
soixante-trois jours de tranchée ouverte, dont 
quarante-neuf depuis le commencement de l'at- 
taque par les mines. Lorsque la garnison fut 
présentée à Frédéric, ce prince refusa de voir 
Gribeauval ; cependant, il le reçut plus ta.d à sa 
table, et le combla d'éloges. 

En 1762 l'impératrice nomma Gribeauval feld- 
maréchal heiitenant. Après la conclusion de la 
paix, il fut rappelé en France par le duc de Choi- 
seut, nommé maréchal de camp et bientôt après 
inspecteur général de l'artillerie. En 1765 il fut 
promu lieutenant général, et premier inspecteur de 
l'artillerie en 1776. On doit à Gribeauval la rédac- 
tion de l'ordonnance de 1764 qui fixa la propor- 
tion des troupes de l'artillerie relativement à 
la force des armées et détermina son emploi ; on 
lui doit encore l'étaWissement des écoles d'artil- 
lerie sur un excellent pied ; la formation du corps 
des mineurs, dont il eut le commandement par- 
ticulier ; le perfectionnement des manufactures 
d'armes, forges et fonderies ; les nouvelles pro- 
portions assignées aux calibres des bouches 
à feu ; de nouvelles batteries de côtes avec des 
affûts de son invention ; l'aboUtion de la cham- 



bre porte-feu dans l'âme des canons, qu'il rendit 
parfaitement cylindrique; le changement de 
place des tourillons, fortifiés par des embases; 
l'adoption du grain de lumière, morceau de 
métal percé d'un trou pour conduire le feu, 
moins fusible que le bronze , vissé à froid dans 
la pièce, et facilement remplaçable ; la réduction 
de la charge de poudre au tiers du poids des 
projectiles, et de la longueur des pièces de cam- 
pagne à 17 fois le calibre; la réduction des 
épaisseurs des pièces de bataille à "/j* de cali- 
bre à la lumière, Vs aux tourillons, Vi à la nais- 
sance de la volée, ^/& à la partie la plus faible ; 
en sorte que le poids des pièces de siège devint 
environ 250 fois celui de leur boulet, et celui 
des pièces de campagne 150 fois celui de leur 
projectile ; un nouvel ordre établi dans les arse- 
naux de construction , et la plus parfaite uni- 
formité dans toutes les pièces des trains d'ar- 
tillerie ; enfin, il fit adopter ses projets relatifs à 
l'artillerie de campagne, dont il avait pris la pre- 
mière idée en Prusse et qu'il avait améhorée du- 
rant la guerre de Sept Ans. 

« Les perfectionnements introduits dans la 
tactique par le grand Frédéric, dit M. Thiroux, 
rendaient l'ancienne artillerie trop lourde pour 
suivre le mouvement des troupes. Ce prince, 
et bientôt après les Autrichiens, remédièrent à 
cet inconvénient en créant une artillerie de cam- 
pagne composée de canons et d'obusiers légers ; 
mais les Français se bornèrent à adopter la 
pièce de 4 légère, et conservèrent leur ancienne 
artillerie. Cependant, cette artillerie ne répondait 
plus au besoin de l'époque. Vainement on avait 
élargi les pièces de 8 au calibre de 12, et 
celles de 12 au calibre de 16, le canon de ba- 
taille était toujours en retard, et il n'y avait que 
les pièces de 4 , attachées aux bataillons, qui 
pussent suivre le mouvement des lignes. Dans 
cet état de choses, Louis XV ayant rappelé le 
général Gribeauval du service d'Autriche, cet 
officier proposa bientôt un nouveau système 
d'artillerie, bien supérieur à tout ce qui existait 
alors en Europe. Ce système, longtemps re- 
poussé par les partisans de l'ancienne artillerie, 
fat enfin adopté en 1765. Dans le système Gri- 
beauval, l'artillerie de campagne se compose de 
trois calibres : du canon de 4 ; du 8, qui est le 
canon de bataille; du 12, qui est celui de ré- 
serve, et d'un obusier de 6. Ces bouches à feu, 
près de moitié moins lourdes que celles de siège, 
donnent -des portées suffisantes pour le service 
auquel elles sont destinées; les affûts sont légers 
et roulants; les caissons et les voitures sont 
perfectionnés dans toutes leurs parties. Les atte- 
lages sont à l'allemande, c'est-à-dire que les 
chevaux sont sur deux files, ce qui raccourcit les 
colonnes et rend le tirage plus facile. L'artillerie 
de siège se compose de canons de 24, de 16, 
de 12 et de 8; d'obusiers de 8 pouces, de mor- 
tiers de 12 pouces, de 10 pouces ordinaires, de 
iO pouces à grande portée, de 8 pouces et de 



23 



GRIBEAUVAL — GRIEBNER 



24 



pierriers de 15 pouces. Les affûts de siège ont 
des avant-trains à la limonière. Les canons de 
24 et de 16, ainsi que les mortiers et pierriers, 
ne peuvent voyager sur leurs affûts , et sont 
portés sur des chariots à quatre roues, attelés à 
l'allemande. Il y a des affûts particuliers pour 
la défense des places et pour la défense des 
côtes ; ces affûts ne sont propres qu'à ce genre 
de service ; les mortiers ont des affûts en fonte. 
Enfin, tout est calculé de manière à produire le 
plus grand effet avec la dépense et les dimen- 
sions les plus petites possibles. » En 1803 Napo- 
léon allégea son artillerie de campagne, et la 
réduisit à deux calibres, le 12 et le 6. Il adopta, 
à l'imitation des étrangers , deux obusiers, l'un 
de 6 pouces, et l'autre de 24. Après la restaura- 
tion on en revint provisoirement au système de 
Gribeauval ; mais un comité d'officiers d'artillerie 
s'occupa de créer une nouvelle artillerie en 
harmonie avec les progrès de la tactique mo- 
derne. 

Une réforme apportée dans les fusils de l'in- 
fanterie fut pour Gribeauval une cause indirecte 
de désagrément. Bellegarde, lieutenant-colonel 
agissant sous la direction de son chef, prit sur 
lui d'opérer ce changement. Le ministre trou- 
vant dans cette réforme le moyen de faire 
passer des armes aux insurgés de l'Amérique, 
l'avait secrètement ordonnée. Un cons«eil de 
guerre assemblé aux Invalides blâma cette opéra- 
tion; mais Louis XVI, qui venait de monter sur 
le trône , fit terminer l'affaire à l'avantage de 
Bellegarde, et Gribeauval reprit dans son corps 
toute son influence : le roi le nomma gouverneur 
de l'Arsenal ; Gribeauval jouit peu de temps de 
cette dignité. Les premiers mouvements de la révo- 
lution excitèrent son indignation, et il ne craignait 
pas de l'exprimer d'une manière énergique. La 
mort ne lui laissa pas le temps d'en voir tous 
les excès. 

Les travaux de Gribeauval sont consignés 
dans un ouvrage intitulé : Tables des cons- 
truetions des principaux attirails de Var- 
tillerie, proposées et approuvées depuis 1764 
msqu''en 1789, par M. de Gribeauval, exécu- 
tées et recueillies par M. de Manson, maré- 
chal de camp, et par plusieurs autres offi- 
ciers du corps royal d'artillerie de France, 
imprimées et gravées par ordre du roi ; Paris, 
1792, 3 vol. en 4 parties, in-fol., avec 125 pi. Le 
faux titre imprimé porte : Règlement concer- 
nant les fontes et constructions derartillerie 
de France.""- Cet ouvrage, dit M. Qucrard, n'a 
été tiré qu'à cent-vingt exemplaires seulement, 
dont le gouvernement s'est réservé la distribu- 
tion ; aussi, lorsqu'il en passe dans les ventes , 
sont-ils vendus à des prix élevés. » On cite un 
exemplaire, ayant appartenu au 'général Pom- 
moreul, qui s'est vendu 2,000 fr. Le volume 
publié sous le titre de Colleclion de Mémoi- 
res authentiques qui ont été présentés à 
messieurs les maréchaux de France, 1744, 



in-8°, contient quelques pièces de Gribeauval. | 

L. LOUVET. 
Marquis de P... ( Puységur ), notice dans le Journal de 
Paris, suppl. du s Juillet 1789. — Gaucher de Passac, 
Précis sur M. de Gribeauval; 1816, in-8°. — Louis Na- 
poléon Bonaparte, Manuel d'artillerie. — Thiroux , 
Encycl. des Connaissances utiles, art. Artili,erie. — 
Quérard, La France littéraire. 

GRiBOTÉDOF ( Alexandre ), poète et diplo- 
mate russe, né en 1795, mort le 24 février 
1829. Il servit pendant la campagne de 1812, 
et se fit plus tard connaître par une comédie 
intitulée : L'Esprit emmène le chagrin , 
où il fait spirituellement ressortir certains 
ridicules de la vieille société de Moscou; il 
promettait de conquérir une place importante 
dans la littérature russe, lorsqu'il périt au service 
de son pays, dans une terrible catastrophe. En- 
voyé à Téhéran, en qualité de ministre plénipo- 
tentiaire , pour surveiller l'exécution du traité 
de Tourkmantschay, Griboyédof fit arrêter deux 
Arméniennes, soumises par ce traité à l'extradi- 
tion. Ces femmes parvinrent à s'évader et à sou- 
lever la populace contre l'ambassade russe. 
Cent gardes du scliah et une vingtaine de co- 
saques la repoussèrent d'abord en faisant feu sur 
six émeutiers. Les six cadavres furent exposés 
dans six mosquées différentes, et les mollahs 
appelèrent tous les musulmans à venger ces vic- 
times des infidèles Moscovites. Aussitôt trente 
mille individus se ruèrent sur l'hôtel de la lé- 
gation, et y massacrèrent impitoyablement Gri- 
boyédof avec tous ceux qui s'y trouvaient, à 
l'exception de son secrétaire, M. Maltzof , qui 
parvint à se sauver. P'='' A. G — n. 

Le prince Elira Mestcherskl, Les Poètes russes. 

* GRIEBNER ( Michel- Henri ), jurisconsulte 
allemand , né à Leipzig, le 14 octobre 1682 , 1 
mort le 19 février 1734. Après avoir étudié la 
théologie et ensuite la jurisprudence à l'univer- 
sité de sa ville natale , il fut nommé en 1707 
professeur de droit romain à Wittemberg. En 
1717 il devint conseiller de justice et archiviste 
à Dresde, et en 1726 professeur de droit à Leip- 
zig. On a de lui : Principiorum Jurisprudentix 
naturalis Libri quatuor; Wittemberg, 1710, 
in-4°;ibid.,1715, 1718, 1725, 1732 et 1774, in-8": 
cet ouvrage ne contient pas uniquement des consi- 
dérations philosophiques ; on y trouve des ré- 
flexions pratiques sur des changements à opérer 
dans la législation ; — Observationes de Vicariis 
Imperiï ; Wittemberg, 1 7 1 1 , in'4° ; — X>e liepcti- 
tione tormen torum confessoinfitiante; Wittem- 
berg, 1714 et 1735, in-4°: Griebner y passe en 
revue^onfes les opinions émises jusqu'à ce jour 
surla légitimité de la torture; — De. VsuTormen- 
torum apud Athenienses ; Wittemberg, 1714, 
in-4"; — De Terris Jiiris Saxonici; Wittem- 
berg,- 1711, in-4°; — Observationes de Sigillo 
majestatis Saronico; Wittemberg, 1712, in-4''; 
— Principia Processus judiciarii ; Halle, 1714, 
in-8"; ibid., 1719, in-8° ; léna, 1728, 1733, 
1743 et 1769, in-8°; — X>e Prxjudiciis Prin- 



25 



GRIEBNER — GRIESBACH 



26 



ciimm Imperii ex abusu juris Justinianei ; 
Wittemberg, 1715, in-4° ; — Opuscula Juris 
publici se^ecte; Leipzig, 1722, in-4°; — De 
sub-feudorum Imperii, qum olim immediata 
feuda fuerunt, Prxrogativa; Leipzig, 1728 
et 1742, in-4°; — Ad Caroli IV Auream Bul- 
larn; Leipzig, 1728, in-4°; — De Feudis Im- 
perii masculinis, non fœmininis; Leipzig, 
1734, in-4° ; — Principia Jurtspi'udentiœ pri- 
vatx ilhistris; Gœttingue, 1736, in-8° ; Gotha, 
1745, in-S". Griebner a encore publié cin- 
quante-trois dissertations sur divers points de 
droit; la liste s'en trouve dans le Lexikon 
litteraturas Academico - Jurïdicae , publié à 
Leipzig par Weigel. E. G. 

Jenlchen, Programma in Griebneri funere ; Leipzig, 
1734, in-fol. — Acta Eruditorum , année 1734, p. 372. 
— Acta Jureconsultorum; Wittemberg;, 1734, pars 11, 
p. 147. — C.-Ot. Rechenberg, Oratio parentalis Grieb- 
nero dicta ,■ Leipzig, 1738, in-fol. 

l GRIEPËNKËRL (/i'oôerO, littérateur suissB, 
né eu 1810, à Hofwyl, dans le canton de Berne. 
Il a été professeur de littérature allemande à 
Brunswick. Ses principales publications sont : 
Das Musiltfest oder die Beethovener ( La 
Fête musicale, ou les partisans de Beethoven ) ; 
Leipzig, 1838 et 1841; — Ritter Berlioz in 
Braunschweig (Le chevalier Berlioz à Bruns- 
wick); Brunswick, 1843; — Die Oper der Ge- 
genwart (L'Opéra contemporain); Leipzig, 
1847 ; — Der Kunstgenius der Deutschen Li- 
teratur im letzten Jahrhundert ( Le Génie ar- 
tistique de la littérature allemande dans le der- 
nier siècle); Leipzig, 1846; — Maximilian 
Robespierre, tragédie; Brème, 1851;— Die 
Girondisten (Les Girondins). W. R, 

Conversations-Lexikon. 

GUiERSON ( Constantia ) , Irlandaise cé- 
lèbre par son savoir, née de parents pauvres, à 
Kilkenny, en 1706 , morte en 1733. Elle reçut 
quelques leçons d'un curé de sa paroisse; mais 
elle dut surtout à son propre travail de con- 
naître le grec, le latin, l'iiistoire, la théologie, la 
jurisprudence , la philosophie , les mathémati- 
ques, et môme un peu d'hébreu. Elle épousa 
GeorgesGrierson, imprimeur de Dublin, et obtint 
poi»' lui, de lord Carteret, lord lieutenant d'Ir- 
lande, un brevet d'imprimeur royal. Lord Car- 
terct voulut que le nom de Constantia Grierson 
fût inséré dans le brevet. Comme témoignages 
diB savoir de Constantia, il nous reste une bonne 
édition de Tacite, avec une dédicace à lord Car- 
teret, une édition de Térence avec une dédicace 
st une épigramme grecque , adressées l'une et 
l'autre au lils de lord Carteret. On a aussi d'elle 
liverscs pièces de poésie anglaise, dans le Re- 
::ueil de Poésies de Mary Barber et dans les 
Mmwires de Létitia Pilkington. Z. 

HnlljFrt , Memnirs. — Cibber, Lices. - Préface des 
l'onm (le Mss. Barber. — Chaliuers, General Biographical 
Oietionary. 

cuiKSKAcn { Jean- Jacques ) , théologien 
protestant et célèbre critique biblique, né à 
Biizbach (Hcsse-Darmstadt), le 4 janvier 1745, 



et mort à léna, le 24 mars 1812. Peu de temps 
après avoir achevé ses études de théologie, il 
parcourut l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre 
et la France, pour collationner des manuscrits 
du Nouveau Testament, dans le dessein de tra- 
vailler à une révision raisonnée du texte sacré. 
Trois années furent consacrées à ces voyages 
scientifiques. En 1773 il fut nommé professeur 
de théologie à Halle ; trois ans après il passa 
avec le même titre à l'université de léna. Gries- 
bach a continué avec le plus grand succès l'œuvre 
commencéeparlesMill,lesBenge], les Wetstein, 
pour la révision du texte du Nouveau Testament. 
Sa méthode, son système, les résultats auxquels 
il arriva , ont trouvé des contradicteurs , entre 
autres Mattheei ; cependant ses travaux ont ac- 
quis une autorité presque décisive , et le texte 
tel qu'il l'a rétabli est celui qui est aujourd'hui 
le plus généralement adopté. Les principes d'a- 
près lesquels il a opéré sa révision du texte 
sont aussi simples que rationnels. Après avoir 
observé que la valeur d'une variante ne dépend 
pas du nombre de manuscrits en sa faveur, 
puisque des manuscrits faits d'après une même 
copie ne donnent, en réalité, quelque nombreux 
qu'ils puissent être, qu'un seul et unique témoi- 
gnage, il chercha à classer tous les documents 
qui peuvent servir à faire connaître le texte pri- 
mitif, tels que manuscrits, versions anciennes, 
citations du Nouveau Testament dans les Pères de 
l'Éghse. L'étude qu'il fit de ces divers documents, 
par rapport au but spécial qu'il se proposait, le 
conduisit à les ranger en quatre familles. La 
première, qu'il appela récension occidentale, em- 
brasse les manuscrits, les versions et les Pères la- 
tins ; la deuxième, qu'il désigna du nom de récen- 
sion alexandrine , est représentée par tous les 
documents et tous les écrivains de l'Egypte ; la 
troisième, à laquelle il donna le nom derécension 
consiantinopolitaine , comprend une foule de 
manuscrits dont les plus anciens datent du qua- 
trième siècle ; ce sont ceux qui ont été suivis, à peu 
de chose près , par les premiers éditeurs du Nou- 
veau Testament; le texte qu'elle donne est celui 
qui forme le texte reçu ; enfin, la quatrième est for- 
mée de documents peu nombreux, mais impor- 
tants , tels que la version syriaque connue sous le 
nom de Peschito, et les citations des Évangiles 
dans Chrysostome. Chacune de ces quatre familles 
contenant à peu près un texte uniforme, tous les 
documents appartenant à l'une d'elles ne peuvent 
valoir que pour un seul témoignage. S'appuyant 
ensuite sur cette classification et sur les consé- 
quences qu'il en fit naturellement sortir, Griesbach 
posa quelques principes pour la discussion des 
variantes, principesdont les deux plus importants 
sont r qu'on ne doit jamais admettre de variante 
sans l'autorité positive d'une récension au moins, 
et 2° que l'autorité d'une leçon est en raison in- 
verse de la probabilité d'altération. Enfin, après 
ces travaux prcfiminaires, il entreprit la discussion 
critique de chaque mot du Nouveau Testament et 



27 GRIESBACH 

nota sur chaque variante sou degré de probabi- 
lité. 11 a exclu du texte ordinaire quelques mots 
contre lesquels toutes les preuves critiques s'ac- 
cordent et quelques autres qui étaient condamnés 
sur les principes qu'il avait posés, et il y a admis 
quelques variantes que les documents historiques 
aussi bien que ses principes lui faisaient regarfler 
comme la leçon véritable et primitive. Le résul- 
tat de ce travail fut une édition du Nouveau 
Testament grec, qu'il publia sous ce titre : No- 
vmn Testamentum ; grœcum textum adfidem 
codd. verss. et Patrum recens, et lection. va- 
rietatum adjecit J.-J. Griesbach;Ea.\le, 1771 
et 1775, 2 vol. in-8°, avec des Prolégomènes, 
dans lesquels il expose son système. Les autres 
ouvrages où il fait connaître les principes de sa 
méthode ont pour titres : Dissert, de Codi- 
cibus quatuor Evangeliorum Orlgenianis ; 
pars la, Halle, 1771, in-4°; — Dissert, curarum 
in historiam textus grœci Epistolarum Pau- 
Unarum, spécimen primum; Jéna, 1777, 
in-4'- ; — Stjmbolse criticœ ad supplendas et 
corrigendas varias Nov. Test, lectiones; acce- 
dit multorum Nov. Test, codicum grœcorum 
descriptio et examen; Halle, pars 1% 1785, 
pars n% 1793, 2 vol. in-8°; — Commentarius 
criticus in textum grœcum Nov. Test.; léna, 
pars F, 1798, pars n% 1811, 2 vol. in-8°; _ 
Bemerkungen uber HetzeVs Vertheid. der 
JEchtheit der Stelle S. Joh.v. 7 (Remarques 
sur la défense de l'authenticité de saint Jean, 
V. 7, par Hetzel); Giessen, 1793, in-8°. La ré- 
ponse de Hetzel se trouve à la suite de l'écrit 
de Griesbach. On a encore de ce célèbre théolo- 
gien : Dissert, de fide historica , ex ipsa re- 
rutn quœ narrantur natura judicanda; 
1764, m-i°; — Dissert, historico-theologica, 
locos theologicos, ex Leone max. pontifice 
Romano, sistens; Halle, 1768, in-4"f— Syn- 
opsis Evangeliorum Matthœi , Marci et 
Lucx, una cum Us Johannis pericopis quœ 
historiam passionis et resurrectionis Jes- 
Christ. complect.; Halle, 1774-1775, 2*= part., 
in-8° : plusieurs édit.; — De vera notione vo- 
cabuli 7tveù(xa in cap. VI H Epistolœ ad Ro- 
manos;Um\, 1776-1777, T part.,iQ-4"; — 
Programma de fonlibtis unde evangelistœ 
suas de resurreclione Domini narrntiones 
hauserint; léna, 1784, in-4°; _ Anleiiung 
zumStudium der popul. Dogmatik, beson- 
ders fur kiinftige Reiigionslehrer ( Jntrod. à 
l'élude de la Dogmatique i)opulaire, en particu- 
lier pour ceux qui auront à enseigner la reli- 
gion ) ; léna, 1785, in-8° ; plusieurs éditions : 
ouvrage remarijuable, qui exerça une grande in- 
fluence; — stricturarum in toc. de theo- 
pneustia tibror. sacr. ; Unix , 1784-1788, 
5 part., in-4°; — Progr. de imaginibtis judai- 
cis quibus auclor Epistolx ad Ilebrœos in 
describenda Messiœ provineia usas est; léna, 
1791-1 79S>, 2" part., in-4";— Vorlesungcnubcr 
die Jlermeneudk des N. T. mit Amoendung 



— GRIFFET 

auf die Leidens und Aufeistehungs^ 
Christi (Leçons de l'herméneutique diliisil 
Testament, avec une apph'cation à l'hisf iJt v" ' 
Passion et de la résurrection du Christ )i i i"'''" 
berg, 1815, in-8°, publié par J.-K.-S.| ''*'"'' 
— - Opuscula academica ; léna, 1 824, 2 ' 
publiés par J.-Ph. Gabier 

Michel Nic| 
Paulus, Heidelb. philoloçi. Annalen, 1812. -F 
(en allem.) sur la vie de J.-J. Griesbach, pajjj 
léna, 1818, ia-S"; par Augusti, Berlin, 1812, In 
Eiclistadt, léna. 1815, in-4°. 

GRiEsiNGEii ( Jean-Bîcrchard ) , 
teur luthérien, né le 17 décembre 1638, à 
mort le 15 juillet 1701. Aveugle dès 
trois ans, ce ne fut qu'à dix-neuf ans qu'i- . „, 
cida à entreprendre des études que le suc' ""' '' 
récompenser. Après avoir suivi les uni 
de Strasbourg et d'Iéna, il alla, en 1686, st 
Kœnigsberg, où il se fit connaître par 
lents de prédicateur. On a de lui : Disj. 
de conceptu quidditativo immutabï 
Dei; — De geniiina nominis tetragra. 
lectione. Il avait pour devise ces deux ve 

Tertius annus erat, qui me privabat ocellls; 
Sed aiea lux Jesu semper abunda fuit. 

W. 

Arnold, Erleîitertes Preussen. — JOcber, Alla 
Lex. 

* GRiEsiNGER ( Georges-Frédéric) , tl' 
gien allemand, né le 16 mars 1734, à Mar '**'''*' 
kenzimmorn, près Sulz , mort à Stuttga 
27 avril 1828. Fils d'un ministi'e protesta. F' ''^ 
fit ses études aux écoles de Blaubeuren "'* 
Bebenhausen et au séminaire théologiqi 
Tubingue, et obtint, en 1766, une place de p 
cateur à Stuttgard. Il employa son influence 
troduire un grand nombre de salutaires réfoi • 
dans l'administration des écoles et dos éai 1* -^ 



a te '■■ 



2,18' 



nouvelle tt 



sur l'a 



du royaume de Wurtemberg. Ses princi[f*»f 
ouvrages sont : Ein leiiung in die Schri) '"'''i 
des neuen Blindes (Introduction aux écrits j**' 
Nouveau Testament ) ; Stuttgard , 1 799, in-8" . 

Ueber die Authentie der Alttestamentn^»^^ 
schen Schrif/en ( De l'aulhenticité des écrits 
l'Ancien Testament) ; ibid., 1804, in-8''; — - jk' 
sâmmt lichen Schriften des alten und neuW 
Testaments in neuen Ueber setz^ung en viW 
schiedener Verjasscr ( Nouvelle traduction '* 
toute la Bible, fait(! par différents auteurs '# 
ibid., 1824, 2 vol. grand in-8° : ouvrage impoiu^ 
tant, dans lequel se trouvent i-éunis les- travail'*' 
do De Wette, Augusti, Michaelis, Mendeissohip 
Gcsenius, Eiclihorn, Hertholil , Jiisti , Morus 
Storr, Prciss (!t Wegschneidcr ; — Theolo/jiM 
dogmalica; ibid,, 1825, in-8"; — initia Theo\ 
logix moralis ; ibid., 1826, in-8". R. L. 

Docrlnjî, r;e/. Thcol. 

tiiiwvKtivmM (Pierre Schumacher, comte 

1)K ). Voy. SCHUMACUEU. \ 

GRIFFET ( Henri ) , historien et théologien 
français né à Moulins ( Bourbonnais ) , le 9 oc- 



GRIFFET 



30 



i 1698, mort à Bruxelles, le 22 février 1771. 
is dans la Société de Jésus en 1715, il fut 
ôt après chargé de suppléer le P. Porée 
ne professeur de belles-lettres au collège 
;-le-Grand, Plus tard il renonça à l'enseigne- 
, devint confesseur à la Bastille, et exerça la 
cation à Paris et à Versailles. Quoi qu'il 
înt aucun succès, il reçut cependant le titre 
■édicateur ordinaire du roi. Il défendit cou- 
sement son ordre, attaqué, et après la sup- 
ion des Jésuites en France, il se retira à 
îlles. Le Père Griffet a publié : Panégy- 
î de saint Louis; 1743, in-4°; — L'Année 
hrétien , contenant des instructions sur 
lystères et les fêtes, etc.; Paris, 1747, 
)1. in-12; nouv. édition, Lyon et Paris, 
1812, 18 vol. in-12 : la première édition est 
'me ; — Exercices de piété pour la com- 
on ; 1748, in-18: ouvrage continuellement 
l'imé ; — Histoire du Règne de Louis XII T; 
, 1758, 2 vol. in-4°, faisant aussi partie 
louvelle édition de VÈistoire de France du 
miel; — Méditations pour tous les jours 
année sur les principaux devoirs du 
tianisme; Paris , 1759, in-12 ; 1769,in-16 : 
ge encore souvent réimprimé; — Coup 
sur l'arrêt du parlement de Paris 
rnant l'institut des Jésuites; Avignon, 
2 parties in-8° ( avec le P. Menoux ) ; — 
nre concernant V institut , la doctrine 
tablissement des Jésuites en France; 
on, 1761; Rennes, 1762, in-12; — Mé- 
! sur l'établissement des Jésuites en 
ce; Rennes, 1762, in-8° -.— Exercices ou 
■es pendant la Messe; Paris, 1762, in-12; 
',ttre à M. X>*** sur le livre intitulé : 
'., ou de l'Éducation , par J.-J. Rous- 
; Amsterdam et Paris, 1762, in-12 (at- 
! au P. Griffet ) ; — Remarques sur un 
intitulé : Compte rendu des constitu- 
des Jésuites , par M. de La Ghalotais ; 
in-12; — Mémoire sur l' Institut et la 
ine des Jésuites; Rennes, 1763, in-8°; — 
eaux Éclaircissements sur l'histoire de 
3 , reine d'Angleterre, adressés à M Da- 
Hume; Amsterdam et Paris, 1766, in-12; 
aria Carmina; Liège, 1766, in-8°; — 
rmons pour l'Avent , le Carême et les 
ipales /êtes de l'année; Paris, 1766 ou 
4 vol. in-12 ; Liège, 1774, 3 vol. in-12; — 
nre de Tancrède de Rohan, avec quelques 
■s pièces concernant l'histoire de France 
histoire romaine; Liège, 1767, in-12; 
•aité des différentes sortes de preuves 
zrvent à établir la vérité dans l'histoire ; 
, 1769, in-12; réimprimé l'année suivante, 
, avec augmentation de deux chapitres, 
: De la vérité dans les généalogies ; 
e De la vérité dans les harangues râp- 
es par les historiens. On y ajoute sou- 
laRéponse de Saint-Foixetrecueildetoitt 
i u été écrit sur le prisonnier masqué; 



Londres (Paris), 1770, in-12 (1)'; — Histoire 
des Hosties miraculeuses; Bruxelles, 1770, 
in-S"; — Vlnsuffisançe de la religion natu- 
relle , prouvée par les vérités contenues dans 
les livres de l'Écriture Sainte; Liège et Paris, 
1770, 2 vol. in-12 : l'auteur a mis dans ce re- 
cueil des dissertations sur la version des Sep- 
tante , sur la Vulgate et sur les nouveaux sys- 
tèmes du P. Hardouin et de l'abbé de Ville- 
froy; — Mémoires pour servir à l'histoire de 
Louis, dauphin de France, mort à Fontai- 
nebleau, le 20 décembre 1765, avec un Traité 
de la Connaissance des Hommes, fait par ses 
ordres, en 1758 (publiés par l'abbé de Quer- 
beuf); Paris, 1777, 2 vol. in-12 : lors delà 
publication de ces Mémoires , dit Barbier, l'é- 
diteur supprima quelques passages du Traité 
de la Connaissance des Hommes; les plus pi- 
quants étaient relatifs aux écrits de Voltaire et de 
Montesquieu et aux sollicitations dont on as- 
siège les princes lorsqu'ils ont des places à 
donner. Le P. Griffet a fourni des matériaux 
pour l'Apologie des Jésuites pu'oliée par Ce- 
rutti. Dans sa jeunesse il avait composé des 
poésies latines, parmi lesquelles on distingue 
des hymnes d'église. Il avait eu le projet de 
traduire toutes les oraisons de Cicèron ; mais il 
n'acheva la traduction que des vingt premières , 
dont Fréron faisait un grand éloge. On doit au 



(1) Un chapitre de ce livre, consacré à V Examen de la 
vérité dans les anecdotes, est renapli tout enller par 
l'histoire de l'homme au masque de fer. I.e Père Grilfet, 
qui avait exercé à la Bastille le ministère de confesseur 
durant neuf ans, « était plus que personne, dit M. Paul 
Lacroix, dans son Histoire de l'homme au masque de 
fer, en état de lever le voile étendu sur le prisonnier 
masqué, que bien des gens regardaient comme une créa- 
tion romanesque sortie du cerveau de Voltaire ou du 
chevalier de Mouhy, car on ne connaissait encore au- 
cune pièce authentique constatant que cet homme eût 
existé. Le Père Griffet surpassa encore ce qu'on atten- 
dait de son esprit juste et impartial en citant pour la 
première fois le journal manuscrit de M. Oujonea , lieu- 
tenant du roi à la Bastille en 1698, et les registres mor- 
tuaires de la paroisse de Saint-Paul... Le Père Griffet, qui 
mettait ainsi hors de doute le mystère de l'homme aa 
masque, ;sans prétendre toutefois le découvrir, crut de- 
voir relater quelques faits qu'il tenait d'un des derniers 
gouverneurs de la Bastille, Jourdan-Delaunay, mort en 
1749... Après avoir rapporté ces nouvelles pièces d'un 
procès qu'on avait débattu en l'air jusque là, le l'ère 
Griffet examina et réfuta tour à tour les 31émoires de 
Perse et les Lettres de Lagrange-Chancel, de M. de Pal- 
teau et de Saint-Folx ; il évita de se prononcer sur le 
récit de Voltaire, qu'il ne nomme même pas, en citant ce 
récit comme tiré d'un livre trés-connu et très-bien 
écrit : il se borna à rapprocher les différentes tradi- 
tions , pour en faire ressortir les contradictions et les 
invraisemblances... Quant aux trois opinions émises au 
sujet du personnage condamné à rester masqué toute sa 
vie, il ne voulut reconnaître ni le duc de Beaufort, ni le 
duc de Monmouth dans cette victime d'État, et il pré- 
féra pencher du côté de la version des Mémoires de Perse, 
parce que le comte de Vermandols lui semblait entrer 
plus naturellement dans cette mystérieuse captivité, 
dont il fixa le comniencemc'nt à l'année 1683. )■ M. Paul 
Lacroix attribue aussi au Père Griffet lui-même une 
Lettre d'un ami du ^ l'ère Griffet un sujet des pièces 
du procès réunies et publiées par Saint-Koix sur le pri- 
sonnier masqué, en 1770, et insérées dans X'Anncc litté- 
raire de Fréron. 



31 



GRIFFET 



32 



P. Griffet, comme éditeur, la publication des 
Fabulec dramaticee du P. Porée; 1749; — 
une nouvelle édition, considérablement aug- 
mentée et corrigée, de X Histoire de France, 
par le P. Daniel; Paris, 1755-1758, 17 vol. 
in-4°; l'histoire de Louis XIII et le journal du 
règne de Louis XIV, contenus dans les to- 
mes XIV, XV et XVI, appartiennent au Père 
Griffet. « Les dissertations critiques et histori- 
ques dont il a enrichi ce grand ouvrage sont, 
dit Sabatier, d'une instruction et d'une netteté 
qui jettent le plus grand jour sur plusieurs points 
de nos annales qui n'étaient pas encore connus. » 
On lui doit en outre les Mémoires de la Vie 
du maréchal Fr. de Scépeaux de Vieilleville, 
par Vinc. Carloix, avec une préface et des 
notes de l'éditeur; 1757; — une nouvelle édi- 
tion des Mémoires pour servir à l'histoire 
universelle de V Europe, depuis 1600 jus- 
qu'en 1716, par le P. d'Avrigny, augmentés d'un 
cinquième volume; 1757; — un Recueil de 
Lettres pour servir à l'histoire militaire du 
règne de Louis XIV, depuis 1671 jusqu'en 
1694; 1761-1764, 8 vol. in-12. 

L. LOUVET. 

Éloge du p. Griffet, dans l'Année littéraire , im. — 
Desessarts, Les Siècles littéraires de la France. — Que- 
rard , La France littéraire. 

GRIFFET ( Claude ) , humaniste français , 
frère du précédent, né à Moulins ou à Nevers, 
le 30 mars 1702, mort on ne sait à quelle épo- 
que, entra aussi chez les Jésuites, et s'occupa 
de littérature. On lui doit un poëme latin inti- 
tulé : De Arte regnandi, qui a été inséré dans 
le supplément aux Poemata didascalica ; Paris, 
1813, in-12. Il avait fait aussi une pièce de vers 
français sur la majorité de Louis XV. Mais il 
est surtout connu comme éditeur des œuvres du 
Père Porée. L. L — t. 

Desessarts, Les Siècles littéraires de la France. — 
Quérard, La France littéraire. 

GRIFFET DE LA BEACMÈ ( Antoine-Gil- 
bert ), littérateur français, neveu des précédents, 
né à Moulins, le 21 novembre 1756, mort le 
18 mars 1805. Après avoir fait de bonnes études, 
il vint à Paris, en 1776, et s'occupa de traduc- 
tions. Il avait obtenu un emploi dans un ministère, 
mais il fut bientôt congédié, .et d'autres chagrins 
l'accablèrent. On a de lui : Galatée, comédie en 
un acte et en vers; 1776, in-8»; — Agathis, 
scène en vers et en prose; in-8'' : M. Quérard 
doute que ces deux pièces, citées par Beuchot, 
aient jamais été imprimées ; — Lettres sur le 
désastre de Messine, traduites de l'italien ; Paris, 
1779, in-8° : traduction supposée, ajoute M. Qué- 
rard ; — Les Épanchements de l'amitié et de 
l'imagination , tradaits de l'anglais, de Lang- 
horne; Paris, 1780, in-18; — Evelina, ou 
l'entrée d'une jeune per.'sonnedans lemonde; 
traduit de L'anglais , de mistriss d'Arblay ; Paris, 
1785, 2 vol. in-12; 1816, 2 vol. in-12 ; — Quel- 
ques vers; Paris, 1786, in-16; 1801, in-12; 
— Sermons choisis de Sterne, traduits do 



l'anglais; Paris, 1786, in-12; — Daniel, tra- 
duit de l'allemand, de Moser; Paris, 1787, 
in-18 : M. Quérard attribue cette- traduction à 
Charles Griffet de La Beaume; — Réflexions sur 
l'abolition de la traite et de l'esclavage des 
nègres ; traduites de l'anglais ; Paris, 1788, in-8° ; 

— Lettres de Sterne à ses amis , traduites de 
l'anglais; Paris, 1788, in-12; — Les Poèmes 
d'Ossian, traduits de l'anglais; Paris, 1788: 
suivant M. Beuchot, Griffet n'aurait été que 
l'éditeur de cette traduction de David de Saint- 
Georges; — Le Fou de qualité, traduit de l'an- 
glais, de Brooke; Paris, 1789, in-8"'; — Le 
Sens commun , traduit de l'anglais , de 
Th. Payne; Paris, 1790, in-8''; — Les Souf- 
frances maternelles, roman imité de l'allemand ; 
Paris, 1793, 4 vol. in-18; — Marianne et 
Charlotte , ou l'apparence trompeuse, traduit 
de l'allemand , de J.-F. Junger; Paris, 1794, 

3 vol. in-18; — La Victime de l'imagination , 
ou l'enthousiasme de Werther, traduit de l'an- 
glais; Paris, 1794, 2 vol. in-18; — La Messe 
de Gnide, ouvrage posthume du citoyen No- 
body ( mot anglais qui signifie personne ) ; Ge- 
nève (Paris), 1794, in-24 ; cette pièce licen- 
cieuse a été réimprimée dans les Fêtes et Cour- 
tisanes de la Grèce , de Chaussard ; — Léopol- 
dine, ou les enfants perdus et retrouvés, 
traduit de l'allemand de Fr. Schulz ; Paris, 1795, 

4 vol. in-18; — Peregrlnus Protée, ou les 
Dangers de l'enthousiasme , traduit de l'alle- 
mand de Wieland; Paris, 1795, 2 vol. in-18; 

— Le Tableau du Déluge, traduit deBodmer; 
Paris, 1797, inlS; — Histoire des Suisses, 
traduite de l'allemand, de J. de Millier; Paris, 
1797, 8 vol. in-8''; le premier volume a été tra- 
duit par N. Boileau; — Vie de Daniel de Foë, 
mise en tête de l'édition de Robinson Crusoé, 
pubUée par la veuve Panckoucke; 1799; — 
Contes orientaux et autres; Paris, 1799; — 
Mémoires sur les établissements d'humanité ; 
Paris, 1799: Beuchot n'attribue à Griffet de la 
Beaume qu'une coopération à cet ouvrage; 

— Louise, poëme champêtre, traduit de l'alle- 
mand de Voss ; Paris, 1800, in-18; — Les En- 
fants de l'Abbaye, traduit de l'anglais de 
M'"'' M.-R. Roche; Paris, 1801, 6 vol. in-18; — 
Les Abdérites, suivis de La Salamandre et 
la Statue, traduit de l'allemand de Wieland; 
Paris, 1802, 3 vol. in-S" ; — Aperçu statisti- 
que des États de l'Allemagne, traduit de l'al- 
lemand de Hoek ; Paris, 1802, in-fol. ; — Voyage 
de Fr. HornemMnn dans l'Afrique septen- 
trionale, traduit de l'anglais ; Paris, 1 803, in-8"' ; 

— Recherches Asiatiques , ou mémoires de la 
société établie au Bengale pour faire des 
recherches sur l'histoire, les sciences et la 
littérature de l'Asie, traduites de l'anglais, avec 
des notes de Langlès, Cuvier, Delambre, etc.; 
Paris, 1805, 2 vol. in-4''; — Anna Bella, ou 
les Dunes de Jiarham, traduit de l'anglaLs 
de Mackenzic; Paris, 1810, 4 vol, in-12. Griffet 



33 



GRIFFET — GRIFFIER 



34 



de La Beaume a en outre travaillé au Censeur 
universel anglais , dans lequel il signait d'un Z ; 
au Bulletin de Littérature, au Mercure de 
France, au Journal Encyclopédique ; à La 
Décade , où il signait d'un L ; au Magasin en- 
cyclopédique, recueil dans lequel il a publié 
une Notice biographique et littéraire sur les 
femmes auteurs les plus distinguées de la 
Grande-Bretagne , par ordre alphabétique. 

J. V. 
Notice dans to flêcaie, tome XLV, p. 182.— Notice 
dans le Magasin Ensyclopédigue , avril 180S, p. 414. — 
Quérard, La France littéraire. 

GRIFFET DE LA BEAUME ( Charles ) , éco- 
nomiste français, frère du précédent , né à Mou- 
lins, en 1758, mort à Nice, le 10 mars 1800, 
ingénieur en chef du département des Alpes- 
Maritimes. On lui doit : Théorie et Pratique 
des Annuités décrétées par l'Assemblée na- 
tionale de France pour les. remboursements 
du prix des acquisitions des biens natio- 
naux; Roanne et Paris, 1791, in>8°. On trouve 
du même écrivain, dans le premier volume du 
Journal de l'École Polytechnique, un article 
intitulé : Des Moyens de construction appli- 
qués aux travaux publics relatifs aux com- 
munications (1794). J. V. 

Quérard, La France littéraire. 

GRiFFi (Léonard), archevêque de Bénévent, 
né à Milan, en 1437, mort à Rome, en 1485. En 
1478 il avait été nommé évêque de Gubbio, et 
cinq ans après il fut transféré à un siège plus im- 
portant. Ses talents et ses qualités le firent dis- 
tinguer avec avantage. 11 cultiva la poésie latine, 
et composa beaucoup de vers, presque tous de- 
meurés inédits. On trouve de lui dans le recueil 
de Muratori {Scriptores Rerum Italicarum, 
t. XXV, p. 465 ) un petit poème en vers hexa- 
mètres, qui raconte les exploits de Braccio de 
Pérouse auprès d'Aquila. G. B. 

Argelati, Bibliotheca Scriptorum Mediolanensium, 
1. 1, P. 11, p. 709. — Tlraboschi, Storia délia Letteratura 
Italiana, t. X.V1I, p. 140. 

GRIFFIER (Jean), peintre hollandais, né 
à Rotterdam, en 1656, mort en 1718. Fils de 
parents pauvres, il fut d'abord apprenti char- 
pentier; le hasard lui ayant fait connaître les 
enfants d'un fabricant de carreaux de fayence, 
il négligea son chantier pour aller peindre avec 
ses jeunes amis, et devint rapidement le plus 
habile ouvrier de leur manufacture. Griffier ob- 
tint alors de suivre ses penchants naturels , et 
entra chez un peintre de fleurs ; mais cet homme 
était un ivrogne, qui passait tout son temps au 
cabaret. Griffier se dégoûta d'un pareil maître, 
et devint élève de Rœland Rogman. Il se lia 
avec JeanLingelbach, Adrien van den Velde, 
Ruisdael et Rembrandt, et, parles cousais de 
ces grands artistes , surpassa bientôt son maître, 
lont il n'imita pas la manière lourde et mono- 
tone. Griffier travailla alors de lui-même, et pei- 
gnit des paysages avec des ruines antiques. Ses 
tableaux furent surtout recherchés en Angleterre ; 

NOUV. BIOCR. GÉNÉR. — T. \XII. 



il passa alors à Londres , s'y maria, et y amassa 
quelque bien. Il voulut alors retourner dans sa 
patrie, acheta pour deux mille florins un petit bâti- 
ment, et s'embarqua avec sa famille , toute sa, 
fortune et une nornbreuse collection de tableaux 
de prix. Mais en vue des côtes de Hollande, 
un orage violent brisa le navire de Griffier, qui 
ne gagna la terre avec les siens que presque nu 
et après des dangers inouïs. Au moyen de quel- 
ques guinées sauvées par sa fille aînée, il put se 
rendre à Rotterdam, et recommença une vie de 
labeur et de privations. 

Le terrible accident qui avait causé sa ruine 
eût dû l'éloigner pour toujours des voyages ma- 
ritimes ; il n'en fut rien. Griffier se procura à 
crédit une vieille barque pontée , la fit réparer 
tant bien que mal , fit distribuer le dedans pour 
les besoins de sa famille, se réservant un atelier 
pour lui-même, et dans cette nouvelle arche il 
parcourut pendant plusieurs années les côtes de 
la Hollande, jetant l'ancre tantôt à Amsterdam, 
tantôt à Enkhuisen, à Hoom, à Dorpt, enfin 
partout où une vue, un site, attiraient son at- 
tention. Il ne quittait sa maison mobile que pour 
vendre ses productions, acheter des vivres, 
des châssis et des couleurs. Son inexpérience en 
navigation lui fit courir encore de grands dan- 
gers. Une fois, entre autres, il échoua sa barque 
sur un banc de sable aux environs de Dorpt, et 
resta huit jours sans secours. Heureusement un 
changement de vent et une forte marée renflouè- 
rent le bâtiment. 

Le nombre des tableaux que peignit Griffier 
durant cette singulière existence est considérable. 
Us consistent en jolies vues de côtes, de ports 
ou d'entrées de rivières ; cependant il ne s'en 
tint pas à copier la nature , et s'attacha à con- 
trefaire Poelembourg, Ruysdael, Teniers et 
même Rembrandt-, il le fit avec tant de succès 
que ses copies peuvent à peine se distinguer des 
originaux et trompent encore les connaisseurs les 
mieux exercés. Il acquit par ce moyen de grosses 
sommes, et résolut d'aller achever sa fortune 
en Angleterre ; mais , se souvenant cette fois de 
sa précédente traversée, il embarqua sa famille 
et une partie de ce qu'il possédait sur un bon et 
solide navire; quant à lui, il demeura dans son 
habitation flottante. Le passage s'opéra sans ac- 
cident, et Griflier se fixa à Londres, où le duc de 
Beaufort accapara à des prix fort élevés foutes 
les toiles que le peintre hollandais pouvait exé- 
cuter. Les tableaux de Jean Griffier se font re- 
marquer par une grande hmpidité; l'air et la 
lumière y circulent abondamment; ses eaux ont 
des teintes naturelles et ses paysages une fraî- 
cheur vaporeuse et charmante. Il réussissait 
très-bien dans les personnages , écueil ordinaire 
des paysagistes ; aussi n'a-t-il pas craint d'animer 
suffi.'^amnient ses sujets. 

Ses tableaux les plus connus sont : à Amse 
terdam, galerie Bierens, deux Vues du Rhin; — 
galerie Lubbeling, une Vue du Rhin et une 



^^ GRÏFFÏER 

Kermesse (fête flamande ) ; — à La Haye, ga- 
lerie Fagel, une Vue du Bhin ; — galerie LeLor- 
mier, Vue de Montagnes; le Rhin, chargé de 
bateaux coule au premier plan; — Passage du 
Rntn par un corps d'armée ■; — galerie Van 
Heteren, Une famille qui fait emballer ses ri- 
chesses; m croit que te peintre s'est représenté 
dans ce cadre ; — Vue des Sept Châteaux (en Al- 
lemagne), fort beau morceau ; — galerie Verschu- 
iing. une Vue du Rhin, tableau capital; — à 
Rotterdam, galerie Leers, un magnifique Pay- 
sage; — galerie Bisschop, deux Vues du Rhin, 
avec figures et animaux ; — à Gand, galerie Baul, 
un Paysage fort bien animé. A. de Lacaze' 

Houbraken, Levensbesch. der NeOerl. Konst-Schil- 
aers , t. II. 

^ GRiFFiER {RoheH}, peintre hollandais , fils 
du précédent, né en Angleterre, en 1688, mort 
a Amsterdam, vers 1750. Après avoir travaillé 
plusieurs années en Angleterre, il vint se fixer à 
Amsterdam, et y exécuta beaucoup de bons ta- 
bleaux, fort recherchés, il n'avait eu d 'autre maître 
que son père, et, comme lui, il excellait dans le 
paysage et les vues de rivière, peut-être même 
avait-il plus de légèreté dans la touche. Une 
couleur excellente, une intelligence fine de la 
perspective aérienne rendent ses toiles précieuses. 
Ce sont généralement des Vues du Rhin , bien 
mouvementées et animées par de nombreuses 
figures d'un dessin correct. On cite surtout de 
lui : à La Haye, galerie de Wassenaër, un Effet 
de neige; deux Vues du Rhin ; — galerie Le 
Lormier, une Scène d'hiver, avec de nombreux 
patineurs; — à Rotterdam, galerie Bisschop, 
une Vue du Rhin, avec figures et bateaux. 
A. DE Lacaze. 
Descamps, La Fie des Peintres hollandais etc 

t. III, p. 24. ' ■' 

GRiFrtN {Edmond) , poëte américain , né à 
Wyoming( Pennsylvanie), le 10 septembre 1804, 
mort à New-York, le 31 août 1830. Il fit ses 
études à New-York, où son père était venu s'é- 
tablir ; et se destinant à l'état ecclésiastique , il 
suivit, de 1824 à 1826, les cours du séminaire 
général théologique. Il reçut le diaconat en 1826, 
et pendant les deux années suivantes il remplit 
les fonctions du ministère évangélique. La fai- 
blesse de sa santé le força de renoncer à la pré- 
dication. Pour se rétablir, il essaya des voyages, 
et visita l'Angleterre , la France et surtout l'Italie.' 
De retour à New-York, le 13 avril 1830, il con- 
sentit à terminer, au collège Columbia, un cours 
d'histoire de la littérature commencé par son ami 
Mac Vickar, et que celui-ci avait dû suspendre 
pour cause de maladie. Il traita des littératures 
romaine, italienne et anglaise. Ses leçons, quoique 
improvisées, obtinrent un grand succès, mais elles 
exigèrent des efforts qui achevèrent de consumer 
ses forces ; il mourut presque subitement , au 
commencement des vacances. Il laissait divers 
ouvrages, qui furent publiés, d'après ses manus- 
crits , par son frère et par son ami Mac Vickar, 
M)us le titre de Remains of R. Ed. Grifftn; 



— GRIFFITHS gi 

New-York, 2 vol. gr. in-8°. Ces volumes con 
tiennent des poésies, dont quelques-unes sont ei 
latin , un Voyage en Italie et en Suisse en 1829 
des notes des voyages de Griffin en France, éi 
Angleterre et en Ecosse, dans les années 1828 
29 et 30 , des exti-aits de son cours de littératur 
et quelques dissertations écrites lorsque l'auteu 
était encore au séminaire. Parmi ses productions 
qui toutes n'étaient pas destinées à la publicité 
on remarque un petit nombre de poésies écrite 
avec élégance et sensibilité. z. 

Mac Vickar, Wotice sur Griffin, en tête de ses Re 
sgT' ~ '^^^'opœdia of Avurrican Literature, t. H 

GRIFFJTH ( Elisabeth ) , romancière anglaise 
née dans le pays de Galles, vers 1730, morte j 
Millecent, dans le comté de Kildare, Iriaude 
le 5 janvier 1793. Dans sa jeunesse, elle essay; 
du théâtre en Mande, et en 1753 et 54 elle jou; 
a Covent-Garden. Pendant son séjour en Mande 
elle épousa Richard Griffith, d'une bonne mai' 
pauvre famille du pays. Elle composa, quelque 
fois en collaboration avec son mari, les ouvra 
ges suivants : The Lettersof Henry and Fran- 
cis; 1756, 6 vol. in-12. C'est un recueil des 
lettres réelles que Elisabeth et Richard avaieni 
échangées avant leur mariage ; — Amana, poème 
dramatique ; 1764, in-4° ; — Theplatonic Wife 
comédie; 1765, in-8°; — The double Mlstake. 
com.; 1766, in-S"; — The School for Rakes 
com. ; 1769, in-8"; — Two-Novells, in letters. 
4 vol.; thefirst and second, entitled : DeU- 
cateDistress,by Francis; the third andfourth 
entitled : The Gardian Mot, by Henry, roman' 
1769, 4 vol. in-12; - History of Lady Bar- 
ton, roman; 1771, 3 vol. in-12; - A Wife in 
the right, comédie; 1772, in-8°; — History 
ofJuliana Harley , roman; 1775, 2 vol. in- 12 
— The Morality ofShakspeare's Drama lllus- 
trated; 1775, in-S"; c'est une des plus agréables 
productions d'ÉUsabeth Griffith ; — The Times 
comédie; 1780, in-8°; ~ Essays to younq 
married women ; 1782, in-8°. Elisabeth Griffith 
traduisit du français Le Barbier de Séville de 
Beaumarchais, 1776, in-8% et les Lettres de 
Ninon de Lenclos. Richard Griffith composa 
seul The Triumvirate, or the authentic Me^ 
moirs of A. B. and C. /.,■ 1764, 2 voL in-12: 
c'esl un roman fort immoral , dont Elisabeth 
Griffith n'osa recommander la lecture qu'aux 
hommes seuls. ^ 

Gentleman's MagazDie, XL , XLlIt. - Biograpkia DM- 
matica, vol. I. 

GRIFFITH. Voy. ALfoRD. 

GRIFFITHS (Ralph), libraire anglais, né 
dans le comté de Shrop, en 1720, mort le 
1^'' septembre 1803. Il tenait un magasin de li- 
brairie à Londres. En 1749, il fonda le Monthly 
Reviev) , qui fut longtemps le meilleur des ou- 
vragés périodiques de ce genre, et qui en est 
encore un des plus judicieux et des mieux in- 
formés. Longtemps avant sa mort Griffiths avait 



37 



GRIFFITHS — GRIFFONI 



38 



quitté les affaires et s'était retiré à Tumalim- 
Green. Z. 

Rose , New gênerai Biographical Dictionary. 

bRïFJPOJi Qu GRIPPON, prince franc, né en 
726, tué dans la Maurienne, en 753. Il était le 
ti'oisiènae fils de Charles Martel et de sa se- 
conde femitie, la princesse bavaroise Sonichilde. 
Lorsque Charles Martel mourut ( 2 1 octobre 
741 ), % partagea ses Etats entre ses deux fils 
aînés, Carloman et Pépin, enfants de sa première 
femme, Rotrude ; la raison qui fit exclure Griffon 
de la succession paternelle est restée inconnue. 
Cependant Sonichilde fit revenir son époux sur 
cette disposition, et obtint pour son fils quelques 
petits pays de Neustrie et d'Austrasie situés vers 
la Champagne. Quelque modeste que fût cet 
apanage auprès de leurs beaux royaumes, il 
excita la jalousie des aînés de Griffon, qui persua- 
dèrent aisément aux leudes qu'il ne convenait 
pas d'altérer les anciennes limites de la Neustrie 
et de l'Austrasie. Ils taxèrent de nullité la do- 
nation de leur père, comme n'ayant pas été ra- 
tifiée par les grands de la nation. Leur dessein 
était de se saisir de Griffoil et de le forcer à re- 
noncer à son héritage. Sonichilde les prévint : elle 
s'enfuit avec son fils à Laon, où elle espérait se 
défendre. Carloman et Pépin vinrent les assiéger, 
et les forcèrent de se rendre à merci. Carloman 
enferma sa belle-mère dans le couvent de Chelles, 
et Griffon à NeUfchâtel dans les Ardennes, 
puis, par une convention passée à Vieux-Poi- 
tiers {Limonum), les vainqueurs se partagèrent 
le patrimoine de leur jeune frère (742 ). En 747, 
Caiioman ayant abdiqué pour suivre la vie mo- 
nastique, Pépin, demeuré seul maître du plus 
juissant État de la chrétienté, rendit la liberté à 
Sriffon ; il le reçut dans son palais, et lui assigna 
plusieurs comtés et des revenus fiscaux en apa- 
lage. Mais Griffon , qui prétendait avoir droit à 
me souveraineté, et non à des pensions alimen- 
aires, ne fut pas longtemps satisfait du rang 
|ui lui était octroyé. Il était alors parvenu à la 
brce de l'âge, et avait trouvé à la cour de son 
rère un parti de mécontents qui s'empressa de 
e prendre pour chef ; il espérait que les provinces 
îermaniques se déclareraient pour lui. Tandis 
>ue Pépin, en 748, avait convoqué les Francs 
lour le champ de mars à Duren (comté de Ju- 
■' 0. Griffon s'échappa du camp, passa le 
Uiin, suivi par un grand nombre de jeunes gens, 
es plus distingués de la nation, et leva l'éteh- 
lard de la guerre civile. Pépin le poursuivit aas- 
"tôt, et le força de chercher un refuge chez les 
axons. Theudéric, principal chef de ce peuple, 
int parti pour Griffon, et, secouru par les Vé- 
lèdes (Wendes) (i) et les Frisons (2), réunit 

rionMh""nr.'*i°"f'°' '"'^''' "'" ''='^''='^ l'Allemagne 
nn. iinl V "" '"'"^''" ^P"= •''=?"'»'=' Baltique 3U3- 
iniè 1^ nf Carniques, particulièrement dans la Pomô- 
Mfâ ■'."""•^""".'•g. 'a Silésle, la St.vrle et l'Illyrie. 
■^^u^^V^!"'''"'^ ^«P"'« l'embouchure de 



une armée de cent mille combattants pour ar- 
rêter Pépin. Néanmoins celui-ci battit les con- 
fétiérés en plusieurs rencontres , soumit les 
Nordsquaves, fit prisonnier Theudéric, franchit 
l'Ocker au lieu où est bâti aujourd'hui Bruns- 
wick, et durant quarante jours il ravagea le pays 
ennemi. Sur ces entrefaites Odilon , duc de Ba- 
vière, mourutj et son fils Tassilon, encore en bas 
âge, fut reconnu comme son successeur. Tassilon 
était fils de Chiltrude , sœur des princes francs. 
Aussitôt que Griffon apprit son veuvage , il ac- 
courut près d'elle, et les Bavarois le désignèrent 
pour tuteur de leur jeune duc. Lanfrid, duc des 
Allen^ands, amena des renforts à Griffon. Pépin 
ne tarda pas à passer le Lech, et parut sur les 
bords de l'Inn. Les confédérés, effrayés, deman- 
dèrent alors à traiter. Pépin y consentit : il éva- 
cua ses conquêtes, emmenant Griffon avec lui, et 
le traitant non point en prisonnier, mais en frère. 
Il lui donna pour apanage Le Mans, avec douze 
comtés, nombre compétent alors pour faire un 
duché. Les deux frères vécurent en paix jus- 
qu'en 751, où Griffon, toujours inquiet, alla cher- 
cher une retraite chez Guaifer ou Waifre, duc 
d'Aquitaine. Pépin, justement irrité de cette nou- 
velle défection, envoya des ambassadeurs au duc 
pour le prier de lui renvoyer son frère. Guaifer 
refusa avec hauteur. Pépin nejugea pas à propos 
de poursuivre Griffon pom- le moment ; mais en 
753, le prince franc ayant quitté Toulouse à la 
tête d'une troupe armée pour se joindre à As- 
tolphe, i'oi de Lombardie, qui s'apprêtait à tra- 
verser les Alpes , il prévint cette trahison, et le 
fît attaquer sur les bords de l'Arche, dans la 
vallée de Maurienne, par deux de ses vassaux, 
Théodouin, comte de Vienne, et Frédéric, comte 
de la Bourgogne Transjurane. Quoique surpris. 
Griffon se défendit vaillamment, et tua les deux 
comtes ; mais, accablé par le nombre, il demeura 
sur le camp de bataille avec la plupart des siens. 
A. d'E— p_c. 
Krédegaire, Continuatio, cap. cxi, p. 468 , cxvii, 4S9 ; 
cxviii, 2. — Cesta Reg. Francorum, p. 573-576 ; Appen- 
dix, p. 376-573. — Annales Nazariani , p. 640 et seq. — 
Annales Fuldenses, p. 675. — A don, Chronica. p. 671. — 
Annales Metenses, p. 686-689. — Adrien de Valois, Gesta 
Francorum, lib. XV, p. 546. - Annales Tiliani, p. 643. 

— Annales Lambeciani, p. 646. — Ant. Pagi, Crilica kis- 
torico-chronologica, § 2, p. 285. — Oom Vaissette, His- 
toire générale du Languedoc, t. I, iiv. VIII, p. 407-413. 

— Slsiuoiidi, Histoire des Français, t. Il, p. 149-201. — 
Augustin Thierry, Récits mérovingiens. 

GRIFFONI {Matteo), en latin de Griffoni- 
bus , historien italien, né à Bologne, en 1351, 
mort en exil, en 1426. Après avoir longtemps 
rempli des missions diplomatiques au service 
de sa ville natale, il a laissé un Memoriale his- 
toricufn Rerum Bononiensium ab anno 1109- 
1428, inscrit dans le recueil de Muratori, He- 
ntm Italicarum Scriptores, t. XVIII, p. loi. 

G. B. 

FantuzzI, Scrittori Bolognesi, t. IV, p. 297. — Tlra- 
bosch' Storia délia Letteratura Italiana, t. XVI, p. 201. 

^ .;KiFFONi (Atimbale), peintre de l'écoîe 
/;Z Modène, né à Carpi, vivait au milieu du 



39 



GRIFFONI - GRIGNAN 



40 



dix-septième siècle. Il fut un des habiles artistes 
qui contribuèrent au perfectionnement de la sca- 
gliole, qui venait d'être inventée par leur compa- 
triote Guido del Conte. 11 voulut élever cet art 
au rang de la peinture, et essaya de reproduire 
des gravures sur cuivre et des tableaux à l'huile ; 
mais soit parce que ce travail demandait trop 
de temps, soit parce que ses produits étaient 
d'un prix trop élevé, il n'eut pas d'imitateurs, 
et son fds Gaspare, né en 1640, se borna aux 
arabesques et aux ornements, qu'il peignait en- 
core en 1677. E. B — n. 

Tiraboschi, Notizie degli Artiflci Modenesi. — Lanzi, 
Storia délia Pittura. — Ticozzi, Dizionario. 

GRIFFOLIM (François ) , littérateur italien , 
natif d'Arezzo , vivait au quinzième siècle. Son 
nom latinisé , Franciscus Aretlnus , l'a fait 
souvent confondre avec Franciscus Aretinus 
de. Accoltis ; et c'est pourquoi on lui a attribué 
la traduction latine des lettres de Phalaris et 
de Diogène, donnée par Accolti; ïrévise, 1471, 
in-4*'. Cette opinion, émise d'abord par Panciroli, 
fut longuement exposée par le père Gabriel 
Scarmagli dans le t. P''de ses Note aile Lettere 
delV Ab. Agliotti; Fabrucci et Tiraboschi l'ont 
victorieusement réfutée. Grifolini mourut jeune, 
d'une chute de cheval. On a de lui plusieurs poé- 
sies italiennes , dont le P. Lami donne le relevé 
dans sa Bibliotheca Riccardiana. E. G. 

Tiraboschi, Storia délia Letteratura Italiana, t. VI, 
parte 1, p. 487. 

* GRiFFOiiiNO, alchimiste italien, né et brûlé 
à Arezzo, dans le treizième siècle. Dante en 
parle comme d'un faux monnayeur-, il lui fait 
dire : Che falsai li metalli cou alchimia. 
Les plus anciens commentateurs de Dante ont 
fait ici une longue glose, où ils entrent dans des 
détails fortcurieux sur l'alchimie vraie ou fausse, 
caria chimie était alors appelée/aZsa alchimia. 
Quant à Griffolino, son évêque le fit brûler vif, 
non comme faux monnayeur, mais comme ma- 
gicien et pour avoir dit en plaisantant qu'il pou- 
vait voler dans les airs. L— z — e. 

Dante, Divina Commedia, Inferno, cant. XXIX, v. 110 
et 137. — Benvenuto da Imola ou Jacopo délie Lana, 
Commenta délia Divina Commedia (Venise, 1477, 
in-fol. ). — Oltimo Commenta délia Divina Commedia 
( Pise, 1827 , 3 vol. in-8° ), t. 1 , p. 493 et 804-507. — Guil- 
laume Libri, Histoire des Sciences mathématiques, t. II, 
p. 135, note 4. 

GRIFOL (Francisco) , peintre espagnol , né 
à Valence, mort dans la même ville, en 1766. Il 
s'essaya longtemps dans la peinture historique ; 
mai s le succès ne répondant pas à sa volonté, il pei - 
gnit des marines , des paysages , des fruits, etc. Il 
devint en grande réputation à Séville et à Valla- 
dolid ; le marquis de Jura-Réal se déclara son 
protecteur. Mais, soit paresse, soit débauche, 
Grifol mourut à l'hôpital. Ses toiles sont en- 
core recherchées. A. de L. 

Qulllict, Dictionnaire des Peintres espagnols. 

* GRIGNAN (Famille de ), illustre maison de 
Provence, qui tirait son nom de la petite ville 

1 de Grignan , près de Montélimart , ancienne ba- 

l 



ronaie, érigée en comté par Henri 11. Les Grignan 
se sont d'abord fait connaître sous le nom d'Ad- 
hémar de Monteil ; c'est d'eux que Montélimart 
s'est appelé ainsi ( en latin Moiis ou Montilium 
Adhemari). En 1164, Gérard ou Giraut Adhé- 
mar fit hommage pour les terres de sa baronnie 
à Raymond-BérangerlI. L'empei'eur Frédéric I*"" 
lui accorda divers privilèges. La branche qui en 
descendait s'éteignit avec Louis Adhémar de 
Monteil. Son neveu , Gaspard de Castellane , fils 
de sa sœur Blanche, hérita de ses biens, et fut 
substitué aux nom et armes d'Adhémar. 

Les principaux personnages de cette famille 
sont: 

* GRIGNAN ( Louis AdHÉMAR DE MONTEIL , 

d'abord baron, puis comte de ), diplomate fran- 
çais, mort en 1557. Ambassadeur de François F' 
à Rome. En 1541, il contribua de tout son pou- 
voir, comme la plupart des autres ambassadeurs, 
à empêcher la réconciliation de ce prince avec 
Charles Quint , en lui faisant suspecter les in- 
tentions de l'empereur. En 1543 il engagea le 
comte d'Enghien à s'emparer du château de Nice, 
que trois traîtres promettaient de lui livrer. 
D'Enghien accepta la proposition ; mais Vieille- 
ville, qu'il consulta, lui fit craindre quelque trom- 
perie, et l'empêcha de monter sur les quatre pre- 
mières galères qui s'approchèrent de Nice, et qui 
furent prises par Giannettino Doria , caché der- 
rière le cap Saint-Soupir. Les traîtres avaient 
averti Doria, et d'Enghien, qui suivait d'un peu 
loin, eut bien de la peine à échapper avec les 
quinze galères qui lui restaient. Cependant , uni 
à Barbe-Rousse, d'Enghien vint mettre le siège 
devant Nice , et le 22 août cette ville se rendit , 
mais non le château. Barbe-Rousse prétendait 
s'établir dans cette place quand elle serait ré- 
duite. D'Enghien s'y opposait. Le bruit courut 
dans l'armée que le marquis del Guasto appro- 
chait avec une armée impériale pour faire lever 
le siège aux Français et aux Turcs. Le roi 
d'Alger insistait pour que la place fût donnée 
comme sûreté à sa flotte; d'Enghien, au con- 
traire, conclut qu'on devait se retirer, et le siège 
du château de Nice fut levé le 8 septembre. « La 
ville de Nice, dit Vieilleville, fut saccagée, contre 
la capitulation , et puis brûlée, de quoi il ne faut 
blâmer Barbe-Rousse ni tous ses Sarrazins, car 
ils étoient déjà assez éloignés quand cela advint, 
mais le sieur de Grignan, par dépit de ce que 
les Nissards avoient essayé de le tromper. » 
Devenu gouverneur de Provence, il fut appelé 
àParisen 1544,. parce que le roi voulait l'envoyer 
à la diète de Worms, où l'on devait prendre 
des mesures rigoureuses contre les hérétiques. 
Grignan poussa le roi à sévir contre eux , et le 
r" janvier 1545 François F' ordonna au parle- 
ment de Provence de mettre à exécution l'arrêt 
rendu quatre ans auparavant contre les Vaudois, 
nonobstant les lettres de grâce que lui-même leur 
avait accordées six mois auparavant. D'Oppède, 
lieutenant de Grignan en Provence, fit une expé- ' 



41 



GRIGNAN 



dition contre les Vaudois. Arrivé à la diète de , 
Worms, comme ambassadeur de France, et ne 
sachant ni le latin ni l'allemand, Grignàn adressa 
la parole en français à l'assemblée. Son discours, 
traduit par un interprète, était plein de menaces 
pour les protestants, qu'il sommait de se sou- 
mettre au concile assemblé à Trente. Ses menaces 
ne tardèrent pas à porter leur fruit. Grignan, 
lieutenant général dans les gouvernements de 
Provence, Lyonnais, Forez et Beaujolais, fut 
nommé chevalier de l'ordre du roi et créé comte. 
Sous Henri II, on accueillit les plaintes qu'une 
dame de Cental forma contre le cardinal de 
ïournon, le comte de Grignan et le baron d'Op- 
pède, à l'occasion du massacre des Vaudois. Le 
grand conseil voulut d'abord s'occuper de cette 
affaire ; mais d'Oppède et les autres conseillers 
mis en cause déclinèrent son autorité, alléguant 
que le parlement d'Aix était une cour souveraine 
qui ne relevait que du roi. Henri II évoqua l'af- 
faire le 17 mars 1550, puis il en renvoya l'exa- 
men à la grand'chambre du parlement de Paris. 
Celle-ci y consacra cinquante audiences. Cepen- 
dant les Guises, qui avaient demandé la punition 
des prévenus et témoigné tant d'horreur pour 
ces massacres, changèrent tout à coup de langage : 
« Le comte de Grignan , dit Sismondi, avait fait 
accepter au duc de Guise sa belle terre de Gri- 
gnan, et dès lors le duc n'avait plus songé qu'à 
sauver les accusés. De son côté, le parlement de 
Paris désirait par esprit de corps épargner cel)ii 
de Provence. Le seiù avocat général Guérin fut 
sacrifié par ses co-accusés. On le chargea d'a- 
voir falsifié quelques pièces : on lui fit couper la 
tête; mais tous ceux qui, de concert avec lui, 
s'étaient réellement souillés des crimes les plus 
atroces furent déclarés innocents. " Grignan avait 
épousé Anne de Saint-Chaumont ; il mourut sans 
laisser de postérité. L. L — t, 

"Vieilleville , Mémoires. — Martin du Bellay, liv. X. — 
Ferronius, liv. IX. — De Tliou, Itv. VI. — Th. de Bèze , 
Hist. ecclés-, liv. I. — Bouclic, Hist. de Provence. — 
Sismondi, Hist. des Franc., tome XVII. — MoTèn,Crand 
Dictionnaire historique. — P. Anselme, Hist. généal. de 
la Maison de France et des grands-officiers de la cou- 
ronne. 

* GRIGNAN {François Adhémar de Monteil, 
comte de), né en 1632, mort le 30 décembre 
1714. Successivement colonel du régiment de 
Champagne , capitaine lieutenant de la compa- 
gnie des chevau-légers de la reine Anne d'Au- 
triche, puis lieutenant général du roi en Lan- 
guedoc et en Provence, chevalier des ordres du 
roi, etc., il manifesta son zèle contre les jansé- 
nistes. Il épousa, en 1658, Angélique- Claire d'An- 
gennes, fille du marquis de Rambouillet, morte 
en 1665. Il se remaria à Marie-AngéUque du Pui- 
du-Fou, et en 1669 il épousa en troisièmes noces 
Françoise-Marguerite de Sévigné, fille de M""' de 
Sévigné, dont il eut un fils, Louis-Provence 
Adhémar de Monteil , appelé le marquis de Gri- 
gnan, né en 1671, raestre de camp d'un régi- 
ment de cavalerie, brigadier des armées du roi , 
mort de la petite vérole, en 1704, sans laisser 



d'enfants d'Anne de Saint-Amand. 



42 
L. L— T. 



Bouche, Hist. de Provence. — Mém. manusc. des 
Maisons de CastelUme et des Adhémar. — P. Anselme, 
Hist. généal. de la Maison de France et des grands-of- 
ficiers de la couronne. 

GRIGNAN {Françoise-Marguerite de Sévi- 
gné, comtesse de) , née en 1648 , morte en 1705. 
Elle était fille de Henri marquis de Sévigné et 
de Marie de Rabutin. Son éducation fut très- 
soignée par sa mère , restée veuve fort jeune. 
M"= de Sévigné parlait et traduisait l'italien et 
l'espagnol et comprenait assez bien les auteurs 
latins. Son esprit, développé de bonne heure par 
l'étude, s'éleva plus tard jusqu'aux régions de 
la métaphysique et de la philosophie. Cet essor 
téméraire lui attira des inimitiés -, encore aujour- 
d'hui bien des gens ne pardonnent pas à M""® de 
Grignan d'avoir été une adepte du cartésianisme, 
c'est-à-dire d'avoir compris ce qu'eux-mêmes ne 
pouvaient comprendre. Sa beauté, mise au-dessus 
de toute comparaison par l'amour-propre ma- 
ternel , était effectivement ravissante. Sa figure, 
régulière et fine, a été reproduite sur la toile et 
sur l'émail par les plus fameux peintres du dix- 
septième siècle. Le poète Saint-Pavin a légè- 
rement esquissé son portrait moral dans une 
épître qu'il adressa àM^e de Sévigné, et dont les 
premiers vers sont des contre-vérités immédia- 
tement démenties. 



Le bruit court que votre étourdie. 
Qui depuis longtemps étudie 
L'espagnol et l'italien, 
Jusques ici n'y comprend rien. 
Est-elle toujours mal bâtie. 
Sans jugement, sans modestie? 

Il faut quitter ce badinage ; 
Votre fille est le seul ouvrage 
Que la nature ait achevé; 
Dans tout le reste elle a rêvé. 

M"* de Sévigné fut présentée à la cour en 
1663 ; elle eut l'honneur très-brigué de remplir 
des rôles dans les bcillets où Louis XIV lui-même 
dansait. « Cette beauté brûlera le monde » , dit 
en parlant d'elle le marquis de Tréville. Cette 
métaphore aurait sans doute eu sa réalisation 
si la sagesse de la comtesse de Grignan n'eût 
refroidi les cœur» tout prêts à s'enflammer, en 
leur ôtant la perspective du succès. Ce fut au 
commencement de l'année 1669 que Mme de Sé- 
vigné maria sa fille au comte de Grignan, lieute- 
nant général au gouvernement de Provence. Cet 
établissement, en apparence très-brillant, fut une 
source de déceptions pour la mère et pour la 
fille. D'un âge déjà mûr , veuf de deux femmes, 
dont il avait des enfants , chargé de dettes , çt 
toujours entraîné à faire des dépenses exces- 
sives, autant par ses goûts magnifiques que par 
la représentation à laquelle sa place l'astreignait, 
M. de Grignan ne put dans la suite relever sa 
maison que grâce au dévouement de la comtesse, 
qui engagea toute sa fortune personnelle pour 
apaiser les créanciers de son mari. Il ne paraît 
pas que celui-ci ait été fort touché de ces gêné- 



43 



reux procédés , peut-être à cause de la persua- 
sion où il était que sa femme ne se prévaudrait 
jamais de ses torts envers elle pour en avoir à 
son tour envers lui. Mme de Grignan avait Tâme 
fière ; elle ressentit péniblement le malaise qui 
accompagne une existence somptueuse qu'il faut 
soutenir par artifice au milieu d'embarras pécu- 
niaires sans cesse renouvelés. Presque au début 
de son mariage, elle avait eu à supporter des mé- 
comptes d'un autre genre. Peu de temps après 
avoir épousé Mi'« de Sévigné, M. de Grignan 
avait reçu l'ordre de se rendre en Provence pour 
y commander à la place du duc de Vendôme, qui 
ne résidait pas dans son gouvernement ; Mme de 
Grignan dut, contre son attente, se séparer de 
sa mère et renoncer aux plaisirs de la cour. Ce 
changement de climat influa fâcheusement sur 
sa santé ; l'air vif et sec qu'on respirait sur le 
roc aride où s'élevait le château de Grignan fut 
très-nuisible à sa constitution délicate. Néan- 
moins, au milieu de ses inquiétudes et de ses 
souffrances, Mme de Grignan conserva la fraî- 
cheur et l'originalité de son esprit. C'est grand 
dommage qu'une réserve hors de propos, et 
aussi, a-t-on prétendu, que des scrupules reli- 
gieux aient induit la fille de Mme de Grignan, la 
marquise deSimiane, à retrancher de la corres- 
pondance de Mme de Sévigné, quand elle consentit 
à la laisser publier, toutes les lettres de sa mère. 
Quatre seulement (je ne parle pas de quelques 
billets et apostilles, remarquables toutefois par 
l'élégance du style) ont échappé à ce décret 
anti-filial. Mme de Simiane aurait dû compren- 
dre que supprimer les réponses de Mme de Gri- 
gnan à sa mère , c'était laisser le champ libre à 
toutes sortes de conjectures. Aussi avec quelle 
animosité certains écrivains, esprits jaloux et 
malveillants, se sont efforcés de décrier le carac- 
tère de la fille de Mme de Sévigné. L'un lui lance 
indirectement un trait qui n'en porte pas moins 
coup, « Mme de Sévigné, dit-il, est un exemple 
que l'amour maternel a aussi un bandeau. ■■> 
L'autre accuse Mme de Grignan d'avoir instillé 
dans le cœur de sa mère des haines très-fémi- 
nines. Il soupçonne Mme de Grignan « d'être 
altière, guindée dans les hauteurs de son esprit 
caitésieo et dans les privilèges d'une comman- 
dante de Provence, abaissant sans pitié et dé- 
sirant qu'on n'épargne point tout ce qui a ren- 
contré sa défaveur. " Un troisième, celui-là vivait 
au temps de Mme de Grignan , la traite de pré- 
cieuse, quafification qui équivalait à celle de pé- 
dante ; et à l'époque de sa mort , il n'hésite pas 
à avancer que M. de Grignan doit être fort sa- 
tisfait de se trouver débarrassé de sa femme. 
Le public, dont la majorité se compose d'esprits 
paresseux , toujours disposés à adopter une opi- 
nion toute faite, surtout quand elle caresse leur 
prédilection pour la satire, le public s'imagine 
qu'effectivement la fille de Mme de Sévigné avait 
le caractère froid et roide, l'âme vindicative, 
l'esprit sec et prétentieux, en résumé, qu'elle 



GRIGNAN 44 

était une détestable personne. Telle est l'irn-: 
pression qu'on reçoit des malveillantes insinua- 
tions des détracteurs de Mme de Grignan, bien 
que ces détracteurs ne méritent guère de créance. 
Saint-Simon, dont les Mémoires ont rendu de 
grands services aux historiens , ne brille pas 
néanmoins par l'impartialité ; les louanges exa- 
gérées qu'il donne à Louis XIII, auprès de qui 
son père avait été en faveur, prouvent le peu de 
poids de quelques-uns é% ses jugements. Vaux- 
celles, après avoir dénigré l'esprit et le cœur de 
Mme dé Grignan, se contredit lui-même, en 
avouant que, d'une part, il n'a lu contre elle 
aucune accusation contemporaine et positive, 
et que , de Vautre , il voit , de quels éloges sa 
mère Va comblée pendant tant d'années. De 
tels éloges donnés par une telle mère ne peu- 
vent être, ajoute-t-il, ni une longue bêtise , 
ni une effronterie maladroite. II consent 
même que ces éloges soient aussi mérités que 
sincères. Qijant à Voisenon, ses Anecdotes lit- 
téraires fourmillent d'erreurs sur les gens et 
sur les choses. Les arrêts qu'il rend et les faits 
qu'il rapporte sont également hasardés. Pour 
apprécier équitablement la valeur morale et in- 
tellectuelle de Mme de Grignan , il faut écouter 
ce que disaient d'elle ses amis , il faut remarquer 
les traits charmants , les mots heureux , les pen- 
sées d'une exquise délicatesse dont elle parse- 
mait ses causeries avec sa mère et que celle-ci 
prenait plaisir à lui l'épéter ; enfin, il faut lire ces 
quatre lettres qui nous restent d'elle. Le senti- 
ment, l'abandon, la grâce dont elles sont im- 
prégnées en font de véritables chefs-d'œuvre de 
l'esprit et du cœur féminin. Le laisser-aller de 
sa plume nous est d'ailleurs garanti par ces pa- 
roles de Mme de Sévigné : « Vous me dites plai- 
« samment que vous croiriez m'ôter quelque 
« chose en polissant vos lettres. » 

Quoi qu'on en ait dit» la tendresse que M"^ de 
Sévigné avait pour sa fille ne devait pas être su- 
périeure à celle que lui portait M"'^ ^e Grignan. 
Vainement voudrait-on tirer des inductions op- 
posées de certaines lettres deM""^ de Sévigné où 
se trouvent des allusions à de courts instants de 
mésintelligence, ou plutôt de malentendu, entre 
cette mère très-expansive dans sa tendresse et 
dans ses inquiétudes, et la fille, plus concentrée 
dans ses affections et dans ses peines. Cet ap- 
parent désaccord se rattache d'ailleurs à un séjour 
que fit à Paris M"* de Grignan, et pendant le- 
quel elle fut constamment malade. Je trouve des 
preuves bien autrement frappantes de la paifaite 
réciprocité des sentiments de ces deux femmes 
dans une infinité de passages analogues à eeux-ci : 
« Vous m'aimez, ma chère enfant, vous me le 
dites d'une manière que je ne puis soutenir sans 
des pleurs en abondance. « — <t Quand je vous 
écris des lettres courtes, vous croyez que je suis 
malade ;.quand je vous écris des lettres longues, 
vouscraignez que jeneledevienne. Lechevalierde 
Mirabeau a conté ici de quelle manière vous avez 



45 RIGNAJV 

l été touchée de mon mal et comme en six heures de 
/chagrin votre visage devint méconnaissable. » 
\ Lorsque cette mère mourut, la douleur de M™® de 
Grignanfutsi profonde queM.deCoulanges, leur 
parent et ami, disait à M"^ de Simiane : « Je n'é- 
crirai de longtemps à madame votre mère, de peur 
d'augmenter sa douleur par mes lettres. » C'est 
en cette occasion que M™^ de Grignan écrivit au 
président de Moulceau une lettre dans laquelle 
son affliction est exprimée d'une manière si vraie 
qu'on se sent tout ému en la lisant. M™^ de La 
Fayette avait dit que M™" de Grignan serait par- 
faite si elle n'était trop sensible. Lefaitest qu'elle 
mourut en partie du chagrin que lui causa la 
perte de son fils, le marquis de Grignan, à qui 
elle avait fait épouser M"^ de Saint- Amand, fille 
d'un riche financier. Au reste, je ne prétends pas 
qu'il n'y eût point d'ombres à cette remarquable 
figure. On a reproché à M"^ de Grignan d'avoir 
attaché trop de prix à sa beauté, d'avoir trop 
aimé les grandeurs. Il est vrai que pour conser- 
ver l'élégance de sa taille elle recourut à des 
moyens qui compromirent sa santé ; mais le pre- 
mier tort de cette imprudence n'appartiendrait- 
il pas, en bonne justice, à M"^"^ de Sévigné, si 
orgueilleuse de l'admiration dont sa fille était 
l'objet, et qu'elle entretenait sans cesse? Il est 
également certain que la commandante de Pro- 
vence ne se dissimulait pas et peut-être ne dis- 
simulait pas assez aux provinciales qui l'entou- 
raient sa supériorité sur elles ; c'est une faiblesse 
dont l'élévation de son esprit aurait dû la pré- 
server. Quant à la mésalliance par laquelle elle 
rétablit l'équilibre dans les affaires de la maison 
dé Grignan , il n'y aurait à y reprendre que le 
dédain avec lequel on a prétendu qu'elle regar- 
daitsa belle-fille. Encore ce dédain n'est-il prouvé 
que par des propos de gens de cour, propos telle- 
ment exagérés par les bouches qui les font cir- 
culer qu'à la .fin les médisances deviennent des 
calomnies. On a encore inféré de quelques lettres 
de M'"'^ de Sévigné et de son fils à M"^ de Gri- 
gnan que cette dernière n'aimait pas l'histoire 
et n'appréciait pas mieux la naïveté de La Fon- 
taine que la sublimité d'Homère. Mais lorsque 
dans un dialogue on ne peut entendre que les 
paroles d'un des interlocuteurs , on risque d'in- 
terpréter faussement des plaisanteries ou des 
contre-vérités; il en est de même à l'égard d'un 
commerce épistolaire. Je le répète, les jugements 
erronés portés sur M"'*' de Grignan doivent peser 
sur la mémoire de sa fille, qui a détruit les pièces 
du procès. 

Camille Lebrun. 

Grouvelle, Notice sur BJme de Grignan. — De Perrin, 
Préface aux Lettres de Mme de Sévigné. — Vauxcelles, 
HcHexions sur les Lettres de Mme de Sévigné. — Saint- 
Simon, mémoires. — M"'» de Sévigné, Lettres. — Cou- 
langes, Lettres, — M^'e de Grignan, Lettres. 

GRIGKON ( Pierre-Clément ) , métallurgiste 
et antiquaire français, né à Saint-Di7.ier,le 24 août 
1723, mort à Bourbonne,le 2 août 1784. En 1770 



— GRÏJALVA 



46 



il remporta un prix proposé par l'Académie royale 
de Biscaye pour un mémoire ayant pour objet de 
détenniner quel était le meilleur des soufllets em-; 
ployés dans les forges de fer. Directeur des forges 
de Bayard, il fit des expériences sur le minerai qui 
alimentait les fourneaux de cette usine, et soumit 
le résultat de ses recherches à l'Académie des 
Sciences, dont il devint correspondant. Ami de 
Buffon, il partagea longtemps sa demeure à Paris. 
En 1772, il entreprit une fouille près de Saint-Di- 
zier,et découvrit quelques antiquités,qui ontpassé 
pour la plupart dans le cabinet de l'abbé du Ter- 
san. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 
le choisit alors pour correspondant; le roi lui ac- 
corda une indemnité de 10,000 fr. pour continuer 
ce travail, et lui donna le cordon de Saint-Michel. 
Il mourut aux eaux de Bourbonne, que les méde- 
cins lui avaientconseillées. On a de lui : Mémoires 
sur la nécessité et la facilité de rendre navi- 
gable larivièrede Marne depuis Saint-Dizier 
jusqu'au-dessus de Joinville; Amsterdam 
(Paris), 1770, in- 12; — Bulletins des Jouilles 
faites par ordre du roi d'une ville romaine 
sur la petite montagne du Châtelet, en Cham- 
pagne; Bar-le-Duc et Paris, 1774-1775, 2 part. 
in-S" ; — Mémoires de physique sur l'art de fa- 
briquer lefer, d'en fondre et forger des canons 
d'artillerie ;sur l'histoire naturelle, et sur di- 
vers sujets particuliers de physique économi- 
que; Paris, 1775, in-4*', avec planches: ce livre 
a été réimprimé en 1807, sous ce titre : L'Art de 
fabriquer le fer, de fondre et de forger des 
pièces d'artillerie, etc.; — Observations sur les 
épizooties contagieuses , et particulièrement 
sur celle qui a régné en Champagne; Paris, 
1776, in-8° ; — Analyse du Fer,àe T. Bergmann, 
ti'aduite de l'allemand, avec des notes et un 
appendice suivi de quatre mémoires sur la mé- 
tallurgie; Paris, 1783, in-8° ; — Les Orangers^ 
les Vers à soie et les Abeilles, poëme traduit du 
latin et de l'italien, suivi de quelques lettres sur 
nos provinces méridionales et de pièces fugi- 
tives; Paris, 1786, in-12. J. V. 

Desessarts, />es Siècles littéraires de la France. — 
Cbaudon et DeK-iDdine, Dict. univ. àist., crit. et bibliogr. 
— Quérard, La France littéraire. 

*GRiGOROTiCH (Basile), moine et voya- 
geur russe, né à Kief , en 1 702, mort dans la même 
ville, en 1747. Il passa toute sa vie en voyages; 
leur relation , parfois trop prodigue de détails , 
a été publiée après sa mort par les soins du 
prince Potemkin, et a été depuis souvent rééditée, 
sous ce titre : Voyages de B. Grigorovich aux 
lieux saints d'Europe, d'Asie et d'Afrique, 
commencés en 1723 et terminés en 1747. Cet 
ouvrage est surtout remarquable en ce que c'est 
le premier pèlerin russe qui ait fait ainsi con- 
naître ses impressions. P" A. G — n. 

Dictionnaire historique desÈcrivains de l'Église gréco- 
russe. 

GRIJALTA (Jtian de), navigateur espagnol, 

né à Cuellar, vers la fin du seizième siècle, tué 

à Nicaragua, le 21 janvier 1527. U était compa- 



47 



GRIJALVA 



48 



ti'iote de Diego Velasquez. Celui-ci lui confia le 
commandement d'une flottille composée de quatre 
caravelles et d'un brigantin pour aller explorer 
les côtes delà terre ferme, qu'avaient visitées 
tour à tour Hermandez de Cordova et Juan Ala- 
minos. Grijalva partit le 1" mars 1518 de l'île 
Fernandina (Cuba). Au bout de trois jours de 
navigation, il atteignit la côte du Yucatan (1), et 
le 4 mars il pouvait apercevoir sur un promon- 
toire aride un petit édifice construit en pierre et 
affectant la forme d'une tour ; c'était un de ces 
petits théocalis au sommet desquels avaient 
lieu tant de sacrifices abominables , mais dont 
les chrétiens ne soupçonnaient pas encore l'u- 
sage. Bientôt les navigateurs pénétrèrent dans 
le golfe de Yucatan , et ils côtoyèrent l'île de 
Cuzamil (l'iledes hirondelles), où s'élevait le 
principal sanctuaire des Indiens de cette région. 
Là,quatorze tours semblables à la première se dres- 
saient sur le rivage ; Grijalva entra «n rapport 
avec les Indiens au moyen d'un interprète, et l'on 
apprit que des deux Espagnols laissés dans ces 
parages par Cordova pour étudier le pays, l'un 
était déjà mOrt, mais que l'autre vivait. Un peu 
plus loin, le commandant de l'expédition alla 
planter Tétendapd de Castille, sur le plus élevé 
des théocallis qu'on avait aperçus du rivage , et 
il prit possession du pays au nom des souverains 
de l'Espagne, tandis que les prêtres du temple, 
brûlant de la gomme copale , invoquaient leurs 
sanglantes divinités. Les lois de l'hospitalité 
furent d'ailleurs strictement suivies à l'égard 
de ces étrangers, que les Indiens regardaient 
comme étant d'origine divine; les Espagnols 
n'étaient pas moins émerveillés qu'eux. L'art 
développé dans leurs constructions (car ils n'a- 
vaient pas encore vu les grands monuments du 
Mexique) les frappaient de surprise; ils ne les 
trouvaient en rien inférieures à celles de l'Europe. 
Le 7 mars on quitta Cozamil pour s'avancer vers 
la presqu'île du Yucatan; partout on deman- 
dait aux Indiens du taquin ou de l'or, et c'était 
la seule chose que l'on consentît à prendre en 
payement des vins de Guadalcazar, qui avaient 
été emportés comme moyen principal d'échange 
avec les Indiens. Sur la côte du Yucatan beau- 
coup de grands villages étalaient leurs solides 
constructions aux yeux des Espagnols ; mais 
Grijalva, malgré un certain mérite comme marin. 



Cl) C'est la partie la plus orientale du Mexique ; elle forme 
en quelque sorte «ne presqu'île, et est située entre IG' 30 
et îl° 30 de lat. N. et entre 91" et 94» de long. O. Suivant 
Bernai Diaz le nom d'ïncatan fut donné à ce territoi.-e 
par suite d'un malrnteadu. Les Espagnols; selon leur 
coutume , demandèrent aux Indiens si le pays renfermait 
de l'or. Ceux-ci, croyant qu'ils Toalaient savoir s'il y 
avait du pain, répondirent : Yuca taie. Li plant? dont les 
Indiens faisaient leur pain s'appelait yuca; iai« était le 
nom delà terre sur laquelle s'élève cette plante; les na- 
vigateurs formèrent de ces deux mots Yucatan. Gomara 
donne une autre version, aussi invraisemblable : il pré- 
tend que les Indiens répondant toujours aux Espagnols : 
TectécanQe n'entends point), ceux-ci prirent ce mot pour 
ie nom du pays. 



qui n'avait rien d'entreprenant dans le caractère, . 
ne voulut jamais consentir à ce qu'on allât les 
visiter. Croisant toujours dans le golfe, il alla 
de la côte à l'île de Cozamil pour reprendre sa 
navigation vers le continent et se rendre de nou- 
veau dans l'île. Sur les côtes du Yucatan mêmej, 
les Espagnols découvrirent une grande tour, sé- 
jour, leur dit-on, d'une sorte d'Amazones. Le 
10 mai l'escadre se trouva en vue de Ponton- 
chan. Une partie des équipages étant débarquée, 
le§ Indiens les attaquèrent aussitôt; mais les 
Espagnols les repoussèrent, et prirent possession 
de leur ville. Grijalva eut dans cette affaire trois 
tués et soixante blessés. Il se rembarqua au bout 
de quatre jours, et se dirigea vers l'ouest, en 
côtoyant la Boca de Terminas, rade que l'on prit 
d'abord pour une île. Grijalva aperçut des vil- 
lages aux maisons de pierre blanches et élevées , 
des champs cultivés et les paysages les plus ri- 
ches et les plus variés. Il vit aussi des templss 
remplis d'idoles à figures de femmes, de serpents, 
de biches et de lapins. Le 17 mai il entra dans 
la rivière appelée par les Indiens Tabasco et par 
les Espagnols Grijalva. Il atterrit sur une pointe 
de terre, à deux milles d'une ville assez peuplée. 
Les habitants vinrent l'environner avec cinquante 
canots bien armés. Grijalva leur fit porter des 
paroles de paix, les invita à lui fournir des pro- 
visions et à se soumettre à son monarque. Les 
Indiens, en gens sages, consentirent à trafiquer, 
mais ne voulurent pas entendre parler d'un roi, 
« parce que, disaient-ils, ils en avaient déjà un, 
ce qui leur était bien suffisant ». Ils n'oublièrent 
pas de prévenir Grijalva qu'une armée de seize 
mille hommes était prête à appuyer cette expli- 
cation. Le chef espagnol parut satisfait de la ré- 
ponse : et les relations s'ouvrirent. Le cacique 
fit apporter en abondance aux étrangers du pain 
de maïs, du poisson, du gibier, et fit brûler dé'- 
vant lui de la gomme copale et d'autres parfums. 
Enfin, il donna à Grijalva et à ses officiers des 
petits morceaux d'or, taillés en forme d'oiseaux, 
de lézards, de poissons et trois colliers à petits 
grains du même métal ; les Castillans en deman- 
dèrent encore, et s'informèrent avidement où se 
ramassait le métal précieux; mais les Indiens 
leur répondirent cM/ria, cwZria (passez outre ) (1 ). 
Grijalva suivit ce conseil , et après deux jours de 
navigation arriva à la hauteur de l'île Agua- 
lunco, qu'U nomma La Rambla. Il se rendit en- 
suite à l'embouchure du fleuve Tonala, auquel 
il donna le nom de Rio de San-Anion. De là 
il passa devant l'entrée du Guaçacoalco. Bientôt 
après, il aperçut las sierras Nevadas (monta- 
gnes Neigeuses), spectacle étrange dans ces 
chaudes contrées et celles de San-Martin (2). 

(1) C'est ainsi que les historiens espagnols ont traduit 
ce mot ; mais le sens véritable paraît être: N'insistez pas; 
cela ne vous regarde pas; ou quelque autre phrase équi- 
valente. Plusieurs géographes ont affirmé que c'était sous 
ce mot que les naturels désignaient les Mexicains, et qu'ils 
disaient ainsi que l'or qu'ils possédaient venaltdu Mexique. 

(2) Du nom du soldat qui les découvrit le premier. 



49 



GRIJALVA 



âO 



Pedro de Alvarado découvrit la rivière de Pa- 
palsava (aujourd'hui V Alvarado); de là il se 
rendit à l'embouchure d'un autre fleuve, le/îio de 
Banderas, ainsi nommé à cause des bannières 
blanches que les Indiens envoyés par l'em.pereur 
du Mexique Montezuraa déployèrent sur ses 
bords. Grijalva donna l'ordre au capitaine don 
Francisco de Montejo de descendre à terre avec 
dix-neuf hommes. Il fut parfaitement reçu par 
le gouverneur de la province. L'amiral débarqua 
alors avec tout son monde, et pour quelques ver- 
roteries et autres babioles il obtint des quantités 
considérables de provisions et plusieurs objets en 
or travaillé d'une valeur de quinze mille écus. 
Il prit ensuite possession du pays au nom du roi 
Charles Quint, et l'appela Nueva Espana (1). 
Ses compagnons le pressèrent d'y former un 
établissement; mais, trop scrupuleux observa- 
teur des ordres de Velasquez , il remit à la voile, 
et continua à relever la côte vers l'ouest. Six jours 
après , il découvrit quatre îles, qu'il nomma : 
Blanca, à cause de la couleur de son sable ; 
Verda, à cause de ses ombrages; de Los Sacri- 
ficios, parce que les Espagnols y trouvèrent cinq 
cadavres d'hommes qui gisaient sur une espèce 
d'autel dédié au dieu Rakalka; de San- Juan 
d'Ulloa (2), qu'il trouva fort commode pour 
fonder une colonie. Il y retrouva les mêmes 
idoles et les mêmes sacrifices que dans l'île pré- 
cédemment découverte. Quatre prêtres en man- 
teau noir lui offrirent l'encens de copal, et l'in- 
troduisirent dansleur théocalli {temple) ; ily vit, 
sur un autel assez élevé, ouvert de tous côtés, 
et auquel on montait par plusieurs degrés, la 
hideuse image d'une des principales divinités 
mexicaines, au pied de laquelle deux jeunes gar- 
çons gisaient la poitrine ouverte et le cœur ar- 
raché. 

Grijalva demeura environ dix jours dans ce 
lieu, et reçut divers présents , parmi lesquels se 
trouvait de l'or fondu en barre, une petite statue 
et un masque de la même matière et de nombreux 
bijoux. Toutes ces merveilles et surtout la ferti- 
lité du pays engageaient les Espagnols à y fonder 
une colonie. 

Grijalva, sollicité de nouveau de s'assurer la 
possession de cette belle contrée autrement que 
par une vaine cérémonie, dépêcha , sur le San- 
SebasHano , Pedro de Alvarado à Cuba pour 
recevoir les instructions de Velasquez et en ob- 
tenir du renfort et des vivres, sans lesquels il ne 
pouvait songer à aucune colonisation. Il avait 
perdu dix hommes seulement , mais ses équi- 
pages étaient épuisés et découragés. Velasquez, 

(1) Un soldat s'étant écrié qu'il lui semblait Être dans 
« une nouvelle Espagne » , Grijalva retint ces raots, et en 
baptisa sa découverte. 

(2) Ainsi nommé en l'honneur du saint du jour, qui 
était aussi le patron de l'amiral. Les naturels, a.vant été 
Interrogés sur le motif des sacrifices humains qui ve- 
naient d'être accomplis, répondirent : Oulloa. Les Espa- 
gnols ajoutèrent ce mot à celui de San-Juan ; de là Saint- 
Jean d' Ulloa. 



dans le même temps, envoyait un de ses officiers, 
Christoval de Olid, à la recherche de Grijalva, 
dont il était fort inquiet; Olid et Alvaiado arri- 
vèrent ensemble à Cuba, le premier n'ayant pu 
dépasser les côtes du Yucatan; le second, em- 
pressé d'annoncer d'importantes découvertes et 
d'offrir l'or et les curiosités dont il était porteur. 
Velasquez entra dans une violente colère lors- 
qu'il apprit qu'aucun établissement n'avait été 
commencé. Il avait bien défendu à Grijalva toute 
entreprise de ce genre, dans la crainte de se 
brouiller avec l'audience royale d'Hispaniola, 
mais il se flattait que ses intentions seraient devi- 
nées et que son lieutenant prendrait sur lui une dé- 
sobéissance que le succès devait absoudre. Pen- 
dant qu'il accusait d'ineptie ce loyal officier, 
Grijalva continuait d'explorer les rivages mexi- 
cains. Il découvrit les montagnes de Tustla et 
de Tuspan, et arriva sur la côte de Panuco, cou- 
verte de villes populeuses ; partout il recueillait 
avec soin de nombreux et utiles documents. 
Le navire d'Alonzo Davila étant entré dans 
une rivière (1) , y fut assailli par une flottille 
de canots indiens, contre lesquels il dut em- 
ployer toutes ses forces. Malgré une victoire 
complète, sa position ne fut pas améliorée. Son 
pilote, Alaminos, lui déclara que les bâtiments ne 
pouvaient plus tenir la mer; les vivres manquaient, 
et les hommes ne suffisaient plus aux manœu- 
vres. Grijalva, après avoir fait radouber son plus 
grand navire dans le fleuve de Tonala , fit voile 
pour Cuba, et débarqua à Santiago le 15 novembre 
1518, après un voyage de quarante-cinq jours. 

Ce voyage, le plus long et le plus .heureux 
que les Espagnols eussent encore entrepris dans 
le Nouveau Monde, fut aussi le plus riche en 
grands résultats. Il prouva que le Yucatan n'é- 
tait point une île; il révéla non-seulement l'exis- 
tence du Mexique, mais donna sur les côtes de 
ce vaste empire des renseignements qui devaient 
en assurer la conquête. Velasquez néanmoins 
montra la plus grande ingratitude envers l'intel- 
ligent et courageux navigateur à qui il devait une 
si belle découverte. Ayant préparé une nouvelle 
expédition, il en refusa le commandement à Gri- 
jalva, qui se retira à LaTrinidad, dont il avait le 
gouvernement. Ce futFemandCortèsqui recueil- 
lit la gloire et le profit de ses travaux. Lorsque 
ce dernier, en novembre 1518, s'arrêta à LaTri- 
nidad , Grijalva eut la générosité de lui fournir 
cent soldats d'élite; il alla ensuite s'établir parmi 
les colons du Nicaragua; mais au moment où 
ceux-ci se croyaient dans la plus grande sécurité, 
les Indiens de la vallée de Ulancho se ruèrent 
sur eux et sur leurs alliés, et massacrèrent le 
21 janvier seize Européens, parmi lesquels se 
trouvait Grijalva. Seize autres chrétiens, dissé- 
minés chez les caciques d'alentour, périrent en 
cette occasion. L'expédition de Grijalva, toujours 

(1) De cette circonstance, ce cours d'eau prit le nom 
de iito de Canoas; depuis U a reçu celui de Grijalva 
ou de Panuco. 



$1 



GRIJALVA — GRILLE 



52 



imparfaitenjent racontée, explique on ne peut 
mieux les sinistres préoccupations de Mon- 
tezuma, lorsqu'il apprit le débarquement de 
Cortez; l'empereur des Aztèques savait on ne 
peut mieux déjà à quoi s'en tenir sur le pouvoir 
de l'artillerie et sur l'ardeur impitoyable des 
nouveaux débarqpés, lorsqu'il s'agissait de s'em- 
parer d'une position. 0» a longtemps laissé dans 
l'oubli le récit de cette expédition ; elle avait été 
cependant minutieusement racontée dans ses 
détails par le chapelain de Grijalva; elle est 
jointe à l'itinéraire italien de Varthema (t522, 
in-S"), sous ce titre, et a probablement été écrite 
d'abord en espagnol, puis traduite par quelque 
curieux en italien : Qui carnincia lo itinenirio 
de lisolade luchathan, novamente ritrovata 
per il signor Joan de Grisalve, capitan géné- 
rale del armata del re de Spania, etc.; per il 
suo capellano composta (sic). M. Ternaux.- 
Compans a donné une traduction française de ce 
précieux itinéraire, dans sa collection de Voya- 
ges, Relations et Mémoires, etc. ; Paris, 1838, 
in-8", dans uij volume qui a pour titre : Re- 
cueil de pièces relatives à la conquête du 
Mexique. Ferdinand Denis et A. de L. 

Bernai Diaz del Castillo, Historia verdadera de la 
Conquista do la Nueva-Espaiïa; Madrid, }632, in-fol. 

— Goraara, Hispania Fictrix ; Médina del Campo, ISSS- 

— Hackluyt, f^oyages, vol. 111, p. 447-497. ~ D. Fran- 
cisco Lorenzana, Historia de Nueva-Espana; Mexico, 
1770, ip-fol. — iVntonio dp Sqiis , Historia de la Con- 
quista de Mexico ; Madrid, 1783, 2 vol. in-4°. — Robert- 
sou, //isiorî/ of Atnerica.—Mhé Clavlgero, Storia antica 
del JMessico ; Cesena, 1780-1781, 4 vol. ln-40. .r- De La 
Renaudière, IIIexiqtte,(iat\& i' Univers pittoresque. — Iti- 
nerario de Ludovico de f^arthema Bolognesc ne lo 
Egypto ne la Suria, etc. ; Vcnezia, 1522, in-S". — Gogol- 
ludo, Historia de Yucatan. — Prescott, Histoire de la 
Conquête du Mexique. — Ovieclo, Historia, etc. f^oy. le 
t. IV de Téditton donnée par M. de Los Bios. — Histoire 
de Nicaragua, du même trad. en français, par M. Ter- 
naux-Compans, dans la Collection de F'oyages, Relations 
et Mémoires. 

GRIJALVA ( Hernando de ) , conquistador 
et navigateur espagnol, parent du précédent (1), 
vivait dans la première partie du seizième siècle. 
Il suivit Cortez lorsque cet illustre capitaine re- 
tourna au Mexique, en 1530. En 1533 Cortez fit 
construire deux bâtiments,£a Concepcion et El 
San-Lazaro,h Tehuantepec, et les destina à la 
recherche de D. Diego Hurtado de Mendoza et 
à l'exploration de la mer du Sud. Il confia le 
commandement du premier à son parent D. Diego 
Becerra de Mendoza, et celui du second à Her- 
nando de Grijalva, auxquels il donna pour pilotes 
le Biscayen Fortun Ximenez (2) et le Portugais 
Martin d'Acosta. Les deux capitaines mirent à 
la voile de Santagio (aujourd'hui San-Diego ) le 
30 octobre 1533; mais dès la première nuit une 



(1) C'est à tort que les rédacteurs du Dictionnaire his- 
torique n'ont fait qu'un seul personnage de Juan et Her- 
nando Grijalva. 

(2) C'est par erreur que Eyriès, dans la Biographie uni- 
perselle, donne Ximenes comme pilote de Grijalva. Kortin 
Ximenez conduisait le bitiment de Becerra de Mendoza. 
qu'il tua et du vaisseau duquel il s'empara. 



tempête sépara les deux navires : El San-l,a- 
zaro, ballotté par les vents, pendant cinquante- 
six jours entre le 14" 50 et le 23° 50' de lat. nord, 
se trouva le 25 décembre en vue d'une île déserte, 
queGrijalva nomma Santo-Tomas on Thomé{i). 
Un peu plus au nord , il découvrit, le 28 dé- 
cembre, plusieurs petites îles, qii'il appela Los 
Inocentos (ou de S. Benedicto). Le 6 janvier 
1534 il arriva sur les côtes de la Nouvelle Espa- 
gne ; il y reconnut une île par 20^,20 à trois heures 
de Ciguatlan, et lui donna Je nom de Santiago. 
De là il fit voile pour Xucqtlan, où il se ravitailla. 
Il reprit la mer le 16 février, et côtoya jusqu'à 
Acapulco. Il en sortit pour explorer la côte mé- 
ridionale, tpucha à Xarailtepec, navigua vers le 
sud-ouest jusqu'au 12", puis retourna à Tehuan- 
tepec. Il fut chargé de réduire plusieurs révoltes 
des indigènes, et fit quelques excursions heureuses 
dans les contrées non encore soumises aux Es- 
pagnols. En 1536, Cortez l'emmena dans l'expé- 
dition qu'il fit en personne pour trouver im pas- 
sage entre les deux mers. Si les navigateurs ne 
rencontrèrent pas le détroit désiré, du moins ils 
découvrirent la Californie, dont ils explorèrent 
une partie des côtes et naviguèrent dans cette 
mer intérieure à laquelle ils donnèrent le nom de 
Sermeja (Vprmeille). L'année suivante Gri- 
jalva partit d' Acapulco avec deux navires chargés 
de soldats et de piunitions, que Cortez envoyait 
à Francisco Pizarro , alors à Lima et dans une 
position presque désespérée ; on ignore ce qu'il 
devint depuis. Alfred de Lacaze. 

Bernai Diaz del Castillo , Historia verdadera de la 
Conquista delà JVueva Espaîui,ctc.; Madrid, 1632, in-fol., 
cap. ce. — Gomara, La Historia de las Indias; Meâina 
del campo, 1553, goth., lib. II, p. 74. — Herrcra, Décades, 
lit). VII, cap. III et IV. — flelacion del Fiage hecho por 
las goletasSMUXii Mexlcana, ptc, introduction, p. 14-16. 

* GRILLE ( Joseph-François ), polygraphe 
français, néà Angers, le 29 décembre 1782, mort 
à L'Étang, près Sairit-Germain-en-Laye, le 12 dé- 
cembre 1855. Il occupa, sous la fin de l'empire 
et la restauration, le poste de chef de. bureau et 
pendant quelque temps celui de chef de division 
des beaux-arts au ministère de l'intérieur, dirigea 
pendant deux ans Le Messager, et devint, après 
la démission de son oncle, Tousgàjnt Grille, bi- 
bliothécaire de sa ville natale. En 1848, jl fut 
nommé commissaire du gouvernement dans le 
département de la Vendée. Ses principaux ou- 
vrages sont : Le Négociant anglais, comédie en 
trois actes et en prose ; Paris, 1803, in-8" (sous le 
pseudonyme A' Ernest, avec de Servières ) ; — 
IM. Ville au Village , comédie en un acte, xaè,\ée 
de couplets; Paris, 1809, in-S" (même pseudo- 
nyme); — Les Théâtres, recueil des lois et 
règlements sur les théâtres, l'administration et la 
propriététhéâtrale; Paris, 1817, in-8°; — Intro- 
duction aux Mémoires sur la Révolution. \ 



(1) Cetteîle, située p:ir 30° 20 de lat. nord, a environ vinst- 
cinq lieues de circonférence et est distante de vingt-cinq 
à trente lieues du continent. 



53 



GRILLE — GRILLÉNZONE 



54 



française, ou tableau comparatif des man- 
dats et pouvoirs donnés par les provinces à 
leurs députés aux états généraux de 1789; 
Paris, 1825, 2 vol. in-8° ; — Itinéraires de 
Paris à Genève , de Dijon à Genève, de Paris 
à Saint-Germain-en-Laye . de Paris à Bor- 
deaux , de Paris à Dijon, de Paris à Rouen , 
à Dieppe, au Havre; Paris, 1828-1829 (sous le 
pseudonyme de Malvoisine ) ; — Description du 
département du Nord, histoire, topographie , 
population, administration, industrie, com- 
merce, agriculture, mœurs ; Paris, 1830, in-8°; 
— Gineva, ou la peste à Florence, drame en 
cinq actes et en prose; Angers et Paris, 1838, 
in-s"; — Philosophie de la Guerre, ou les 
Français en Catalogne sous le règne de Na- 
poléon ; Angers et Paris, 1839, in-8"; — Le 
Ver rongeur , comédie en trois actes et en 
vers; Angers, 1839, in-8°; Paris, 1840, in-8° 
( sous le pseudonyme de Malvoisine ) ; — Lare- 
vellière-Lepeaux, essai sur sa vie et ses œu- 
vres ; An§,er s, 1840, in-8°; — Trois Lettres sur 
Napoléon, ses campagnes d'Italie, ses cen- 
dres; Angers, 1840, in-8° ; — Bouquet de Vio- 
lettes; Angers, 1840, in-S" (sous le pseudo- 
nyme de Malvoisine); — Le Siège d'Angers, 
précédé et suivi de différents morceaux bio- 
graphiques et littéraires; Angers, 1841, in-8° 
( sous le pseudonyme de Malvoisine ) ; — L'É- 
migration angevine, les princes, Vannée de 
Condé, Quiberon , Lastallande ; Angers et Pa- 
ris, 1842, in-8°; — L'École du Commerce, co- 
méû'e en cinq actes et en vers; Angers, Paris, 
1844, in-8" (sous le pseudonyme de Malvoisine ) ; 
-^ Pièces inédites sur la guerre civile de 
l'Ouest ; Angers, 1847, in-8°; — Notes d'un Re- 
présentant du peuple; — Lettres d'un moine, 
d'un abbé, d'un médecin et pièces authen- 
tiques sur la révolution; Angers et Paris, 
1847, in-8"; — Athalie , tragédie lyrique en 
trois actes; Paris, 1848, in-S"; — Lettres, 
Mémoires et Documents publiés avec des notes 
sur la formation, le personnel, l'esprit du 
premier bataillon des volontaires de Maine- 
et-Loire et sa marche à travers les crises de 
la révolution française; Paris, 1848-1850, 
4 vol. in-8° ; — La Vendée en 1793; Paris, 
1851-1852, 3 vol. in-8°; — Fables et Fabliaux ; 
Paris, 1852, 2 vol. in-12 , — Miettes littéraires, 
biographiques et morales livrées aii public 
avec des explications ; Paris, 1853,3 vol. in-12; 
— Autographes de savants et d'artistes, de con- 
nus et d'inconnus, de vivants et de morts , mis 
aux vents, avec annotations, gloses et com- 
mentaires; Paris, 1853, 2 vol. in-12; — Bric à 
brac; Paris, 1854, iu-12; — La Fleur des 
Pois; Carnot et Robespierre , amis et enne- 
mis. Outre ces travaux. Grille a inséré un 
grand nombre d'articles politiques ou littéraires 
dans les journaux du temps, notamment dans 
L'Album, journal des arts , des modes et des 
théâtres (sous le pseudonyme de Mîjlvoisine), 



et dans les divers recueils des sociétés savantes 
d'Angers. La bibliothèque de cette ville possède 
de lui, outre sa correspondance, un gi-and nombre 
de notes et de manuscrits d'ouvrages inédits. 
Célestin Port. 

Docum. partie. 

GKiLLENZONË (Jean), érudit italien, né à 
Modène, au commencement du seizième siècle, 
mort le 22 juillet 1551. Il suivit à l'université de 
Bologne les cours de Pomponace sur la philoso- 
phie, ceux de Boccadi Ferrosur la jurisprudence 
et ceux de Firenzuola sur la médecine, science 
qu'il étudia à fond après la mort de Pomponace. 
De retour à Modène, il s'appliqua avec ardeur à la 
langue grecque, sous la direction de Marcantonio 
de Crotone, pour lequel fut créée à Modène, 
grâce aux démarches de Grillenzone, une chaire 
de littérature grecque. Grillenzone habitait la 
même maison que ses six frères ainsi que leurs 
femmes et leurs enfants. La famille, composée 
d'environ cinquante personnes, vivait dans la plus 
grande harmonie ; c'est que tous se soumettaient 
aux avis de Grillenzone , ^qui possédait au plug 
haut degré l'esprit de concihation. Vers 1530 
Grillenzone assembla dans sa maison plusieurs 
jeunes gens , pour approfondir avec eux, dans des 
entretiens exempts de tout pédantisme , les prin- 
cipaux auteurs de l'antiquité. Des banquets sui- 
vaient les heures d'étude ; on y lisait des com- 
positions en vers et en prose, écrites tantôt en 
italien , tantôt en latin ou en grec. De fines plai- 
santeries assaisonnaient ces réunions choisies, 
dont la renommée se répandit bientôt partout. 
L'Académie de Modène , fondée quelque temps 
auparavant, en fut éclipsée. Tiraboschi affirme 
même que cette acadépiie ne fut qu'une trans- 
formation des banquets littéraires institués par 
Grillenzone , ce qui est démenti par les faits. 
Quoi qu'il en soit , Grillenzone fut un des prin- 
cipaux fondateurs de l'Académie de Modène, 
devenue si célèbre en Italie vers 1540. On a de 
lui : Statuta Collegii Medicinse, approuvés par 
le duc Hercule. Il a aussi laissé un Traité des 
Familles de Modène, ouvrageaujourd'hui perdu. 

E. G. 

Fita del Castelvetro(en tête des Opère varie cHtiche 
de cet auteur ). — Tiraboschi, Storla délia Letler. Ital., 
t. VU, parte 1, p. 148. 

GRILLENZONE (Orazio), peintre etsculptour 
italien, né à Carpi, avant 1550, mort en 1617. Il 
demeura longtemps à Ferrare , où, ayant été 
connu du Tasse, ce grand poëte l'immortalisa 
par un dialogue qui a pour titre Grillenzone 
ou VEpitaphio. Cependant, malgré la réputation 
de Grillenzone, on ne voit rien à Ferrare qui soit 
sorti de son pinceau , et ce qu'on montre à Car|}i 
comme étant de sa main ne présente aucun ca- 
ractère d'authenticité. En sculpture, c'est avec 
plus de certitude qu'on lui attribue un buste 
d'Alfonso II d'Esté, duc de Ferrare, et un 
Saint Sébastien. Ces deux morceaux existent 
à Ferrare. A. deL. 



55 



GRILLENZOWE — GRILLET 



Tiraboschl, Storla délia Letteratura Italiana.-hanzi, 
Storia délia Pittura, t. III, p. 414. 

GRILLET {Jean), missionnaire français, l'un 
des premiers explorateurs de la Guyane, né vers 
1630, mort vers 1676. Il entra dans la congréga- 
tion des Jésuites, obtint d'être envoyé dans les 
missions, et fut dirigé sur celles de la Guyane. Il 
était supérieur de l'établissement de son ordre 
à Cayenne , lorsque le chevalier Harman, à la 
tête d'une escadre anglaise, vint détruire la co- 
lonie ( 22 octobre 1667 ). Le P. Grillet resta cou- 
rageusement au milieu du pillage et de l'incendie, 
et put rendre d'éminents services à plusieurs 
des malheureux colons. En décembre suivant, 
Lefebvre de La Barre , gouverneur de la Guade- 
loupe, renvoya à Cayenne son frère le chevalier 
de Lezy, ancien gouverneur, avec des renforts, et 
l'ordre de rétablir la colonie. Le P. Grillet l'aida 
efficacement dans cette entreprise, et ramena ses 
collègues ainsi que beaucoup de Français qui s'é- 
taient dispersés chez les peuplades indiennes 
les plus voisines. Vers la fin de 1673, un visiteur 
de sa compagnie le chargea d'aller explorer 
l'intérieur de la Guyane , sur lequel on ne pos- 
sédait encore que des renseignements incertains. 
Le P. François-Jean Béchamel accompagna 
Grillet dans cette excursion. Les deux mission- 
naires partirent de Cayenne le 25 janvier f674, 
dans un canot conduit par un pilote pêcheur, 
ayant à bord deux de leurs serviteurs et trois 
Indiens. Leurs provisions consistaient en cassave 
et en pâte de bananes ; ils emportaient aussi une 
certaine quantité de haches,de couteaux, de hame- 
çons et de verroteries, pour échanger avec les 
Indiens. Après une journée de navigation sur 
l'Oyah ( Weia), ils rencontrèrent une troupe 
deMaprouanes fuyant les Portugais et les Arianes, 
qui avaient égorgé une partie de leur nation. A 
douze lieues plus haut, les voyageurs séjournèrent 
deux jours chez les Galibis. La langue de ces In- 
diens est la plus répandue en Guyane. Ils ado- 
rent un seul Dieu, invisible sous le nom de Ta- 
moucicabo (l'Ancien du ciel). Ils ne manquent 
ni d'adresse ni d'intelligence, mais leur indo- 
lence est extrême. Leur peau est bistre clair, 
et ils la teignaient en rouge à l'aide du rocou; 
leurs cheveux, longs et noirs, étaient coupés 
droit sur le front et leur corps était bizarre- 
ment tatoué. Les femmes étaient généralement 
bien faites; mais elles faisaient boursoutler 
leurs mollets d'une manière hideuse en se ser- 
rant fortement les jambes avec des lanières 
de cuir. Quittant la rivière Weia , le 6 février, 
Grillet et Béchamel voguèrent sur celle de Nou- 
ragues, et visitèrent les Indiens de ce nom, 
qu'ils trouvèrent doux, serviables , et qui leur 
fournirent trois guides. Ils passèrent ensuite sur 
le territoire des Aracarets, firent vingt-quatre 
lieues dans les montagnes , traversèrent l'Aretay, 
affluent de l'Approuague , et s'arrêtèrent à un 
carbet (t), appelé Caraonbo,da nom du ruis- 

(1; Nom des villages indiens. 



56 



seau qui y coule. Selon leur estime, ils se trou- 
vaient à quatre-vingts lieues de Cayenne. Les 
guides Nouragues les quittèrent en ce lieu, en 
les recommandant à Camiati, chef de Carao- 
ribo. Les missionnaires restèrent un mois parmi 
ces sauvages, et n'eurent qu'à se louer de leurs 
procédés. Camiati consentit même à leur louer 
un canot, et leur prêta neuf de ses sujets pour 
ramer et leur servir d'escorte. Le 14|mars 1674 
la petite caravane se trouvait par T 46' de lati- 
tude Nord. De nombreux rapides et des chutes 
d'eau avaient retardé leur navigation, et chaque 
fois il avait fallu faire décharger les canots et 
les porter à travers les bois. Les voyageurs s'en- 
gagèrent alors sur le Tinaporibo, cours d'eau 
étroit , profond et tortueux. Les arbres des deux 
bords se croisaient de telle sorte qu'il était dif- 
ficile de passer sous leur voûte. Les mission- 
naires passèrent la nuit chez les Nouragues. 
Ceux-ci leur apprirent qu'ils étaient les premiers 
Français qui se fussent avancés jusque là , mais 
que quelques années auparavant, à la même place, 
ils avaient tué et mangé trois Anglais venant 
probablement du Maroni. Cette confidence était 
peu rassurante pour les bons Pères ; cependant, 
rien ne leur fit supposer que les sauvages re- 
commenceraient leur horrible festin à leurs dé- 
pens. 

Du 15 au 30 avril Grillet et Béchamel parcou 
rurent un pays très-accidenté, et couchèrent plu- 
sieurs fois dans les bois, quoiqu'ils fussent sans 
cesse en danger d'être attaqués par les innom- 
brables reptiles qui sillonnent les forêts de la 
Gpyane. Outre un ôoaconsifrk^orde vingt-deux 
pieds que les Indiens tuèrent,les Pères virent beau- 
coup de couleuvres, de toutes sortes de couleurs : 
ramphisbèneblanc,rcrpétonlenticulé,rophisaure, 
le serpent à cornes et le camaïlior , ou grand serpent 
d'eau, qui attaque l'alligator, l'enveloppe de ses 
longs replis etne le quitte qu'après l'avoir étouffé. 
Les Pères arrivèrent enfin sur les bords de l'Eiski, 
où les Nouragues leur fournirent un canot ; le 
2 mai ils firent dix lieues sur l'Inipi, qui se réu- 
nit au Camopi ; les 3 et 4 ils remontèrent cette 
dernière rivière, et reçurent l'hospitalité sur les 
confins du territoire des Nouragues. En les quit- 
tant le chef du carbet avertit, par le son d'une 
espèce de flûte, ses voisins, lesAcoquas, que des 
étrangers arrivaient sur leur frontière. Bientôt 
trois jeunes guerriers de cette nation se présen- 
tèrent, et les conduisirent à leurs cases, situées 
par 2° 25' delat. nord. Les missionnaires y furent 
parfaitement accueiUis ; ils se trouvèrent eu peu 
de temps entourés de deux ou trois cents Aco- 
quas, accourus d'une trentaine de lieues à la 
ronde, et qui les examinaient avec tous les signes 
de l'admiration. Ces naturels montraient un ca- 
ractère fortdoux, quoiqu'ils vinssent d'exterminer 
une petite nation limitrophe et d'en manger 
les habitants. Pendant les treize, jours que les 
Pères restèrent chez les Acoquas, ils cherchèi'ent 
en vain à se procurer d es renseignements sur cetto 



;i)ProbabIementla même peuplade que ies Aromago- 
îos ou Aromaiiotas du P. Lombard. 



57 GRITXET 

nation populeuse. Ils apprirent seulement que 
les peuplades voisines étaient au sud les Mer- 
cioux et les Pirioux , redoutables toutes deux 
par leur nombre. A l'est et au sud-est habitaient 
les Pirionos, les Mayapas, les Pinos et les féroces 
Moroux ; enfin, au nord on trouvait les Caranes 
et les Aramisas (1), nations puissantes et riches. 
Le P. Grillet s'informa aussi s'il n'y avait pas dans 
les environs un grand lac nommé El Parimé ou 
El Dorado, puis il demanda d u caraco^^, c'est-à- 
dire de l'or, de l'argent ou du cuivre. Les Acoquas 
répondirent qu'ils ne connaissaient rien de sembla- 
ble. La fièvre et la dyssenterie commençaient à at- 
taquer les voyageurs et leurs gens. Le retour fut 
donc décidé. Les missionnaires s'embarquèrent 
dans deux canots, avec un jeune Acoqua,qui 
voulut les accompagner. Ils arrivèrent à Cayenne 
le 15 juin 1674. Les fatigues, les privations de 
toutes espèces qu'avaient éprouvées durant cinq 
mois les deux courageux explorateurs, abrégè- 
rent leurs jours, et ils n'eurent pas le temps de 
terminer le travail qu'ils préparaient sur le pays 
qu'ils avaient parcouru. Cependant le P. Grillet 
avait envoyé en France une relation succincte de 
son expédition. Elle est intitulée : Journal du 
Voijagequ'ont fait les PP. Jean Grillet et Fran- 
çois Béchamel dans la Guyane, l'an 1674. 
Ce Journal fut inséré par de Gomraeville dans 
les t. II et IV de la Relation de la Rivière des 
Amazones; Paris, 1679-1880, 4 vol. avec des 
Notes de l'éditeur et une carte de N. Sanson, 
et à la suite de la traduction du Voyage au- 
tour du Monde du capitaine anglais Woodes- 
Roger ; Paris, 1825, in-12. La relation du 
P. Grillet est encore consultée avec fruit ; le style 
en est clair et les détails qu'elle renferme sont 
curieux et exacts. Alfred de Lacaze. 

Malouet, Mémoires et Correspondances officielles sur 
l'administration des colonies, etc.; Paris, 1802, 3 vol. 
in-S", t. !<"', p. 115. — Le Blond, Description de la Guyane, 

Lettres édifiantes, XXIl^ recueil. — De Milhau , His- 
toire de l'ile de Cayenne et province de Guyane, ma- 
nuscrit de la bibliotliéqiie (lu Muséum d'Histoire naturelle, 
1724-1723-8, pet. vol. de 695 p. — Recueil de Voyages dans 
l'Amérique méridionale, etc.; Amsterdam , 1738, 3 vol. 
in-12. — Pierre Barrière, Nouvelle Relation de la France 
équinoxiale; Paris, 1743, in-12. 

GRILLET ( René), mécanicien français , était 
horloger à Paris sous le règne de Louis XIV. Il 
imagina une machine à calculer et un hygro- 
mètre qu'on trouve décrits dans le Journal des 
Savants. Sa machine à calculer se composed'une 
boîte contenant vingt-quatre cylindres disposés 
sur trois rangs , chacun desquels porte sur sa 
circonférence les neuf bâtons arithmétiques de 
Neper et sur l'extrémité supérieure trois cercles 
concentriques , le plus petit servant à faire tour- 
ner le cylindre, le cercle moyen servant à l'addi- 
tion, et le plus grand à la soustraction. Fondée 
sur le même principe que la roue de Pascal et 
le tambour arithmétique de Petit , cette machine 
avait du moins l'avantage d'être portative. L'hy- 



58 



gromètre de Grillet se composait d'une planche 
avec rainure le long de laquelle montait ou des- 
cendait un soleil doré et d'im cercle gradué avec 
aiguille. Ce soleil et cette aiguille étaient mus au 
moyen de petites cordes placées derrière -la 
planche sur des poulies et s'allongeant ou se rac- 
courcissant selon que l'air était plus ou moins 
humide. L. L— t. 

Journal des Savants, 1678, no 14, p. 170; 1681, n" 3, 
p. 38. 

GRILLET (/ean-£oMw), pédagogue et histo- 
rien italien, né à La Roche (Savoie), le 16 dé- 
cembre 1756, mort dans la même ville, le 11 
mars 1812. Ses études achevées, il embrassa 
l'état ecclésiastique , exerça peu de temps les 
fonctions de son ministère , devint chanoine de 
La Roche, et présenta pour le collège de Carouge 
un plan d'éducation fondé sur la plus grande 
tolérance religieuse, puisqu'il permettait d'ad- 
mettre aux mêmes études les catholiques , les 
protestants et les juifs. Son plan ayant été adopté, 
il fut nommé en 1786 directeur de ce collège, 
professeur de rhétorique et préfet des études. 
Forcé à la révolution de chercher un refuge en 
Piémont , il se chargea de l'éducation de deux 
jeunes seigneurs, avec lesquels il fit un voyage à 
Rome et dans le midi de l'Italie. Rentré en Savoie 
après une absence de treize ans , il fut nommé, 
en 1806, directeur adjoint de l'école secondaire 
de Chambéry, et l'année suivante professeur de 
philosophie. Trois ans après, il fut créé censeur 
du lycée de Grenoble , puis principal du collège 
d'Annecy; mais sa santé ne lui permit pas d'ac- 
cepter ces dernières fonctions, et il se retira dans 
sa ville natale. On a de lui : Eléments de Chro- 
nologie et de Géographie adaptés à l'histoire 
de Savoie, abrégea l'usage des collèges ; Cham- 
béry, 1788, in-8°; — Histoire de la Ville de 
La Roche, depuis sa fondation, en l'an 1000, 
jusqu'en 1790; Genève, 1790, in-8°; — Ower- 
vazioni economico-agrarie sulla preparazione 
délie canapi per tessere tele e pannelini 
fini; Florence, 1802, in-8°; — Saggio sopra la 
storia degli Zodiaci ê degli anni dei popoli 
antichi, per servir e di regola a chi viiole 
giudicare le scoperte che si dicono faite re- 
centemente in Egitto; Florence, 1805, in-8°; 
— Dictionnaire historique, littéraii-e et sta- 
tistique des départements du Mont-Blanc et 
du Léman, contenant l'histoire ancienne et 
moderne de la Savoie, et spécialement celle 
des personnes qui,y étant nées ou domiciliées, 
se sont distinguées par des actions dignes de 
mémoire ou par leurs succès dans les let- 
tres, les sciences et les arts; Chambéry, 1807, 
3 vol. in-8°. Ou lui doit en outre un Éloge de 
Saussure et d'autres morceaux insérés dans le 
Recueil de l'Académie de Florence. Enfin, il a laissé 
en manuscrit une Histoire généalogique de la 
maison de Sales, et une collection de Mémoires 
et titres intéressants pour servir à l'histoire 
du diocèse de Genève. J. V. 



S§ GRILLET — GRILLO 

IfoHce nécrologique, par G.-M, Raymond, dans le 
Journal du Mont-Blanc, du 27 juillet 1812. — Quérard, 
La France littéraire. — Barbiet-, Examen des Dict. 
histor. 

* GRILL! {Jean-Baptiste), littérateur italien, 
né à Bologne, le 5 octobre 1768, mort le 2 jan- 
vier 1837. Il se fit recevoir en 1791 docteur en 
droit à l'université de sa ville natale. Cinq ans 
après il devint secrétaire du marquis Lupari; il 
remplit le même office en 1806 auprès du comte 
Paîlavicini. En 1814 il fut nommé professeur 
d'éloquence et de poésie à l'université de Bo- 
logne. A des connaissances très-variées il alliait 
une grande modestie, qui l'empêcha plusieurs 
fois de publier des travaux remarquables, mais 
pas assez parfaits à son gré. On a de lui : H 
Canario Sil/o, terze rime ; Bologne, 1800, in-8° ; 

— Anacreontiche ; Bologne, 1807, in-16; 
ibid., 1808, et 1811, in-12; —Délia Tran- 
quillità negltstudii; Bologne, 1818, in-8°; — 
Tragédie, Ditirambo e Poemetto; Bologne > 
1818, in-8°;— Délie Lodi di Ferd.-Ant. Ghe- 
dini, poeta lirico; Bologne, 1820, in-8°; — 
Belle Lodi del marchese Gian-Gioseffo Or si, 
letterato Bolognese; Bologne, 1822, in-S". 
Grilli a encore publié diverses pièces de poésie 
dans la Gollezione di cento Monumenti sepol- 
cralinel cimUerodiBologna;\\ vainsérérEZo- 
gio del marchese Pir. Malv. Lupari, ainsi que 
là Vita di Jacopo-Àlessandro Galvi, detto il 
Sordino. E. G. 

Tipaldo , Biografla degli Italiani illustri ^ t. IV. 

GRILLO (Dom ^ng-e), littérateur italien, né 
vers le milieu du seizième siècle, à Gênes , mort 
en septembre 1629. Il était fils de Nicolas Grillo, 
seigneur de Montenagioso ; sa mère était de la 
maison de Spinola. Pouvant prétendre aux plus 
hautes dignités dans sa ville natale, il préféra 
«mbrasser l'état monastique. Entré dans l'ordre j 
des Bénédictins du Mont-Cassin, en 1572, il s'ap- i 
pliqua avec ardeur à la théologie, à la philoso- j 
phie et aux mathématiques. En même temps il i 
s'adonnait à la poésie et à l'éloquence. En rela- \ 
tion avec les hommes les plus distingués de l'I- j 
talie, il comptait parmi ses amis intimes Le i 
Tasse , Marini et Guarini. Nommé abbé du cou- ( 
vent des Bénédictins de Saint-Paul à Rome , il i 
fonda l'Académie des Humoristes, dont il fut j 
longtemps directeur. Il fut à quatre reprises ap- 
pelé à la dignité de président de sa congrégation. I 
Le cardinal Pinello insista auprès de lui pour j 
qu'il acceptât l'évêché d'Aleria en Corse ; Grillo j 
refusa , de même qu'il préféra sa tranquille re- j 
traite lorsque Urbain Vin, qui l'estimaitbeaucoup, j 
voulut le nommer à l'évêehé d'Albenga. On a de ! 
lui: Rime morali, 1580 et 1599, in-8°; — 4/- 
/e^!;j pic^osi; Venise, 1591, in-8", plusieurs fois 
réimprimé ; c'est un recueil de poésies religieuses ; 

— Pompe délia Mor^e ; Venise , 1599; — La- | 
grime del Pénitente; — Lettere; Venise, 1608, 
2 vol. in-4°; ibid., 1616 j — Capitolo al Cro- \ 
«i/isso; Venise, 1611; — Elogio di Giovanni I 
Imperîali, dogo di Genova; Venise, 1618. — | 



60 
Grillo a encore laissé des Poemi, Canzoni, So- 
netti , ainsi que Regulse pro exercitio eccle- 
siasticarum dignitatum, et idea veri reli- 
giosi, ouvrage resté en manuscrit. E. G. 

Ghillni , Jeafro d'Huomini letterati. — Giustiniani, 
Scrittori délia JÂguria. — Rossi , Pinacotheca Imagi 
num m. Virorum, 1. 1. — Boualini, Ragguagli di Par- 
nasso, ceMuria secunda. 

GRiLLO-CATANEO (Nicolas), littérateur ita- 
lien, né à Gênes, le 26 août 1759, mort le 22 
juillet 1834. Il était d'une famille patricienne; 
sa mère était de la maison des Grimaldi. Après 
avoir fait ses études au collège de Parme, il 
retourna dans sa ville natale. Il entra en relation 
avec plusieurs jeunes gens amis des lettres , tels 
que le poète et philosophe Augustin Lomellino , 
l'historien Joseph Doria , le poète Paîlavicini , 
lesquels se réunissaient tantôt chez le marquis 
Jacques Durazzo, tantôt dans la maison de cam- 
pagne du marquis Hippolyte Dm'azzo, pour 
s'occuper de questions httéraires et scientifiques. 
Encouragé par ses amis , Grillo écrivit Y Éloge 
d'André Doria; cet ouvrage ainsi que plusieurs 
pièces de poésie publiées par Grillo lui procu- 
rèrent l'admission dans la plupart des acadé- 
mies d'Italie. Grillo, appelé par sa naissance 
aux magistratures de la république, siégea 
parmi les procurateurs de la banque de Saint- 
Georges. L'aristocratie ayant été dépouillée de 
ses privilèges en 1796, Grillo retourna à ses 
études. Il fit paraître une traduction des Psau- 
mes, qui attira sur lui l'attention de l'archi-tré- 
sorier Lebrun , le traducteur du Tasse , chargé 
pendant quelque temps d'adrtiinistrer la Ligurie, 
lors de sa réunion à la France. En 1805 ce dernier 
fit nommer Grillo recteur de l'Académie éta- 
blie à Gênes; mais Grillo, s'étant opposé avec 
franchise à plusieurs innovations dans le sys- 
tème de l'enseignement projetées par le gou- 
vernement impérial , fut destitué peu de temps 
après. Il reçut en 1811 l'ordre de se rendre à 
Paris, pour y vivre sous la surveillance de la 
police. Cinq mois après il obtint la permission 
de retourner à Gênes; mais les vexations con- 
tinuelles du préfet Bourdon l'obligèrent à se 
retirer à Savone. En 1814 le gouvernement pro- 
visoire de la LigUrie nomma Grillo membre de 
\i\ commission de l'instruction publique; l'année 
siiivaute il fut appelé par le roi de Sardaigne à la 
présidence de la direction des études. En 1821 
il résigna cet emploi, et se retira dans ses terres. ^ 
On a de lui : Elogio storico d'Andréa Doriû, 
publié avec l'Éloge de Chr. Colomb du marquis 
Durazzo, sous le titre Elogi storici di Cristoforo 
Colombo e d'Andréa Doria; Parme, 1781, 
in-4°, anonytne. — Il tempio délia Fama; 
Finale, 1779, iu-8° : traduction d'un poëmc de 
Pope ; — Parafrasi poetica dei Salmi Davi- 
dici; .Gênes, 1803, 2 vol. in-4''; ibid., 1823, 
3 vol! in-8", augmenté de trente sonnets ; — 
Parafrasi poetica dei Cantïci profetici; Gê- 
nes , 1825, in-8° ; — Proverbi di Salomone, pa- 
rafrasi con note; Gênes, 1827, in-8° ; — Treni 



6i 



GRTLLO — GRIM 



di Geremia profeta, parafrasi poetica, con 
note; Gênes, 1828, in-8°. E. G. 

Notizia délia Fita e délie Opère del mardi. N. Gril- 
lo-Cataneo; Gènes, 1834, m-k". — Tipaldo, Biogr. degli 
Ital. illustri, t. 1. 

* GRILLON { Edme- Jean- Louis) , architecte 
français, né à Paris, le 7 février 1786 , mort à 
Dieppe, le 23 août 1854. Il étudia d'abord l'archi- 
tecture sous Labarre, puis sous Debret et Lebas, 
et suivit en même temps les cours de l'École des 
Beaux- Arts , oîi il obtint six médailles et le se- 
cond prix en 1809, sur un projet de cathé- 
drale. Après deux ans de séjour en Italie, il fut 
successivement sous-inspecteur à l'abattoir du 
Roule (181t), inspecteur au palais des Beaux- 
Arts et à la salle de l'Opéra (1820), et chargé 
(18:>5), comme architecte du gouvernement, des 
travaux du piédestal de la statue de Louis XVI, 
projetée pour la place de la Concorde. II était 
devenu en 1819 rapporteur près le conseil des 
bâtiments civils , dont il fut ensuite inspecteur 
général depuis 1832 jusqu'à sa mort. Membre du 
comité historique, il siégea de 1834 à 1848 au 
conseil municipal et général de la Seine. 

Les travaux les plus importants de cet archi- 
tecte sont : l'Entrepôt des Douanes de Paris et 
les bâtiments de la Compagnie générale du Ma- 
gasinage public , place des Marais ; la construc- 
tion d'un certain nombre d'hôtels et d'usines, 
ainsi que la restauration d'anciens châteaux de 
diverses époques. Il était l'un des principaux 
collaborateurs du Choix des Édifices publics 
(voy. Gourlier), etapubliéen 1848,avecMM. Cal- 
lou et Jacoubet : Études sur un nouveau sys- 
tème d'alignement et de percement de voies 
publiques , faites en France en 1840 et 1841, 
présenté aie Conseil des Bâtiments civils 
d'après l'invitation de M. le citoyen ministre 
de l'intérieur; Paris, in-8°. Ed. Renaddin. 

Gabet , Annuaires. — Bourquelot, La Littéral, franc, 
contemporaine. — Doc. partie. 

GRiLLOT (Jean-Joseph) , théologien fran- 
çais, né à Chablis, le 26 mars 1708, mort dans la 
même ville, le 31 septembre 1765. Attaché au 
parti janséniste, il fut arrêté à Paris, dans une 
imprimerie qui s'occupait clandestinement de la 
propagation des écrits en faveur de l'appel. 
Mis au carcan le 13 mars 1731 et banni de la 
France, il se retira en Hollande. Il obtint en 1749 
la permission de rentrer dans sa patrie , s'éta- 
blit à Auxerre, où il put vivre tranquillement. 
On a de lui : Recueil de Cantiques spirituels 
sur les principales vérités de la religion; 
in-12; — Suite au Catéchisme historique et 
dogmatique; in-12; — Vie de M. Creusot, 
curé de Saint-Loup, à Auxerre. On dit qu'il 
la supprima pour en laisser paraître une d'une 
autre main. Il fut un des principaux éditeurs 
des Œuvres de M. Colbert, évêque de Mont- 
pellier, et participa, sous la direction de Legros, 
à l'édition des Mémoires de Fontaine, Lancelot 
et Dufossé. Il donna une édition augmentée de 
La Vérité rendue sensible à tout le monde. 



par Dusaussois, curé d'Haucourt en Normandie; 
1743, 2 vol. in-12. Il avait préparé une Histoire 
de la Religion depuis la création du monde 
jusqu'à son temps, qui est restée inédite, de 
même qu'une Réfutation complète de la Théo- 
logie de Collet. J. V. 

Ctiaudou et Delandine , Dict. univ. histor., crit. et bi- 
bliogr. — Quérard , La France littéraire. 

GRILLOT {Jean- Baptiste), prédicateur fran- 
çais, né à Arnay-le-ÎDuc, en 1588, mort à Grenoble, 
le 3 septembre 1647. Reçu dans la Compagnie de 
Jésus en 1605, il passait pour un bon prédicateur, 
et montra beaucoup de courage en assistant les 
malades dans une épidémie à Lyon. On lui doit : 
Oratio habita in funere illùstrissimi cônes- 
tabilis de MontmoreiKy ; — Lugdunum lue 
affectum, et refectum, etc., dont il a paru une 
traduction sous ce titre : Lyon affligé de con- 
tagion, ou narré de ce qui s'est passé de plus 
mémorable en cette ville depuis le mois d'août 
im^ jusqu'en octobre 1629; Lyon, 1629, ih-S". 

J. V. 

Alegambe, Bihlioth. Script. Soc. Jesti^ 

* GRiLLPAliZÈR ( François), poète drama- 
tique allemand, né à Vienne, le 15 janvier 1790.11 
fut d'abord employé auprès de la cour impériale, 
puis devint en 1832 directeur des archives de là 
chambre. Il voyagea en Itahe et en Grèce ; mais 
sa vie se résume principalement dans les œuvréS 
remarquables qu'il a données à la scène alle^ 
mande , et dont les principales sont : Die Ahn- 
/^rmi(L'Aïeule), tragédie; Vienne, 1816; 6" édit., 
1 844 ; — Sappho (Sapho) ; Vienne, 1 8 19 ; 3^ édit. , 
1822; — Bas Goldene Vliess (La Toison 
d'Or); Vienne, 1822 ; c'est une trilogie, dans la- 
quelle le poète a rassemblé les esprits infernaux 
de l'antiquité d'une manière fantastique, qui con- 
viendrait plutôt à un opéra qu'à un drame ; — 
Des Meeres und der Liebe Wellen ( Les Va- 
gues de la mer et de l'amour) ; Vienne, 1840 : tra- 
gédie dans laquelle l'auteur a cherché à drama- 
tiser la tradition de Héro et Léandre ; elle est 
encore une des meilleures pièces de l'auteur; — 
Eœnig Ottokar's Gluck und Ende (Prospérité 
et Mort du roi Ottokar ) ; Vienne, 1 825 ; — Eïn 
treuer Diener seines Herrn (Un fidèle Servi- 
teur de son maître) ; Vienne, 1830 ;—3Iehmna; 
Vienne, 1830, tragédie; — Der Traumein Lebûn 
( La vie est un rêve ) , drame poétique. W. R. 
Julian Schmidt, GeschicMe der deutschen Nationat- 
Literatur im 19rt Jahrhundert. 

GRini, roi d'Ecosse, régna de l'an 996 jus- 
qu'en 1005. Fils de Duff, selon les uns, oU, 
selon d'autres, de Mogall, frère de Duff, il fut 
proclamé roi après la mort de Constantin IV. 
Il trouva un compétiteur redoutable dans Milco- 
lomb ou Malcolm , prince de Cumbrie. Les deux 
prétendants, au moment d'en venir aux mains, 
firent la paix. Il fut convenu que Malcolm ré- 
gnerait après la mort de Grim, et qu'en attendant 
les deux princes garderaient leurs États respec- 
tifs, qui étaient séparés par le mur de Sévère. Au 
bout de plusieurs anUées, ce traité fut violé par 



63 



GRIM ~ GRIMALDI 



64 



Grim, qui envahit et dévasta les possessions de 
Malcolm, alors occupé à guerroyer contre les 
Danois. Malcolm revint en toute hâte, et Grim , 
vaincu , abandonné de ses soldats et blessé à la 
tête, tomba entre les mains du vainqueur, qui lui 
lit crever les yeux. Le prince captif survécut 
peu à ce cruel traitement, et mourut dans la 
dixième année de son règne. Z. 

Buchanan , Rerum Scoticarum Historia, I. VI. 
GRIM {Herman- Nicolas), médecin suédois, 
né en 1641, à Visby ( fle de Gottland), mort 
de la peste, en 1711. Il étudia la médecine d'a- 
bord auprès de son père, qui avait été chirurgien 
de Gustave-Adolphe, ensuite à Copenhague, 
puis en Hollande. En 1661 il servit comme chi- 
rurgien sur un navire liollandais, qui fit le 
voyage de la Nouvelle-Zemble, et en 1666 il 
passa dans l'île de Java. Le gouvernement le 
chargea de l'exploitation des mines d'or de Su- 
matra. Grim fut aussi nommé médecin de la 
Compagnie des Indes et directeur des hôpitaux 
de Java. Il séjourna quelque temps dans l'île de 
Ceylan et dans les établissements danois des 
Indes , mais on ignore à quelle époque. Retourné 
en Europe, il exerça la médecine dans sept ou 
huit localités de Hollcfnde , d'Allemagne, de Da- 
nemark et de Suède; il fit même un nouveau 
voyage aux Indes, en 1683. S'étant définitivement 
établi à Stockholm, en 1706, il fut nommé méde- 
cin du roi, et membre du conseil médical, au- 
quel il fit présent des collections qu'il avait rap- 
portées de l'Inde. On a de lui : Laboratorium 
chymicum Ceylanicum , publié d'abord en hol- 
landais, Batavia, 1677 ; traduit en latin par Barth. 
Piélat, sous le titre de Thésaurus insulee Ceyla- 
niée medicus ; Amsterdam ,1679, in-S" ; — Com- 
pendium Medico- Chymicum; Batavia, 1679, 
in-8"; Augsbourg, 1684, in-S", où il conseille 
l'usage des médicaments chimiques pour le trai- 
tement de toute espèce de maladie ; — Des mé- 
moires dans les Miscellanea Academias naturan 
Curiosorum. E. B. 

Sacklen, Sveriges Isekare hist. — Éloy, Dict. hist. de 
la Méd. — Nyerup et Kraft, Lit.-Lex. 

* GRIMALD (1), théologien et homme' d'État 
allemand, né vers la fin du huitième siècle, mort 
le 13 juin 872. Il était d'une famille noble : Hesti, 
archevêque de Trêves, était son frère. Grimald 
prit l'habit religieux dans le monastère de Rei- 
chenau. En 825 il devint l'archichapelain de 
Louis le Germanique, dont il fut depuis le con- 
fident intime , à ce point que le roi le chargeait 
des négociations les plus délicates. Grimald fut 
nommé en 841 abbé de Saint-Gall; il fit termi- 
ner la fameuse église et les autres bâtiments du 
monastère, dont le plan, conservé jusqu'à nous, 
fait connaître les dispositions de l'architecture 
religieuse de l'époqiie carlovingienne. Grimald 
profita de la faveur du roi pour protéger les 
amis des lettres , qu'il cultivait lui-même. Wa- 



(1) On l'a souvent confondu avee Grimald, archlchape- 
lain de Louis le Débonnaire. 



[ lafride Strabon, Raban-Maur et d'autres lui 
j dédièrent leurs ouvrages, comme au Mécène 
j de la Germanie. On a de lui : Commentarii ad 
Gregorii Sacramentarium, dans le tome II de 
la Liturgica Latinorum de Pamelius. Ayant 
remarqué de nombreuses fautes dans les manus- 
crits du Sacramentarium, Grimald entreprit 
de les faire disparaître par un examen comparé ; 
au jugement d'Oudin, Grimald, au lieu de cor- 
riger.le textedaSacramentarium, l'aurait rendu 
plus incorrect. Son œuvre reste, en tous cas, 
comme un échantillon de la critique au neuvième 
siècle. E. G, 

Histoire littéraire de la France, t. V, p. 402. — Oudin, 
De Script, ecclesiasticis. 

GRIMALDI (Maison de), une des familles 
patriciennes les plus illustres de Gênes , possède 
depuis plus de six cents ans la souveraineté de 
Monaco. Elle embrassa le parti guelfe, et le sou- 
tint avec les Fieschi contre les Doria et les 
Adorne. Ces quatre familles entraînaient dans 
leurs querelles le reste de la nation ; et quoique 
plusieurs fois elles furent simultanément bannies 
des emplois publics, elles ne cessèrent de jouer le 
plus grand rôle dans le gouvernement de leur pays. 
Les Grimaldi se montrèrent constamment par- 
tisans de la France, où beaucoup d'entr'eux oc- 
cupèrent de hautes positions. Ils se divisèrent 
en plusieurs branches, dont nous allons donner 
les principaux membres. Ils font remonter leur 
origine à Grimoald ou Grimaut, maire du pa- 
lais sous Childebert II, assassiné en 714. S'il faut 
en croire les généalogistes, Grimoald eut pour fils 
Théobald ou Thibaud, qui eut d'Aliarde Hugues , 
seigneur d'Antibes, qui vivait en 800 et servit 
utilement Charlemagne, et Ramire qui fit aussi 
la guerre contre les Maures et fut la tige des 
Grimaldi d'Espagne. 

Passanus, fils de Hugues, eut pour fils Gri- 
maldi P'" et pour frère Thibaud , Théobald ou 
Thado , archevêque de Milan en 861 , mort en 
869. 

Grimaldi P'" vivait en 920, suivant les chro- 
niqueurs ; il chassa les Sarrasins de Monaco, et 
obtint de l'empereur Othon P'' la possession de 
cette forteresse. Il épousa Crispine, dont il eut 
Gui, qui lui succéda : Crispin, dit Ange, qui de- 
vint le chef de la maison du Bec-Crespin-Gri- 
maldi, et Gibalain. Ce dernier aida Guillaume P*", 
comte de Provence , à expulser les Sarrasins de 
Fraxinet, et reçut en récompense le pays conquis, 
qui est bordé par ce qu'on appelle encore le 
golfe Grimaut. 

Gdido P"^ hérita de son père et de son oncle 
Gibalain. Il paraît être le premier qui porta le 
titre de prince de Monaco. Il eut trois fils : Gri- 
maldi II, Alphant, évêque d'Apt en 1050, et 
Borel , qui s'établit en Languedoc. 

Grimaldi II , prince de Monaco et seigneur du 

golfe de Grimaut , fils du précédent. Il prit le 

parti des gibelins, et soutint le saint-siége contre 

' l'empereur Henri III; il eut plusieurs enfants, 



6£ 



GRIMALDI 



66 



entre autres Gui IT, qui lui succéda; Carlo, 
évêque de Sistéron , et le cardinal Teobaldo. 

GuiDO II, prince de Monaco, fils du précédent, 
servit, au contraire de son père, l'empereur 
Henri IV, en qualité d'amiral; il laissa sept fils: 
Grimaldi III, qui lui succéda ; Luc et Giii, tous 
deux cardinaux; Htwibert, évêque de Fréjus; 
Maïnfroi, évêque d'Antibes; Bozon, abbé de 
Lérins , et Albert, commandeur de Puimosson, 
dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (1168). 

Grimaldi III, prince de Monaco et seigneur 
de Grimant, fils du précédent, vivait en 1160. La 
république génoise lui confia plusieurs fois le 
commandement de ses escadres. Il montra du 
courage et de l'intelligence dans ces diverses mis- 
sions. Parmi ses nombreux enfants, on connaît 
Oberto, qui lui succéda ; Raymond, évêque d'An- 
tibes; Pierre, évêque de Vence; Polixène, 
mariée à Felippe Spinola; Éliza, épouse de Si- 
nibaldo Doria, seigneur de Cremorino; et Au- 
rélia, femme de Nicola Doria. 

Oberïo, fils du précédent, prince de Mo- 
naco, etc., se distingua au service de l'empereur 
Frédéric P'", dont il était le grand-maître d'hô- 
tel. Il re|)résenta le monarque allemand en France 
et en Angleterre. 11 laissa Grimaldi IV, qui lui 
succéda; Nicolas, tige des Grimaldi de Cari- 
gnan; Obert, tige des seigneurs de Châteauneuf 
et de Guartières (comté de Nice); et Ingo, 
tige des ducs d'EboIi, des princes de Salerne, 
des marquis de Teano, des comtes de Polo, des 
Cavelleroni , des barons Monte-Pelouse, de ceux 
de San-Feli , etc. 

Grimaldi IV , prince de Monaco, fit la guerre 
en Terre Sainte, et remplit sur la (lotte génoise 
nolisée aux croisés les fonctions importantes 
d'intendant général. 11 épousa Oriettede Castres, 
dont il eut Franco , qui lui succéda ; Devotur,, 
évêque de Grasse; Ltichet, chef guelfe, qui prit 
Vintimilleet devint la tige des marquis de Maudu- 
nio (Naples), des barons de Beaufort, des Gri- 
maldi de Séville , et des princes de Lixen-Sam- 
pigni (Lorraine). 

François , prince de Monaco, etc. , mort en 
1275; il embrassa le parti papal, et fournit des 
.secours importants à Charles d'Anjou , roi de 
Naples et comte de Provence. Il s'était uni à 
Aurélia de Caretto, qui lui donna : Kainier 1er; 
Antonio, l'un des capitaines de Charles II, roi de 
Naples; Andaro, tige des comtes de Beuil, qui 
produisit plusieurs hommes remarquables. 

Rainier F' , prince de Monaco, etc. , mort 
vers 1300, servit aussi Charles II. Il épousa 
Speclosa de Caretto-Final, dont W^nt Rainier 11 ; 
Berlonio ou Bartolomeo, gouverneur de Ca- 
labre pour le roi Robert et tige des seigneurs 
de Missimerio( Sicile); et Francesco, qui se dis- 
tingua contre les gibelins. 

Raimer II, prince de Monaco, seigneur de 
Neuville (Normandie), fils du précédent. Il entra 
en 1302 au service de Phihppe le Bel, et pour la 
première fois ilamena, en 1304, une flottegénoise 

NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXJI. 



dans l'Océan. Il conduisit seize galères sur les 
côtes de Flandre, et après plusieurs succès ren- 
contra la flotte flamande devant Ziricksée; il prit 
peu de souci de sauver les vaisseaux français 
qui lui étaient adjoints : presque tous furent pris 
ou mis en déroute; mais comme les Flamands 
se félicitaient déjà de leur victoire , il revint sur 
eux avec la marée montante, qu'il avait attendue, 
coupa leur ligne , détruisit un grand nombre de 
leurs navires, et fit prisonnier Gui de Namur, fils 
du comte deFlandre. Il força ensuite les Flamands 
à lever le siège de Zircksée. Il contrihua beaucoup 
au gain de la bataille de Mons-en-Puelle (1304). 
Rainier II de sa femme, Marguerite, eut Char- 
les /'''", qui lui succéâà; Antoine, tige des sei- 
gneurs d'Antibes et de Corbon, et Lucien, sei- 
gneur de Villefranche, et grand-chambellan de 
Jeanne II , reine de Naples. 

Charles II, dit le Grand, prince de Monaco, 
seigneur de Vintimille et de Gagnes, blessé mor- 
tellement à la bataille de Crécy, en 1346. Il fut 
gouverneur de Provence pour la France, et Gênes 
lui confia ses flottes. En 1338 il conduisit vingt 
galères contre les Flamands au secours de Phi- 
hppe VI (de Valois). En 1346, avec Antonio Doria, 
il en amena trente dans les mêmes conjonctures 
contre les Anglais. Les équipages furent débar- 
qués , et se joignirent à l'armée française qui ren- 
contra les Anglais à Crécy. Les Génois passaient 
alors pour les meilleurs archers du monde. Gri- 
maldi et Doria lesconduisirentvaillamment ; mais 
une forte pluie, qui tomba toute la matinée, avait 
mis les arcs de leurs hommes hors de service. 
« Aussi quand on leur commanda l'attaque , dit 
Froissart, ils essent eu aussi cher que néant de 
commencer adonc la bataille ; car ils étoient dure- 
ment las et travaillés d'aller à pied ce jour, plus de 
six lieues, tous armés et de leurs arbalètes porter ; 
et dirent adonc à leurs connétables (Grimaldi et 
Doria) qu'ils n'étoient mie adonc ordonnés de faire 
nul grand exploit de bataille. Ces paroles volèrent 
jusqu'au comte d'Alençon, qui en fut durement 
courroucé , et dit : « On se doit bien charger de 
cette ribaudaille , qui faillit au besoin. » Malgré 
leurs représentations, et quoique la journée fût 
avancée, on leur réitéra l'ordre de charger: ils le 
firent avec dévouement et résolution. Grimaldi 
se tenait aux premiers rangs, encourageant les 
siens de la voix et de l'exemple ; mais les An- 
glais, qui avaient attendu leur attaque, lesaccueil- 
firent par des décharges meurtrières. Ils avaient 
placé durant l'orage la corde de leurs arbalètes 
dans leurs chaperons, et purent s'en servir uti- 
lement. Les Génois tombèrent en foule, sans pou- 
voir presque riposter. « Edouard, dit Villani, 
avait entremêlé à ses archers des bombardes , 
qui avec du feu lançoient de petites baUes de 
fer, pour effrayer et détruire les chevaux, et les 
coups de ces bombardes causèrent tant de trem- 
blement et de bruit, qu'il sembloit que Dieu 
tonnoit , avec grand massacre de gens et ren- 
versement de chevaux ». Les Génois perdirent 



67 



GRIMALDI 



68 



enfin courage, et voulurent fuir; « mais, rapporte 
Froissart, une haie de gendarmes françois, 
montés et parés moult richement, leur fermoit le 
chemin. Le roi de France, par un grand mutaient, 
quand il vit leur pauvre arroi et qu'ils se décon- 
iissoient ainsi , commanda et dit : « Or, tôt tuez 
toute cette ribaudaille, car ils nous empêchent la 
voie sans raison. » Là vissiez gendarmes de tous 
côtés entre eux férir et frapper sur eux , et les 
plusieurs trébucher et cheoir parmi eux, qui onc- 
ques puis ne se relevèrent ; et toujours traioient les 
Anglois en la plus grande presse , qui rien ne per- 
doient de leurs traits, car ils empalloient et fer- 
roient parmi le corps ou parmi les membres 
gens et chevaux , qui là cheoient et trébuchoient 
à grand méchef. » Le propos atroce de Philippe 
n'était pas une explosion de colère : ce fut une or- 
dre, qui par son exécution entraîna la perte de la 
bataille. Ce massacre des auxiliaires génois est si 
odieux, qu'on a besoin pour le croire des témoi- 
gnages de tous les contemporains. Onpeutconsul- 
ter à cet égard, outre Froissart, chap. cclxxxvui, 
p. 361, Villani, 1. XII, cap. lxvi, p. 949; le 
continuateur deNangis, p. 108; Uberto Folieta, 
Historia Genuens. , lib. VIT, p. 445. Grimaldi 
fut mortellement blessé dans ce massacre ; mais 
on ignore si ce fut par les traits anglais ou les 
lances françaises. Il avait épousé Luchinetta Spi- 
nola, dont il eut une nombreuse postérité. 

Batnier III, fils du précédent, prince de Mo- 
naco et de Menton , baron de Vence , mort en 
1406, servait en France du vivant de son père, 
combattit sous Geoffroy deCharni, en 1350, et au 
siège de Loudun , sous le seigneur de Beaujeu, 
en 1351. Il commanda avec Baldo Dorla depuis 
le 3 décembre 1354 jusqu'au 22 novembre 1372 
3,000 arbalétriers et 3,000 épavesiers qui com- 
posaient les équipages de dix galères au service 
de France. Charles V, le 28 janvier 1369, le 
nomma membre de son grand conseil. Il eut pour 
enfants : Ambrosino, noyé en péchant, en 1422 ; 
Jean, qui hérita de son père; //e/iri, chambellan 
du roi de Sicile , et tige des princes de Santa- 
Catarina; Griffetta, mariée à Louis de Lasca- 
ris , seigneur de Brigue. 

Jean T'', prince de Monaco, fils du précé- 
dent, mort en 1454, se distingua surtout dans 
les guerres contre Pise et Venise. En 1431 il prit 
parti pour les Visconti, seigneurs de Milan, contre 
les Vénitiens , et leur amena un grand nombre 
de ses compatriotes. Le duc de Milan lui confia, 
conjointement avec Pacino Eustachio, le com- 
mandement de sa flotte. Partis de Crémone, 
Grimaldi et Eustachio, descendirent le Pô, et le 
22 mai 1431 attaquèrent les Vénitiens, qui, com- 
mandés par NicolàTrevisiani, ne comptaient pas 
moins de cent trente-sept navires de diverses 
grandeurs , tandis qu'une armée de douze mille 
cuirassiers et d'autant de fantassins , guidée par 
l'illustre Carmagnola, côtoyait le fleuve. Le pre- 
mier jour les Milanais perdirent cinq galères; 
mais leurs généraux, Piccinino et Francisco 



Sforza, réussirent à tromper Carmagnola, et pu- 
rent jeter sur leur flotte l'élite de leurs soldats. 
Grimaldi, le 23, attaqua Trevisiani, et, dans un 
combat terrible, lui tua deux mille cinq cents 
hommes et lui prit soixante-dix bâtiments. — Gri- 
maldi avait épousé Lomellina Fregoso , dont il eut 
Catalan, qui lui succéda; Costanza, mariée à 
Antonio del Caretto, marquis de Final ; Barto- 
lomea, alliée à Pietro Fregoso , doge de Venise. 

Catalan , prince de Monaco , fils du précé- 
dent, mort en 1457, ne laissa qu'une fille,C^aMdia, 
qui épousa son parent, Lambert Grimaldi, de la 
branche des seigneurs d'Antibes et de Corbon, et 
lui apporta sa principauté en dot. 

Lambert, prince de Monaco, était le second 
fils de Nicolas Grimaldi , co-seigneur d'Antibes 
et de Gagne, et de Césarine Doria d'Oneille. 11 
mourut en 1493; légataire substitué de son 
père, il s'attacha à René d'Anjou, comte de Pro- 
vence , et au roi de France Charles VIII ; il eut 
plusieurs enfants : Jean II et Lucien, qui lui 
succédèrent ; Augustin, évoque de Grasse et abbé 
de Lérins (wy. plus loin); Philibert, prévôt 
de l'église de Nice ; Louis , chevalier de Malte ; 
Françoise , mariée à Luc Doria; Césarine, qui 
épousa Charles, marquis de Cères ; Isabelle, al- 
liée à Antoine, vicomte de Chàteanneuf, de Ren- 
don , de Tornielle ; enfin. Blanche , mariée à 
Honoré , baron de Villeneuve et des Tourettes. 

Jean II, prince de Monaco, fils aîné du pré- 
cédent, fut tué, en 1505, par Lucien, son frère, 
qui lui succéda. Jean II laissa d'Antoinette de 
Savoie une fille unique, Marie, qui fiit mariée 
à Renaud de Villeneuve, baron de Vence. 

Lucien, prince de Monaco, assassiné en 1 523, 
prit le pouvoir après le meurtre de son frère. Il 
fut chambellan des rois de France Louis XII et 
François 1". Il fit de sa principauté un refuge de 
pirates, et intercepta la navigation dans la mer 
Ligurienne. Soutenu par les Français, il résista 
aux Pisans et aux Génois, qui successivement as- 
siégèrent Monaco, et enleva Menton et Roquebrune 
aux derniers. Barthélémy Doria, son neveu, sei- 
gneur de Douces-Aiguës , vengea sur lui la mort 
de son oncle Jean II. Lucien avait épousé Anne 
de Pontevez, dame de Cabannes, dont il eut Ho- 
noré 7^'', qui lui succéda. 

Honoré F', prince de Monaco, marquis de 
Campagna et comte de Canosa, mourut en 1581. 
« C'étoit, dit Moréri, un seigneur bien fait, sage, 
vaillant, ami des lettres, et qui savoit beaucoup. » 
A cet éloge le biographe aiii-ait pu ajouter bon 
politique; car, si Honoré in%'oqua, en 1533, la 
protection du roi de France Fiançois F"', il l'a- 
bandonna dès les premiers revers, et se ran- 
gea sous les drapeaux du roi d'Espagne. CharlesV 
du reste paya bien cette défection, et les Gri- 
maldi en tirèrent de grandes faveurs. Honoré P' 
combattit vaillamment à la bataille de Lépante. 
11 avait épousé en 1545 sa parente Isabelle Gri- 
maldi de Montaudion , dont il eut Charles II, 
qui lui succéda; François, mort en 1583; Her- 



69 



mie pr ; Horace, mort à Naples, en 1 620 ; Gi- 
nevra, épouse de Stefano Grillo; Àurelia , 
mariée à Agostino de' .Franchi; Virginia , reli- 
gieuse à Gênes, et Claudia, morte jeune encore. 

Chaules II, prince de Monaco, mourut en 
1589, sans alliance. 

Hercule P'', prince de Monaco , assassiné en 
1604, succéda à son frère. II avait épousé Clau- 
dia Landi de Valdetare, dont il eut Honoré II; 
Jeanne, mariée à Teodoro Trivulcio, prince de 
Misochio et vice-roi de Sicile; et Marie-Claude, 
qui entra aux carmélites de Gênes. 

Honoré II, prince de Monaco, marquis de 
Campagna, comte de Canosa, duc de Valentinois, 
comte de Cardalez, baron de Calvinet , des Baux 
et du Buis, né en 1697, mort le 10 janvier 
1662. Il était chevalier de la Toison d'Or et 
grand de Castille, lorsqu'en 1641 il chassa les 
Espagnols de ses États et se plaça sous la pro- 
tection de la France. Louis XIII le fit chevalier 
de ses ordres au camp devant Perpignan ( 22 mai 
1642). Il lui donna le duché de Valentinois , le 
comté de Cardalez et la baronnie de Calvinet en 
Auvergne, les belles seigneuries des Baux en Pro- 
vence, et du Buis en Dauphiné, avec le titre de 
pair de France. « Honoré II, selon Moréri, avoit 
de très-belles qualités , beaucoup de savoir, une 
grande douceur, une prudence admirable, et beau- 
coup devaleur. » Il rédigea l'histoire de sa maison, 
qui fut publiée par son secrétaire, Charles de Ve- 
nasque , sous le titre de Genealogica et Histo- 
ricaGrimaldix gentisArbor. — Honoréll avait 
épousé Hippolita Trivulcio de Melcio, dont il eut : 

Hercule II, prince de Monaco, marquis des 
Baux, né en 1624, tué en 1651. Il seconda éner- 
giqucment son père dans l'expulsion des Espa- 
gnols. Il fut tué en tirant au blanc par un de ses 
gardes, dont le fusil partit inopinément. Il avait 
épousé, en 16.41, Maria- Aurelia Spinola (morte le 
29 septembre 1670), dont il eut Louis , qui lui 
succéda; Marie-Hippolyte , née le 8 mai 1644, 
mariée, en 1659, à Carlo-Emanuele-Filiberto de 
Simiane , marquis de Pianezza ; Giovanna-Ma- 
ria , née le 4 juin 1645, mariée à Andréa Impé- 
riali, prince de Franca- Villa; Devote-Marie- 
Renée , née le 4 septembre 1646, qui entra dans 
l'ordre des Carmélites; Thérèse- Marie, née en 
1647, mariée en 1671, à Sigismondo-Francesco 
d'Esté, marquis de San-Martino et de Lanzo. 

Louis F'', prince de Monaco, duc de Valenti- 
nois, marquis des Baux, etc., né le 25 juillet 1642, 
mort à Rome, le 3 janvier 1701. Il fut tenu sur 
les fonts baptismaux au nom du roi de France 
par le comte d'Alais, gouverneur de Provence. 
Il suivit Louis XIV dans les guerres des Pays- 
Bas, et s'y distingua en plusieurs occasions. 
Nommé chevalier des ordres royaux, il fut envoyé 
en ambassade à Rome, et y mourut. Il avait épousié, 
le 30 mars 1660, Catherine-Charlotte de Gramont 
(moite le 5juin 1678), dont il eut Antoine, qui 
lui succéda; Maria-Teresa , née le 14 janvier 
1662, moite visitandine, à Monaco; Anne-Hip- 



GRIMALDI 70 

polyte,néeen 1663, morte le 23 juillet 1700, après 
avoir été l'épouse de Jacques-Charles de Crus- 
sol, duc d'Uzès; Honoré-François, né le 31 dé- 
cembre 1669, mortàPariSjle 16 février 1748, qui 
fut successivement chevaher de Malte, abbé de 
Saint-Maixent (Poitou), en 1717, et archevêque 
de Besançon, en octobre 1723. Il renonça en fa- 
veur de sa nièce Louise-Hippolyte aux droits qu'il 
possédait sur le duché de Valentinois et se démit 
de son archevêché, en 1735. 

Antoine , prince de Monaco , duc de Valenti- 
nois, marquis des Baux, etc., né le 27 janvier 
1661 ; il était pair de France et chevalier des 
ordres royaux. Il avait épousé Marie de Lorraine- 
Armagnac, dont il n'eut que deux filles Louise- 
Hippolyte , duchesse de Valentinois , mariée, le 
20octobre 1715 ,à Jacques-François de Matignon, 
comte de Torigny, qui apporta à son époux la 
souveraineté de son père, à la charge par le comte 
de Torigny de prendre le nom et les armes des 
Grimaldi; Marguerite-Camille , née le 1"^'' mai 
1700, mariée, le 16 avril 1720, à Louis de Gand 
de Mérode et de Montmorency, prince d'Iseng- 
heim et de Masmimes; Marie- Pauline-Thé- 
rèse, morte sans alUanôe. 

En la personne d'Antoine Grimaldi s'éteignit la 
branche masculine directe des Grimaldi princes 
de Monaco; les souverains qui lui succédèrent 
n'étant plus de cette famille se trouveront à leur 
nom patronimique. A. d'E — p — c. 

Carlos de Venasque, Arbor geneal. et hist. ç/entis Gri- 
mald. — Nostradaraus, Histoire- de Provence. — Bouche, 
Histoire de Provence. — Le père Anselme, Histoire 
genéalogiqzie des Grands 'Officiers de la couronne de 
France. 

Grimaldi non souverains, par ordre chrono- 
logique : 
GRIMALDI (LtccaoE), poète provençal, né 
à Griinanld (Provence), en 1273, suicidé en 
1308 (1). Il tenait un rang distingué à Gênes, tant 
à cause de sa noblesse et de sa fortune que pour 
son savoir et son esprit. Il écrivit en langue 
provençale de nombreuses poésies, aujourd'hui 
perdues. Suivant Nostradamus, il avait fait 
quelques satires sanglantes , en forme de comé- 
dies, dirigées contre le pape Boniface Vllf. On 
l'obligea de brûler ses œuvres ; mais il les re- 
composa de mémoire, et, après les avoir considé- 
rablement augmentées, il en fit présent à Gamba- 
leza , gouverneur de Provence ; elles n'ont point 
été imprimées. Grimaldi devint annoureux de la 
châtelaine de Villeneuve (Provence), et lui dédia 
plusieurs chansons et sirventes; cette dame, 
voulant mettre à l'épreuve la passion du poète, lui 
fit prendre un philtre , qui le fit entrer dans une 
telle fureur, qu'il se perça de son épée. 

A. d'E— p— c. 

Nostradamus, f^itse Poet. Prot\, cap. lv. — Oldoin, 
Athenœum TAgusticum, — Du Verdier, lUbliatlièque 
française, t. Il, p. 67. — Soprani, Scritt. dellu JAgiiria. 

GRIMALDI (Augustin), \n'é\ài génois, mort 

le 12 avril 1532. Il était troisième fils de Lam- 



(1) C'est à tort qu'Oldoin rapporte cette mort ù 1303. 



71 



GRIMALDI 



72 



bert , prince de Monaco, et [de Césarine Doria 
d'OneiUe. Il apprit les bel les -lettres, la théologie, 
et devint ami particulier des cardinaux Berabo 
et Sadolet. Le roi de France Louis XII le com- 
bla de faveurs ; il le fit entrer dans son conseil, 
le choisit par son aumônier, et lui donna Té- 
vêché de Grasse. En 1505 Augustin fut élu abbé 
de Lérins, et assista en 1512 au concile de La- 
tran. En 1515 il soumit son antique et célèbre 
abbaye à la congrégation des Bénédictins de la 
réforme du Mont-Cassin et de Saint-Justin de 
Padoue. Lorsque, en 1 523, Lucien Grimaldi,prince 
de Monaco , fut assassiné par Bartolomeo Doria, 
seigneur de Douces-Algues, qui vengeait sur son 
oncle le meurtre de Jean II, prédécesseur et frère 
aîné de Lucien , Augustin poursuivit son neveu 
devant la chambre impériale de Spire, et pour 
trouver faveur en cette cour, le prélat se dé- 
clara pour l'empereur Charles Quint et mit sous 
la protection de l'Espagne la principauté de 
Monaco, dont il s'était rendu maître comme tu- 
teur des fils de Lucien. François V, justement 
indigné de cette démarche, priva l'ingrat Au- 
gustin de tous ses revenus en France; Charles 
Quint l'en dédommagea par l'évêché de Majorque 
et l'archevêché d'Oristano ; il l'avait même dé- 
signé au pape Clément VU comme cardinal, mais 
Augustin mourut avant sa promotion : on croit 
que ce fut de poison. 

On a de ce prélat plusieurs lettres adressées à 
des hommes illustres de son temps , entre autres 
une réponse à Sadolet commençant par ces mots : 
Gravissimo mihi ; c'est la XX® du recueil de 
Gregorio Cortesi. La lettre de Sadolet, datée de 
1529, se trouve sous le n° 14 du hvre IV des 
Epistolse de ce savant. A. n'E— p— c. 

Carlo de Venasque, Arbor geneal. et hist. gentis Gri- 
mald. — Sainte-Marthe, Gallia Christiana. — Glus- 
ttniani, Scritt. délia Liguria. 

GRiKiALDi {Antonio), amiral génois, vivait 
dans le quatorzième siècle. En 133211 fut chargé' 
de venger les ravages que les Aragonais avaient 
commis sur les côtes de la Liguric, alors que la 
guerre civile empêchait les Génois d'opposer une 
résistance efficace. Grimaldi suivit avec une flotte 
de quarante-cinq navires les côtes de la Cata- 
logne , débarquant partout où il en trouvait l'oc- 
casion, ne laissant derrière lui que des ruines 
et comblant ses vaisseaux de captifs et de butin. 
Il enleva des galères ennemies jusque sur la rade 
de Majorque. Les Aragonais envoyèrent contre 
lui une flotte de vingt-quatre voiles, qui essaya de 
le cerner dans les eaux de Minorque; mais il la 
battit complètement. De retour dans sa patrie, 
il ne paraît pas avoir joué un rôle politique impor- 
tant; mais au printemps de 1353 il fut remis à 
la tête des forces navales génoises : il s'agissait 
encore de combattre les Aragonais, réunis cette 
fois aux Vénitiens. Grimaldi forma une flotte de 
cinquante-deux bâtiments, et chercha les enne- 
mis , espérant les battre en détail et avant leur 
jonction. Il n'y put réussir, et les rencontra réunis 



dans les parages de la Loiera , île située sur la 
côte septentrionale de la Sardaigne (29 août 
1353 ). L'habile Pisani, général des Vénitiens, dé- 
guisa une partie de ses forces. Grimaldi, trompé, 
attaqua résolument ; mais il ne se vit pas sans 
émotion en présence de soixante-treize voiles en- 
nemies. Pour présenter à l'ennemi un front 
compacte, il fi^ lier s«s galères les unes aux 
autres par les bordages et par les mâts ; il en ré- 
serva seulement quatre sur chaque aile pour 
porter secours où besoin serait durant l'action. 
Les Vénitiens et les Catalans , voyant cette or- 
donnance, unirent ensemble de leur côté cin- 
quante-quatre de leurs bâtiments, et en laissèrent 
seize de libres sur leurs flancs, afin de neutraliser 
la réserve génoise. Cette disposition singulière 
des deux flottes montre combien l'intelligence 
des manœuvres était encore peu développée ; ce 
n'était par le fait qu'un combat de pied ferme qui 
allait se livrer sur un sol factice. Les Catalans 
laissèrent arriver à pleines voiles trois grands 
vaisseaux ronds, nommés coques, sur l'aile 
droite de Grimaldi, et coulèrent un pareil nombre 
de ses galères. Effrayé de ce début, il détacha 
onze de ses galères , qu'il rallia aux huit restées 
libres, et simulant l'intention de tourner ses ad- 
versaires, il gagna la haute mer. Abandonnant hon- 
teusement le reste de sa flotte, il fit voile pour 
Gênes. Les trente autres galères liguriennes , 
liées ensemble, se voyant abandonnées, se ren- 
dirent sans résister davantage. Deux mille Gé- 
nois furent tués , trois mille cinq cents faits pri- 
sonniers; jamais la république n'avait éprouvé un 
pareil désastre. Le désespoir s'empara du peuple 
et de ses gouvernants ; d'un commun accord on 
abdiqua l'indépendance, et Jean Visconti, duc de 
Milan, fut proclamé seigneur de Gênes. Gri-. 
maldi échappa à la punition de sa lâcheté ou 
plutôt de sa trahison. A. de Lacaze. 

Matteo Villani, Istoria, etc., lib. III, c. Lxxvili, 
p. 208. — Georgio Stella, Annales Cenuenses, p. i002. 
— Daru, Uisloire de Gènes, t. I, chap. iir, p. 493. — 
SIsmondi, Histoire des Répiibligues italiennes, t. VJ, 
chap. XLI, p. 125-130. 

GRIMALDI (Gei'onimo) , homme d'État et 
prélat génois, mort en 1543. Il occupa les prin- 
cipales charges de la république , et rempUt plu- 
sieurs missions diplomatiques avec intelligence 
et succès. Sa femme étant morte, il embrassa 
l'état ecclésiastique, et arriva facilement aux pre- 
mières dignités de l'Église. Il était déjà évêque 
de Venafro (Terre de Labour), et d'Albenga, 
lorsqu en 1527 le pape Clément Ville fit cardinal- 
diacre du titre de Saint-Georges-in-Velatro. 
Il lui donna plus tard l'archevêché de Bari, puis 
celui de Gênes. Geronimo y mourut, laissant trois 
fils, Lïcca , Giambatista et Antonio. A. L. 

Carlo de Venasque, Arbor geneal. et hist. gentis Gri- 
mald. — Aubcvi, Histoire des Cardinaitx. — Onuphre 
et Claconi, f^itœ Ponti/icum. - G\aslin\ani. Scritt. délia 
Liguria. 

GRIMALDI { Dominjgue) , prélat génois, 
mort en 1592. Il était fils de Giambatista Gri- 
maldi, seigneur de Montaldeo. Il s'était distingné 



78 



GRIMALDI 



74 



par quelques brillants faits d'armes lorsque Pie V 
le nomma commissaire génér-al des galères de 
l'Église ; il prit en cette qualité une part active 
à la bataille de Lépante, livrée aux Ottomans en 
1572. Il embrassa alors l'état ecclésiastique, ob- 
tint l'abbaye de Mont-Majour-lez-Arles. En 1581 
Grégoire XIII lui donna l'évêché de Savone , 
d'oii il le transféra en 1584 sur le siège épiscopal 
de Cavaillon (comtat Venaissin). Les guerres 
religieuses étaient alors dans toute leur violence; 
il fallait à Avignon un homme d'énergie et d'ex- 
péi'ience; Grégoire y installa Grimaldi comme 
archevêque et vice-légat. Celui-ci se montra 
digne de la confiance du souverain pontife par là 
rigueur avec laquelle il poursuivit les protestants. 
Il a laissé un volume de lettres , mais elles n'ont 
pas été publiées. A. L. 

Carlo de Veaasque, Arbor geneal. gentis Grimald. — 
Sainte-Marthe, Gallia C/iristiana. — Ughelli, Italia sa- 
cra. — Nouguier, Histoii'e des Èvèqves d'Avignon. — 
Giustiniani, Scntt. delta Liguria. 

* GRIMALDI (Le P. Francesco), architecte 
italien, né vers 1 550, à Oppido, dans le royaume de 
Naples, mort plus que septuagénaire. Il était reli- 
gieux théatin. Son premier ouvrage paraît être l'é- 
glise Saint- André de Naples , construite en 1578. 
En 1586 il donna les dessins de l'église de son 
ordre consacrée aux Saints Apôtres ; en 1600 il 
élevait sur Pizzo-Falcone , également pour les 
théatins, l'église de Santa-Maria-degli-Angeli, 
un des éditices les mieux proportionnés et du 
meilleur goût qui existent à Naples. En 1607 il 
bâtissait l'église de Santa-Maria-della-Sapîenza, 
et concourait pour l'exécution de la chapelle de 
Saint-Janvier, dite le Trésor, dans la cathédrale 
de Naples , et l'emportait sur ses rivaux. Cette 
chapelle , le plus beau titre de gloire du P. Gri- 
maldi, fut commencée en 1608; elle n'est pas 
moins remarquable par la beauté et la richesse 
de son architecture que par les admirables pein- 
tures qui la décorent. E. B — n. 

Ticozzi, Dizionario. — Galanli, Napoli e contorni. — 
Napoli e luoghi celebri délie sue vicinanze. 

GRIMALDI (François-Marie), célèbre phy- 
sicien italien, né à Bologne, le 2 avril 1618, mort 
le 28 décembre 1663. Il entra dans l'ordre des 
Jésuites, en 1632, fut d'abord chargé d'ensei- 
gner la rhétorique ; ensuite il eut à faire des cours 
de géométrie et de philosophie. De très-bonne 
heure adonné à l'étude de l'astronomie , il eut 
beaucoup de part aux travaux du P. Ricioli sur 
cette science. Il décrivit avec soin les taches de 
la Lune; la dénomination qu'il proposa pour ces 
taches est encore admise aujourd'hui ; elle l'em- 
porta sur celle qu'Hevelius avait donnée quelques 
années auparavant, les astronomes ayant préféré, 
comme dit Montucla , se loger dans cette pla- 
nète en compagnie des principaux philosophes et 
mathématiciens de l'antiquité. Le principal titre 
de gloire de Grimaldi est d'avoir découvert l'in- 
Jlexion delà lumière, qu'il appelait lui-même 
diffr action. Par les expériences faites par lui 
sur ce sujet ainsi que sur d'aufres phénomènes 



d'optique , il prépara les découvertes de New- 
ton. Ses observations sur la lumière sont relatées 
dans l'ouvrage suivant , pubUé après sa mort : 
Physico-Mathesis de lumine, coloribus et 
iride , aliisque adnexis, libri duo , in quorum 
primo afferuntur nova expérimenta pro 
substantialitate luminis; In secundo autem 
dissolvuntur argumenta in primo adducta et 
probabiliter sustineri posse docetur sententia 
peripatetica de accidentalitate luminis. Qua 
occasione de hactenus incognita luminis dif- 
fusione, de rejiexionis , refractioms ac dif- 
fractionis modo et causis non pauca profe- 
nOT^wr; Bologne, 1665, in-4". E. G. 

Fabroni, f^itse Italorum, t. XllI, in-i". — Montucla, 
Histoire des Mathématiques , t. II, p. 340 et SOS. 

GRIMALDI ( Giovanni - Francesco ) , sur- 
nommé il Bolognese, peintre, architecte et gra- 
veur italien, né à Bologne, mort en 1680. Dans la 
peintui'e il avait pris le Corrége pour maître, et l'i- 
mitait heureusement : bon architecte, il laissa des 
monuments qui sei"vent encore de modèles au- 
jourd'hui. Il travailla quelquetemps avec l'Albane, 
et lui emprunta la grâce affectée de son pinceau. 
De ces différentes combinaisons , il se créa un 
genre particulier. Sa touche est légère , son des- 
sin correct , son coloris plein de force , ses orne- 
ments bien soignés , et sa partie architectu- 
rale à l'abri de la critique. On lui reproche d'avoir 
trop employé le vert; mais si aujourd'hui ses 
teintes décolorées et tournant au bleu sont dé- 
sagréables , il faut reconnaître qu'elles n'étaient 
pas ainsi lorsqu'il les enleva de sa palette. Comme 
tant d'autres de ses contemporains, il igno- 
rait l'altérabilité des principes colorants. Inno- 
cent X l'employa au Vatican, dans le palais 
Quirinal, et à San-Martino-del-Monte. Grimaldi 
vint à Paris, et y fut reçu honorablement par le 
cardinal Mazarin. Sa fortune égala son talent. Ses 
œuvres sont fort recherchées des connaisseurs ; 
la galerie Colonna en possède plusieurs. Il 
gravait fort bien, et reproduisit avec talent ses 
prmcipaux tableaux et plusieurs paysages du Ti- 
tien. On a souvent confondu ses productions 
avec celles de son fils Alessandro. A. de La.caze. 

Orlandi, Lettere pittoriche, t. Il, p. 289. ^ Lanzi, 
Storia délia Pittura, liv. IV. 

GRiMALDi-cAVALLERONi (Geronimo), pré- 
lat italien, né à Gênes, le 20 août 1597, mort à 
Aix, le 4 novembre 1685. Il descendait de la 
branche napolitaine des Grimaldi , entra dans la 
carrière ecclésiastique, et y obtint un rapide 
avancement. Grégoire XV le fit référendaire de 
l'une et l'autre signature en 1621. Il était arche- 
vêque de Séleucie et évêque de Brugneto , lors- 
qu'en 1621 Urbain VIII lui donna la barrette 
comme prêtre cardinal des titres de Saint-Eu- 
sèbe et de La Trinité in-monte-Pincio. Il eut 
quelques démêlés avec Innocent X, à cause de 
la famille Barbarini, dont il prit généreusement 
la défense. Louis XIV ayant nommé Grimaldi 
archevêque d'Aix , Innocent X refusa de lui 
accorder les bulles sacramentales ; néanmoinsj^ 



7ô GRIMALDI 

le roi de France mit son préjat en possession | On a de lui 
de l'économat et de tous les droits et revenus 
archiépiscopaux. Grimaldi attendit sept années 
ayant d'être consacré régulièrement; mais le 
pape Alexandre VII, dès son avènement, s'em- 
pressa de le reconnaître (25 novembre 1655). 
Le 1^"^ août 1656, il reçut dans son palais la 
reine Christine de Suède, et eut avec elle de 
longues conférences théologiques. Il se fit re- 
marquer par sa piété, et fonda un séminaire pour 
les enfants de familles pauvres qui désiraient 
se consacrer à l'état ecclésiastique. Il se montra 
très-sévère contre les dissidents : un ecclésias- 
tique de Saint-Tropez, nommé Raimonde , ayant 
donné deux volumes contre les premiers tomes 
de la Théologie morale de Grenoble , Grimaldi 
fit instruire contre lui à Rome , obtint sa condam- 
nation, l'obligea à se rétracter, et le chassa d'A- 
vignon. En 1659, il apaisa un soulèvement du 
peuple d'Aix, qui voulait pendre un certain 
nombre démembres du parlement de Provence, 
et entre autres Henri Forbln d'Oppède , premier 
président. L'année suivante , Louis XIV lui 
confia plusieurs missions à Rome. 11 y repré- 
senta constamment les intérêts de la France , et 
se trouva aux conclaves où Innocent X, Alexan- 
dre VU, Clément IX et Innocent XI furent élus. 
Il était lorsqu'il mourut, doyen du sacré col- 
lège. A. L. 

Le P. Bougerel, dans Le grand Dictionnaire histo- 
rique de Moréri. 

GRIMALDI (Nicolà), prélat génois, né le 
6 décembre 1645, mort à Rome, le 25 octobre 
1717. Il n'est guère connu que pour son immense 
richesse , et paraît avoir souvent oublié que le 
royaume du Christ n'était pas de ce monde. Ra- 
i-ement on vit autant de charges lucratives accu- 
mulées sur la tête d'un seul personnage. Il fut 
d'abord clerc de la chambre apostolique et pré- 
fet des chemins et rues de Rome. En mars 1696, 
il devint votant de la Signature de Grâce ; ea 
avril, secrétaire de la Congrégetion des Eaux et 
préfet de l'Aumône pontificale. Après avoir tiré 
bon parti de ces différents emplois , il les quitta 
pour, en décembre 1701, devenir secrétaire delà 
congrégation des évêques et réguliers. Le pape 
Clément XI le créa cardinal du titre de Santa- 
Maria-in-Cosmedin, le 17 mai 1706. Le 14 sep- 
tembre suivant , Grimaldi était légat de Bologne. 
Après avoir été plusieurs anués préfet de la 
Consulte, le 8 juin 1716, il passa dans l'ordre 
des prêtres-cardinaux, et opta pour le titre de 
Saint -Matthieu- in -Merulana. Il mourut peu 
après, laissant à un de ses neveux quatre mil- 
lions d'écus romains en espèce. Sa fortune était 
du double. A. L. 

Auberi, Histoire des Cardinaux. —Moréri, Grand 
Dictionnaire historique. 

GRIMALDI (François), humaniste italien, 
né dans le royaume de Naples, vers 1678, mort 
à Rome, en 1738. Admis jeune dans la Société 
de Jésus, il fit d'abord les basses classes, et fut 
enfin chargé de la rhétorique au collège Romain. 



76 



De Vita urbana; Rome, 1725, 
in-S"; — De Vita œconomica; Rome, 1738, 
in-8" ; — De vita aulica ; Rome, 1740, in-S" : 
ce poëme a été inséré dans le supplément aux 
Poemata didascalica ; Paris, 1813. J. V. 

Dizionario istorico- 

GRIMALDI, marquis de Rag«se (Gharles- 
Louis-Sextius), jurisconsulte français, d'origine 
génoise, né à Aix, vivait dans la première moitié 
du dix-huitième siècle. Il était président à mor- 
tier au parlement de Provence. Sa vie fut con- 
sacrée, écrit-il lui-même, « à maintenir les droits 
du sacerdoce et de l'empire , la confiance et la 
sûreté dans le commerce, l'exactitude dans la 
police et la précision dans la législature ». On a 
de lui : Arrêts de règlement rendus par le 
parlement de Provence , avec des notes ; Aix, 
1774, in-4°; — Arrêts notables rendus par le 
parlement de Provence; Aix, 1746, in-4°. 

A. L. 

Journal des Savants, ann, 1745, p. 12. — Quérard , La 
France littéraire. 

GRIMALDI (Constantin), jurisconsulte et 
philosophe itahen, né à Naples, en 1667, mort 
dans cette ville, en 1750. Ayant acquis des con- 
naissances étendues en jurisprudence , en théo- 
logie , en médecine et même en mathématiques , 
qu'il apprit tout seul , il défendit avec force la 
philosophie cartésienne contre les attaques vio- 
lentes du P. Benedictis (voy. ce nom). On a de 
lui: Risposta alla lettera apologetica diBene- 
detto Aletino nella quale si dimostra esser 
quanto necessaria e utile la teologia dom- 
matica e metodica tanto inutile e vana la 
volgar teologia scolastica ; — Kispota alla 
seconda lettera di Ben. Aletino in cui fasi 
vedere quanto manchevole via la peripatetica 
dottrina; — Risposta alla terza lettera di 
Ben. Aletino , in cui dimostrasi quanto salda 
épia via la filosqfta di Descartes; — Consi- 
derazioni teologiche e politiche Jatte a pro 
degli editti di S. M. C. intorno aile rendite 
ecclesiastiche del regno di Napoli ; Naples , 
1708, 2 vol. in-4°; — Discussioni istoriche, 
teologiche e filosofiche fatte per occasione 
délie risposte aile lettere apologetiche di 
Ben. Aletino. E. G. 

Dizion. istoricho (édit. de Bassano). — Bonnegarde, 
Dict. histor., t. VI, p. 21. 

* GRIMALDI (Gregorio),^o'é\e. et juriscon- 
sulte itaUen, né à Naples, en 1695, mort à Marsal, 
le 27 novembre 1767. Constantin Grimaldi, son 
père, littérateur distingué et conseiller royal, 
voulut lui-même l'instruire dans les lettres et 
les sciences, et ne lui laissa apprendre le droit 
qu'après une longue et sérieuse étude de l'anti- 
quité et de l'histoire romaine. Le fils répondit à 
l'espoir du père, et donna des preuves de ses 
talents en paraissant avec honneur au barreau et 
par des.'productions poétiques qui lui valurent 
son admission à l'Académie des Arcades, sous 
le nom de Clarisso Licunteo. En 1744 il tomba 
en disgrâce , pour une certaine correspondance 



77 



GRIMALDI 



78 



qu'il était accusé d'avoir eue pendant la guerre 
de Villetri, Le 17 février il fut enfermé dans 
Casteilo Nuevo ainsi que son père. Leur cause 
ayant été examinée par un tribunal spécial, dit la 
giunta delV inconfidenza , Constantin Gri- 
maldi ne fut trouvé coupable d'aucun méfait, et 
Gregorio fut seul exilé du royaume et confiné à 
perpétuité dans l'île délia Pantelaria. Il obtint 
toutefois au bout de quelque temps la permis- 
sion de passer en Sicile , où il mourut. On a 
de lui : Istoria délie Leggi e Magistrati del 
regno di Napoli ; tome I et II , Lucques ; 
tome III, Naples, 1732, in-4°; tome IV, publié 
par son frère D. Ginesio, à Naples, 1752: Gi- 
nesio continua ensuite l'œuvre de son frère, qu'il 
réimprima, et à laquelle il ajouta huit autres vo- 
lumes de lui, qui furent imprimés à Naples, de 
1767 à 1774. On a encore de Gregorio Grimaldi 
Lettera, in cui si esaminano due luoghi dette 
opère del sig. Franeesco Maradei , per oc- 
casione de' quali si ragiona delta sospezione 
proposta dal procuratore de' Gesuiti in per- 
sona del regio consigliere D. Costantino Gri- 
maldi; 1716, in-4° : ce livre parut sous son 
nom d'Arcade ; mais il se dévoilait en nommant 
son père; — Egloghe pastorali e rime; Flo- 
rence, 1717, in-8°. D'autres vers de lui se trou- 
vent dans divers recueils , particulièrement dans 
l'Apertura delta Cotonia Sebezia. 

J. V. 

Mazzuchelli, yita di Costantino Grimaldi; dans la 

Raccolta del Calogera, tom. XLV. — Zaccaria, Storia 

lett, d'italia. — Tipaldo, Biografla degli Italiani illus- 

tri, tom. VIII, p. 209, arlicle de Francescantonio Soria. 

* GRIMALDI (N....), savant jésuite ita- 
lien du dix -huitième siècle, était de Civita- 
Vecchia. Il revenait des Indes orientales, où il 
avait sans doute été appliqué aux missions, lors- 
qu'il se fabriqua une machine en forme d'aigle , 
au moyen de laquelle il passa, en 1751, de Calais 
à Douvi-es dans une heure, en dirigeant son vol 
tantôt plus haut, tantôt plus bas, si l'on en 
croit Milizia, auteur italien d'une Vie des Archi- 
tectes. J. V, 

Milizia, f^ie des Architectes, trad. en français par Pin- 
geron ( 1771 ). 

GKiAiALDi { François- Antoine), publiciste 
et historien italien, né en 1740, à Seminora 
(Calabrc), mort à Naples, en 1784. Grimaldi 
montra dans sa jeunesse une grande inclination 
pour les beaux-arts. Après avoir étudié la juris- 
prudence, il professa à Naples, comme avo- 
cat; puis il fut nommé auditeur militaire. On 
a de lui : Indiritta al signer Agostino Lomet- 
lini, lettera sopra la Musica ;Naples, 1766 ; l'au- 
teur essaye de ramener dans la musique l'élément 
moral et pliilosophique , tel que l'entendaient 
les anciens; — Vita di Ansaldo Grimaldi; — 
Vita di Diogene, essai de réhabilitation du 
fondateur de l'école cynique ; — Rejlessioni so- 
pra Vineguaglianza tragli uomini; Grimaldi, 
contrairement à Rousseau, regarde l'inégalité 
comme inhérente à la nature humaine; — An- 



nali delregnodi Napoli, epoca I ; Naples, 1781, 
6 vol. in-8° ; il n'y a que les six premiers vo- 
lumes de cette seconde partie qui soient de Gri- 
maldi , les quatre derniers sont de Cestari. La 
première partie de ces Annales comprend les 
événements qui se sont passés de l'an de la fon- 
dation de Rome à l'an 409 de notre ère ; la se- 
conde, ceux qui ont eu lieu de 409 à 1211. E. G. 

AlchioT Ueiûco, Elogio diFr. A.Grimaldi ;Naples, 1784, 
in-i". — Tipaldo , Biog. degli liai. lUustri, t. VII, p. 94. 

GRIMALDI {D. Geronimo, marquis de), di- 
plomate espagnol, d'origine italienne, né à 
Gênes, en 1720, mort en 1786. Après avoir été 
chargé de diverses missions sous Philippe V et 
Ferdinand VI, il devint ambassadeur à Paris 
sous Charles III, et l'un des principaux agents du 
changement politique opéré par le pacte de fa- 
mille. Il conserva cette place importante pendant 
la guerre qu'amena ce pacte, et fut après la con- 
clusion de la paix ap[)elé au ministère des af- 
faires étrangères par Charles III. A son arrivée 
à Madrid , le nouveau ministre se montra hau- 
tain envers les envoyés étrangers , et manifesta 
ouvertement sa prédilection pour la France , à tel 
point que le duc de Choiseul se vantait d'exercer 
un plus grand ascendant à Madrid qu'à Versailles. 
L'issue malheureuse d'une expédition qu'il 
conseilla contre Alger porta atteinte à son cré- 
dit. Fatigué des embarras de sa position, il 
abandonna son portefeuille au comte de Florida- 
Blanca, et retourna en Italie. Le roi récompensa 
les services de Gilmaldi par le titre de duc et 
le rang de grand d'Espagne pour lui et ses héri- 
tiers. V. Marty. 

W. Coxe, L'Espagne sous la maison de Bourbon, trad, 
par Muriel, in-8", 6 vol. 

GRIMALDI {Dominique, marquis), écono- 
miste italien, né en 1735, à Seminara (royaume 
de Naples), mort à Reggio, le 5 novembre 1805. 
Après avoir étudié le droit, il se rendit à Gènes, 
se fit réintégrer au rang des patriciens, et remplit 
quelques emplois. 11 s'appliqua à l'étude de l'a- 
griculture et à l'exploitation des huiles et des 
étoffes de soie, et fit pour cet objet quelques 
voyages en Suisse et eu France. Il fit construire 
ou envoya en Calabrc diverses machines qu'on 
n'y connaissait pas , et introduisit dans sa patrie 
la culture des pommes de terre , y fit établir des 
prairies artificielles, des jardins à la fiançaise, 
et construire des moulins à huile. Ces essais 
dérangèrent sa fortune. Il se mit à écrire sur l'a- 
gricult'jre. En 1782 il fut nommé membre du 
conseil des finances, et reçut une mission pour 
surveiller les travaux de la sériciculture en Ca- 
labrc. Arrêté en 1798 comme ayant pris part 
aux mouvements révolutionnaires, il parvint à 
se justifier, et recouvra les bonnes grâces de son 
souverain. On a do lui : Mémoire sur l'herbe 
appelée Sutla, imprimé aux frais de l'Académie 
des Georgofili de Florence; — Essai sur l'Éco- 
nomie agricole pour la Calabre uttéi-ieure; 
Naples, 1770, in-S" ; — Instruction sur les 
nouveaux procédés pour la fabrication de 



79 



GRIMALDl -»- GRIMANI 



80 



l'huile ; Naples, 1773, in-S" ; Naples, 1777, in-8° ; 

— Observations économiques sur les fabriques 
et le commerce des soles dans le royaume 
des Deux Siciles; Naples, 1780; — Projet sur 
les moyens d'employer utilement les con- 
damnés aux travaux forcés ; Naples, 1781 ; 

— Mémoire sur le commerce et la fabrication 
des huiles, soit chez les anciens, soit chez les 
modernes; Naples, 1783; — Mémoire pour 
le rétablissement du commerce des huiles et 
de l'agriculture dans la Calabre; Naples, 
1783; — Projet de réforme de l'économie po- 
litique dans le royaume de Naples; Naples, 
1783; — Rapport au roi, avec quelques ré- 
flexions d'économie politique relatives à la 
Catoôre ; Naples, 1785; — Rapport sur une 
école établie par ordre du roi à Reggio pour 
le filage de la soie à la piémontaise ; Messine, 
1785. J. V. 

Biografla popolare; Turin, 1845, in-i". 
GRI9IALDI (Joseph- Marie), prélat italien , 
né à Moncallieil (Piémont), le 3 janvier 1754, 
mort le l""" janvier 1830. Il tenait par son père 
à la famille des Grimaldi de Mentone , par sa 
mère à la famille d'Alciat. Après avoir fait ses 
études à Turin, il embrassa l'état ecclésiastique, 
fut reçu docteur en théologie à l'université de 
Turin, se rendit à Verceil en 1779, fut nommé 
chanoine de la cathédrale en 1782, puis évéque 
de Pignerol en 1797, Lors de la réunion du Pié- 
mont à la France , son siège fut supprimé ; mais 
il fut aussitôt nommé évêque d'ivrée. Il assista 
en 1811 au concile assemblé à Paris, fit partie 
de la commission chargée de rédiger la réponse 
au message de l'empereur, et soutint hardiment 
les droits du souverain pontife. En 1817 le roi 
de Sardaigne rétablit l'ancienne division épisco- 
pale , et nomma Grimaldi au diocèse de Verceil, 
qui venait d'être érigé en archevêché, J. V. 

— Biografla popolare ;Tann, 1845, et suiv. in-*». 

GRIMALDI ( Louis DELLA PiETRA, marquïs ), 
patricien génois, né en 1762, à Gênes, mort à 
Turin, le 31 juillet 1834. Il s'occupa de musique, 
et composa quelques morceaux pour le violon. 
Il épousa la fille d'un avocat de Florence , qui 
donnait des concerts; cette femme était excel- 
lente musicienne. Il n'eut que deux filles de son 
mariage, et vit la principauté de Monaco passer 
dans une autre branche de sa famille. Bien que 
le congrès de Vienne eût reconnu en 1815 les 
titres du duc de Valentinois sur cette princi- 
pauté, le marquis de Grimaldi revendiqua les 
droits agnatiques de sa famille, comme dernier 
représentant de Lambert Grimaldi, qui en 1563 
avait reçu l'investiture du duc Emmanuel-Phili- 
bert de Savoie. La mort mit fin à ses réclama- 
tions. J. V. 

Biografla popolare; Turin, 1845 et suiv. 

GRIMALDO (D. José GCTTIEREZ BE SOI.OR- 

zANo, premier marquis oe), homme d'État es- 
pagnol, né en Biscaye, en 1664, mort à Madrid, en 



1733, Il débula dans la carrière des affaires sous 
les auspices d'Orry , ministre des finances, qui 
l'admit dans ses bureaux. D'un esprit lucide et 
fécond en ressources, Grimaldo devint indispen- 
sable à son protecteur, qu'il remplaçait auprès de 
madame des Ursins, du roi et de la reine. Sous 
un extérieur grotesque , il cachait une finesse et 
une dextérité qui le rendaient propre au manie- 
ment des affaires ; et son caractère doux et in- 
sinuant lui fit beaucoup d'amis. 11 fut secrétaire 
d'État au département de la marine et de la 
guerre, et siégea en 1714 au conseil d'État. Mais 
son attachement et sa constante fidélité à Orry 
et à la princesse des Ursins le rendirent suspect 
à Alberoni, qui l'exila du pouvoir sans oser lui 
enlever son titre de ministre d'État. Phitippe V, 
qui n'avait jamais cessé de l'aimer, l'éleva au 
rang de premier ministre. Grimaldo fut seul ad- 
mis à travailler avec le monarque, à l'exclusion 
de tons les auti"es secrétaires d'État. C'est par ses 
mains que passèrent toutes les grandes affaires , 
guerres , alliances et traités. Par ses manières 
polies et gracieuses , il s'établit si bien dans la 
laveur publique, que la reine Elisabeth Far- 
nèse (voy. ce nom) se vit obligée elle-même de 
le traiter avec distinction. Il essaya de cacher 
son infime naissance sous les armes des Gri- 
maldi, et fut décoré de l'ordre de la Toison 
d'Or, en 1724, poin- avoir porté à l'Escurial , au 
jeune prince Louis, la renonciation de son père à 
la couronne. V. Makty. 

Saint-Simon, Mém. — Mém. deNouailles, Daelos, etc. 
— Saint- Philippe, Los Commentarios de la Guerra da 
Succession de Espaîia.— Vicente Baccalary Sanna, His- 
toria de re Philippe y el animoso desde principio de 
su reinado hasta la paz del ano 1725 y Gènes, 1756, 
4 vol. in- 12. 

GRIMANI {Antonio), doge de Venise, né en 
1436, mort le 7 mai 1523. Il appartenait à l'une 
des plus puissantes familles patriciennes, et rem- 
plit avec distinction plusieurs charges impor- 
tantes dans la république et divers commande- 
ments dans les armées vénitiennes. Il avait 
surtout la réputation d'un habile marin. En 1499 
il était procurateur de Saint-Marc ; il fut la même 
année nommé capitaine général de la flotte que 
Venise envoya contre le sultan Bajazet, Andréa 
Loredano était son lieutenant. Leur expédition 
ne fut pas heureuse : battus devant l'île de la 
Sapienza, ils ne purent empêcher la prise de Lé- 
pante. Grimani fut accusé d'avoir causé ces 
échecs par sa jalousie. Pour Loredano, les avo- 
gadors du commun le citèrent devant le grand 
conseil, qui ordonna son exil dans les îles de 
Cherso et d'Ossero. Son fils, Domenico, né en 
1460, qui avait été fait cardinal en 1493, par le 
pape Alexandre Vï, offrit de subir la peine pro- 
noncée contre son père , et lorsque Grimani fut 
j embarqué, chargé déchaînes, pour son lieu d'exil, 
j ill'aida à porter ses fers. Ce trait de dévouement 
filial adoucit le peuple envers Grimani, et le dis- 
posa à la clémence pour le vieux général, peut- 
être plus malheureux que coupable. Aussi, au 



81 



GRIMANI — GRIMAREST 



83 



bout de quelques mois Grimaai obtint-il de pas- 
ser son exil à Rome. Il profita de son séjour dans 
la capitale du monde chrétien pour gagner la 
bienveillance de la cour papale, et se servit de son 
influence pour bien disposer le saint-père en faveur 
de ses concitoyens. Ceux-ci, reconnaissants, le 
rappelèrent et lui rendirent ses dignités. Enfin, 
le 22 juin 1521, le doge Leonardo Loredano 
étant mort, les électeurs, d'une commune voix, 
élurent pour lui succéder Grimani (7 juillet), 
quoiqu'il eût plus de quatre-vingt-cinq années. 
Grimani ne gouverna que vingt-deux mois, et 
Andréa Gritti le remplaça dans le dogat. Le car- 
dinal Douienico ne survécut que quelques mois 
à son père : il mourut le 27 août 1523. 

Alfred de Lacaze. 
Guichardini, Historia d'Italia, liv. X. — Lunig, Codex 
Italiœ Diplomalicus, t. Il, pars II, sectio VI, p. 30. — 
Mecueil des lettres de Louis XII, t. IV, p. 26. — Daru. 
Histoire de f-enise, t. IV. liv. XXV, p. 3. — Petri 
Bembi Historix f^enetss lib. V et VI. 

GRiiMANi {Marina), quatre-vingt-dixième 
doge de Venise, mort le 26 décembre 1605. Il 
avait succédé, le 26 avril 1595, àPasquale Cico- 
gna. Il soutint d'abord contre le saint-siége les 
droits de César d'Esté à la succession d'Al- 
fonsell, duc de France; mais la renonciation de 
César termina pacifiquement le différend. Gri- 
mani dirigea ensuite une expédition contre les 
Uscoques , habitants de la Croatie, qui infestaient 
l'Adriatique par leurs pirateries. Ces forbans vi- 
l'ent leurs habitations incendiées, et furent obli- 
gés defuir dans les montagnes. En 1600, Henri IV, 
roi de France, demanda et obtint son inscription 
au livre d'or de la noblesse vénitienne, avec le 
privilège de transmettre cette prérogative à sa 
postérité. En 1605 commença le fameux démêlé 
du pape Paul V avec la république de Venise 
{voij. Leonardo Donato); ce démêlé portait 
sur trois sujets, 1^ l'emprisonnement d'un cha- 
noine de Vicenceet de l'abbé de Nervesa, accusés 
de divers crimes ; 2° le renouvellement d'un dé- 
cret du sénat défendant aux ecclésiastiques d'ac- 
quérir des biens fonds ; 3° la défense formelle de 
bâtir de nouvelles églises sans l'autorisation de 
la seigneurie» Le pape écrivit le 10 décembre deux 
brefs à Grimani, l'un pour l'obliger à faire rap- 
porter les deux lois ci-dessus, l'antre lui enjoi- 
gnant de remettre les deux ecclésiastiques arrêtés 
entre les mains de son nonce, Mattei. Le tout 
était accompagné d'une menace d'excommuni- 
cation. Les brefs furent présentés au sénat le 
jour de Noël, en l'absence du doge, qui était très- 
malade et mourut le lendemain. On en renvoya , 
suivant l'usage , la lecture après l'élection d'un 
nouveau doge. Grimani avait épousé Morosina 
Morosini, qui futcouronnéeen 1 595. Ce fut la der- 
nière dogaresse qui reçut cet honneur. Celles 
qui lui succédèrent ne furent plus que les pre- 
mières gentilles-donnes de l'État, et ne partici- 
pèrent en aucune façon aux honneurs ni aux 
émoluments du dogat. Leonardo Donato fut 
appelé à remplacer Grimani. Ce prince a laissé 



une grande réputation de justice et d'affabilité. 

A. DE L. 

Nicolô Doglioni , Historia Veneziana, liv. XVIIl. — 
Paolo Sarpi, Historia particolare délie cose passate 
trà'l sommo Pontiftce Paolo J^ e la Serenissima Repa- 
blica di Fenezia, lib. I. — Daru, Histoire de P'enise- 
t. IV, liv. XXVIII, p. 131, 201. - Le cardinal d'Ossat, 
Correspondance et Lettre au roi du 20 décembre 1597, 
manuscrit de la Bibliothèque Mazarine. — Morosini, 
Historia Feneziana, lib. XVII. — De Fresne-Canaye, 
Correspondance, manuscrit de la Bibliotbëque impériale, 
fonds Dupuy, n° 271. 

GRIMANI (Pieiro), cent-seizième doge de 
Venise, mort au commencement de mars 1752. 
Il succéda, le 29 juin, à Ludovico Pisani. L'Italie 
était alors le théâtre de la guerre occasionnée par 
la succession de l'Autriche, que Marie-ïhérèse 
disputait à la moitié de l'Europe. Le sénat véni- 
tien se déclara pour la neutralité , et rejeta les 
sollicitations du comte d'Holderness, qui le pres- 
sait de se déclarer en faveur de la reine de Hon- 
grie. En 1749, Grimani termina amiablement les 
contestations qui existaient depuis longtemps 
entre la république et le saint-siége au sujet des 
limites du duché de Ferrare. La même année il 
se ligua avec le pape Benoît XTV, le roi des Deux- 
Siciles et les Génois contre les corsaires d'Alger 
et de Tunis, qui ruinaient le commerce méditer- 
ranéen. En 1750 le doge rompit de nouveau 
avec le souverain pontife, à l'occasion du patriar- 
cat d'Aquilée, auquel les Vénitiens et l'impéra- 
trice reine prétendaient nommer chacun de leur 
côté. Benoit XIV, choisi pour arbitre, rendit un 
bref, le 19 novembre 1749, par lequel en mainte- 
nant le sénat dans la possession où il était de 
nommer seul le patriarche d'Aquilée, il établis- 
sait en même temps dans la partie auti ichienne 
de ce patriarcat un vicaire apostolique, pour 
soustraire les sujets autrichiens à la juridiction 
du prélat vénitien. Ce tempérament déplut an sé- 
nat, qui protesta. Benoît XIV ne tint nul compte de 
cette opposition, et le 27 juin 1750 il créa évêque 
in partibus et vicaire apostolique d'Aquilée le 
comte d'Artimis, chanoine de Bâle. La répu- 
blique rappela alors son ambassadeur, signifia au 
nonce de sortir de son territoire, et arma sur 
terre et sur mer. Le pape, intimidé, se mit hors 
de cause, et laissa le difféi'end à vider entre les 
deux intéressés. Les rois de France et de Sar- 
daigne s'interposèrent comme médiateurs, et en 
1751 l'affaire fut accommodée, de la manière 
suivante : le patriarcat d'Aquilée fut supprimé et 
son diocèse divisé en deux archevêchés , l'un à 
la nomination du sénat, celui d'Udine, l'autre, 
dont le siège était à Gœrit/, au choix des princes 
autricbiens. Grimani mourut l'année suivante, et 
Francesco Loredano lui succéda. 

Alfred de Lacaze. 

Daru, Histoire de Denise, t. v, liv. XXXV, p. ISÎ-SOO. 
GRIMAREST {Jeau-Léonor Le Gallois, sieur 
de), httérateur français, né à Paris, mort dans 
la même ville, en 1720, à un âge assez avancé, 
était maître de langues à Paris, et enseignait 
le français aux seigneurs étrangers qui visitaient 



8S GRIMAREST 

la capitale. Il remplissait aussi auprès d'eux les 
fonctions de cicérone. Comme il avait fait une 
ample provision d'anecdotes , il vivait dans la 
société de personnes riches, qu'il amusait. Il ne 
manquait pas d'esprit ; mais sa vanité était plus 
grande encore, et il disait avec prétention que 
c'était lui qui avait donné de l'esprit à tout ie 
Nord. On a de Grimarest : Commerce de Lettres 
curieuses et savantes; Paris, 1700, in-12 : Hé- 
rissant dit que c'est la suite d'un autre volume, 
intitulé : Commerce savant et curieux, qu'on 
attribue à Germain Brice, que Grimarest avait 
remplacé comme cicérone parisien; — Les 
Campagnes de Charles XII, roi de Suède; 
Paris, 1705, 2 vol. in-12 : pitoyable ouvrage au 
jugement de Lenglet-Dufresnoy ; — Vie de M. de 
Molière; Paris, 1705, in-12; revue et corrigée, 
Amsterdam, 1705, in-12; — Additions à la Vie 
de M. de Molière, contenant une réponse à 
la critique qu'on en a faite; Paris, 1706, 
in-12 : Voltaire dit que cette vie de Molière est 
pleine de contes faux ; Grimarest prétendait ce- 
pendant qu'elle était écrite sur les mémoires du 
comédien Baron; — Traité du Récitatif dans 
la lecture, dans V action publique, dans la 
déclamation et dans le chant , avec un traité 
des accents, de la quantité et de la ponc- 
tuation; Paris, 1707, in-12 ; nouv. édit., augni. , 
Amsterdam, 1740, in-12 ; — Traité sur la ma- 
nière d'écrire des lettres et sur le cérémo- 
nial , avec un discours sur ce qu'on appelle 
usage dans la langue française ; Paris, La 
Haye, 1709, in-12 ; Paris, 1735, in-12. Le père Le- 
long attribue à cet écrivain des Mémoires his- 
toriques de la révolte des fanatiques , Paris, 
1708, in-12, qui, dit M. Quérard, sont de Fr. Du- 
val, de Tours. J. V. 

I». Lelong, Bibl. hist. de la France. — Goujet , Bibl. 
franc., tome II, p. 188. — Desessarts, Les Siècles litté- 
raires. — Quérard, La France littéraire. 

GRIMAREST ( Charles-Honoré Le Gallois 
de), grammairien français, fils du précédent, 
a publié : Éclaircissements sur les Principes 
de la Langue Françoise; Paris, 1712, in-12; 

— Nouvelle Grammaire Françoise, réduite 
en tables; Paris, 1719, in-4°. Il s'était servi des 
travaux de Régnier Desmarais et du P. Buffier; 
ce dernier se plaignit du plagiat; — Lettre d'un 
Gentilhomme périgourdin à un Académicien 
de Paris, sur la réfutation de la Grammaire 
Italienne de l'abbé Antonini , par M. de la 
Lande, interprète du roi, etc.; Paris, 1730, 
in-12; réimprimée l'année suivante, avec la Ré- 
ponse du sieur de la Lande , maître de langues ; 

— Recueil de Lettres sur divers sujets ; Paris, 
1725, 1729, in-12. J. V. 

Goujet, bibliotli. franc., tome l,v- ^^< 193.— Qué- 
rard, //* France littéraire. 

GR^MAUD ( Jean-Charles Marguerite-Guil- 
laume DE ) , médecin français , né à Nantes, en 
1730, mort dans la même ville, le 5 août 1789. 
Il fit ses études médicales à Montpellier, et fut 
reçu docteur en 1776. En 1781 il obtint la place 



- GRIMAUDET 84 

de professeur adjoint et de survivant de Bartliez, 
L'excès du travail ruina sa constitution, naturelle- 
ment faible, et il mourut prématurément. Il es- 
saya de concilier le système de Stahl avec celui 
de Barthez ; mais malgré son savoir et l'habileté 
de ses raisonnements , il ne réussit pas à établir 
solidement les doctrines qu'il voulait faire préva- 
loir;cependant,ila rendudes services àla physio- 
logie. On a de lui : Essai sur l'irritabilité; 
Montpellier, 1776, in-4''; — Mémoire sur la 
Nutrition; Montpellier, 1787-1789, 2 vol. in-8'' ; 
— Cours de Fièvres, ouvrage posthume, publié 
par Dumas; Montpellier, 1795, 3 vol., in-8°; — 
Cours complet de Physiologie ; Paris, 1818, 
2 vol. in-8°. Z. 

Biographie'' médicale. 

GRIMAUDET {François ), jurisconsulte fran- 
çais, né à Angers, en 1520, mort le 20 août 
1580. Il prétendait descendre de l'illustre fa- 
mille italienne des Grimaldi ; mais il ne dut 
la réputation dont il jouit qu'à sa probité, à 
son érudition, au courage civil dont il fit main- 
tes fois preuve. Nommé en 1558 avocat du roi 
au présidial d'Angers, il prononça, le 14 octobre 

1560, aux états provinciaux d'Anjou, une ha- 
rangue célèbre, qui le fit accuser d'hérésie et 
confondre, malgré ses protestations, avec les 
huguenots. Dans ce discours imprimé sous le litre 
de Remontrances aux États d'Angers, il y 
soutenait entre autres propositions que « le con- 
cile général ne doit pas seulement se composer 
d'évêques et de prélats, mais aussi de laïques, 
en sorte que le concile indiqué à Ti'ente devait 
être nul si les laïques n'y prenaient part ; » il 
ajoutait que « la convocation des conciles de 
toute la chrétienté et la réformation de la discipline 
appartiennent à la puissance séculière , et non à 
l'ecclésiastique ». Raoul Surguin , avocat du roi 
à Angers , fit un livre pour lui répondre , et le 
15 avril 1561 la Sorbonne condamna six proposi- 
tions extraites du discours deGrimaudet. Il s'abs- 
tint dès lors du barreau, et ne donna plus que 
des consultations. Lors de la Saint-Barthélémy, 
son frère Jean, argentier du roi de Navarre, fut 
épargné, par ordre exprès d'Henri IE, duc d'An- 
jou, adressé aux échevins d'Angers. François 
Grimaudet, dont la vie n'était pas moins menacée, 
dut sans doute à la même protection de n'être 
pas inquiété; car l'année suivante, 1573, il fut 
nommé chef du conseil et maître des requêtes 
du même prince , et prêta serment en cette qua- 
lité le 29 mai 1574 (1). On a encore de Gri- 
maudet : Commentaria ad edicium dejuris- 
dictione judicum prsesidalium , publicatum 
anno 1550; Paris, in-S"; — Remonstrances 
aux États d'Angers; Angers, Tours, Paris, 

1561, in-S"; Poitiers, in-12; — Paraphrase 
du droit des retraits lignagers ; Paris, 1564, 
in-8° •,. réimprimé depuis avec les opuscules de 
P. Ayrault, qui en tête avait mis un traité De 

(l)Le portrait de Grimaudet est gravé par Th. de Leti. 



8â GRIMAUDET — GRIMM 

la Nature, Variété et Mutation des Lois; — 
Des Causes qui excusent le dol ; Pans, 1569, 
ia-8° ; — Paraphrase du droit des usures et 
contrats pignoratifs ; Paris, 1 577, in-S" ; — Pa- 
raphrase du droit des dixmes inféodées et ec- 
clésiastiques ; Paris, Robert Estienne, 1574, 
in-8° ; — Traité de V Augmentation et Dimi- 
nution des Monnoies; Paris, 1579, in-S"; — 
De la Puissance royale et sacerdotale; 1579, 
in-J*.''-, Opuscules politiques; Paris, 1580, in-8°. 
Tous ces ouvrages ont été réunis sous le titre 
d'Œuvres de François Grimaud'et sur les ma- 
tières ecclésiastiques, du d^'oit public et du 
droit civil; Amkm et Paris, 1069, in-fol. On 
a omis dans cette collection l'ouvrage intitulé ; 
De Hsereticis a principe puniendis et gratta 
hccreseos resipiscentibus facienda; Paris, 
1560, in-8° ; — Traité de la Digniléroyale dans 
l'Église, ms.; — Annotations siir la Cou- 
tume d'Anjou , ms. Célestin Port. 

Ménage, ne d'Ayrauïd, p. 242. — Nicéroo, Mémoires. 
— Peplus, ras. de Ménard. — Hist. ecclésiastique, par 
le contiDuateur de Fleury, t. XXXI, page 617; t. XXXII, 

PvlSl. 

GRIMAVLI> 0UGRIMOAL.D. Voy. URBAIN V. 
^GRIAIBOLI), GRIMUALM OU GRIiMOALO 

( Nicolas ), poète et traducteur anglais , né dans 
le comté d'Huntingdon, en 1519, mort vers 1563- 
Il fit son éducation d'aixtrd à Christ's-College à 
Cambridge, puis à Oxford, où il fut agrégé au 
collège Merton, en 1542. De là, il passa, vers 
1547, à Christ-Cliuroh-Coilege, où il enseigna la 
rhétorique. La même année il écrivit une tra- 
gédie latine, intitulée : Archipropheta , sive 
Joannes-Baptista , qui fut probablement repré- 
sentée dans îe collège , et qui a été imprimée à 
Cologne, 1548, in-8"'. En 1548, il expliqua les 
Géorgiques de Virgile dans une paraphrase la- 
tine publiée à Londres, 1591, in-S". Il traduisit 
en anglais le De Officiis de Cicéron , et dédia 
au savant Thirlby, évêque d'Ely, cette traduc- 
tion, qui parut à Londres, en 1553, in-8°, et fut 
réimprimée en 1574 et 1596. Il fut, selon l'opi- 
nion générale, le second poète anglais qui écrivit 
en vers blancs, et il le fit avec plus de force, 
d'élégance et d'harmonie que lord Surrey , qui 
avait le premier employé cette forme poétique. 
Les Songes ivritten ont été annexés aux Songes 
and Sonnettes of uncertain auctours, dans 
l'édition des Poems de lord Surrey par Tottell. 
Ellis et Warton ont cité plusieurs poésies de 
Grimbold. Z. 

Warton, History of Pnetry. — EWis., Spécimens. — 
Wood, Athenœ Ôxonienses , vol. I. — Chalmers, Gê- 
nerai Diographical Dictionary. 

GRiMLAïc, auteur ecclésiastique français, 
du diocèse de Reims, vivait vers la fin du neu- 
vième siècle. Il nous apprend lui-même qu'après 
avoir étudié les lettres très-tard , il fut ordonné 
prêtre. Ensuite il se retira dans la solitude, où 
il vécut quelque temps sans s'astreindre à des 
pratiques régulières. Sur le conseil d'un prêtre 
nommé aussi Grimlaic, il composa '.plus tard 



86 

une règle devant servir aux solitaires. Voilà tout 
ce qu'on sait de précis sur la vie de Grimlaic ; 
les conciles cités par lui indiquent qu'il vivait 
au neuvième siècle. Mabillon a mis ce point hors 
de doute, dans sa réponse à Rancé, lequel as- 
signait à Grimlaic une époque beaucoup plus 
récente. Grimlaic a inséré dans sa règle des ex- 
traits nombreux des Pères, des Vies des saints, 
ainsi que des anciennes règles monastiques, no- 
tamment de celle de Saint-Benoît. 11 prescrit à plu- 
sieurs reprises l'étude comme une obligation in- 
dispensable. Sa règle, divisée en soixante-neuf 
chapitres , est écrite avec méthode ; on y remar- 
que une piété éclairée. Cette règle fut publiée pour 
la première fois par D'Achery , sous le titre de 
Régula Solitariorum ; Paris, 1653, in- 16. Hol- 
stenius l'inséra dans son Codex Regularum; 
Rome, 1662, Paris, 1663, in-4''. E. G. 

Histoire littéraire de la France, t. V, p. 685. 
GRiM.ii { Frédéric-Melchior), célèbre cri- 
tique français, d'origkie allemande, né à Ratis- 
bonne, le 26 décembre 1723, mort à Gotlia, le 
19 décembre 1807. Élevé avec distinction à l'uni- 
versité de Leijizig, où il eut Ernesti pour profes- 
seur, il accompagna à Paris le comte de Schom- 
berg, dont il instruisait les enfants. Il s'attacha 
ensuite au prince de Saxe-Gotha, mais avec peu 
de profit, à ce qu'il semble; car J.-J. Rousseau, 
dont il fit la connaissance vers 1749, le trouva 
dans un mince état de fortune. Pauvre lui-même 
et peu connu , Rousseau rendit à Grimm le ser- 
vice de le mettre en relation avec les principaux 
littérateurs de l'époque. Le jeune Allemand, très- 
instruit et très-habile, s'insinua bientôt auprès du 
neveu d^i maréchal de Saxe, l'aimable et pro- 
digue comte de Friesen , devint son secrétaire, 
et fut introduit par lui dans les plus brillantes 
sociétés de Paris. Il avait alors dans le caractère 
quelque chose de sentimental et d'exalté , « un 
fonds de romanesque allemand qu'il dut recou- 
vrir et étouffer, » dit M. Saint-Beuve. Si l'on 
en croit son biographe Meister, il ressentit pour 
une princesse allemande un profond et mysté- 
rieux amour, qui faillit le conduire au suicide. 
Un peu plus tard, il éprouva pour une chan- 
teuse de l'Opéra une passion dont Rousseau, 
alors son ami intime et depuis son ennemi im- 
placable , a tracé un tableau fort plaisant et sans 
doute exagéré. « Grimm , dit Rousseau , après 
avoir vu quelque temps M"* Fel, s'avisa tout 
à coup d'en devenir éperdument amoureux, et 
de vouloir supplanter Cahusac. La belle, se pi- 
quant de constance, éconduisit ce nouveau pré- 
tendant. Celui-ci prit l'affaire au tragique, et s'a- 
visa d'en vouloir mourir. Il tomba tout subite- 
ment dans la plus étrange maladie dont jamais 
peut-être on ait ouï parler : il passait les nuits 
et les jours dans une continuelle léthargie, les 
yeux bien ouverts , le pouls bien battant , mais 
sans parlei-, sans bouger, parais.sant quelque- 
fois entendre, mais ne répondant jamais, même 
par signes, et du reste sans agitation, sans dou- 



87 



GRIMM ^8 

de Pologne. Le tact et le talent avec lesquels il 
s'acquitta de cette mission le mirent en grande 
considération auprès de ses correspondants, et 
lui valurent des dignités considérables. La ville 
de Francfort le choisit pour son ministre près 
de la cour de France. Malheureusement, il pa- 
raît que le spirituel critique apporta dans ses 
fonctions diplomatiques la causticité qu'il met- 
tait dans sa Correspondance littéraire. Certaine 
dépêche qui contenait des plaisanteries sur les 
ministres français fut interceptée par la poïlce , 
peu scrupuleuse, de Louis XV, et lui fit perdre 
sa place. Ses augustes correspondants se dis- 
putèrent l'honneur de le dédommager de cette 
perte. Il fut créé baron de l'Empire à Vienne, 
conseiller d'État et grand-cordon de Saint-Vla- 
dimir à Saint-Pétersbourg. Ces distinctions, qui 
flattèrent son amour-propre et augmentèrent sa 
morgue naturelle, n'ajoutent rien aujourd'hui à 
sa réputation. La postérité ne voit en lui ni le 
diplomate ni le baron de l'Empire , mais le plus 
habile correspondant littéraire et l'un des pre- 
miers critiques du dix-huitième siècle. 

Les seize volumes de sa Correspondance con- 
tiennent l'histoire complète , détaillée de la lit- 
térature française de 1752 à 1790 : histoire 
écrite au jour le jour, et reproduisant fidèlement 
les impressions du narrateur. Grimm est un 
esprit positif, d'une forte instruction et d'une 
grande connaissance du monde. Il possède à un 
haut degré les trois qualités essentielles du cri- 
tique , l'étendue , la finesse et la fermeté. Sur 
tous les ouvrages, sur tous les auteurs, il a des 
jugements généralement exacts, impartiaux, et 
toujours nets, précis, qui frappent et se gravent. 
Ses points de vue, s'ils ne sont pas toujours très- 
élevés, ne sont jamais du moins vulgaires et 
communs. Sans fatigue et sans efforts, il passe 
et touche à tous les sujets , aux plus grands 
comme aux plus légers. Familier avec les ma- 
tières les plus élevées, la politique, la philoso- 
phie, habitué aux discussions les plus graves, 
il ne dédaigne ni les petits vers , ni les petits 
contes ; il ne repousse aucun sujet , comme au- 
cune forme de critique. Le ton de cette critique 
est fin et railleur, amer et inexorable quand il 
s'agit d'idées religieuses, s'élevant parfois à une 
haute gravité, et parfois aussi se jouant avec 
gaieté en des parodies amusantes , mais qui ont 
leur portée. Il eut rarement l'occasion de parler 
d'auteurs morts, presque jamais d'auteurs clas- 
siques ; cependant, certains passages sur des 
poètes anciens, d'excellentes pages sur Mon- 
taigne et Shakespeare attestent un critique 
exempt de préjugés, qui, sans s'arrêter à la di- 
versité des formes, recherche et admire partout 
l'originalité de la pensée , et le génie créateur. 
Suc ses contemporains illustres , Diderot ex- 
cepté, son plus constant et plus intime ami, 
Grimm est en général sévère et même dur. 
Comme presque tous les critiques, il fait valoir 



leur, sans fièvre, et restant comme s'il eût été 

mort On lui amena le médecin Sénac , et je 

le vis sourire en sortant Un beau jour il se 

leva, s'habilla, et reprit son train de vie ordi- 
naire. » Grimm aimait beaucoup la musique , et 
dans sa passion pour M"'= Fel , il y avait autant 
du dilettante que de l'amoureux. Il faisait partie 
de ce qu'on appelait le coin de la reme, coterie 
d'amateurs qui avaient déclaré la guerre à l'o- 
péra français. Il publia à ce sujet une brochure 
intitulée : Le petit Prophète de Boehmisch- 
broda, où il plaidait en style biblique la cause 
de la musique italienne. Ce pamphlet, original 
et piquant, eut du succès , et Voltaire s'écria en 
le lisant : « De quoi s'avise donc ce Bohémien 
d'avoir plus d'esprit que nous.^ » Un mot pareil 
suffisait pour faire la réputation de celui qui en 
était l'objet, et Grimm fut dès lors compté parmi 
les plus spirituels écrivains français. L'abbé 
Raynal, qui adressait une correspondance litté- 
raire à quelques princes étrangers, le choisit pour 
suppléant, en 1753. Grimm commença, sous le 
nom d'un autre , une œuvre qu'il devait porter 
à sa perfection. En même temps il s'attacha de 
plus en plus à la société parisienne. Présenté par 
Rousseau à M"'" d'Épinay, il fixa aussitôt l'at- 
tention de cette dame, dont la réputation était 
assez mauvaise , mais qui valait mieux que sa 
réputation. Dès le début il la défendit contre une 
grave accusation d'improbité. Le bruit courait 
(jue M""" d'Épinay avait dérobé et détruit des 
papiers dont la perte compromettait à son profit 
la fortune d'un de ses parents. Ce bruit trouva 
des échos à un dîner du comte de Friesen, et 
Grimm, qui les releva avec vivacité, dut échanger 
des coups d'épée avec un des convives. Les deux 
adversaires se blessèrent légèrement , et quel- 
ques jours après les papiers se retrouvèrent. Cet 
incident romanesque attacha décidément Grimm 
à M""-' d'Épinay, et cette liaison eut entre autres 
conséquences celle de le brouiller avec Rousseau. 
Celui-ci s'est cruellement vengé des torts que 
Grimm eut à son égard. Il a présenté dans ses 
Confessions la conduite de son ami sous le jour 
le plus odieux. Sans accepter comme fondées 
ses assertions passionnées jusqu'au mensonge, 
il faut reconnaître que Grimm se montra peu re- 
connaissant des services que Rousseau lui avait 
rendus. Ill'avait vu avec peine s'établir à L'Er- 
mitage, petite habitation qui dépendait de la 
maison de campagne de M""" d'Épinay ; il ne se 
souciait pas qu'il y restât , et il ne contribua pas 
à lui en rendre le séjour agréable. Mais si sa con- 
duite ne fut pas celle d'un ami , il observa du 
moins les convenances, et sut tout mettre de son 
côté , même le bon droit. Tout en réglant cette 
affaire d'intérieur, il assit et assura sa position, 
un moment ébranlée par la mort du comte de 
Friesen. Sa Correspondance, d-'abord adressée à 
la princesse de Saxe- Gotha, finit par s'étendre à 
six princes souverains, dont les principaux étaient 
l'impératrice de Russie, le roi de Suède , le roi son esprit aux dépens de ceux qu'il apprécie. On 



89 



GRIMM 



90 



n'a qu'à réduirre un peu de ia sévérité de ses 
jugements, et on arrive à quelque chose de vrai 
et de définitif. Quoique s'ad ressaut à un audi- 
toire couronné , Grimm ne s'interdisait pas les 
pensées liardies. Lorsque sous l'empire on vou- 
lut publier sa Correspondance , il fallut re- 
trancher de nombreux passages. Le correspon- 
dant de Catherine parut trop libre à la censure 
impériale. De ces coupures on a pu former un 
volume supplémentaire, et ce n'est pas le moins 
intéressant. Ces hardiesses sont plutôt philoso- 
phiques que politiques ; car en ce qui touche le 
gouvernement Grimm a les opinions les plus 
larges, les moins dogmatiques. Il pensait, c'est 
iui qui nous l'apprend, '< qu'il est absurde d'a- 
giter avec emphase quel est le meilleur gouver- 
nement possible , parce que, quelle que soit la 
différence dans les formes extérieures, chacun 
l'est pour le peuple qui l'a adopté. A mesure 
qu'une nation devient policée ou éclairée, elle a 
non à changer un gouvernement contre un au- 
tre, mais à corriger les défauts du sien ». Grimm 
croyait donc qu'on pouvait arriver sans boule- 
versement à la réforme de la monarchie fran- 
çaise. L'événement trompa ses prévisions. Il 
vit éclater la révolution. Pendant plusieurs 
années il en suivit le spectacle et en nota les 
principales scènes. Il dut enfin quitter la France 
avec les autres membres du corps diplomatique. 
Ce fut avec une amertume profonde que le vieil- 
lard s'éloigna d'un pays qui Pavait si bien ac- 
cueilli jeune homme, et qui était devenu sa pa- 
trie. En partant il regretta d'avoir manqué le 
moment de se faire enterrer. En effet sa vie, qui 
se prolongea jusqu'aux premières années de 
l'empire, fut désormais insignifiante. En 1795 Ca- 
therine le nomma son ministre près des États 
du cercle de basse Saxe. Paul F" le confirma dans 
cette place, dont il se démit à la suite d'une maladie 
qui lui fit perdre un œil. Ses facultés intellec- 
tuelles déclinèrent avec ses forces physiques, et 
il s'éteignit à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. 

On a de Grimm : Lettres sur Omphale, 
tragédie lyrique (sans nom de heu); 1752, 
in-8°; — Le petit Prophète de Boehmisch- 
broda ; Paris, 1753, in-12 ; — Correspondance 
littéraire, philosophique et critique adressée 
à un souverain d'Allemagne : 1'"' partie, de 
1753 à 1770, publiée par Michaud aîné et 
Chéron, Paris, 1813, 6 vol. in-8° ; 2" partie, de 
1771 à 1782, publiée par Saignes, Paris, 1812, 
5 vol. in-8": cette seconde partie parut avant la 
première comme étant la plus intéressante ; 
3'' partie , pendant une partie des années 
\llii et 1776, et pendant les aimées 1782 à 
1790, inclusivement, pubhée par Suard, 
Paris, 1813, 5 vol. in-8°; ~ Supplément à la 
Correspondance littéraire de MM. Grimm 
et Diderot, contenant : Les opuscules de 
Grimm; Treize lettres de Grimm à Fré- 
déric II, 7-oi de Prusse; Plusieurs mor- 
ceaux de correspondance de Grimm qui 



manquent aux 16 vol.; Des Remarques 
sur les 16 vol., par Ant.-AI. Barbier; Paris, 
1814, 1 vol. in-8°, en tout, 17 vol.; — Nou- 
velle édition , revue et mise dans un meilleur 
ordre, avec des notes et des éclaircissements, 
et où se trouvent rétablies pour la première 
fois les phrases supprimées par la censure 
impériale; publ. par M. Jules Taschereau; 
Paris, 1829-1831, 15 vol. in-8° (les notes des 
trois derniers volumes sont de M. Chaudet ) ; — 
Correspondance inédite de Grimm et Di- 
derot, et Recueil de lettres, poésies, mor- 
ceaux et fragments retranchés par la cen- 
sure impériale en 1812 et 1813; publ. par 
MM. Chéron et Thory; Paris, 1829, in-8". L. J. 
Salgues, Notice sur Grimm, en tète de la 2« partie de la 
Correspondance. — yi'^^ d'Épinay, Mémoires. — Rous- 
seau, Confessions.— Tascliereau, Notice stir Grimm, en 
tôte de son édition. — Melster, Mélanges de Philosophie 
et de Littérature. — Sainte-Beuve , Causeries du lundi, 
t. VU. 

GRIMAI {Jean-Frédéric-Charles ), médecin 
allemand, né à Eisenach, en 1737, mort le 28 no- 
vembre 1821. Il prit ses degrés à G(Bttingue, 
devint médecin du duc de Saxe-Gotha et ins- 
pecteur des eaux minérales de Ronnebourg. On 
a de lui : Dissert, de Visu ; Gœttingue, 1758, 
in-4°; — Sendschreiben von der Epidémie 
zu Ei&enachin der ersten Haelfle de J. 1767, 
und die Mitteln wider dieselbe ( Épitre sur 
l'épidémie qui a régné à Eisenach dans la pre- 
mière moitié de l'an 1767, et les moyens de la 
combattre); Hildburghausen, 17G8 , in-8°; — 
Abhandlung von den Mineralwassern zu 
Ronnehurg (Traité sur les Eaux minérales de 
Ronneburg ) ; Altenbourg, 1770, in-8°; — Be- 
rner kungen eines Reisenden durch Teuts- 
chland, Frankreich , England und Holland 
( Observations d'un Voyageur à travers l'Alle- 
magne, la France, l'Angleterre et la Hollande ) ; 
Altenbourg, 1775, 3 vol. in-fol., anonyme. Il a 
en outre traduit du grec en allemand les Δwres 
complètes d'Hippocrate (Altenbourg, 1781- 
1792, 4 vol. in-fol.), et écrit quelques articles 
dans les Actes de l'Académie des Curieux de 
la Nature. W. R. 

Callisen, Med. Lex. — Biographie médicale. 

* GRiniivi {Louis-Jacques ), célèbre érudit et 
philologue allemand, né le 4 janvier 1785, à Ha- 
nau.,11 étudia d'abord le droit à Marbourg, et se- 
conda plus tard à Paris M. de Savigny, son maître, 
dans diverses recherches d'érudition. C'est alors 
qu'il sentit naître en lui le goût de la littérature 
du moyen âge. A son retour en Allemagne, il hït 
nommé secrétaire de la guerre à Hesse-Cassel , 
et devint successivement conservateur de la bi- 
bhothèque de Wilhelmshôhe et auditeur au con- 
seil d'État. Lors de la réintégration de l'électeur 
de Hesse, il accompagna comme secrétaire l'am- 
bassadeur de ce prince , à Paris et au congrès 
devienne. Au mois d'août 1815, il fut envoyé à 
Paris par le gouvernement prussien, afin défaire 
restituer les manuscrits précieux enlevés par 



91 



GRIMM 



92 



les armées de Napoléon. En 1830 il fut appelé 
comme professeur de littérature allemande à 
l'université de Gœttingue. Lors de rabolition de 
de la constitution par le roi de Hanovre, en 1 837 , 
M. Grimm fut un des sept professeurs qui protes- 
tèrent contre cet acte. Destitué pour la franchise 
de son langage , il vécut pendant quelques an- 
nées à Cassel, dans la retraite. En 1841 il fut ap- 
pelé à Berlin comme membre de l'académie de 
cette ville. En 1848 il siégea à l'assemblée de 
Francfortjusqu'à ce qu'elle fut transférée à Stutt- 
gard. C'est aux travaux archéologiques de 
M. Grimm que l'on doit la connaissance plus in- 
time de la langue et des croyances des nations 
germaniques. Ses ouvrages sont des mines de 
faits et d'érudition; mais la pensée échappe 
au lecteur dans la masse des détails. Son admi- 
ration pour les Germains va jusqu'à regretter 
qu'ils aient été soumis à l'influence de la civili- 
sation romaine. Les titres de ses ouvrages sont : 
JJeber den alldeutschen Bleistergesang ( Sur la 
Poésie des Meistersaenger ) ; Gœttingue, 1811, 
iu-8"; — Deutsche Grammatik (Grammaire 
Allemande), 1. 1", Gœttingue, 1819, in-8° ; t. II-IV, 
ibid., 1826-1837, in-8°. Ce travail étendu est 
une analyse des plus minutieuses sur les formes 
grammaticales de toutes les branches de l'idiome 
germanique, depuis les langues Scandinaves 
jusqu'à celle des Frisons , y compris les divers 
dialectes allemands du moyen âge. L'examen 
seul des consonnes et des voyelles contient six 
cents pages. Il manque encore un volume pour 
terminer ce monument, qui a donné une impul- 
sion toute nouvelle aux recherches linguistiques 
en général; — Deutsche Rechtsalterthiimer 
(Antiquitésdu droit allemand) ; Gœttingue, 1828, 
in-8°; ibid., 1854, in-8° : ce livre important est 
un relevé des coutumes tantôt poétiques , tantôt 
bizarres , en vigueur chez les nations germani- 
ques ; on y trouve aussi des détails curieux sur 
les coutumes françaises au moyen âge ; les Ori- 
gines du Droit français de Michelet ne sont 
qu'unrésumé de l'ouvragede M. Grimm ; — Deut- 
sche Mîjtkologie ( Mythologie Allemande ) ; Gœt- 
tingue, 1835, in-8'>; ibid., 1844, in-8°. La con- 
clusion de l'auteur est que les dieux des anciens 
Germains se rapprochent de ceux des Grecs, 
tandis que les usages superstitieux ressemblent 
beaucoup à ceux des Romains. Il constate aussi 
les traces d'un monothéisme primitif, qui, rem- 
placé d'abord par la Trinité de Wuotan , de 
Douar et de Zio, dégénère ensuite en polythéisme; 
— Geschichte der deutschen Spracke ( Histoire 
de la Langue Allemande) ; Leipzig, 1848, 2 vol. 
in-8°. On y trouve réunies et discutées toutes les 
données qu'on possède sur les peuples , généra- 
lement si peu connus, qui figurent dans l'inva- 
sion des barbares. Suivant l'auteur, les nations 
germaniques se relient aux Grecs et aux Latins 
par les Thraces , dont il établit l'affinité avec les 
Gètes , identiques avec les Daces et les Goths. 
Dans le chapitre consacré aux Scythes , il re- 



pousse d'abord l'opinion de Niebuhr, qui ne voit 
dans cette nation que des Mongols ; et il établit 
que ce nom de Scythes comprenait plusieurs 
peuples deraces diverses,et que le principal d 'entre 
eux avait de la parenté avec les Germains. 11 
expose ensuite la loi de la lautverschiebung , 
ou du déplacement des consonnes, découverte 
par lui, d'après laquelle les mots des langues in- 
do-germaniques, telles que le sanscrit, le grec et 
le latin, se sont modifiés dans les idiomes ger- 
maniques. Il fait voir comment, vers le milieu du 
premier siècle de notreère, les consonnes muettes 
des racines indo-germaniques se sont changées 
dans la langue gothique, dételle sorte qu'une te- 
n«;sa été remplacée par une aspirata, la média 
parune^e?i««.s,et enfin Vasplrata^diY\iae.media. 
Vers le sixième siècle, les mots gothiques ainsi 
transformés ont subi une nouvelle altération dans 
le haut-allemand. Pour donner un exemple de 
cette loi, qui se reconnaît surtout dans le dia- 
lecte allemanique, citons le mot Ttaxvîpde la langue 
grecque, qui devient Fadr en gothique et Vater 
en haut-allemand. L'auteur enfin, après un 
examen des fameuses gloses malbergiques , 
dont il restitue un grand nombre aux langues 
germaniques, en combattant l'opinion de Léo, 
qui y reconnaissait des traces du celtique, déve- 
loppe les caractères grammaticaux propres aux 
idiomes germaniques. Les quatre principaux de 
ces caractères sont la Lautverschiebung , dont 
nous venons de parler, YAblaut , ou la modifica- 
tion des voyelles du verbe pour en marquer les 
temps , la déclinaison et la conjugaison faibles. 

En communauté avec son frère Guillaume, 
M. Grimm a encore publié : Kimder und Haus- 
mârchen (Contes d'Enfants et du foyer) ; Berlin, 
1812-1814, 2 vol. in-16;ibid., 1819, 3 vol. in-16; 
Gœttingue, 1840, 2 vol. in-16; ibid., 1843, 2 vol. 
iB-12; Gœttingue, 1850, 2 vol., in-16; on en a 
publié une petite édition en 1 vol. in-16, dont la 
septième réimpression a paru à Berlin en 1847. 
C'est un recueil de contes dont l'origine remonte 
au moyen âge ; leur exquise poésie les l'end bien 
supérieurs aux contes de fées français ; — Alt- 
deutsche Wâlder (Forêts de l'ancienne Ger- 
manie); Cassel et Francfort, 1813-1816, in-8°; 
recueil de quelques productions poétiques du 
moyen âge, telles que Le Chevalier dît Cygne 
de Conrad de Wurtzbourg, la Chronique des 
Empereurs, écrite en 1 160, et de divers travaux 
sur la littérature de cette époque; — Deutsche 
Sagen (Traditions allemandes); Berlin, 1816- 
1818, 2 vol.; — Deutsches Wôrterbuch (Dic- 
tionnaire Allemand ); Leipzig, 1852-1857, 2 voi. 
in-4°. Cet ouvrage, encore inachevé, qui est un 
modèle de lexicologie, fait connaître l'étymologie 
et les diverses acceptions des mots de la langue 
allemande moderne, depuis Luther jusqu'à 
Gœthe: 

M. Grimm s'est aussi fait connaître comme édi- 
teur; en cette qualité il a publié : Silva de Ro- 
mancezviejos ; Vienne, \8i8 i — Hymnorumve 



m 



GRIMM — GRIMMELSHAUSEN 



34 



teris Ecclèsix XXVI Interprefatio theotisca; 
Gœttingue, 1830, traductions de chants d'église 
faites au neuvième siècle; — Reinhard Fuchs; 
Berlin, 1834, 'm.-8° ; — Lateinische Gedichte 
des zehnten und elften Jahrhunderts (Poèmes 
latins du dixième et du onzième siècle); Gœt- 
tingue, 1838, in-S", avec la collaboration de 
Schmeller; — Deutsche Weîsthumer (Coutumes 
allemandes); Berlin, 1840-1842, 3 vol. in-8"; 
recueil de coutumes rurales du moyen âge; — 
Gedichte auf Kônig Friedrich ïund ans sei- 
ner Zeit (Poésies sur le roi Frédéric P'', avec 
d'autres de son époque) ; Berlin, 1844. Enfin 
M. Griram a publié de nombreuses dissertations 
dans la Zeitschrift fiir deutsches Alterthum 
de Haupt et dans les Mémoires de l'Académie 
de Berlin. E. G. 

Conversations-LexiJcon. — Jul. Schmidt, Geschichte 
der deutschen Nationallitteratur im rwunzehnten 
Jakrhundert, 1. 1. 

* GRIMM ( Guillaunie- Charles), philologue 
allemand, frère du précédent, né à Hanau, le 24 
février 1786. Une longue maladie, dont il ne 
guérit qu'en 1809, interrompit les études de droit 
qu'il avait comme son frère commencées en 1 804 
à Marbourg. D'abord secrétaire de la bibliothèque 
de Cassel,il fut nommé, en 1830, sous-biblio- 
thécaire à Gœttingue , et cinq ans après profes- 
seur suppléant à la même université. Ayant 
signé, avec son frère, la fameuse protestation 
contre l'abolition de la constitution , il fut des- 
titué. Il rejoignit en 1838 son frère à Cassel, et 
il l'accompagna en 1841 à Berlin. Collaborateur 
de son frère (on ne les appelle depuis que les 
frères Grimm), il s'est spécialement occupé de 
la littérature allemande au moyen âge. C'est 
ainsi qu'il a donné : Altdànische Heldenlieder 
( Anciens Chants héroïques Danois ) ; Heidelberg, 
1811 : traduction d'une collection de poésies 
danoises qui remontent au seizième siècle; — 
Veber deutsche Runen (Sur les caractères ru- 
niques allemands) ; Gœttingue, 1821, in-8°; — 
Grave Ruodolf (Le comte Rodolphe); Gœt- 
tingue, 1828, in-4"; ibid., 1844, in-4''; frag- 
ments d'un poème allemand écrit vers l'an 
1170; — Die deutsche Heldensage ( Les Tradi- 
tionshéroïques des Germains )|; Gœttingue, 1829, 
in-8° : l'auteur y réfute les anciens systèmes qui 
cherchaient à expliquer l'origine des fables par 
des faits historiques. Il les attribue en grande 
partie à l'imagination des peuples primitifs pro- 
cédant sans .réflexion; — Be Hildehrando , 
antlquo carminé teutonico; Gœttingue, 1830, 
in-fol.; — Vridankes Bescheidenheit ; Gœt- 
tingue, 1834, in-8" : poème didactique du com- 
mencement du treizième siècle ; — Der Rosen- 
Srarie (Le Jardin des Roses); Gœttingue, 1836, 
in-8° ; — Ruolandes Liet ( La Chanson de Ro- 
land); Gœttingue, 1838, in-8°; — Wernhersvon 
Mederrhein Fe/-onicfl ; Gœttingue, 1839,in-8°; 
—■Die Goldene Schmïede (La Forge d'Or); 
Berlin, 1840,in-8° : poème deConraddeWurtz- 



bourgen l'honneur de la Vierge; — Conrad von 
WiXrtzburg SiZ^esto'; Gœttingue, 1841, in-8°; 
— Athis and Prophylias; Beriin, 1846; un 
supplément a paru à Gœttingue en 1852; — 
Âltdeutsche Gesprœche ( Conversations sur des 
sujets allemands du moyen-âge ) ; Berlin, 1851, 
2 vol. ; — plusieurs dissertations sur la langue et 
la Uttératurede l'Allemagne au moyen âge. E. G. 
Conversat.-Lexik. 

* GRIMMELSHAUSEN ( Christophe de ) , ro- 
mancier allemand , né en 1615, à Geinhausen, 
mort le 17 août 1676. H fut d'abord soldat, puis 
greffier à Renchen, dans la forêt Noire ; sa car- 
rière est d'ailleurs assez peu connue. En 1647 
il publia un roman, Le chaste Joseph, qui passa 
inaperçu ; mais bientôt il se fit remarquer par 
son Simplicissimus ( Abentheuerlicher Sim- 
pUctssimus , d. i. Beschreibung des Lebens 
eines seltsamen Vaganten genannt Melchior 
Sternfelsv. Fruchsheim), Mompelgard, 1669, 
que les Allemands regardent comme leur pre- 
mier roman national ; c'est, comme dans les ré- 
cits picaresques des Espagnols , une autobio- 
graphie ; mais au lieu de raconter des aventures 
de filous et de mendiants , l'auteur met en scène 
un personnage qui a traversé toute la guerre de 
Trente Ans et qui y a joué un rôle. Simplicissi- 
mus est le fils d'un paysan , et à certains égards 
son histoire rappelle celle de Robinson. Après 
avoir servi sous les drapeaux de divers princes, 
après avoir assisté à bien des batailles ( et Grim- 
melshausen retrace des scènes dont il avait été 
le témoin oculaire), il parcourt le monde, 
tombe au pouvoir des Turcs, et subit une longue 
captivité. Après sa délivrance, il se rend en pèleri- 
nage à Rome, et finit par se retirer dans la forêt 
Noire, pour y mener la vie d'un ermite. C'est 
ainsi que se termine le cinquième livre de 
l'œuvre originale. Une seconde édition, qui parut 
en même temps (en 1669), renferme une conti- 
nuation, fort mal écrite, et présentant une série 
d'épisodes sans vraisemblance et maladroite- 
ment entassés ; on y reconnaît de suite une main 
étrangère. On peut reprocher à Grimmelshausen 
des longueurs et une prolixité parfois fatigante, 
mais la vivacité des impressions qu'il retrace, 
la fidélité de ses portraits, le naturel de ses ré- 
cits, lui prêtent, surtout pour ses compatriotes, 
un attrait qu'il est extrêmement rare de ren- 
contrer chez les romanciers de cette époque. 
Dès la seconde année de son apparition , Sim- 
plicissimus fut réimprimé, en 1670, en 1671, en 
1685; il l'a été souvent depuis, et il eut au 
dix-septième siècle des imitateurs nombreux, 
qui lui sont restés fort inférieurs. T. de Bulow 
l'a reproduit en rajeunissant le style; Rcichard 
en a donné un extrait dans la BibUothek der 
Romane, t. IV, p. 125-140. Parmi les auteurs 
qui le prirent pour modèle , on cite comme un 
des meilleurs celui qui composa, sans y mettre 
son nom, le Simplicissimus hongrois , publié 
en 1683. G. B. 



95 



Kocb, Compendium der deutschen Literaturgeschi- 
chte, t. Il, p. 253. - Vf om ,Geschichte des Romans (1841), 
p. 178-189. — Ecbtermeyer, dans les Annales de Halle, 
1838, n" 52-84. — Passow, dans les Bldtter fur Uteraris- 
che Unterhaltung, 1843, n" 259-264. — Gervinus, Geschi- 
chte der poetischen National-literatur der Deutschen, 
t. m, p. 383. 

GRIMMER {Jacques), peintre hollandais, né 
vers 1500. 11 fut élève du paysagiste Matthieu 
Kock et de Chrestien de Queburgh, mais plus 
encore de la nature. Il avait la réputation de tra- 
vailler extrêmement vite. Son œuvre se compose 
surtout de vuesdesenvironsd'Anvers, qu'il repro- 
duisit dans leurs divers aspects. Il réussissait 
parfaitement à imiter les différents effets du soleil 
et dés nuages. Ses lointains et ses ciels, d'une 
couleur et d'une légèreté admirables, font recher- 
cher ses tableaux. Griramer n'était pas seule- 
ment un peintre distingué, il faisait fort bien les 
vers. A. deL. 

Descanips, La Fie des Peintres flamands., t. I, p. 57, 
GRIMOALD 1^'', duc de Bavière, né vers 630, 
mort en 695. Fils de Tassilou II, il succéda à 
son cousin germain Théodebert II, qui ne lais- 
sait point de postérité mâle. Le règne de Gri- 
moald n'offre pas d'incidents remarquables ; son 
fils unique, Théodore VI, hérita du pouvoir. 

GRiMOALD II, duc de Bavière, tué en 725, 
fils de Théodore VI. A la mort de son père il eut 
en partage la Bavière supérieure, et usurpa la 
part de ses deux frères Théodore VII et Ugobert. 
Il épousa Pilitrude, sa belle-sœur. Saint Corbi- 
nien fit tous ses efforts pour rompre ce mariage, 
qu'il considérait comme incestueux, mais il n'y 
put réussir. Grimoald II tenait sa cour à Freisin- 
gen. Il refusa de reconnaître l'autorité des maires 
d'Austrasie. Charles Martel envahit la Bavière , 
et défit Grimoald, qui perdit la vie dans le com- 
bat. Le vainqueur dépouilla les enfants de Gri- 
moald de l'héritage de leur père, et Pilitrude finit 
misérablement ses jours en Fi'ance. Ces enfants 
furent FïrniMi, qui chercha à soulever les Saxons 
pour appuyer ses droits sur la Bavière; il fut 
défait, et mourut oubHé ; Théobald, qui fut em- 
mené prisonnier par Charles Martel. Ayant pris 
part en 741 à une révolte de Sonichilde, belle- 
mère de Pépin el de Carloman, il fut mis à mort. 
Sonichilde, seconde femme de Charles Martel, 
fut mère de Griffon (voy. ce nom ). Prise à Laon 
par ses beaux-fils, elle fut renfermée dans le 
couvent de Chelles, où elle mourut. 

Alfred de Lacaze. 

Eckart, Francia orientalis. — Aventin, Annales Boio- 
rum, 1. lil, cap. vi et vm. — Avlbon , Fita Corbiniani , 
cap. X el XIX. 

GRIMOALD i'*'^, cinquième duc de Bénévent, 
mort en 667. Il était dernier fils de Gisulfe I"", 
duc de Frioul, et succéda en 647 dans le duché de 
Bénévent à Rodoald, son frère. En 650 il rem- 
porta une brillante victoire sur les Grecs, qui vou- 
laient s'emparer des trésors de la basilique de 
Saint-Michel sur le mont Gargan. En 662 le roi 
Godebert lui envoya Garibald, duc de Turin, 
pour l'engager à venir à son aide contre son 



GRIMMELSHAUSEN — GRIMOALD 96 

frère Pertharit. Garibald, loind'accomplir'.sa mis- 
sion, détermina Grimoald à profiter de la divi- 
sion des deux frères pour s'emparer de la cou- 
ronne de Lombardie. Le duc de Bénévent céda à 
ce conseil : il se rendit près de Godebert, le poi- 
gnarda en l'embrassant, et se mit en possession 
du trône. En 1662, il abdiqua la couronne ducale 
en faveur de son fils. 

GRIMOALD II, septième duc de Bénévent, 
mort en 686. Il succéda en 683 à son père Ro- 
moald. Il ne régna que trois années; il avait 
épousé Wigilinde ou Vimilinde, fille de Pertharit, 
et n'en eut pas d'enfant. Son frère Gisulfe V' 
régna après lui. 

GRIMOALD III, seizième duc de Bénévent, 
deuxième fils d'Arigise et d'Adelberge, fille de 
Didier, roi des Lombards, monta sur le trône 
après la mort de son père (787). Il était alors 
en otage à la cour de Charlemagne. Cet empe- 
reur lui rendit la liberté , malgré les instances du 
pape Adrien ; mais il lui imposa néanmoins pour 
conditions de reconnaître sa suzeraineté , de dé- '\ 
molir les principales forteresses de ses États, de ' 
faire raser ses sujets, et de frapper sa monnaie 
au coin du roi de France. (On voit au musée de 
Vienne une de ces pièces, où Charlemagne estd'un 
côté et Grimoald de l'autre). Grimoald trouva son 
duché envahi par son beau-frère Adelgise. Aidé 
d'Hildeprand, duc de Spolète, il battit et tua l'u- 
surpateur, et força les Grecs qui le soutenaient 
à se rembarquer. Affermi dans ses États , il se- 
coua le joug des Francs , releva les murailles 
d'Acerenza, de Conza et de Salerne, fit frapper 
la monnaie à sa seule image , et mit son nom 
dans les actes publics. Il envahit même les terres 
de l'Éghse romaine à l'aide du patrice de Sicile 
(793). Pépin, fils de Charlemagne, marcha eoiilu! 
lui, mais obtint peu de succès. Ce ne fut qu'eu 
801 qu'il prit et incendia Théate ( aujourd'hui 
Chieti ). Il somma alors Grimoald de lui rendre 
hommage. A cette sommation le duc répondit 
qu'il étaitnélibre et qu'il comptait, avecla protec- 
tion du ciel, mourir de même. Pépin poursuivit la 
guerre avec vigueur ; mais le duc de Bénévent dé- 
ploya tant de valeur et d'activité, qu'il tint en échec 
toutes les forces de l'Occident. Il repoussait en 
même temps les Grecs,dont il était devenu l'ennemi 
depuis qu'il avait répudié sa femme, Uvantia, nièce 
de l'empereur Constantin Porphyrogénète. Gri- 
moald sut jusqu'à sa mort maintenir son indépen- 
dance contre les deux plus puissants empires du 
monde,etmourut sans laisser d'enfants. Son tréso- 
rier Grimoald Avrasaitz ou Storézaïs lui succéda. 
GRIMOALD IV Storézaïs , dix-septième duc 
de Bénévent, assassiné, en 827. Il était l'un des 
grands-officiers de son prédécesseur. Il soutint 
éuergiquement la lutte engagée contre Charle- 
magne, et obtint enfin, en 812, la reconnaissance 
de son indépendance moyennant une somme de 
vingt-cinq mille sous d'or; ce tribut fut réduit par 
Louis le Débonnaire, en 814, à sept mille sous. 
Un seigneur bénéventain, Daufer le Bègue, se 



97 GRIMOALD 

révolta contre Grimoald. Celui-ci marcha contre 
les insurgés, et les poursuivit jusqu'à Naples, où 
ils s'étaient réfugiés, auprès du duc grec Théodore, 
qui y commandait pour l'empereur Léon l'Ar- 
ménien. On en vint à un combat sur terre et sur 
mer devant Naples , et le carnage fut si grand, 
au récit d'Erkempert, que là mer demeura teinte 
de sang durant plusieurs jours. Daufer échappa 
au massacre, et obtint sa grâce ; mais il n'en per- 
sévéra pas moins dans sa trahison, et Grimoald 
étant tombé malade, il le fit assassiner dans son lit 
par ses fils , les comtes de Conza et d'Acerenza. 
L'un d'eux, Sicon, succéda à la victime. Grimoald 
a laissé la mémoire d'un prince brave, équitable 
et doux. A. DE L. 

Eginliard , Annales , p. 208. — Le même , Vita Caroli , 
cap. X, p. 93. — Erkempert, Epit. Histor. Longobard., 
dans les Scriptores Ital. de Muratori, t. V, p. 16. — Pe- 
taviani. Annales Francorum, p. is. — Annales Tiliani, 
p. 21. — Annales Leiseliaiii , p. 44-46. — Amubles Mols- 
siacens., p. 72. — Annales Metenses, p. 345. — Annales 
Nibelung., p. 27. — Codex Carolin., Epist. LXXXX, 
p. 571. — Baronius, Annales eccles., année 787, p. 402. — 
Théophane, C/ironographia, t. VI, p. 311. — Ottavio 
Rinaldi, Mem. istor. délia cittd di Capua, lib. V, 
cap. IX. — Slsmondi, Histoire des Français, t. II, 

p. 308-421. 

GRIMOALD, maire du palais d'Austrasie, mort 
à Paris, en 656. Il était fils de Pépin de Landen, 
Qwle Vieux,ei lui succéda, en 642, comme maire 
du palais d'Austrasie. 11 avait pour lui l'armée et 
la noblesse; mais il trouvait un rival puissant 
dans Otto, dont le père, Uron, était précepteur de 
Sigebert. Otto disposait des courtisans et de la 
volonté enfantine de Sigebert. Grimoald parvint 
à faire assassiner son antagoniste par Leuthaire, 
du(; des Allemands. Dès lors il s'attribua toute 
l'autorité, qui devint absolue entre ses mains. A 
cette époque (642), la province la plus orientale 
de la monarchie, et en même temps la plus bar- 
bare, se détacha de l'empire des Francs. Le duc 
héréditaire deThuringe, Radulphe, ne voulut 
plus reconnaître l'autorité des rois mineurs , ni 
celles des maires du palais, qu'il regardait comme 
ses égaux. Grimoald tenta vainement de le réduire 
à l'obéissance; il fut mal secondé par les ducs de 
l'Austiasie, qui s'intéressaient plus à l'indépen- 
dance de leur collègue qu'au maintien de la monar- 
chie. L'armée austrasienne fut battue sur l'Uns- 
trut ; Radulphe consentit pourtant à reconnaître 
nominalement l'autorité de Sigebert III, mais dès 
lors il se conduisit en souverain, et forma des 
alliances particulières. Sigebert en mourant (656) 
laissa un fils nommé Dagobert, à peine âgé de 
trois ans. Grimoald jugea les Austrasiens indif- 
férents à la famille de Clovis, et crut qu'il était 
temps de supprimer les monarques enfants, qui 
gênaient l'administration, sans donner aucune 
garantie , et il essaya de réunir la royauté réelle 
des maires à la royauté fictive des princes mé- 
rovingiens. De concert avec Dudon , évêque de 
Poitiers , il fit tonsurer le jeune Dagobert, et le 
relégua dans un monastère d'Irlande. En même 
tem|)s il proclama roi son propre fils, Childe- 
bcrt, en veitu d'un testament supposé de Sige- 

^O^JV. BIOGR. OÉNÉR. — T. XXII 



— GRTMOARD 



98 



bert. Mais il avait mal pris ses mesures ; les sei- 
gneurs se .soulevèrent, s'emparèrent du maire et 
de son fils, et le livrèrent à Clovis II , qui les fit 
mourir en prison. Alfred de Lacaze. 

Frédégaire, C'Aronica; c.ip. LXXXVI, p. 446. — Cesta 
Reg. Francorum , cap. XXXXIII. p. 368. — Chronic. 
Moissiac., p. 652. — Adon, Ckronica, p. 669. — Chronic. 
Sancti Benigni Divion.. p. 317. — Sigebert. Gemblac., 
p. 343. — .4drien de Valois, lib. XX, p. 186. — Sismondi, 
Histoire des Français, t. II, p. 41-61 

GRIMOALD, maire du palais d'Austrasie. Sui- 
vant l'auteur des Annales de Metz , Drogon eut 
pour successeur comme duc de Champagne son 
frère Grimoald , le second des fils légitimes de 
Pépin. Le continuateur de la chronique de Fré- 
dégaire le présente comme ayant été plein de 
douceur et faisant d'abondantes aumônes. En 
695, Pépin, son père, lui donna la chargede maire 
du palais de Neiistrie , comptant sur lui pour 
soutenir dans ce royaume l'influence de sa fa- 
mille. Il se servit de lui également pour assurer 
la paix qu'il venait de conclure avec la nation 
remuante des Frisons, en lui faisant épouser 
Theusinde, fille de leur duc, Radbod. En 714, 
Grimoald s'était arrêté dans la basilique de Saint- 
Lambert à Liège, se rendant auprès de son 
père, qui, sur le point de mourir, l'avait mandé; 
au moment oii il était agenouillé devant la châsse 
du saint, il fut tué par un Franc, nommé Rout- 
gare. Le motif de ce meurtre est resté inconnu. 
Etienne Gallois. 

Frédégaire, Contin., cap. Cil, p. 453. — Gesta Reg. 
Francorum , cap. XXXXVIIll, p. 371. — Annales Me- 
tenses,^. 681. — Sismondi, Histoire des Français, l. II, 

p. 92-107. 

GRIM0.4RD {Philippe-Henri , comte de), 
général et littérateur français, né à Verdun, vers 
1750, mort en 1815, était issu d'une ancienne 
famille d'Avignon, originaire du Gévaudan, qui 
avait donné à l'Éghse le pape Urbain V. Sous 
Louis XM, Grimoard remplit une mission en 
Hollande. A la révolution , il travaillait dans le 
cabinet du roi, et c'est à lui qu'on doit les plans 
de la campagne de 1792. Après le 10 août les 
cartons qui contenaient ces pians furent portés 
au comité de salut public. Partisan du gouver- 
nement constitutionnel, Grimoard dut se cacher 
pendant la terreur. On lui doit : Essai théo- 
rique sur les Batailles; Paris, 1775, in-4°, 
avec 36 pi. ; — Histoire des dernières Cam- 
pagnes du maréchal de Turemie de 1672 à 
1675; Pai'is, 1780, 2 vol. in-fol. : « Une intro- 
duction pleine de documents précieux sur les 
affaires du temps, et qui va de 1668 à 1672, pré- 
cède, dit Quérard, cette liistoire, rédigée unique- 
ment d'après les papiers originaux du maré- 
chal. » Les mutilations faites à cet ouvrage par 
la censure portèrent Grimoard à enlever son 
nom du titre de ce Uvre , qui parut sous le nom 
de Beaurainfils, lequel n'avait fait que graver les 
cartes et les plans ; une dixaine d'exemplaires 
seulement, distribués à des amis, portent le 
nom du véritable auteur ; — Lettre du marquis 
de Caraccioli à M. D'Alembert (publiée avec 



99 



GRIMOARD 



W' 



quelques additions par Daudet de Jossan) ; Lon- 
dres, 1781, 'm-i° et in-S". C'est une satire contre 
Necker, publiée au moment où le marquis de Ca- 
raccioli, ambassadeur de Naples, quittait Paris ; 
personne ne la crut de celui dont elle portait le 
nom; réimprimée dans le Recueil de pièces 
pour et contre Necker et dans VHistoire ^u 
18 brumaire, de M. de la Rue en 1821 , cette 
lettre fut attribuée à Beaumarchais ; Grimoard 
avoua plus tard en être l'auteur ; — Collection 
de Lettres et Mémoires du maréchal de Tu- 
renne ; Vaxis , t782, 2 vol. in-fol.; — Traité 
sur la constitution des troupes légères et sur 
leur emploi à la guerre; Paris, 1782, inr8° : 
la partie dogmatique de cet ouvrage est du 
comte de Grimoard, et la partie systématique 
de Gugy; — Histoire des Conquêtes de Gus- 
tave-Adolphe, roi de Suède, en Allern,agne, 
ou, campagnes de ce monarque en 1630, 1631, 
1632, précédées d'une introduction contenant 
l'origine et le commencement de la guerre 
de Trente Ans, avec les plans des principales 
batailles; Stockholm, 1782, 11 livraisons 
in-fol. ; cet ouvrage, composé sur la demande de 
Louis XVI et du roi de Suède Gustave III, n'a 
pas été achevé. Le manuscrit de l'auteur allait 
seulement jusqu'ep février 1632. La société ty- 
pographique de Neufchâtel s'étant procuré une 
grande partie du texte de cet ouvrage le fit 
réimprimer, en 3 vol. in-S", en 1789, sous le 
même titre et sous le nom du comte de Grimoard, 
bien que le travail de ce dernier s'arrêtât au 
milieu du troisième volume; — Tableau his- 
torique et militaire de la Vie et du Règne de 
Frédéric le Grand; Londres (Paris), 1788, 
in-8° : l'ouvrage de MuUer a servi de guide à 
l'auteur ; — Correspondance particulière et 
historique dît maréchal de Richelieu en il 66, 
1757 et 1758 avec M. Paris-Duverney , suivie 
des mémoires relatifs à l'expédition de Mi- 
norque et précédée d'une notice sur la vie du 
maréchal; Paris, 1789, 2 vol. in-8°-, — Corres- 
pondance particulière du comte de Saint-Ger- 
main avec Paris-Duverney ; Paris, 1789; — 
Correspondance du cardinal de Bernis avec 
Paris-Duverney de 1759 à 1769; Paris, 1790; 
— Lettres et Mémoires de Gustave-Adol- 
phe, etc., sur les guerres des Suédois en Po- 
logne et en Allemagne; Paris, 1790 ; — Con- 
sidérations sur l'état de la Russie sous 
Paul /«'■, envoyées en 1737 à Voltaire par le 
prince royal, depuis roi de Prusse, auxquelles 
on a joint sa Dissertation sur la littérature 
allemande, diverses pièces sur la Russie, et le 
Mémoire par le roi de Prusse remis en 1740 
au cardinal de Fleury par le marquis de 
Beauvau, ambassadeur de France à la cour 
de Berlin ; Berlin ( Paris ), 1791, in-8° ; — Mé- 
.moires sur la guerre que les Français ont 
soutenue en Allemagne depuis 1757 jusqu'en 
1762, par de Bourcet; Paris, 1792; — Corres- 
ponda,nce du général Dumouriez avec Pache, 



ministre de la guerre, pendant les campagne-i 
de la Belgique ; Paris, 1793, in-8° ; — Lettrey. 
et Mémoires choisis du maréchal de Saxe ; 
Paris, 1794, in-8°; — Collection de pièces ori- 
ginales, inconnues et intéressantes sur Vex- 
pédition de Minorque ou deMahon, en 1756; 
Paris, 1798, in-8°, ouvrage très-rare; — Re- 
cherches sur la force de l'armée française, le^ 
bases pour la fixer selon les circonstances, et 
les secrétaires d'État ou ministres de la guerre 
depuis Benri IV jusqu'en 1805; Paris, 1806, 
in-8°; — Mémoires de Henri de Campion; Paris, 
1806, in-8° ; — Mémoires et lettres du maré- 
chal de Tessé; Paris, 1806, in-8°; — Lettres 
du baron de Vioménil sur les affaires de Po- 
logne en 1771 et 1772; Paris, 1808, in-8°; — 
Tableau historique de la guerre de la révolu- 
tion de France depuis son commencement, en 
1792, jusqu'à la fin de 1794, précédé d'une 
introduction générale contenant l'exposé des 
moyens défensifs et offensifs sur les fron- 
tières du royaume en 1792, et des Recherches 
sur la force de V armée française depuis 
Henri IV jusqu'à la fin de 1806, accompagne 
d'un atlas militaire , oit recueil de cartes et 
plans pour servir à l'intelligence des opéra- 
tions des armées, avec une table chronolo- 
gique des principaux événements de la guerre 
pendant les campagnes de 1792, 1793ei5 1794; 
Paris, 1808, 3 vol. in-4'' : la publication fut arrêtée 
par le gouvernement impérial : le premier vo- 
lume est du général Grimoard ; le deuxième est 
extrait de ses mémoires particuliers ; le troisième 
est du général Servan; — Lettres historiques, 
politiques, philosophiques et particulières de 
Henri Saint-John, lord vicomte Bolingbrocke, 
précédées d'un Essai sur sa vie; Paris, 1808, 
3 vol. in-8°; — Traité su}' le service de l'état- 
major général des armées, contenant son ob- 
jet, son organisation et ses fonctions sous les 
rapports administratifs et militaires ; accom- 
pagné de tableaux et de planches; Paris, 1809, 
in-8° ; Brunsvrick, 1811, 2 vol. in-8°. Grimoard 
publia aussi avec Grouvelle une édition des Let- 
tres de M'"" de Sévigné, en 8 vol. in-S", et les 
Œuvres de Louis XIV. Enfin, il est auteur d'un 
Mémoire sur la politique de la France envers 
l'Autriche , qu'on trouve fort mutilé dans les 
Mémoires de Louis XVI publiés par Soulavie. 

L. L— T. 
Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-Preuve, Bwsrr«- 
phie universelle et portative des Contemporains. — 
Qiiérard, La France littéraire. 

GRIMOARD (1) ( Mcolas-QE), amiral français, 
frère du précédent, né à Fontenay-leComte , le 
25 janvier 1743, guillotiné à Rochefort, le 9 plu- 
viôse an II (7 février 1794). Il entra dans la, 
marine royale, était enseigne en 1770, et lieu- 
tenant de vaisseau l'année suivante. En 1778 il 
fut appelé au commandement de la frégate La 

(1) Et non Crimouard, comme l'écrit la Biographie 
de Mictiaud. 



101 



GRIMOARD — GRIMOD 



102 



Minerve, de 24 canons, et envoyé en croisière 
contre les Anglais dans les Antilles. En janvier 
1779, il prit Berkoot, corsaire de 20 canons; 
le 7 février il fut rencontré dans la baie des Ba- 
radaires ( île Saint-Dominique ) par le vaisseau 
Rubij et les frégates Niger, de 28, Loivpston et 
Éolus, etneprit chasse qu'après un long combat, 
qui obligea la division ennemie de gagner la 
terre pour se réparer. De Grimoald sortit de 
Port-au-Prince le 3 mars, et le 8 enleva presque 
sans combat Providence, frégate de 24, qu'il 
ramena à Inague. Le 4 janvier 1781 il comman- 
dait dans la Manche une escadrille composée de La 
Minerve et de deux autres frégates de moindre 
force; il rencontra deux vaisseaux anglais, Cou- 
rageous et V allant , d'un numéro supérieur. 
De Grimoard comprit qu'il lui serait impossible 
de lutter avec avantage ; il résolut donc de se 
dévouer pour sauver ses conserves, et tandis 
qu'elles forçaient de voile , il engagea un combat 
terrible avec Courageous à portée dé pistolet. 
De Grimoard tomba blessé ; mais son équipage, 
électrisé par son exemple, n'amena pavillon que 
réduit de moitié et sur le point de couler bas. 
De Grimoard conduit en Angleterre y fut traité 
avec les égai'ds dus à sa position et à son cou- 
rage. Il ne resta pas longtemps prisonnier. Remis 
de sa blessure, il fut échangé, et reçut le brevet de 
capitaine de vaisseau. Parti de Brest le 24 mars 
suivant, il accompagna sur Le Magnifique le 
comte de Grasse, qui se rendait à La Martinique 
avec une flotte de vingt-et-un bâtiments. De Gri- 
moard se distingua au combat livré en vue de 
Fort-Royal , à la prise de Tabago ( 2 juin 1791 ) 
et à la bataille navale de la baie de Chesapeack 
{voy. Grasse). Il passa au commandement du Sci- 
pion, et partit de Saint-Domingue avec la frégatte 
La .'j h'v y //e, escorta un convoi partant de Port-au- 
Prince pour France: La traversée n'offrit aucun 
incident remarquable ; mais au retour, le 1 7 oc- 
tobre 1782, de Grimoard rencontra dans les eaux 
de Saint-Domingue une division anglaise. La Si- 
bylle parvint heureusement à échapper à la rude 
chasse qui lui fut donnée. Mais Le Scipion se 
vit serré de près par London, de 90, et Torbay, 
de 74, suivis d'une corvette et d'une goélette. 
De Grimoard alors n'hésite plus ; il vire de bord, 
laisse arriver sur London, qu'il aborde aussitôt 
et dont il se fait un rempart contre les batte- 
ries du Torbay. Cependant celui-ci longe le 
London, et va mettre Le Scipion entre deux 
feux. De Grimoard, par une prompte manœuvre, 
se dégage de son ennemi , l'écrase d'une dernière 
bordée en défilant sous sa poupe et reprend sa 
rapide course, laissant au Torbay le soin de se- 
courir le London, qui flotte au hasard et n'offre 
plus qu'un débris sanglant. Le courageux capi- 
taine français se dirigea sui' la baie de Samana; 
mais il échoua sur un bas-fond non signalé, et 
malgré tous ses efforts il ne put relever son vais- 
seau. Il (lut le brrtler après avoir sauvé l'équipage. 
A son arrivée en France, I^ouis XVI le créa 



comte, et le complimenta sur son habileté et sa 
valeur. Il lui confia une escadre d'évolution, puis 
le gouvernement du Sénégal et des îles sous le 
Vent. En 1791 de Grimoard commandait la station 
de Saint-Domingue ; il réussit, par sa fermeté, à 
ramener la discipline parmi les équipages, ré- 
voltés à la nouvelle des événements accomplis 
dans la métropole. Le l*"" janvier 1792 il fut 
nommé contre-amiral ; mais malgré les instances 
de Monge, qui lui offrait de l'avancement, il re- 
fusa de servir la république. Il se retira à Ro- 
chefort ; bientôt il fut accusé de menées contre- 
révolutionnaires. Mis en arrestation et traduit 
devant le tribunal révolutionnaire delà Charente- 
Inférieure , il fut condamné à mort le 7 février 
1794, et exécuté le lendemain. 

Alfred de Lacaze. 
Archiivs de la marine. — Biographie moderne (1806). 

GRIMOD DE LA REYNIÈRE {Alexandre- 
Balthazar - Laurent ) , écrivain français et 
célèbre gastronome , né à Paris, le 20 novembre 
1758, mort en janvier 1838. Son père, fermier 
général et administrateur des postes, avait 
épousé m"* de Jarente , nièce de l'évêque d'Or- 
léans (1). Un seul enfant était né de cette union; 

(1) Les Grimod de LaReynière appartenaient à une fa- 
mille bourgeoise de Lyon. Le grand-père du gastronome 
fut aussi fermier général, en nai, et administrateur des 
postes. 11 est question de sa mort vers 17S0, dans les 
nouvelles lettres de Voltaire et dans le journal de Collé. 
Il était renommé pour sa passion de la table. Son fils 
fit bâtir à l'angle des Champs-Elysées et de la place 
Louis XV un bel hôtel, qui porte encore son nom. Le 
faste de sa maison, son excellente cuisine lui valurent 
une grande célébrité. Les mémoires de Bachaumont 
et la Correspondance de Grimm ont gardé le souvenir 
d'une quantité de petits travers de ce financier, qui 
recevait à sa table les plus grands seigneurs. Un bel 
esprit disait de lui : « On le mange, mais on ne le di- 
gère pas. » Sa femme, pleine d'esprit, était fort ga- 
lante ; elle poussait à l'extrême Torgueil de sa nais- 
sance, ce qui ne lui allait guère après une pareille mé- 
salliance; aussi eut-elle beaucoup à souffrir de la part 
de son fils. On raconte en effet de lui des anecdotes qui 
sont loin d'annoncer un bon cœur pour ses parents. Un 
jour il invite à souper des gens de lettres , des garçons 
tailleurs, des artistes, des militaires, des gens de robe, 
des apothicaires, des comédiens, par une lettre conçue 
dans la forme des billets d'enterrement, et dans laquelle 
on disait que du côté de l'huile et du cochon on n'au- 
rait rien à désirer. A la porte de l'hôtel un Suisse de- 
mandait au convive si c'était i\l. de La I\eynière sang- 
suc du peuple, ou son fils, le défenseur delà veuve et de 
l'orphelin, qu'il désirait voir. Des Savoyards faisaient le 
service. Quatre enfants de chreur étaient placés aux coins 
de la salle avec leurs encensoirs. « Quand mes parents 
donnent à manger, dit l'amphitryon, il y a toujours trois 
ou quatre personnes à table chargées de les encenser; 
j'ai voulu, messieurs, vous épargner cette peine. Ces 
enfants s'en acquitteront à merveille. » Vingt services 
composaient le souper; le premier ne se composait que 
de porc. « Comment trouvez- vous ces viandes? dit le 
président du festin. — Excellentes. — Eh bien! je suis 
fort aise de vous dire que c'est un de mes parents qui 
me les fournit. » Le repas se prolongea jusqu'à sept heures 
du matin. Il avait demandé à ses parents la permission 
de recevoir quelques amis, et avait obtenu de leur 
compl.iisance qu'ils dîneraient en ville pour lui laisser 
plus de liberté. Qu'on juge de leur étonnement lor.'fiiue, 
rentrant le matin chez eux, ils trouvèrent cette singulière 
société. iVl'"<' de La Reyniére s'étant présentée donnant 
la main au bailli de Breteull, son fils s'oublia jusqu'à dire 
tout haut : 

Et ces deux grands débris se consolaient entre eux. 



103 



GRIMOD 



104 



cet enfant avait un défaut de conformation aux 
mains qui l'obligeait de se servir de doigts pos- 
tiches, avec lesquels il était très-adroit. On le 
destinait à la magistrature ; mais cette profession 
ne lui sourit pas. Il s'en prit à sa mère de sa lai- 
deur et de sa difformité, et se plut à la mortifier, 
en rappelant à tout propos l'origine plébéienne 
de son père. Il voulut seulement être avocat, 
disant que s'il avait été juge, il aurait bien pu 
se trouver dans le cas de faire pendre son père , 
tandis qu'étant avocat, il conservait au moins 
le droit de le défendre, il eut quelques succès 
au barreau ; ses mémoires se distinguaient par 
des pensées originales et un style piquant ; mais 
il préférait l'indépendance et la littérature , pas- 
sant son temps aux foyers des théâtres, dans les 
coulisses, fréquentant les actrices et la société 
du café du Caveau. Il travailla à un journal de 
théâtre, édita différents ouvrages , et composa 
des brochures qui eurent un grand succès. Un 
libelle qu'il publia contre le poète Fariau Saint- 

Depuis ce repas on distingua Griraod le père et Grimod 
le fils par ces deux éplthètes : Grimod le publicain, et 
Grimod Vavocat. 

Une autre fois, Grimod l'avocat donna un repas à ses 
confrères en exigeant des convives des preuves de ro- 
ture. Pour faire peine à sa mère, il s'inclinait très-bas 
devant les personnes de mince noblesse qui venaient la 
visiter. Knfin, il s'adonna au commerce, et fit publique- 
ment du trafic. S'étant enfermé un jour dans son appar- 
tement , 11 déclara à son père qu'il n'en sortirait pas à 
moins de recevoir une somme de cent mille francs, dont 
il avait besoin pour satisfaire ses créanciers. Grimod le 
père refuse ; alors Grimod le fils menace de faire sauter 
l'hOtel avec cent livres de poudre. Dans son effroi le père 
consent à tout, mais à la condition que son fils lui re- 
mettra les cent livres de poudre contre les écus. Le 
traité s'exécuta ; contre argent, le père reçut en effet 
cent livres de poudre â poudrer. 

l'our reconnaître ses vrais amis, Grimod de La Reynière, 
s'avisa, dit-on , de faire le malade. Il se tint clos chez lui, et 
sa porte fut fermée à tout le monde. Quinze jours après, il 
envoie à ses amis un billet de faire part, qui les invite à 
son convoi, lequel doit avoir lieu le lendemain, à quatre 
heures du soir. C'était l'heure du dîner. A l'heure dite 
une bière recouverte d'un drap noir est exposée sous le 
péristyle. On introduit les personnes qui se présentent 
dans une salle d'attente tendue de noir. Une demi-heure 
se passe; alors une porte s'ouvre à deux battants, et un 
domestique s'écrie : « Messieurs, vous êtes servis! » Un 
repas délicieux les attend ; Griraod de La Reynière est 
assis à sa place accoutumée. Il n'est donc pas mort ; on 
s'empresse, on lui adresse des félicitations mêlées d'éton- 
nement : « Messieurs, leur répond-il, le dîner est servi, 
il pourrait se refroidir, prenez donc vos places. » Le 
repas n'en fut pas moins joyeux, et l'on rit beaucoup du 
déboire des absents. Mais Grimod ne se trouvait pas suf- 
fisamment vengé, à ce qu'il paraît; il les invita à leur 
tour à dîner, et les fit entrer dans une salle à manger 
décorée en chapelle ardente, l'n cercueil ouvert était 
placé derrière chaque convive, et le repas se passa au 
milieu rie ces apprêts de pompes funèbres. 

On raconte encore cette anecdote sur Grirood de La 
Reynière. I<"ouché, ministre de la police, l'appeli un jour 
dans son cabinet, et lui reprocha certains propos irrévé- 
rencieux qu'on lui attribuait relativement à Napoléon. 
« Monseigneur, répondit Grimod, on vous a fait un faux 
rapport; personne plus que moi n'admiré notre grand 
empereur ; mais peut-être me sera-t-il permis de déplo- 
rer l'emploi que S. M. fait de son immense génie. — Com- 
ment ! Que voulez-vous dire? - Oui, monseigneur, s'il 
s'était appliqué aux progrès de la cuisine, qui sait à quel 
degré de perfection il l'aurait poussée ! » Le ministre 
voulait se fîlcher; mais il rit, et le voilà désarmé. 



Ange lui valut d'être exilé dans l'abbaye de Bla- 
mont , près de Nancy, au moyen d'une lettre de 
cachet , donnée à sa famille. 

Grimod de La Reynière eut de nombreux dé- 
mêlés avec sa famille. Peu de temps avant la 
révolution, il fit un voyage à Lyon, où il s'oc- 
cupa de commerce. Après la terreur, il revint à 
Paris, oîi il se réconcilia avec ses père et mère, 
qui moururent très-âgés et dont la succession ré- 
tablit sa fortune. Il avait gaiement supporté les 
malheurs du temps, et plus tard il disait tranquil- 
lement que la révolution avait respecté la plus 
précieuse de ses propriétés , son appétit. Sous le 
Directoire, il se remit h faire un journal de théâ- 
tre, qui fut supprimé, comme royaliste et contre- 
révolutionnaire, après le 18 fructidor, parce que 
l'auteur s'était permis de mal parler des premières 
actrices du théâtre de la république. Son Alma- 
nach des Gourmands rendit sa réputation euro- 
péenne. Les meilleures tables lui étaient ouvertes. 
Après la chute de l'empire il se retira au château 
de Villiers-sur-Orge, près de Longjumeau, avec 
sa femme, ancienne actrice du théâtre de Lyon. 
Il accepta à la campagne des fonctions munici- 
pales. Il fit arranger très-confortablement son 
château, qui avait appartenu à la fameuse mar- 
quise de BrinviUiers , et il y garda , malgré ce 
fâcheux souvenir, toute son originalité et son ex- 
cellent appétit. Petit-fils d'un aïeul mort comme il 
disait, aîi champ d'honneur, c'est-à-dire d'une 
indigestion de pâté de foie gras , il n'oublia ja- 
mais, lui, qu'une certaine dose de sobriété est 
nécessaire au gourmet (1). 

En littérature Grimod de La Reynière débuta 
par \& Journal des Théâtres, qu'il rédigea avec 
Levacher de Chamois, en 1777 et 1778. En 1780 
il édita Le Fakir, conte en vers, dont l'auteur lui 
était inconnu , disait-il , mais qui est de Lantier . En 
1781 et 1782 il rédigea seul la partie dramatique 
du Journal de Neufchâtel. En 1782 il fit encore 
paraître Le Flatteur, comédie en cinq actes et 
en vers Hbres de Lantier, et y ajouta une préface. 
Au mois d'avril 1783, il publia des Béflexions 
'philosophiques sur le Plaisir, par un céliba- 
taire, avec cette épigraphe : Legite, censores, 
crimen amoris abest. Cette brochure, in-S", 
eut trois éditions dans la même année ; elle con- 
tenait une censure vague des mœurs de l'époque. 
« On y remarque, disait La Harpe dans sa Cor- 

1' (1) Voici quelques-uns des principes qu'il pose dans 
l'art de manger : « Un véritable gourmand ne se fait ja- 
mais attendre. — La méthode de servir plat à plat est 
le raffinement de bien vivre; c'est le moyen de manger 
chaud, longtemps et beaucoup, chaque plat étant alors 
un centre unique, auquel viennent aboutir tous les appé- 
tits. — Toutes les cérémonies, lorsqu'on est à table, tour- 
nent toujours au détriment du dîner; le grand point, c'est 
de manger chaud, longtemps et beaucoup. -- Un vrai 
gourmand aime autant faire diète que d'être obligé de 
manger précipitamment un bon dîner. — Quelques per- 
sonnes redoutent à table une salière renversée et le 
nombre treize. Ce nombre n'est à craindre qu'autant 
qu'il n'y aurait à manger que pour douze ; quant à la sa- 
lière, l'essentiel est qu'elle ne se répande pas dans un bon 
plat. » 



105 GRIMOD 

respondance, plus d'esprit qu'on n'en supposait ainsi le premier l'est à M, 



106 



à un liomme qui passe pour une espèce de fou. 
Il y à des observations assez justes parmi beau- 
coup de lieux communs. » En 1785 Grimodfitim- 
primer: Lorgnette philosophique, trouvée par 
unR.P. capucin sous les arcades du Palais- 
Royal et pi'ésentée au public par un céliba- 
taire; 2 vol. in-12. On reproche à cet ouvrage 
d'être presque une copie de La Berlue de Poin- 
sinet de Sivry. En 1786 parut son Mémoire à 
consulter y et consultation pour maître Marie- 
É lie-Guillaume Duchosal, avocat en la cour, 
demandeur, contre le sieur Ange Fariau de 
Saint- Ange, coopérateur subalterne du Mer- 
cure de France , défendeur, avec cette épi- 
graphe : Stulte nudabit animam suam (Phè- 
dre). Dans ce libelle, Duchosal est censé réclamer 
contre l'attribution qu'on lui fait de vers à ïa 
louange de Fariau Saint-Ange, que celui-ci avait 
fait insérer dans VAlmanach littéraire. Griraod 
demande, avec toutes les formes usitées au bar- 
reau, une réparation pour son client, prétendant 
que les vers en question sont d'un sieur Deville, 
trésorier de France en la généralité d'Amiens, le- 
quel n'a eu d'autre intention que de se moquer 
du sieur Fariau ; et enfin il attaque un marquis 
de La Salle, qui, dit-il, « se quaUfie de mar- 
quis chez les auteurs et d'auteur chez les mar- 
quis ■». Cette diatribe allait lui valoir d'être rayé 
du tableau des avocats, un procès criminel de 
Saint-Ange , et un châtiment plus prompt peut- 
être du marquis de La Salle, quand une lettre de 
cachet le mit à couvert par l'exil. Dé 1787 à 
1788, il travailla à la Correspondance litté- 
raire et secrète de Neuwied. A la suite d'un 
voyage à Lyon , où il fut reçu membre de l'Aca- 
démie de cette ville, Grimod de La Reynière 
publia : Lettre à M. Mercier, ou réflexions 
philosophiques sur la ville de Lyon; Paris, 
1788, in-8°. Quelque temps après, il fit impri- 
mer Peu de chose, idées sur Molière, Ra- 
cine, Crébillon, Piron, etc. : Hommage à VA- 
cadémie de Lyon; Paris, 1788, in-8°. En 1792 
il publia Lettre d'un Voyageur à son ami sur 
la ville de Marseille, in-8° ; et en 1793, Moins 
que rien, suite de peu de chose, in-S". De 1797 
à 1798GrimoddeLaReynière rédigea LeCenseur 
dramatique, dont la collection forme4 vol. in-8°. 
Ce journal fut supprimé après le 18 fructidor. En 
1803 Grimod publia L'Alambic littéraire, ou 
analyse raisonnée d'un grand nombre d'ou- 
vrages publiés r^emmeM?;Paris,2 vol. in-S". 
De 1800 à 1806 il rédigea la partie littéraire des 
Petites Affiches , avec Ducray-Duminil. La Vi- 
sion d'un Bonhomme parut aussi en 1803, 
in-12. Mais le livre qui a le plus contribué à la 
réputation de Grimod de La Reynière, c'est son Al- 
vianach des Gourmands, ou calendrier nutri- 
tif, servant de guide dans les moyens défaire 
excellente chère, par un vieil amateur ; Paris, 
1803-1812,8vol.in-18. Chaque volume est dédié 
à un personnage important dans l'art de la table ; 



d'Aigrefeuille , ci- 
devant procureur général des aides de la cour 
de Montpellier; le second à M. Camerani, semai- 
nier perpétuel de l'Opéra-Comique ; le sixième 
à M. Grimod de Verneuil , ancien directeur des 
postes, etc. Dans une note de son livre il engage 
les artistes à envoyer à l'auteur, en sa maison, 
rue des Champs-Elysées, n° 1, toutes les lettres, 
documents, notes et légitimations relatifs à son 
ouvrage, et déclare que tous les articles devront 
être affranchis. « Quoique ses occupations, 
.Hjoute-t-il, en lui permettent guère de répondre, il 
tient un fidèle compte de tout ce qui lui parvient, 
et traite chacun selon ses œuvres. » Ces légi- 
timations étaient des pièces culinaires que l'on 
goûtait à table, et dont on rendait compte dans 
le recueil. Pour éclairer sa critique , Grimod de 
La Reynière avait institué un jury dégustateur, 
qui se réunissait une fois par mois et qui était 
composé de gens de goût et d'appétit. Ces aris- 
tarques prononçaient solermellement sur le mé- 
rite des mets présentés au jury, qui fut présidé 
successivement par d'Aigrefeuille, le docteur 
Gastaldy, mort en 1804, et Grimod de Verneuil, 
né en 1731, mort en 1810. VAlmanach des 
Gourmands enregistrait les décisions de ce jury, 
et répandait partout l'adresse des heureux qui 
avaient su lui plaire. « On sait, disait VAlma- 
nach des Gourmands, que des femmes aimables 
et johes font quelquefois partie du jury dé- 
gustateur, où cependant elles n'ont que voix 
consultative. Mesdames Emilie Contât, Mézeray, 
Desbrosses, Belmont, etc., ont daigné faire quel- 
quefois l'ornement de ses séances. » En 1808 
Grimod de La Reynière publia le Manuel des 
Amphitryons , contenant un traité de la dis- 
section des viandes à table, la nomenclature 
des menus les plus nouveaux de chaque sai- 
son, et les éléments de la politesse gour- 
mande, ouvrage indispensable à tous ceux 
qui sont jaloux de faire bonne chère et de 
la faire faire aux autres; Paris, 1 vol. in-8°, 
avec 16 planches. 11 a en outre fourni des articles 
littéraires à un grand nombre de journaux. Il 
a participé à la composition du roman publié par 
Car. Wuiet sous le titre de Mémoires de Ba- 
biole. En 1785 il avait annoncé un grand ou- 
vrage intitulé : Considérations sur VArl Dra- 
matique, qui devait avoir 4 vol. in-8° ; mais ce 
livre n'a point paru. Il est l'auteur d'un Éloge 
de la Jalousie. On lui a attribué un Journal 
des Gourmands et des Belles. Le Songe d'A- 
thalie, parodie-satire contre M'"'' de Genlis, pu- 
blié sous son nom par Rivarol et Champenetz, 
n'est pas de lui ; mais il ue réclama pas. Coste 
l'a aidé dans la rédaction de VAlmanach des 
Gourmands. MM. Léon Thiessé et Raisson fils 
ont voulu recommencer la publication d'un JSou- 
vel Aimanach des Gourmands en 1824; mais 
cette publication n'a pas eu de suite. 

L. LOLVET. 

Rabbe, vieilh de Boisjolln et Sainte-Preuve, Biogr. 



107 



GRIMOD 



GRIMSTON 



108 



tmiv. et port, des Contemporains.— Fayot, Les Classiques 
de la Table. — Gustave Desnoirestorres, Revue française, 
mars 1837. — Ch. Monselet, Oubliés et délaissés. 

*GRiMOWT {Antoihe-Aiarie-Josepk), lit- 
térateur français, né à Besançon, vers 1753, mort 
en 1793. Il embrassa très-jeune la carrière du 
barreau, sous les auspices de son père , greffier 
en chef du parlement de Besançon , et de son 
oncle paternel, qui occupait avec éclat la chaire 
de droit canon à la faculté de cette ville. 

Les succès littéraires qu'il obtint, tout en se 
livrant à sa profession, le firent rechercher dans 
la haute société, et principalement chez la con- 
tesse de Faltan , où se réunissait alors l'élite 
des beaux esprits de Besançon. A l'époque de la 
révolution de 1789 ,' son dévouement profond 
pour la cause monarchique le mit au nombre 
des suspects; et ayant refusé de concourir, 
comme garde national, à l'arrestation d'un de 
ses confrères et amis, il allait être jeté en prison, 
lorsqu'il parvint à s'échapper de la ville et à 
passer la frontière. Il se retira en Allemagne, au- 
près du prince de Condé, qui se l'attacha comme 
secrétaire intime. Les chagrins de l'exil et la 
douleur que lui causa la mort du roi minèrent sa 
santé, et il mourut à Lahr-en-Brisgau. On a 
de lui, sous le nom d'un curé delà Haute-Saône, 
un recueil de Cantiques nouveaux sur diffé- 
rents sujets de piété, 1 vol. in-12 ; Vesoul, 1770. 
Plusieurs fragments de ces petits poèmes reli- 
gieux se retrouvent dans le recueil de Saint-Sul- 
pice; — un volume de poésies fugitives; Be- 
sançon, 1787; — Le Veuvage du Cygne, in-4°, 
même date. F. G. 

Barbier, Dictionnaire des Jnonymes. — Qiiérafd, La 
France littéraire. — Documents particvliers. 

GRIMOUX, GRIIMOC OU GRIMOUTD {AleXlS 

ou Jean), peintre suisse, né à Bomont (canton 
deFribotirg), mort vers 1740. Son père, entré au 
service dans la compagnie desCent-Suissesà Ver- 
sailles, abandonna l'éducation du jeune Alexis à 
une sœur qui l'avait accompagné en France, et 
qui, grâce à sa beauté, fit un brillant mariage à 
Paris. Grimoux, richement traité, mais assez mal 
surveillé, s'abandonna de bonne heure à des excès 
auxquels le poussait son ardent caractère. D'un 
autrecôté, on le contrariait dans son goût pour le 
dessin, qu'il devait satisfaire pendant la nuit. 
Mais les modèles ne lui manquaient pas , et la 
galerie de son oncle lui fournissait des tableaux 
des meilleurs maîtres à copier. Ses séances noc- 
turnes furent bientôt découvertes ; mais loin de 
l'en punir, on lui permit de se livrer ouvertement 
à la peinture. Dès cet instant il ne quitta plus la 
maison, et s'y livra entièrement à son art. Cepen- 
dant il s'éprit en même temps de sa cousine, et 
ne tarda pas à la mettre dans la position la plus 
embarrassante pour une jeune fille. Cette fois la 
colère de son oncle eut pour notre peintre les 
plus tristes suites. Il fut emprisonné sans avoir 
même la consolation d'emporter avec lui ses pin- 
ceaux. Un ami de son oncle, témoin de tant d'in- 
tbrtune, intercéda en sa faveur, et Grimoux fut 



marié avec celle qu'il avait séduite. Dès cetins- 
i tant il commença à se distinguer comme por- 
traitiste. Mais les mauvais traitements qu'il in- 
fligeait à sa femme ayant forcé celle-ci à chercher 
un refuge dans la maison paternelle, Grimoux 
retomba dans la débauche. Cependant la consi- 
dération que méritait son talent ne faisait qu'aug- 
menter ; ses portraits étaient excessivement re- 
cherchés. Largillière et Rigaud l'estimaient fort. 
Ce dernier lui dit un jour : « Monsieur Grimoux, 
nous serions heureux de jouir souvent de votre 
société ; mais nous vous supplions de vous vêtir 
un peu plus convenablement. — Bon! dit Gri- 
moux, vous allez voir ! » Il s'acheta alors les plus 
riches habits , se fit friser et ajuster avec soin, 
et se présenta ainsi chez Rigaud. Tout le monde 
fut ravi de sa bonne mine. La seconde fois ses 
habits étaient encore plus magnifiques. « Il va se 
ruiner! » dit Rigaud. Mais à la troisième visite 
Grimoux avait repris son costume d'atelier et de 
guinguette. Rigaud en parut blessé. — « Mon- 
sieur, lui dit notre peintre, je croyais que vous 
me recherchiez pour mes talents, et non pour la 
richesse de mes habits. Je vois que je m'étais 
trompé. Adieu ! « — En rentrant chez lui il l'en- 
contra un mendiant, auquel il donna ses habits 
galonnés, et dès lors il ne reparut plus dans le 
grand monde. Grimoux ne songea jamais à voir 
l'Italie et à copier les maîtres. Pour lui la nature 
était le grand modèle ; aussi ses œuvres sont- 
elles en même temps originales , pleines de vie 
et de couleur. Un de ses admirateurs l'ayant ap- 
pelé le second Poussin : « Non , dit Grimoux, la 
France a assez d'un Poussin, mais il lui manque 
un Rembrandt. » Grimoux, agréé à l'Académie de 
Peinture le 5 septembre 1705, en fut rayé le 
2 mars 1709. Le Louvre possède de lui : Un por- 
trait signé Alexis Grimou, pain ( sic) par lui- 
même, 1724; — Un Buveur; — Une Pèlerine 
— et àtux portraits de militaires. Ses œuvres 
sont très-répandues dans les châteaux et les ga- 
leries de familles riches. "William Reymond. 

Fuessli, Geschichte der besten Kûnstler in der Schweis, 
t. HI. 

* GRïMSTON (Harbottle), jurisconsulte an- 
glais, né à Bradfield-Hall ( comté d'Essex ), en 
1594, mort en 1683. Il étudia la jurisprudence 
à Lincoln's-Inn, et pratiqua avec succès comme 
avocat. Nommé en 1640 membre du parlement, 
il s'y fit remarquer par son animosité contre la 
cour. Deux ans après il fut appelé à la charge 
de lieutenant du comté d'Essex. Quelque temps 
après, il cessa de faire cause commune avec les 
ennemis déclarés du roi. Envoyé en 1647 par le 
parlement pour traiter avec Charles l", il vota 
pour l'adoptiort de l'accord proposé par le roi. La 
modération de Grimston lui valut la haine des pu- 
ritains ; pour en éviter les effets , il entreprit un 
long voyage. En 1 656, de retour en Angleterre, il fut 
élu au parlement; quatre ans après, il fut nommé 
membre du conseil d'État, chargé du pouvoir 
exécutif après l'abdication de Richard Cromwell. 



109 



GRIMSTON — GRINGONNEUR 



110 



Au mois d'avril 1660, élu speaker du parlement, 
il se rendit auprès de Charles H, à Bréda, qui 
récompensa les démarches faites par Grimston 
pour la restauration des Stuarts, en le nommant 
à la charge de maître des rôles. Grimston occupa 
cet emploi jusqu'à sa mort. Burnet fut pendant 
plusieurs années le chapelain de Grimston, qui 
lui fournit de nombreux détails pour soti History 
ofthe Reformailon. Grimston a publié l'ouvrage 
de son beau-père, Georges Croke, intitulé : Re- 
ports, 3 vol. in-folio. E. G. 

Burnet, Oion Times. — Clarendon, History. — Cbal- 
mers.,. General Biographical Dictionary. 

GR^o Al. { Edmond), prélat anglais, né en 
1519, à Hinsingham, petit village du Cumberland, 
mort à Croydon, le 6 juillet i583i II fit ses études 
à Cambridge , d'abord à Magdalen-Coliege , puis 
à Christ's-CoUege, etenfin àPembroke-Hall, où il 
fut agrégé en 1538. Devenu en 1549 président de 
ce collège, il se distingua comme prédicateur, et 
fut remarqué par Ridley, évêque de Londres, qui 
le choisit pour chapelain en 1550, et le fit nommer 
l'année suivante un des chapelains du roi. Sous 
le règne de Marie , il fut persécuté comme les 
autres partisans de la réforme anglicane, et s'en- 
fuit sur le continent. Il résida à Strasbourg ^ et 
prit une part assez vive aux discussions qui s'é- 
levèrent au sujet de la liturgie parmi les réfu- 
giés anglais. De retour en Angleterre, à l'avéne- 
ment d'ÉHsabeth , il fut nommé évêque de Lon- 
dres en 1559. Il montra à l'égard des dissidents 
une indulgence qui déplut au ministre Cecil et 
à l'archevêque Parker. Cependant, à la mort de 
ce prélat, en 1575, il le remplaça sur le siège ar- 
chiépiscopal de Canterbury. Deux ans après il 
fat suspendu de ses fonctions pour avoir refusé 
d'obéir aux ordres de la reine , qui lui avait pres- 
crit de diminuer le nombre des prédicateurs et 
de supprimer certaines réunions religieuses irré- 
gulières. On ignore à quelle époque précise son 
interdiction fut levée, mais il est sûr qu'il était 
rétabli dans ses fonctions de métropolitain lors- 
qu'il perdit la vue, en 1582. Il résigna son siège 
vers la fin delà même année, et se retira à Croy- 
don, où il mourut peu après. On a de Grindal un 
Dialogue between Custom and Truth, dans la 
Martyrology A&Yo\. D'après Chalmers, Grindal, 
qui est ï'Algrind de Spenser, rapporta du con- 
tinent en Angleterre le tamarisCj si employé en 
médecine. Z. 

Strype, Life of Grindal. — Biographia Britannica.— 
Chalmers, General Biographical Dictionary. 

GRINGALET (Samuel), personnage proba- 
blement fictif, d'après Goliffe, l'historien des fa- 
milles de Genève. Suivant Constantin de Renne- 
ville, Gring'aZe^ était le nom d'une espèce de 
fou ou d'espion, détenu à la Bastille en 1702. 

Constanlin de Renneville. Hist. de la Bastille, t. I. 

GRiNGONNECR {Jacquemin ), l'un des plus 
anciens peintres et miniaturistes français, vivait 
à Paris à la fin du quatorzième siècle. Il doit en 
partie sa célébrité à nne erreur que commit le 
père Ménestrier dans la lecture du texte suivant ; 



« Donné à lacquemin Gringonneur, peinti-e », 
dit un compte de l'argentier du roi Charles VI, 
<'- pour trois ieux de cartes à or et à diverses 
couleurs, de plusieurs devises, pour porter devers 
ledit seigneur roi, pour son ébattement, LVI sols 
parisis (environ 39 fr. de notre monnaie). «De ce 
passage, où les cartes ne figurent que comme 
un divertissement connu, le père jésuite tira la 
conclusion qu'elles avaient été inventées par l'ar- 
tiste chargé de les fournir. Aucun historien he 
vint Confirmer le père Ménestrier dans son opi- 
nion ; cependant, sur ce texte mal lu, il imagina 
un système que reproduisirent jusqu'à nos jours 
les dictionnaires et encyclopédies. Il est égale- 
ment faux de dire que Gringonneur a introduit 
les cartes à la cour de Charles VI ; cette suppo- 
sition gratuite doit être rejetée comme la pre- 
mière. Les cartes à jouer, comme les échecs et 
plusieurs autres jeux, nous viennent de l'Asie. On 
possède la preuve que les Chinois fabriquaient des 
cartes dès l'an 1120. Elles furent introduites dans 
le midi de l'Europe par les Bohémiens, vers la fin 
du treizième siècle. Ce furent d'abord des tarots. 
Le jeu de tarots est composé dé soixante-dix-huit 
cartes; l'Espagne le reçut la première, l'Italie 
le connut ensuite ; en France, où il parvint entre 
les années 1369 et 1380, il se perfectionna rapi- 
dement entre les mains d'enlumineurs habiles. 
L'un des jeux de tarots, que Jacquemih Gringon- 
neur présenta au roi Charles VI, a laissé quelques 
traces, puisque le cabinet des estampes de la 
Bibliothèque impériale croit en posséder dix-sept 
cartes. « Elles sont peintes avec grand soin, 
dit M. Duchesne, même avec talent, sur un fond 
doré rempli d'ornements formés par de petites 
lighes, en points légèrement enfoncés dans la 
pâte sur laquelle l'or est appUqué ; elles sont en- 
tourées d'une bordure d'argent, où se voit aussi 
un ornement également en points, le même 
répété sur toutes les cartes, et figurant un ruban 
ou une bande de papier étroite , roulée autour 
d'une baguette. Quelques parties de broderies 
sur les vêtements sont rehaussées d'or, tandis 
que les armes et armures sont couvertes d'argent, 
en grande partie oxydé par le temps, comme 
celui delà bordure. Aucune inscription, aucune 
lettre, aucun numéro n'indique la manière d'ar- 
l'anger les cartes. » Parmi ces cartes se trouvent 
des dames ; on sait qu'il n'en existait pas dans 
les tarots espagnols : cette modification appar- 
tient à la France. Bientôt on y apporta un chan- 
gement plus important : on créa sous Charles VII 
les cartes aux couleurs modernes ou jeu de pi- 
quet. Depuis cette époque les jeux de cartes n'ont 
éprouvé que des modifications insignifiantes. On 
ne connaît de Gringonneur d'autres œuvres que 
les dix-sept cartes ci-dessus mentionnées; car 
c'est sans fondement qu'on lui a attribué plu- 
sieurs tableaux de l'ancienne école française. 
Louis Lacour. 

Arcli. de l'erap.. Comptes des rois de France. —^Collec- 
tion des Mém. de la Soc. des Antiq. de France, XVI, 



fil 



GRINGONNEUR 



2-56. — MéDestrier, Bibl. cur., éd., no4, II, 168.— Journal 
de Trévoux, mai 1720. — Bullet, Recherches sur les 
Cartes ; 1757, in-12. — C. de Gébelin, Le Monde primitif, 
éd. 1781, VUl, 365. — Leber, Coll. de Mémoires, etc., t. X. 

— Peignot, Recherches sur l'Origine des Cartes à jouer, 
1826, p. 197-828. — Rey, Orig. des Cartes, etc., 1836. — 
P. Lacroix, Orig. des Cartes, 1835, in-8='. — Collections 
du Cab. des Estampes. — Daneau, Brève Remontrance 
sur les jeux de Cartes. — Lenoir, Musée des Mnnum. 
franc., III, 18. — Teste d'Ouet, Jacq. Gringonneur, 1855. 

— P. Boiteau, Les Cartes à jouer, avec figures {Bibl. des 
Chemins de Fer ). 

GRiNGORE OU 6RING01RE ( Pierre), poëte 
français, naquit entre 1475 et 1480, et mourut 
vers 1544. On l'a cru né en Lorraine , parce qu'il 
se dit quelque part sujet et serviteur du sei- 
gneur de Ferrières, et qu'il y a dans le diocèse 
de Toul une terre de ce nom ; puis parce qu'il fut 
héraut du duc de Lorraine, et prit le nom de 
Vaudemont , qui est celui d'une terre de ce 
pays. D'un autre côté, l'abbé de La Rue s'est 
efforcé de démontrer que Gringore naquit en 
Normandie ; on trouve en effet dans des papiers 
de la fin du quinzième siècle le nom de P. Grin- 
gore, et toute une famille de Gringore, pro- 
priétaires de modestes biens à Caen, à Thury et 
dans les communes voisines; or, le seigneur de 
Ferrières, auquel il adressa une épître, était 
en même temps seigneur de Thury, et il y a en 
Normandie deux petites villes des noms de Thury 
et de Ferrières. 

Son vrai nom était Gi^ingon , ainsi qu'on le 
voit par les acrostiches qu'il mettait assez volon- 
tiers à la fin de ses poèmes comme pour les 
signer. Mais sur la fin de sa vie, pour rendre 
son nom plus doux à l'oreille , il s'appela Gvin- 
goire. On ne sait rien sur sa jeunesse; seule- 
ment un vers des Contredits de Songe-Creux , 
ouvrage qui lui est attribué, donne à entendre 
qu'il avait négligé de prendre ses grades : 

Je n'ai degré en quelque Faculté. 

On suppose que c'est son histoire qu'il raconte 
dans Le Château de Labour-, son premier poème 
(1499) et l'un de ses meilleurs. Un jeune homme 
vient d'épouser une jeune femme qu'il aime; 
mais aux joies d'une nouvelle union succèdent 
bientôt les ennuis de toutes sortes, ou, pour par- 
ler le langage allégorique de l'auteur, le nouveau 
marié a reçu la visite d'hôtes fort importuns , 
Souci , Besoin , Besconfort , etc. Raison le 
prend en pitié, et lui donne de sages conseils, 
que Tromperie s'efforce d'effacer de sa mémoire. 
Heureusement Raison revient à la charge , et le 
laisse entre les mains de Bonne Volonté et de 
Talent de bien jaire, qui le conduisent au 
Château de Labour, c'est-à-dire de Travail. 
Le jouvenceau, après s'être assujetti à la rude vie 
que lui font mener les seigneurs du château, Tra- 
vail ai Peine, va conter à sa femme ce qui lui est 
arrivé. Sa femme se moque de lui. Il prend le 
parti de la quitter et de retourner au Château de 
Labour. C'est encore aux désenchantements du 
mariage que se rapporte Le Château d'Amours 
( 1 500) . Gringore met en présence deux person- 
nages, dont l'un revient du Château d'Amours, 



— GRINGORE' 112 

et dont l'autre s'y rend. Le premier est tout 
triste et mélancolique ; il a pour lui l'expérience; 
le second , qui croit trouver un lieu de délices , 
a l'espérance et la joie peintes sur le visage. 
C'est en vain que son devancier l'engage à re- 
venir sur ses pas, il poursuit sa route. Il arrive, 
reçoit un gracieux accueil , et se croit heureux : 
il l'est cependant moins que l'autre voyageur, 
car dans ce fatal château il va trouver le déses- 
poir et la mort. 

Sous le voile de toutes ces allégories se cache 
sans doute non-seulement une leçon morale, 
mais aussi une allusion à la vie même de l'au- 
teur. Ce n'est pas la dernière fois que Gringore 
médira du mariage. Plus tard, dans les Contre- 
dits de Songe-Creux ( si cet ouvrage est bien 
de lui ), il se plaint d'avoir fait une mauvaise 
emplette, en prenant sa femme : 

Treize deniers l'ay achetée. 
Mais par ma foy, c'est trop vendu : 
Qui pour le prix me l'a baillée , 
Que par son col fùt-il pendu! 

Suivons Gringore au Château de Labour. Il 
commence, nous venons de le voir, par écrire 
des poèmes moraux , et se fait ainsi connaitie. 
Puis il devient compositeur, historien et fac- 
teur de mystères : les registres des comptes de 
la Prévôté de Paris nous le montrent en cette 
quahté associé avec Jean Marchand, maître juré 
charpentier, et dirigeant l'exécution de plusieurs 
mystères joués de 1502 à 1517 pour l'entrée à 
Paris de divers princes. En même temps Grin- 
gore était affilié à la société des Enfants sans- 
souci , qui rélevaient à la deuxième dignité de 
l'ordre, c'est-à-dire à la charge de Mère-Sotte, 
et sans doute plus tard à la première, celle de 
Prince des Sots. Il préludait au rôle qu'il allait 
jouer à la tête de cette société par quelques 
poëmes satiriques et quelques écrits politiques. 

Ses poëmes satiriques ( Les folles Entre- 
prises, vers 1502, Les Abus du monde, 1504) 
ressemblent aux thèses de Pic de La Mirandole : 
ils parlent de tout et de plusieurs choses encore. 
Gringore commence ce poème par l'éloge de la 
pragmatique-sanction et par la censure de ses 
adversaires : après une sortie vigoureuse contre 
les gens d'Église, depuis les prélats jusqu'aux 
marguilliers , il fait une revue satirique de la 
noblesse , des artisans , des marchands , des mé- 
decins , sans oublier les femmes. La forme est 
du reste assez variée : il se sert ici de quelque 
fiction , là il établit un dialogue , de temps à 
autre il glisse un rondeau. Dans Les folles En- 
treprises, Gringore combat encore les vices des 
différents états , mais surtout ceux de la noblesse 
et du clergé : les marges de ce livre sont cou- 
vertes de citations latines empruntées aux au- 
teurs sacrés et profanes , et développées dans le 
texte. L'auteur veut se donner des airs de sa- 
vant , il eût mieux fait de se montrer poëte. 

Gringore avait une autre prétention, c'était 
de se mêler de politique. Il cherchait fortune et 



113 



GRINGORE 



114 



faisait tout pour s'attirer les bonnes grâces du 
moins libéral des rois, de Louis XII. Ce poëte 
fut ainsi quelque temps une manière de publi- 
ciste au service delà royauté. En 1500 il célèbre 
la conquête du Milanais dans les Lettres nou- 
velles de Milan, suivies du Débat des Fran- 
coijs contre le sire Ludovic et de iffl Complainte 
des Milannoys. Au début des Folles Entre- 
prises, dans nn Advertissement aux Princes , 
il fait l'apologie de l'expédition de Louis XJI 
contre le royaume de Naples. En 1509, il écrit 
enfaveurde la ligue de Cambray L'Entreprise de 
Venise avec les cités , châteaux et forteresses 
qu'usurpent les Vénitiens. L'année suivante, il 
publie deux pamphlets contre Jules II : L'Espoir 
de Paix, et y sont déclarés plusieurs gestes et 
faits d'aucuns papes de Rome ( 1510 ) ; — La 
Chasse du Cerf des Cerfs. Ce dernier ouvrage, 
qu'un bibliographe maladroit s'est avisé de ran- 
ger parmi les traités de vénerie , est un pamphlet 
allégorique sur les démêlés entre les princes et 
la papauté , et son titre fait allusion à la qualité 
tjue se donnaient les papes de serf des serfs de 
Dieu {servus servorum Dei). Enfin, il imagina, 
toujours pour le service du roi , de transporter 
sa polémique sur le théâtre des Enfants sans 
wuci , et ce fut peut-être lui qui créa en France 
a comédie politique. 11 fut l'Aristophane des 
lalles de Paris; malheureusement il n'eut de 
;on devancier d'Athènes que la hardiesse à tout 
lire ; et en cela même il eut moiiis de mérite , 
;ar il attaqua Père Saint avec l'appui du roi, 
andis qu'Aristophane, en pleine démocratie, per- 
à fiait impitoyablement le bonhomme Peuple, et 
l'obtenait grâce pour son audace qu'à force d'es- 
rit et de gaieté. 

Le mardi gras de l'année 1511 , au plus fort 
6 la guerre contre Jules II, P. Gringore fit jouer 
it joua lui-même le Jeu du Prince des Sots et 
e Mère Sotte. L'ouvrage, comme tous ceux que 
iringore publia vers cette époque, porte au fron- 
ispice le portrait de jWère Sotte, couverte d'une 
ol)e de moine , avec un capuchon garni d'oreilles 
l'âne, et conduite par deux de ses enfants coiffés 
e même. Tout autour on lit cette devise : Tout 
Hir Raison ; Raison par tout ; Par tout Raiso7i. 
)ela veut dire qu'il faut chercher un sens sérieux 
ous les bouffonneries de Gringore; ce sens est 
u reste assez transparent. Voici en quelques 
lots l'analyse de cette sotie : une convocation 
es états généraux de la Principauté de Sottise 
eu lieu ; les députés de la noblesse , du clergé 
t du tiers état {sotte commune) viennent suc- 
essivement prendre place; le prince arrive à 
[tn tour ; une délibération s'engage , qu'inter- 
jinpt l'arrivée de Mère So^^e, déguisée en Mère 
'çilïse. Elle vient disputer au prince le pouvoir 
■niporel, et essaye de mettre dans son parti 
)us les sots : elle n'y réussit pas, et l'un d'eux, 
nlevant brusquement sa robe , fait voir Mère 
otte avec ses oreilles d'âne , sous le déguise- 
lent sacré dont elle s'était affublée. Cette sotie 



était suivie d'une Moralité encore plus irrévé- 
rencieuse contre la papauté , et qui a pour titre 
L'' Homme obstiné {in\t?,\l). Venait ensuite une 
/iairce licencieuse : Faire et ZJire; c'était, comme 
on le voit, une sorte de trilogie. A ces trois pièces 
reconnues pour être de Gringore, il faut en ajouter 
deux autres, que la tradition lui attribue, mais 
que la critique lui a quelquefois retirées ; Le 
Monde, satire générale de la société du temps, 
où Sot dissolu désigne le clergé. Sot glorieux la. 
noblesse, Sot corrompu les hommes de loi. Sot 
trompeur les marchands. Sotte folle la femme; 
— Le Nouveau Monde , pièce relative aux dé- 
mêlés qui eurent heu sous Louis XU sur la prag- 
matique sanction. Cette pièce est datée de 1508; 
à cette époque Louis XII était l'allié de Jules II, 
avec qui il allait contracter la ligue de Cambray. 
Il était question d'abolir définitivement la prag- 
matique, à laquelle Louis XI avait déjà porté un 
premier coup. De là cette pièce, représentée 
Sous la tente 

De l'Université plaisante. 

En la place très-bien duisante 

Qu'est de Saint- Estienne nommée. 

Rien ne prouve que Le Nouveau Monde soit de 
Gringore; il est encore moins démontré qu'il 
soit du procureur poitevin J. Bouchet, comme 
l'a prétendu le duc de La Vallière. 

Les Fantaisies de Mère Sotte (1516), les 
Menus Propos de Mère Sotte (1521) et le Tes- 
tament de Lucifer (1521) firent diversion aux 
drames de Gringore, à ses Soties publiées et 
conservées, comme à ses ébauches improvisées, 
et dont il ne reste pas de trace. C'est dans les 
Menus propos de Mère Sotte que se trouvent 
les dernières épigrammes de Gringore contre les 
nobles et les gens de cour. Lui-même ne va-t-il pas 
devenir courtisan et vivre à la cour du duc de 
Lorraine , 

Dont [ut hérault à gaiges et profits ? 
Il va perdre les habitudes de médisance qu'il 
a contractées chez les Enfants sans souci et 
retourner au genre moral, par lequel il a débuté : 
il rimera les Notables Enseignements et Pro- 
verbes par quatrains (1527); — Les Dits et 
Autorités des sages Philosophes (date incer- 
taine) ; il écrira quelques poésies anodines, ca- 
pables d'être agréées à la cour : Épître de Clo- 
rinde à Rheginus (vers 1530); — Rondeaux 
singuliers à tout propos (1527). On cite bien 
encore comme de lui deux ouvrages satiriques : 
Les Contredits de Songe-Creux (vers 1530); 
et les Feintises du monde qui règne (1532); 
mais il n'aurait eu garde de les signer. Sur ses 
vieux jours, les hbéralités de la duchesse ai- 
dant , il va se mettre à composer des ouvrages 
de piété. C'est ainsi qu'il persiHe la réforme nais- 
sante dans Le Blason (c'est-à-dire le Jargon) des 
hérétiques (1524) (1), et qu'il consacre le peu 

(1) Le Blason ou Blazon des hérétiques, pièce raris- 
sime, a été réimprimée par M. Hérisson , 1832, Chartres 



116 



GRINGORE — GRISAR 



IIG 



qui lui reste de verve poétique à écrire les Heures 
delSostre-Bame (1525); — Les Chants roymiix 
figurés moralement sur les mystères miracu- 
leux de Nostre Sauveur (1527); -^ La Para- 
phrase des sept très-précieux et notables 
Psaumes (1541) , et Z« Quenouille spirituelle, 
traduite du latin de J. de Laça. Vers la même 
époque il composa, pour la Confrérie de Saint- 
Louis, un drame ou mystère important sur la 
vie de ce prince. Ainsi, après avoir été le poète 
des Enfants sans souci, Gringore finit par être 
un poète de confréries pieuses : d'un côté comme 
de l'autre, il a marqué sa trace par des œuvres 
estimables pour son temps, curieuses pour le 
nôtre. Ses poèmes moraux et ses satires , encore 
plus ses poésies dévotes, le laisseraient confondu 
dans la foule des poètes de la fin du quinzième 
siècle; mais il mérite d'en être tiré comme poète 
dramatique. Ses Soties et ses Moralités offrent 
des types assez piquants d'un genre littéraire qui 
ne doit pas avoir en France de bien longues des- 
tinées, la comédie politique. Son Mystère est 
digne de figurer à côté de ceux des frères Gres- 
ban ; il a même sur le Mystère de la Passion 
et celui des Actes des Apôtres l'avantage de ne 
pas défigurer les livres saints , et d'être un des 
premiers essais dramatiques sur l'histoire natio- 
nale. Il n'existait des poésies de P. Gringore que 
des éditions du seizième siècle fort rares ; elles 
vont être réimprimées par MM. Ch. d'Héricaulî: 
et Anat. de Montaiglon {Bibl. Elzevirienne), 
A. Chassakg. 
La Croix du Maine et Du Vcrdier, Bibliothèques fran- 
çbi.tef. — Guillaume Colletet, Hist. des Poètes fran(ois. 
rtls. de la Bibl. Imp. du Louvre. — Nicéron, Mém. sur les 
hommes illusti-cs, l. XXXIV. — Goujet, Bihl.fr., t. X. — 
Les frères farfaict, iïisJ. du Théâtre franc., t. II et 1I(. 
-^ Le duc de La VnUière, Bibl. dram. — Marmontel, Élé- 
ments de Litt. — La Rue, Essai sur les Bardes, t. III. — 
Ont'sime Le Roy, Éludes sur les Mystères.— Géruzet, Nou- 
veaux Essais d'Hist, littér.— Brunet, Manuel du. Libraire. 
— Hérisson, Notice, en tête de la réimpression du Blason 
des Hérétiques ( Cliartrcs, 1832). — G. Duplessis, A'ofîce 
en tetc de la réimpression des Feintlses du Monde, 
Douay, 1841, ln-8°. — Th. de Puyraaigre, Poètes et Ro- 
manciers de la Lorraine; Meti, 1848. — H. Lepage, 
Éttides sjir le théâtre en Lorraine et sur P. Grinçioro ; 
Mémoires de\ la Société de Nancy, 1848. — V. Leduc, 
Bibl. poét., I, p. 171. — Villemain, Journal des Savants, 
avril 1838. 

GIUPENHJELM (Edmond). Foy. Figrelius. 

GKiPENHJELM (Charles); fih de Figrelius, 
poète suédois, mort en 1694. Nommé directeur gé- 
néral du corpsdes arpenteurs suédois, vers 1683, 
il s'efforça de répandre les connaissances scient! fi- 
(pies parmi ses subordonnés, qui jusque alors n'a- 
vaient été que de véritables manœuvres. Plusieurs 
cartes spéciales furent exécutées par lui ou d'a- 
près ses ordres Mais les nombreux services qu'il 
rendit à sa patrie en qualité de topographe sont 
maintenant à peu près oubliés ; il n'est plus guère 
connu que comme poète erotique. Ses œuvres 
(Poctis/m Skri/ter), publiées par M. Lenstrœm , 
Upsal, 1838, renfermentde jolis morceaux, dont 

( tiré seuiflrtient à 66 exemplaires). (Note de M. RouUier, 
de Chartres.) 



le principal mérite est la clarté du style et la viva- 
cité des sentiments. On reproche à l'auteur de 
manquer de goût. E. Beauvois. 

Haramarskœld, Svenska Vitterheten. — Lenstrœm, 
Svenska poesiens hist. — Biogr. Lex., V. 

* GRiPENSTJERNA (Joël), financier et ad- 
ministrateur suédois, néle 9 avril 1637, mort à 
Stockholm, le 26 août 1697. Il portait d'abord le 
nom à&Drysander,q\i'\\ traduisit en suédois par 
éelui d'Ekman, Il se fit appeler Gripentsjeriia 
lorsqu'il eut été anobh, en 1669. Fils d'unpauVre 
pasteur, il s'éleva aux dignités par la protec- 
tion de Charles X Gustave. Peu de temps après 
la mort de ce monarque, qu'il avait suivi dans 
toutes ses campagnes, il se démit, en 1662, des 
fonctions qu'il occupait à la chancellerie, et fit 
un voyage à l'étranger. Mais en 1666 il rentra 
au service de l'État , fut nommé en 1669directeui' 
générai des mines de cuivre appartenant au do- 
maine public , devint directeur des douanes ma- 
ritimes en 1 674 , et conseiller de la chambre dé 
finances en 1676 La fortune qu'il avait lui-même 
acquise était colossale : on le considérait conime 
le plus riche particulier du royaume. De 1 668 à 
1680, il prêta à la couronne près de sept millions 
de thalers d'argent, qui font environ vingtmiilionS 
de francs. Durant plusieurs années le crédit de 
l'État ne se soutint qu'avec l'aide de Gripens- 
tjerna. Ce riche personnage rendit d'autres ser- 

I vices à sa patrie, comme , par exemple, en en- 
tretenant des soldats à ses frais , en dégageant 
une flotte de dix-huit vaisseaux qui était prise 
dans les glaces et qui ne pouvait porter des se- 
cours en Poméranie (1676). Mais ces titres à If 
reconnaissance de la nation et à celle du roi «( 
le préservèrent pas de la destinée commune ' 
beaucoup de créanciers de monarques absolus. 
Charles XT, cédant aux mauvais conseils des en- 
nemis de Gripenstjerna , le priva des hypothèque! 
qu'il lui avait données , refusa de lui rendre \& 
sommes qu'il en avait reçues, en un mot le dé- 
pouilla tellement qu'il le réduisit à l'indigence 

E. P,. 

GJoerwelI, Svenska Bibl., t. II. — Stjernman et Rch 
binder, Matrikel. — Biogr. lacx., t. V. 

* GRISAR (Albert ) , compositeur de musiqui 
belge, né à Anvers , le 26 décembre 1808. Doui 
d'une belle voix et ayant appris la musique di 
bonne heure, il se mit d'abord à chanter dan. 
quelques concerts. Ses parents résolurent ensuit 
de l'envoyer à Liverpool, espérant que dans uni 
ville où l'on s'occupe beaucoup plus de commei'O 
que de musique, il s'adonnerait avec moins d 
distraction à la profession qu'on lui destinait 
Mais, au mois de juillet 1830, le jeune Grisa 
quitta furtivement Liverpool et accourut à Paris 
dans le but d'y prendre des leçons de contre 
point. Il s'adressa à Reicha, qui l'accueillit ave 
ijrenveillance, mais qui ne put, toutefois, qu'é 
bauchcr ses études de composition , car les évé 
nements politiques de TltaUe décidèrent le savali 
professeur à se rendre dans son pays natal. Grisa 



17 GRISAR — 

'en continua pas moins ses travaux; bientôt la 
oniance La Folle, dont il composa la musique, 
xa l'attention sur son talent. Il mit ensuite en 
lusique un vaudeville de Mélesville et Carmou- 
he, Le Mariage impossible, qui fut représenté 
vec succès au théâtre de Bruxelles , le 4 mars 
833. Le gouvernement belge accorda aussitôt au 
»unê compositeur une pension de. 1,200 francs 
our l'aider à compléter son éducation musicale, 
[revint à Paris, et y publia un ^iôam de roman- 
es, qui fut suivi de beaucoup de compositions du 
aême genre. Il réussit à se faire jouer à l'Opéra- 
lomique, où il donna successivement : Sarah, 
eux actes ; 1836 ; — L'An mil , un acte ; 1837 ; 
- Lady MeMl, trois actes; 1838; — VEau 
merveilleuse , un acte ; — Gilles , un acte ; — 
ies Porcherons, un acte ; — Bonsoir, Monsieur 
^antalon , un acte ; — Le Carillonneur ; — 
M Amours Du diable; — Le Chien du Jar- 
linier, un acte, 1854. Gdyot de Fère. 

Annuaire dramatique de lu Belgique, 1839. - Docu- 
lents particuliers, 

GRiSArNT ( Guillaume ) , astronome anglais, 
ivait au quatorzième siècle. Il étudia d'abord à 
)xford, puis à Montpellier, et vers 1360 il exer- 
M la médecine à Marseille. Il écrivit divers 
tnvrages sur l'astrologie et l'astronomie : Spe- 
'.ulum Astrologise ; De Quadratura Circuli ; 
OeMagnitudineSoHs; De Qualltatibus Astro- 
•«m, qui paraissent perdues. 

Fabricius.BiftHotftecaLatirt», t.in,p. 438. - Weld,lcr, 
iistoria Astronmnix , p. 288. 

GRiscHOW (Augustin) , philologue et ma- 
-hématicien allemand , né à Auclam ( Pomé- 
•anie), le 13 décembre 1683, mort le 10 no- 
t'embre 1749. Eu 1707 il obtint le grade de maître 
;s arts à l'université de léna; il y enseigna alors 
jendant dix-huit ans la philosophie et les raa^ 
thématiques au collège de médecine et de chi- 
rurgie de Berlin ; peu de temps après il devint 
membre de l'Académie des Sciences de cette ville, 
laquelle académie le chargea pendant vingt-cinq 
ans de suite des observations météorologiques et 
de la rédaction des almanachs. On a de lui : 
Dispuiaiio de Philologia generali; Iéna,in-4°; 
_ Isagoge ad Studia Mathematica; léna, 
1712, in-4'' ; — Introductio ad Philologiam ge- 
neralem , una cum selecta bibliotheca scrip- 
iorum philologise gêner ails et specialis; léna, 
1715, in-8" : dans cetouvrage il examine la nature 
de la parole et les moyens qui peuvent servir à 
perfectionner le discours; — Astrognosia no- 
vissima, seu pheenomenorum atque hy pot fie- 
sium circa stellas novas speciatim ita dictas 
succincta œque ac distincta neque alibi Ua 
juncta explïcalio; léna, 1717 {voy. les Mé- 
moires de Trévoux de décembre 1717). Gris- 
chow a aussi inséré plusieurs dissertations dans 
\es^ iMisccUanea Berolinensia , ainsi que dans 
les premiers volumes des Mémoires de l'Aca- 
démie de Berlin; il a encore rédigé, comme 
nous l'avons déjà dit, pendant vingt-cinq ans, 



GRISCHOW 118 

le calendrier publié par l'Académie de Berlin; 
les vingt-quatre premiers de ces calendriers sont 
écrits en allemand ; le dernier, celui de 1749, fut 
publié en latin, sous le titre de Calendarium 
adannum 1749 pro meridlano Berolinensi, 
in-4° , avec beaucoup de tables et de problèmes 
astronomiques. E. G. 

Adeliing, .Suppl. à JOcher, Allgem. G^lehrt.-Ijex. — 
Mémoires de V Académie de Berlin. — Diinkel, Histo- 
risc/i-kritische Nachrichten, t. I. — Formey, Éloges des 
Académiciens de Berlin, t. I, p. 54. 

GRISCHOW {Av^uste-Nathanael) , astro- 
nome allemand , né à Berlin , le 29 septembre 
1726, mort à Saint-Pétersbourg, le 4 juin 1760. 
Il fit ses études sous la direction de son père , 
professeur de mathématiques à Berlin, devint 
en 1749 membre ordinaire de l'Académie des 
Sciences de cette ville, et fut appelé en 1751 à 
Saint-Pétersbourg, où il exerça durant neuf ans 
les fonctions de professeur ordinaire d'astronomie 
et de secrétaire de l'Académie impériale des 
Sciences. On lui doit les travaux astronomiques 
suivants : De Parallaxibus ; Saint-Pétersbourg, 
1756, gr. in -4°; — Methodus investiyandipa- 
rallaxin Lunée et Planetarum, etc., insérée 
dans les Nouveaux Commentaires de l'Acadé- 
mie de St.-Pétersbourg ; 1752; — Observatio 
insoliti luminis australis, Petropoli habita; 
ibid., 1752; — Solutio novi cujusdam proble- 
matis astronomici , in usnm prsecipue nau- 
ticum propositi , in dissertatione de progressu 
artis nauticx in determinanda maris et lon- 
gitudine et latitudine ; ibid., 1754 et 1755 ; — 
[nvestigatio parallaxeos Lunœ, observaiio- 
nibus aliquot 1752 Petropoli et in Promon- 
torio Bonx Spei ex compacto habitis; ibid., 
1756-1757 ; — Observatio Eclipseos lunaris 
partialis d. fi mart. 1755 habita in insula 
Oisilia; ibid., 1757; — Observationes circa 
longiiudinem penduli simpUcis institutx; 
ibid., 1758-1759; — Investigatio positionum 
insigniorum Bussise locorum; ibid., 1760- 
1761 ; _ Latitudinum Specularum astrono- 
micarum Tychonis Brahei et aliarum dis- 
quisitio; ibid., 1760;— Observatio Eclipseos 
solaris et 1758 d. jl dec. Petropoli habita; 
ibid., 1762-1763. R- L- 

MeuBcl, Lex., t. IV, p. 270. — Adelung, Gelehrt.- Lex. 
— Leipzig. Gel. Zeitg., 1709, u° 59. — Erlang.Gel. Zeitg., 
1760, p. CS7, sq. 

GRISCHOW (Jean- Henri ), traducteur alle- 
mand , né à Osterode, dans les environs d'Hal- 
berstadt, mort le 6 novembre 1754. Après avoir 
(mi ses études à l'uni ver.sité, il se consacra tout 
entier à la Maison des Orphelins de Halle, ctpar- 
ticulièreraent à l'établissement biblique de Can- 
stein. Il traduisit de l'anglais en latin les Ori- 
gines on Anliquitntes ecclesiasticx de Joseph 
Bingham; Halle, 1724, 10 vol. in-4''; — de l'an- 
glais en allemand : Betrachtungen iiber die 
vier letzlen Dirige ( Considérations sur les 
quatre dernières choses), de Thomas Green; 
1 Halle, 1736; — du latin en allemand , Aulon 



J19 GRISGHOW — 

Wilhelm Bôhme's geistreiche Gebete ( Prières 
spirituelles d'Antoine W. Bôhme ) ; Altona, 
1731, in-12; — de l'allemand en latin, un 
grand nombre de pièces religieuses. Son ouvrage 
le plus important est : Kurzgefasste Nachricht 
von àltern und neuern Liederverfassern 
(Courte Notice sur les anciens et les nouveaux 
Auteurs de cantiques); Halle, 1771. W. R. 
Adelung, Supplément à Jàcher. 

*GRISEL (Jean), poète français, né à Rouen, 
vivait à la fin du seizième siècle. Il adressa à 
Henri IV un volume imprimé en 1599 : Premières 
Œuvres poétiques ; il est difficile de trouver quel- 
que chose de plus insignifiant; Les martiales 
Visions , la pièce la plus importante du recueil , 
offrent le récit d'un songe qui retrace l'histoire 
d'Henri IV. Puis viennent des Amours, en trente- 
deux sonnets, des vers figurés en forme de hache 
ou d'œuf, nugae difficiles, qui ont exercé la pa- 
tience de quelques écrivains de l'antiquité , des 
odes, des énigmes assez peu décentes. G. B. 

Vlollet-Leduc, Bibliothèque poétique, t, 1, p. 321. 

GRiSEL ( Joseph, abbé ) , écrivain ascétique 
français , né à Cherbourg, en 1703, mort à Ver- 
sailles, le 21 janvier 1787. Il fit ses études dans 
son pays , et vint à Paris , où il entra au collège 
Louis-le-Grand ; mais il ne s'enrôla pas dans la 
Compagnie de Jésus. Engagé dans l'état ecclé- 
siastique, il fut reçu en 1738 à la cathédrale de 
Paris comme vicaire perpétuel de Saint-Germain- 
l'Auxerrois , dont le chapitre avait été réuni à 
celui de Notre-Dame. 11 se fit surtout remar- 
quer par son zèle comme directeur de conscience. 
Il confessait, dit-on , quelquefois pendant plus 
de dix heures par jour, et la foule se pressait à 
son confessionnal. Supérieur de plusieurs com- 
munautés , confesseur extraordinaire de quel- 
ques autres, il contribua à établir le culte du 
sacré cœur et l'adoration perpétuelle du saint- 
sacrement. Il donna même les constitutions de 
la maison de Sainte-Aure, près de Sainte-Gene- 
viève. Ses relations avec le financier Billard du 
Monceau le firent mettre à la Bastille, où il resta 
dix-huit mois. M. l'abbé Badiche déclare qu'il 
ignore pour quel motif l'abbé Grisel fut ainsi 
enfermé, et serait prêt à attribuer cet emprison- 
nement à la haine des jansénistes, qui l'attaquaient 
dans les iVoMweiZes ecclésiastiques. Vahistorien 
de la Bastille exphque autrement les motifs de 
l'arrestation du célèbre confesseur. « L'abbé Gri- 
sel, sous-pénitencier du chapitre de Paris et con- 
fesseur de l'archevêque, cachait, dit Dufey de 
l'Yonne, sous l'apparence d'une grande sévé- 
rité de mœurs et d'une fastueuse dévotion , 
xme insatiable cupidité. Il était à la piste de tous 
les vieillards riches et dévots , et directeur ti- 
tulaire de toutes les douairières opulentes ; il re- 
cevait des dépôts, qu'il ne rendait jamais s'ils 
étaient considérables ; il se ménageait une place 
dans tous les testaments de ses pénitents et pé- 
nitentes, non sous son nom , mais sous celui de 
son digne ami Billard. Ainsi les legs n'étaient 



GRISELIDIS 



120 



que des fidéi-commts , et chaque fois l'officieux 
Billard se parjurait en justice. Le partage venait 
ensuite, à quelques exceptions près; car si le 
legs était d'une quotité trop séduisante, le prête- 
nom éprouvait des scrupules, et gardait tout. 
L'autorité fut informée; une pareille spéculation 
devait faire naître les plaintes des héritiers lé- 
gitimes. L'association fut rompue, et l'abbé 
Grisel emprisonné. « Le conseiller Muyart de 
Vouglans fit un mémoire en faveur de l'abbé, 
qui put sortir de prison , comptant un pénitent 
de plus , le gouverneur de la Bastille lui-même, 
Jumilhac. En 1785, il subit une opération pour 
l'extirpation d'une loupe qu'il portait à la tête, 
et qui était crevée. Enfin, étant allé à Versailles 
pour confesser une femme de chambre de la reine 
Marie- Antoinette, il tomba malade dans cette ville, 
et mourut trois jours après. 

On a de Grisel : Le Chemin de l'Amour divin, 
description de son palais et beautés qui y 
sont renfermées; Paris, 1746, in-12. Barbier at- 
tribue une partie de la composition de cet ou- i 
vrage à la duchesse d'Ayen ; — Lettres d'une ! 
religieuse du Calvaire; Paris, 1755, in-12; — 
L'Année religieuse, ou occupation intérieure] 
pendant les divins offices ; Patis , 1766-1768,1 
8 vol. in-12 ; — L'Adoration perpétuelle du ; 
sacré cœur de Jésus; Paris, 1784, in-12 ; — i 
Constitution des Religieuses de Sainte-Aure, '] 
suivant la règle de Saint-Augustin , avec des i 
Instructions pour les novices ; Paris, 1786j ! 
in-18. L. L— T. 

Quérard, La France littéraire. — Barbfer, Dict. de: 
.anonymes. — Dufey (de l'Yonne), Dict, de la Conver- 
nation , à l'article Billard du Monceau. 

GRISELIDIS, GRISLA , marquise de Saluées , 
vivait au onzième ou au douzième siècle. Son his- 
toire forme le sujet de récits célèbres au moyen 
âge, et sans doute arrangés à plaisir. Selon les 
meilleurs critiques il y a cependant un fonds de 
vérité dans ces récits naïfs, et il ne faut point relé- 
guer, comme on l'a fait quelquefois, Griselidis 
parmi les personnages imaginaires. Filled'unvilla 
geois fort pauvre, elle gardait les troupeaux, 
lorsquele marquis de Saluces, un des plus grands 
seigneurs du Piémont, épris de sa beauté et de 
sa vertu, l'épousa; <« belle et bonne vie, bonne 
manière , sagesse et douceur avoit en elle, si que 
chascun se delectoit de l'ouyr et regarder; non 
pas seulement eu son pays, mais aux régions voi- 
sines sa grant louenge et b.onne renommée se 
publioit. « Son mari la soumit à des épreuves 
fort rudes , lui enlevant l'un après l'autre ses 
deux enfants, la répudiant et la renvoyant chez 
son père , voulant qu'elle servît une autre femme 
qu'il feignait devoir épouser ; rien ne la fit re- 
noncer à « sa grant constance et patience » ; le j 
marquis ayant pu se convaincre pleinement « de i 
la viaye amour et obéissance de mariage qu'il i 
avait en elle, la combla de louanges, et elle fut j 
receue en plus grant honneur et triomijhe que j 
par avant ». Deux des plus célèbres écrivains 



12J 



GRISELIDIS — GRISl 



122 



de l'Italie au moyen âge s'emparèrent de ce 
récit, et lui donnèrent une immense popularité : 
Boccace l'inséra dans le Décaméron (journée X, 
nouvelle 10); Pétrarque en fit l'objet d'un récit 
latin, qui a trouvé place dans le recueil de ses œu- 
vres, sous le titre : De Obedientia et Fide uxo- 
ria, et qui a été imprimé à part : Epistola ad 
Johannem Florentinum poetam, de Historia 
Griselidis , muUeris maxime constantie et 
oatientie, sans lieu ni date (Cologne, 1470), 
n-4"; Ulm, 1473, infol. (réimprimé dansl'ou- 
?rage de Manni , Isioria del Decamerone, 1742, 
607. On connaît aussi une Novella anonyme 
mprimée au seizième siècle, et qui présente en 
ers le récit de Pétrarque; il avait déjà été tra- 
luit en français; La Patience de Griselidis; 
irehan, Lodeac, 1484, in-4° ; Vienne (sans date), 
j-4° ; Lyon (vers 1500), in-4° (deux exemplaires 
e ce livret foit rare ont été adjugés à 350 et à 395 fr. 
ux ventes du prince d'Essling et de M. Ch. Gi- 
|îud ). Il en existe aussi plusieurs vieilles édi- 
|ons allemandes, imprimées à Ulm, en 1473, à 
ugsbourg, en 1471, 1472 et 1480, à Strasbourg, 
1 1478 , etc. Quelques fabliaux français l'a- 
)ntent la même histoire; Legrand d'Aussy en 
donné un extrait en prose {Fabliaux et Contes, 
II, p. 297). On connaît un manuscrit fort an- 
en à la bibliothèque de Chartres ( voir Duples- 
3, Catalogue des Manuscrits de la biblio- 
lèque de Chartres, 1840, in-8°,.n° 411), et 
lux dans celle du Vatican (voir Greith , Spici- 
gium Vaticanu7n,Y>.85). Olivier de La Marche 
conta cette naïve histoire dans son livre, moi- 
I en vers , moitié en prose, intitulé : Le Pare- 
m ent des Daines. Dès 139.5 on avait composé le 
ijstère de Griselidis, à trente-cinq personnages ; 
« lut imprimé à Paris, sans date (vers 1550), 
liii -4° ; cette édition est si rare qu'on n'en con- 
M ît qu'un exemplaire , celui de la Bibliothèque 
périale à Paris; mais en 1842 il en a été fait 
e réimpression, tirée à 42 exemplaires seule- 
int.Mariederrancea,danssonZaic?e^i^rei5we 
uvres, 1820, 2 vol. in-8", t. I, p. 138), ra- 
té une histoire toute semblable, qui se trouve 
tée sous des noms nouveaux dans la ballade 
anlifclaise de Lord Thomas and Pair Anne 



nr Walter Scoii , Scotish Minstrelsy; Paris, 
i8, t. Il, p. 113) ; mais c'est à Pétrarque lui- 
me et sans intermédiaire que Chaucer em- 
uitaleconte du clerc qui figure dans ses Contes 
Canterbury; c'est à la même source que 
sèrent les vieux auteurs dramatiques qui en 
;leterre et en Allemagne arrangèrent cette 
nde pour le théâtre. Trois auteurs en renom 
s le règne d'Élizabeth , Dekker, Chettle et 
ighton, se réunirent pour composer The plea- 
t Comodie of patient Grissill; Londres, 
3, in-4°); réimprimée en 1840, et comprise 
s les Old Plaijs éditées par Dodwell, t. III, 
'. Hans Sachs donnait, de son côté : Die 
uldig und gehorsam Marggraefin Griselda, 
;e insérée dans ses Œuvres, t. I, p. 246, 



diverses rédactions, à l'usage du vulgaire, exis- 
tent en allemand {voir Reichard, Bibliothek der 
Romane , t. III, p. 58-68, et Gœrres, Deutsche 
Voiksbûcher, p. 148-151), en hollandais, 1621; 
en danois, 1597, 1697, 1709, 1733; en suédois, 
1654 {voir Lanstroëm, Histoire de la Poésie 
suédoise, t. I, 121); en bohémien, 1520, 1779, 
1802. Il existe aussi en islandais une Saga of 
Grishilde ( consultez d'ailleurs VHistoire de 
la Poésie Scandinave par E. du Méril ; Paris, 
1839, in-S", p. 368). Après avoir longtemps fait 
partie des livres populaires répandus par le col- 
portage, après avoir fourni à Perrault le sujet 
de l'un de ses contes , l'ancien récit français , 
rédigé au seizième siècle, a passé dans la Biblio- 
thèque bleue publiée par M. Leroux de Lincy 
(Paris, 1842, in-18, pages 275-297; voir aussi 
l'introduction, pages xli-xlv); c'est le même 
texte que celui que présente le Miroir des 
Femmes vertueuses, opuscule où l'histoire de 
Jeanne d'Arc précède celle de Griselidis, et dont 
il existe plusieurs éditions anciennes : Lyon, 
1546, in- 16 (un exemplaire, le seul connu, a 
été payé 505 fr. à la vente Coste, en 1855); 
Orléans, 1547; Lyon, 1610; il a été reproduit 
dans la collection d'ouvrages anciens qu'un 
éditeur parisien, M. Silvestre, a réimprimés , en 
caractères gothiques et dans le format in- 16. 
Toutes ces indications bibliographiques (et nous 
nous gardons bien d'épuiser la matière) démon- 
trent l'étendue de la vogue dont a joui le tou- 
chant récit des épreuves de la marquise de Sa- 
luées. G. Brunet. 

M. Leroux de Lincy, introduction à la Bibliothèque 
bleue. 

* GRisi ( Judith), cantatrice italienne, née à 
Milan, en 1805, morte en mai 1840. Son père, 
Gaetano Grisi, était officier topographe du vice- 
roi ; sa mère était sœur de la cantatrice Grassini. 
Admise fort jeune au conservatoire de sa ville 
natale, elle débuta dans des concerts; en 1823, 
elle joua à Vienne dans Bianca e Faliero de 
Rossini, où elle fut applaudie. Elle possédait une 
voix de mezzo soprano, d'une quahté dure et 
peu flexible, qu'elle eut beaucoup de peine à as- 
soupUr. De retour en Italie , elle chanta à Milan , 
Parme, Florence, Gênes et Venise. Bellini écri- 
vit pour J. Grisi le rôle de Romeo dans son opéra 
/ Capuleti. En 1832 elle débuta à Paris, au 
Théâtre-Italien, dans La Straniera, où elle pro- 
duisit peu d'effet , mais d'autres rôles lui furent 
plus favorables. L'année suivante elle retourna 
en Italie. Ayant amassé une certaine fortune , 
elle épousa un gentilhomme italien, et se retira 
du théâtre. L. L— t. 

Fétis, Bingr. univ. des Musiciens. — J. des Débals du 
17 mai 1840. 

* GRISI ( Julia , GtuUa ou Giuletta ) , 
M™" Melcy, cantatrice italienne, née à Milan, en 
1810, sœur de la précédente. Dès l'âge de douze 
ans elle se fit remarquer par les plus heureuses 
dispositions et par la pureté de sa voix. Plus tard 
elle commença des études musicales chez un de ses 



123 



GRISI -^ GRISOT 



124 



oncles , résidant à Bologne. A peine âgée de seize 
ans, elle débuta avec succès au Teatro Commu- 
nale dans la Zelmira deRossini. Un poète com- 
posa pour elle un opéra, et en 1828 elle obtint 
de grands succès à Florence , et fut ensuite 
applaudie à Pise. Sa manière se dessina surtout 
dans les rôles de Semiramide et de Desdemona. 
Elle revint encore à Florence , puis elle se ren- 
dit à Milan, et y excita l'enthousiasme. Bientôt 
cependant des intrigues jalouses lui firent quitter 
l'Italie; elle se réfugia près d'une sœur qui ha- 
bitait un bourg de la Corse. Sa santé s'y réta- 
blit, et elle y reçut les offres du directeur de 
l'Opéra Italien de Paris. Ce ne fut pas sans hési- 
tation qu'elle aborda cette scène, le 13 octobre 
1832. Son succès fut complet : voici en quels 
termes le constatait le Journal des Débats : 
'<■ Une voix éclatante de mezso soprano, tou- 
jours juste et ferme, que l'on entend toujours 
sans que le plaisir de l'auditeur soit jamais al- 
téré par l'appréhension la plus légère; de la 
noblesse dans le maintien, de la grâce et de la 
vérité dans les gestes ; une tête charmante se 
tournant avec noblesse sur ce que les sculpteurs 
et les peintres appelleraient un cou de cygne : 
tels sont les avantages réunis qui ont contribué 
à faire obtenir un grand succès à M"** Julia 
Grisi. ■» Depuis lors Juha Giisi fit alternativement 
les délices de Paris et de Londres. Longue se- 
rait la liste des rôles dans lesquels elle a charmé 
les dilettanti: Rossini,Donizetti, Bellini, Mozart 
n'ont jamais eu de meilleur interprète. Aussi 
grande tragédienne que bonne cantatrice, elle 
possède au plus haut degré l'art du geste et des 
attitudes. « La Grisi, disait un critique, avec sa 
tête impérieuse et superbe , son front de reine 
et son buste admirable, taillé dans le plus beau 
marbre de Parns, n'a point de rivale à craindre 
dans les grands rôles de la tragédie lyrique. >> 
En 1847, elle joua dans une même pièce avec 
M"* Alboni , et en grande artiste elle offrit à son 
émule les couronnes tombées à leurs pieds. Après 
la révolution de Février, Julia Grisi abandonna la 
scène française ; elle soutint presque seule la scène 
italienne en Angleterre. En i854 elle partit avec 
Mario pour les États-Unis. Revenue du Nouveau- 
Monde, elle a reparu au Théâtre-Italien de Paris 
en 1856 et en 1857. 

En 1836, Julia Grisi avait épousé à Londres 
M. Gérard de Melcy. Deux ans après, son mari 
avait un duel avec lord Castlereagh , duel dans 
lequel celui-ci fut blessé au bras près du poignet. 
Plus tard une séparation judiciaire a rompu des 
liens trop précipitamment formés. L. Louvf.t. 

Couailhac, notice dans la Caterie des ^Irtistes ilramai- 
tiqves de Paris. — D. Mondo, notice dans le Monde dra- 
matique, 28 octobre 1838. — F. F:\yol, dans VEncyclop. 
des Gens du Monde, — Fétis, Bioçir. univ. des Musiciens. 

* GRISI (Carlotta), M™" Perrot, danseuse ita- 
lienne, cousine germaine des précédents, née vers 
1815, était à Vienne, délaissée par les maîtres du 
ballet, lorsqnePerrot, dans ses voyages,devina son 
talent, et la fit sortir de la foule. Formée par ses 



leçons, elle le suivit, et depuis elle fut lacompagnei 
des triomphes de son maître. A Paris, M"'' Grisi : 
débuta avec Perrot au Théâtre de La Renaissance,! i 
dans Le Zingaro. Plus tard elle entra à l'Opéra,, { 
où elle obtint de grands succès. L. L — t. i 
Th. Gautier, notice dans la Galerie des ^rîUies dra- j 
matiques de Paris. \ 

^ GRISI {Ernesta), cantatrice italienne J 
sœur de la précédente. Douée d'une jolie voi>'' 
de mezzo soprano, elle débuta aux Italiens 1( 
30 octobre 1838 , dans le rôle d'Adalgisade Lt 
Norma , et se fit bientôt remarquer dans Ro 
berto Devereux. En 1839 elle débuta à Londres 
puis elle resta quelque temps éloignée du théâtre 
En 1846, elle revint à Paris; sa voix, à la suit 
d'une longue maladie, s'était modifiée et étai- 
descendue au registre du contralto. En 1848 elli 
quitta encore Paris , et y revint en 1850. A la fii 
de la même année, M"^ K. Grisi fut engagée 

j Bruxelles, et depuis 1853 elle a chanté de nou 
veau à notre Théâtre-Italien. 

I L. L— T. ' 

N. Gallois, Théâtres et Artistes dramatiques de Po, 
ris (Théâtre imp. italien). 

* GRISONI (Giuseppe) , peintre de l'écoli 
florentine, mort en 1769. Élève de Tommas 
Redi, il fréquenta les diverses écoles d'Italie, el 
parcourant l'Allemagne , la Flandre, la France ( 
l'Angleterre, il acquit partout quelques nouvelk 
connaissances des diverses branches de son ar 
Ne peignant pas moins bien le paysage que l'hif 
toii'e et le portrait, il se plaisait à introduii 
dans ses compositions des vues analogues s 
sujet qu'il avait à traiter. S'étant trouvé en coi 
currence avec le Meucci dans une chapelle (, 
la Nunziata de Florence, il peignit un Martyi 
de sainte Barbe sur un fond de paysage, tablef. 
tellement supérieur aux ouvrages de son riv 
que celui-ci en mourut, dit-on, de dépit. Malg; 
des qualités réelles de relief et de coloris, Grisoi 
ne sut pas se défendre du maniérisme; maisf 
faut en accuser surtout le goût dominant à l'i 
poque où il vivait. Parmi les tableaux qu'il j 
laissés à Florence, indiquons eiicorc une belj 
Visitation à Saint-François-de-Sales, et son po' 
trait peint par lui-même faisant partie de la c< 
lection iconographique de la galerie publique, t 

E. B-N. 

Lanzi , .Storia délia Pittura. — Ticozzi, Dizionari 
— Fantozzi , Guida di Firenze. — Catalogue de la G,] 
lerie de Florence. 

GRISOT {Jean-Urbain ), théologien franeai 
né vers 1710, à Chancey ( Franche-Comté 1 
mort à Besançon, le 13 avril 1772. 11 entra daij 
les ordres, et devint l'un des directeurs du s 
ininaire de Besançon. On a de lui : Lettre à * 
ministre protestant au sujet d'une abjwt^ 7 
tion; Besançon, 1755, in-12; — Lettre à i 
protestant sur la Cène du Seigneur, ou 
divine Eucharistie; Besançon, 1767, in-13;': 
Histoire de la Vie publique de Jésus-ChriS[ 
tirée des quatre évangélistes , avec des rt 
flexions, et une règle de vie pour se sanctm\ 



l! 



t25 GRISOT 

dans le clergé; Besançon, 1765, 3 vol. in-U; 

— Histoire de la sainte Jeunesse de Jésus- 
Christ, tirée de l'Évangile, par forme d'entre- 
tiens; Besançon, 1769, 2 vol. in-12; — His- 
toire de la Vie souffrante et glorieuse de 
Jésus- Christ, dès la dernière pdque jusqu'à 
son ascension au ciel, tirée des évangélistes ; 
Besançon, 1770, 2 vol. in-12. N. 

Quérard , La France littéraire. 

* GRiswoLD {Rufus-Wilmot), littérateur 
américain, né le 15 février 1815, dans l'État 
de Vermont. Après avoir passé sa jeunesse à 
voyager, il étudia la théologie, et fît , en qualité 
de ministre, partie de la secte religieuse des 
baptistes. 11 s'associa de bonne heure aux tra- 
vaux du journalisme, et collabora successivement 
W New-¥orker, au Brother - Jonathan , au 
New- World; en 1842, il fonda le Graham's 
Magazine, et depuis 1850 il dirige Vlnterna- 
tional, une des revues mensuelles de New- 
york. Cet auteur s'est fait connaître par de 
aombreux écrits, parmi lesquels la biographie 
jccupe une grande place : The Blographical 
ânnual ( Annuaire biographique) ; New-York, 
1842; — The Poets and Poetry of America 
[Les Poètes américains et leurs œuvres) ; ibid., 
1842, iu-8° ; — The prose Writers of America 
Les Prosateurs américains); ibid., 1846, in-8"; 

— Washington and the Gênerais of the ame- 
'ican révolution ( Washington et les Chefs de 
a révolution américaine); Philadelphie, 1847, 
n-8°; — Napoléon and the Marshals of the 
Fwi^M-e (Napoléon et ses Maréchaux); ibid., 
.848; — The Female Poets of America (Les 
■■emmes poètes de l'Amérique) ; 1849, in-8°; — 
''he Poets and Poetry of England in the nine- 
eenth century (Les Poètes anglais contem- 
orains) ; 1852, in-8° ; — The sacred Poets of 
'ngland and America {ht?, Poètes religieux de 
Angleterre et de l'Amérique) , in-8°. Ces dif- 
h'ents travaux , conçus dans un esprit de bien- 
eillante critique, renferment des renseignements 
xacts et d'abondantes citations. On a encore 
u même auteur : un volume de Poésies; 1841 ; 

— Curiosities of American LiteraLure; in-8°; 
The republican Court (La Cour républi- 

Jine); 18.54, in-8" ; tableau de la société amé- 
caine du temps de Washington. Paul Louisy. 

Cyclopœdia of American Lxterature, t. II. — Ameri- 
in Catalogue. 

GRiTTi [Andréa), soixante-dix-huitième doge 
3 Venise, né en 1454, mort le 28 décembre 1538. 
s'était rendu célèbre par ses exploits militaires, 
; avait été ambassadeur près diverses puis- 
inces, lorsqu'il fut nommé provéditeur. La répu- 
lique luttait alors contre la ligue de Cambray, 
le dut à Gritti ses premiers succès. Il chassa 
s Impériaux de Padouc,de Vicence, reconquit 

Polésine de Rovigo, ravagea Guastalla et son 
rritoire, et reprit, en 1512, Brescia et Bergame 
ir les Français. Mais Gaston de Foix accourut 
î Ravenne, rentra dans Brescia, et fit prisonnier 



GRITTI 126 

Gritti après tin combat opiniâtre. Le vaincu fut 
envoyé à Paris ; il réussit à intéresser le roi 
Louis XII au sort de sa patrie, et signa avec lui, 
le 13 mars 1513, un traité d'alliance. De retour 
à Venise, Gritti joignit ses troupes à celles du 
maréchal de Lautrec, et tous deux chassèrent les 
Impériaux de Brescia. Le 7 mai 1523 mourut 
Antonio Grimani , et le 20 mai suivant Gritti 
fut élu doge. Changeant tout à coup de politique, 
dès le 28 juin il abandonna François F'' et se 
rangea du côté de Charles Quint. En 1526 il 
retourna à la France, et conclut à Cognac, le 
22 mai, une ligue avec François I", Clément VII, 
les Florentins, et Francesco Sforza II, dans 
le but de s'opposer aux progrès de l'empe- 
reur, de rétablir Sforza dans le Milanais et de 
faire la conquête de Naples. En 1527, tan- 
dis que le pape était assiégé dans le château 
Saint- Ange par les troupes impériales, Gritti 
s'empara de Ravenne , qui avait appartenu aux 
Vénitiens avant la ligue de Cambray, en mit à 
mort le gouverneur papal , et occupa Cervia sous 
le prétexte de défendre ces deux places au nom 
de l'Église. En 1528 Clément VII réclama les villes 
usurpées ; les Vénitiens éludèrent sa demande, et 
envoyèrent une flotte prendre plusieurs places 
dans le royaume de Naples. Cependant, par le 
traité deBologne, consenti en décembre 1528, ils 
rendirent Ravenne et Cervia au pape et à l'e^m- 
pereur leurs conquêtes dans le pays napolitain. 
En février 1538, une nouvelle ligue se forma entre 
Venise, Paul III, Charles Quint, et Ferdinand, 
roi de Hongrie, contre le sultan Soliman H, dont 
les succès alarmaient la chrétienté. Andréa Doria 
{voy. ce nom) fut nommé capitaine général des 
flottes alliées, et le ducdlJrbin eut le commande- 
mentdes troupes de débarquement. Andréa Doria 
s'acquitta fort mal de sa mission. Deux fois il se 
trouva en présence de l'ennemi avec des forces 
supérieures, et chaque fois il évita le combat. A la 
seconde rencontre (28 septembre) il laissa L'es- 
cadre vénitienne exposée seule à l'artillerie des 
Turcs, qui lui fit éprouver des pertes considéra- 
bles. Gritti mourut sur ces entrefaites. « La ré- 
publique, dit Laugier, n'eut jamais un chef plus 
digne de sa confiance, plus estimé au dedans , 
plus considéré au dehors. « U avait pris pour em- 
blème Atlas soutenant le globe céleste et la devise : 
Sustinet, nec fatiscit.'PitiYo Landolui succéda. 
Alfred de Lacaze. 

Vettore Sandi , Storia civile p'eneziana, lib. X, cap. 1. 
— Paul Jove, Nistoria. — Nicolao Barbadico, Andre.v 
Griti f-'ita. — Gulchardinl, [storia d'Italia, liv. XIV. -^ 
Bencdctlo Varchi, Storia. Fiorentina, lib. X. — Le P. Pa- 
rnti, Historia Veneziana, lib. IX. — LeopoldoCurti, Mé- 
moires historiques et politiques sur la liépubliqve de 
Venise, 1" part., chap. X. — Ooru, Histoire de f'enise, 
t. IV, liv. XXV, 5, 83. — Verdizotli, Fatti Veneti, t. Il, 
lib. XVI. — Varie Scritture di Veneziu, manuscrit de 
la Bibliothèque impériale n» 1007 ge] ~ Liinig, Codex 
Italiœ diplomaticus, t. IV, sect. VI. 

GRITTI {Louis), aventurier italien, au service 
des Tures et fils du précédent, naqiut en î501, à 



127 



GRITTI — GRIVEL 



128 



Constantiaople, d'une esclave tui-que et du doge 
André Gritti, alors ambassadeur auprès du sultan, 
et fut décapité le 28 septembre 1534, par les habi- 
tants de la Transylvanie. 11 fit son éducation à Pa- 
doue ; mais n'ayant aucun espoir de s'élever aux 
honneurs en Italie, il retourna à Constantinople, 
où il remplit les fonctions d'agent delà république 
de Venise. Fort versé dans les langues grecque 
et turque, bien informé de la situation des conrà 
européennes , il mit à profit ces connaissances 
pour s'insinuer dans la faveur du premier vizir 
Ibrahim. Ce grand personnage le fit connaître 
de Soliman II, qui lui témoigna constamment la 
plus grande bienveillance, et le chargea de di- 
riger les relations diplomatiques de la Porte 
avec les nations étrangères. Gritti s'occupa acti- 
vement des affaires de Hongrie. Séduit par les 
dons et les promesses de Lasczky , envoyé de 
Jean Zapoly, prétendant au trône de Hongrie, il 
fit obtenir à ce prince l'appui de Soliman H, en 
1528. L'année suivante, il fit la campagne de 
Hongrie, et lors de la retraite des troupes otto- 
manes , il fut mis à la tête de 6,000 hommes et 
chargé de garder la ville de Bude. Il y soutint 
un siège en 1531, jusqu'à ce que le sultan pût 
lui faire parvenir des secours. Le roi Jean le 
récompensa des nombreux services qu'il en avait 
reçus , en le nommant gouverneur général de la 
Hongrie, en 1533. Gritti abusa dé son pouvoir, 
pour faire mettre à mort tous ses ennemis et 
ceux qui s'opposaient à ses projets. On le soup- 
çonne d'avoir voulu se rendre maître du trône 
de Hongrie. Rappelé à Constantinople pour y 
présider les conférences entre les envoyés de 
Charles Quint et de son frère Ferdinand d'une 
part, les délégués de la Porte et de Jean Zapoly 
de l'autre, il prit part à la conclusion du traité 
de paix de 1533. En retournant dans son gou- 
vernement, à la tête de 1,000 janissaires et de 
2,000 spahis, il fit massacrer l'évêque de Wara- 
din, Jean Cibaco, qui était son ennemi personnel. 
Cet assassinat excita l'indignation des habitants de 
la Transylvanie, de la Valachie et de la Molda- 
vie; quarante mille d'entre eux prirent les armes, 
et allèrent attaquer les troupes de Gritti. Ce 
dernier se réfugia dans la forteresse de Medgycs 
ou Medwisch ; mais trahi par les habitants, et 
livré à ses ennemis, il fut décapité, après avoir 
été mutilé et torturé durant toute une journée 
(1634). Ses deux fils furent également mis à 
mort par les Moldaves. Soliman , qui avait en 
vain donné des ordres pour que la vie de Gritti 
fût épargnée, jura de punir ses meurtriers. Mais 
il se laissa apaiser par les prières de Jean Za- 
poly, et abandonna tout projet de vengeance. 
E. Beauvois. 

Paul Jove, Wist, 1. XXVII. — Isthuanfi, Hist. de Rébus 
Vnjaricis, X, XI. XII. - Scriptores lierum Ilvngari- 
carum, édlt. par J.-G. Schwanter, t. 11. - De Hammer, 
mst. de l'Ernp. Ottoman, trad. de llellert., t. V. - E. de 
Charrière , Négociations de la France dans le Levant, 

t. I, p. 178, 185, 2-12, 237. 

GRÏVAFD DE I^A VINCELl.E ( Cto(rfe-ilffl!- 



deleine), archéologue français, né à Châlons-! 
sur-Saône, le 5 septembre 1762, mort à Paris,le 
4 décembre 1819. Après avoir fait de bonnes! 
études, il suivit d'abord la carrière du commerce,; 
à laquelle il renonça au commencement de la 
révolution , pour se retirer dans sa famille. 11 
occupa ensuite un emploi dans les bureaux du 
ministère de la guerre. En 1802 il accompagna 
le général Morand en Corse , et de retour à Paris 
il devint sous-chef du bureau de la trésorerie du 
sénat. Il avait épousé une demoiselle Grimaldi 
de La Vincelle, fille naturelle reconnue d'Ho- 
noré HI, prince de Monaco ; telle est l'origine du 
surnom de La Vincelle que dans les dernières; 
années de sa vie il ajouta à son nom propre j 
Il était membre de la Société des Antiquaires 
de France et de l'Académie de Dijon. On a dci 
Grivaud : Antiquités gauloises et romaines,, 
recueillies dans les jardins du palais du sé-\ 
nat pendant les travaux d' embellissement 
qui y ont été exécutés depuis Van IX jusqu'à 
ce jour; etc. ; Paris, 1807, 1 vol. in-4" de texte,' 
et 1 vol. in-fol, contenant 26 pi.; — Recuei 
de Monuments antiques, la plupart inéditi 
et découverts dans Vancienne Gaule, etc. ;i 
Paris, 1817, 2 vol. in-4'', avec pi. et cartes; — 
Arts et Métiers des Anciens, représentés piai 
les monuments; Paris, 1819, in-fol., ouvrage 
commencé par l'abbé de Tersan, continué par 
Grivand de La Vincelle, et terminé par G. Jacob 
Grivaud de La Vincelle a mis en ordre et publi( 
avec des notes, partie dans le Magasin encyclo-', 
pédique, et partie dans les Annales des Voyages], 
de la Géographie et de VHistoire, divers ti-a-j 
vaux laissés manuscrits par Pasumot, ingénieuij 
géographe du roi. Il a fait tirer à part des exem-i 
plaires de ces opuscules, qu'il a réunis dans ur! 
volume intitulé : Dissertations et Mémoire^ 
sur différents sujets d'antiquité et d'his 
. toire, etc.; Paris, 1810 à 1813, in-8°. On a t'ai 
paraîti'e après sa mort une Dissertation sur le 
situation du jardin d'Éden, ou le paradi: 
terrestre, avec une carte, par feu Pasumot 
rédigée sur ses manuscrits par C.-M. Gri- 
vaud; Paris, 1824, in-8°. Il avait fourni des arti 
des au Magasin encyclopédique, aux Annales 
encyclopédiques, aux Mémoires de VAcadénm 
de Dijon, et aux Mémoires de l'Académie Gel] 
tique. E. Regnard. i 

Mémoires de la Société des antiquaires de France, 
t. I!I, p. 188. — Biographie imiver selle et portative de: 
Contemp. — Quérard , La France littéraire. — Ca,ta ^ 
logiie de la Bibliothèque impériale. — Journal de lu 
Librairie. 

GRIVE. Voy. La Grive. 
GRIVEL (/ea?î), jurisconsulte franc-comtois,' 
né le 15 mars 1560, à Lons-le-Saunier, morti^ 
Bruxelles, le 14 octobre 1624. Il appartenait à la 
famille noble des seigneurs de Perrigny. Aprèi 
s'être fait recevoir docteur en droit, il exerça la 
profession d'avocat auprès du parlement de Dôle.i 
En 1599 il fut nommé conseiller à ce même par- 
lement. Neuf ans après il fut appelé, par l'archi-î 



129 GRIVEL 

duc Albert , à l'emploi de conseiller au conseil se- 
cret de Bruxelles. L'année suivante il fut chargé 
de la procuration des affaires de Bourgogne. On 
a de lui : Decisiones celeberrimi Seqtianorum 
senatus Bolani ; AnYers , 1618, in-fol. ; Genève, 
1632, in-fol.; édition augmentée, Dijon, 1731, 
in-fol. C'est le premier recueil qu'on a donné 
des arrêts du parlement de Dôle ; Grivel le pu- 
blia parce qu'on avait blâmé la procédure de 
ce parlement. Il laissa eu manuscrit des Deci- 
siones concilii privati , dont il a défendu la 
publication par son testament. E. G. 

Foppens, Bibl. Belgica. — J. Christyn, Tombeaux des 
hommes illustres. — Paquof, Mém.pour servir à l'hist. 
lut. des dix-sept provinces des Pays-Bas. 

GRiVËL ( ffMiZZflMHie), littérateur français, 
né à Uzerche (Limousin), le 16 janvier 1735, 
mort à Paris, le 19 octobre 1810. 11 exerça d'a- 
bord la profession d'avocat à Bordeaux, puis il 
vint à Paris , où il s'occupa de littérature. A 
la création des écoles centrales, il fut chargé d'un 
cours de législation. On lui doit : Nouvelle Bi- 
bliothèque de Littérature , d'Histoire et de 
Critique , oit choix des meilleurs morceaux 
tirés des Ana; Lille, 1765, 2 vol. in-12; — 
L'Ami des Jeunes Gens; Lille, 1766, in-12; — 
Théorie de l'Éducation ; Paris, 1776, 1783, 
3 vol. ia-12; — L'Ile inconnue, ou mémoires 
du chevalier de Gastines, contenant l'his- 
toire de la formation et de la civilisation de 
la société; 1783-1787, 6 vol. in-12; réimpr. 
en 1804 et 1806; li" édit., Paris, 1812, 2 gros 
vol. in-12; — Principes de Politique, de 
finances, d'agriculture, de législation et 
autres branches d' administration; Paris, 1789, 
2 vol. in-8". Grivel a en outie fourni une pré- 
face et un cours de belles-lettres à la Nouvelle 
École du monde, par Lebret, 1764. Il a travaillé 
au Dictionnaire d'Économie p)olitique de 
l'Encyclopédie méthodique. Il a été l'éditeur 
des Entretiens d'un jeune Prince avec son 
Goziverneur, par L. D. H ( l'Ami des Hommes, 
le marquis de Mirabeau); Paris, 1785, 4 vol. 
in-12. Enfin, A. Lorin a donné une Analyse sijn- 
optique dit Cours de Législation du citoyen 
Grivel; 1802, in-8°. J. V, 

Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-Preuve, Biogr. 
univ. et port, des Contemp. — Quérard, La France 
littéraire. 

GRIVEL ( Claude-Alexandre-Bonaventure- 
Fidèle , comte de), général français , né en 1767, 
mort à Lons-le-Saulnier, le 18 octobre 1838. Il 
entra au service en 1782, comme officier de ca- 
valerie, émigra en 1791, combattit avec l'armée 
de Condé , revint en France sous le Directoire, 
et se fit rayer de la liste des émigrés en 1799. 
Étant à Bordeaux en 1814, il prit part au mou- 
vement en faveur des Bourbons qui se manifesta 
alors dans cette ville. Louis XVIII, à son retour, 
lui conféra le grade de maréchal de camp, avec 
le commandement des gardes nationales du dé- 
partement du Jura. Il se trouvait en cette qua- 

MOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXII. 



— GRIZIO 



J30 



lité à Lons-le-Saulnier quand on apprit que Na- 
poléon revenait de l'île d'Elbe. Il offrit aussitôt 
au maréchal Ney démêler les gardes nationales 
aux troupes de ligne pour inspirer de la con- 
fiance aux uns et maintenir la fidélité des autres. 
Le lendemain , à la parade, en entendant lire la 
proclamation du maréchal Ney qui déclarait les 
Bourbons à jamais déchus , il ne put retenir son 
indignation , brisa son épée en présence de tout 
l'état-major, et se mit à faire deux fois le tour de 
la place d'armes devant les troupes en criant : Vive 
le roi .'A la seconde restauration, Louis XVIII lui 
rendit son épée , et le nomma inspecteur général 
des gardes nationales du Jura. Appelé comme 
témoin dans le procès du maréchal Ney, sa dé- 
position fut empreinte d'une grande modération. 
Il vécut longtemps dans la retraite. J. V. 

Biogr. des Nommes viva7its. — Moniteur, 1815, 1816, 
1838. 

*GRivoT ( Charles-Auguste) , ouvrier poète 
français, né le 16 mars 1814, à Chàteauneuf- 
sur-Loire (Loiret), mort en 1855. Fils d'un ton- 
nelier, il fut tonnelier lui-même ; sa mère lui ap- 
prit à lire dans les Fables de La Jontaine. A 
quinze ans il étudia la. Grainmaire de Noël sans 
maître , puis il retint Boileau par cœur. Dès lors , 
sans cesser dé travailler de ses mains , il se mit 
à composer des vers. Quelques années de chô- 
mage lui ravirent son épargne; une place d'agent 
voyer se trouvait vacante; il concourut, et l'ob- 
tint. En 1848 la députation lui fut offerte; il 
n'accepta pas. Deux jours de marches pénibles 
au soleil dans l'été lui causèrent une fièvre qui 
l'emporta. Des amis ont réuni ses œuvres pour 
venir en aide à sa femme et à ses enfants. Elles 
ont paru sous le titre de Poésies de Charles- 
Auguste Grivot, de Châteauneuf-sur- Loire; 
Orléans et Paris, 1857, in- 18, avec portrait. 

L. LOUVET. 

Notice en tête de ses poésies, par M. F. Dupuis. — 
Ed. Thierry, Moniteur du 9 juin 1857. 

GRIZIO (Annibal), prélat et poète italien, né 
en 1550, à lesi ( marche d'Ancône), mort le 
5 avril 1612. Le pape Paul V l'avait en haute 
estime, et le nomma gouverneur de Terni. L'on a 
de Grizio : Rime, poésies à la louange de Sixte 
Quint, insérées dans la Raccolta d'Antoine 
Constantini; Mantoue, 1611, in-4°. Grizio avait 
encore composé de nombreuses poésies; elles 
n'ont pas été publiées. Apostolo Zeno en possé- 
dait un recueil ainsi que des Mémoires sur la 
vie de Grizio. E. G. 

Fontanini, Bibliotkeca , t. VI, p. 376. 

GRIZIO (Pierre), historien italien, frère 
du précédent , né au commencement du sei- 
zième siècle, mort en 1586. Il était l'ami du 
Tasse et du jeune Aide Manuce. On a de lui : 
Ristretto délie Storie di Jesi; Macerata, 1578, 
in-4° ; — Il Castiglione , ovvero dell armi di 
nobiltà, dialogo; Mantoue, 1536, in-4°. Le 
titre de cet ouvrage provient de ce que Grizio y 
expose l'opinion du comte de Castiglione suc 



131 GRIZIO — 

l'origine des amioiries. Les deux ouvrages de 
Grizio sout rares. E. G. 

Waym , Biblioth. Italiana. 
GRIZOT. Foy. GriSOT. 

GROCHOWSKi (Stanislas), poëte polonais , 
né vers le milieu du seizième siècle, décédé en 
1612. Il embrassa la carrièi'e ecclésiastique , et 
obtint deux canonicats près des églises collégia- 
les. Doué d'une vive imagination, Grochowski 
débuta dans la littérature par quelques satires 
composées en polonais ; mais ces écrits lui ayant 
attiré beaucoup d'ennemis , il renonça à ce genre 
pour s'adonner aux poésies lyriques. Ce fut là 
qu'on le vit se distinguer par l'élévation des pen- 
sées, non moins que par la pureté du style. Les 
principales de ses publications sont : Wieisze i 
Pisma ivijbransze...; Cracovie, 1608 et 1609 
(Poésies et autres écrits choisis, tant originaux que 
traduits du latin) ; — Zalosna Kamena ; Craco- 
vie, 1608 (Camène désolée par la violente inonda- 
tion de 1605) : le poète y déplore les désastres 
éprouvés alors par les habitants du pays , en imi- 
tant saint Grégoire de Nazianze dans son épitre 
In cladem grandinis ; — Niebieskie nu Ziemi 
Zabau-y (Divertissements célestes sur la terre, 
tirés des livres de saint Thomas a Kempis); 
Cracovie, 1611; c'est une traduction en vei-s 
de quatre livres composés par saint Thomas , 
mais dont le quatrième resta inachevé. On doit 
encore à Stanislas Grochowski quelques pu- 
blications latines et polonaises en prose, qui 
traitent des objets religieux exclusivement. N. K. 

luszynsll, DyKcrionarzpoêtoiv Potskicfî (Dictionnaire 
des poètes polonais !. — BeiUkowski, Historya literalury 
polskiey C Histoire rJc la Littérature polonaise). — Siar- 
czynslii, ObraziveckuZygmuntaïll (Tableau du siècle 
du roi Sigisraond III;. 

GROCïN {William), philologue anglais, né 
à Bristol, en 1442, mort àMaidstone, en 1519. Il 
reçut sa première éducation à l'école de Win- 
chester. Il passa de là à New-CoUege à Oxford 
en 1467, et en 1479 il fut désigné par les gar- 
diens et les agrégés de cet établissement pour le 
rectorat de Newton-Longueville , dans le comté 
de Buckingham. En 1486 il devint prébendaire 
de Lincoln , et trois ans plus tard il entreprit 
un voyage en pays étrangers. Son but principal 
était de se perfectionner dans la connaissance de 
la langue grecque, qui était alors peu cultivée en 
Angleterre. En conséquence il se rendit en Ita- 
lie, où pendant quelque temps il étudia sous 
Démétrius Chalcondyle, Politien, Hermolaiis 
Barbarus, De retour en Angleterre , jl se fixa au 
collège d'Exeter à Oxford. Là il professa publi- 
quement le grec. Cette langue ne s'introduisit 
pas sans difficulté dans l'enseignement univer- 
sitaire. Beaucoup des collègues de Grocyn ré- 
|)rouvèrent son cours , comme une innovation 
dangereuse, et le collège d'Exeter se divisa en 
deux factions hostiles , qui s'appelèrent les Grecs 
et les Troyens. Au plus vif moment de cette 
querelle classique, Érasme visita Oxford. Gro- 
cyn raccueilHt comme un ami et un auxiliaire , 



GRODDECR !32 

etle logea dans sa maison. Érasme, reconnaissant, 
parle du philologue anglais avec une grande es- 
time, et lui donne les noms de pair omis et de 
prxceptor. Dans le cours de sa carrière, Grocyn 
obtint un ou deux bénéfices , et en 1 506 il de- 
vint maître de Allhallows-College à Maidstone, 
dans le comté de Kent. Il n'en continua pas 
moins de résider habituellement à Oxford. On 
connaît de lui une lettre latine à Aide Manuce , 
en tête de la traduction de la Sphaera de Pro- 
clus par Linacre , à la fin des Astronomi vefe- 
7'eA-; Venise, 1499, in-fol. « Il ne reste de lui 
que cette lettre , dit Érasme ; elle est travaillée 
et ingénieuse, et écrite en bon latin. Il avait le 
goût si délicat , qu'il aimait mieux ne rien écrii-e 
que mal écrire. « Baie , Leland et Tanner attri- 
buent à Grocyn diverses productions qui n'ont 
jamais été impi-imées. Z. 

Knight, Life of Erasmus. — Érasme, Epistolœ, p. 95, 294 
del'édit. de Leyde, 1806, in-fol. — Wood, Athenœ Oxo- 
nienses, cdit. Bllss., 1, 30-32. — Baie, Illustres Majoris 
Britannias Scriptores. — Leland, Comment, de Scripto- 
ribusBritannicis. - Tanner, Bibliotheca Britanico-Hi- 
bernica. 

GROODECK ( Gabriel ), philologue allemand, 
né à Dantzig, le 7 janvier 1672, mort le 12 sep- 
tembre 1709. Après avoir obtenu en 1693 le grade 
de maître es arts à l'université de Leipzig, il en- 
treprit deux ans après un long voyage à l'étran- 
ger, parcourut d'abord la Hollande et l'Angle- 
terre ; puis il s'arrêta assez longtemps à Paris , 
où il compléta ses connaissances en fait de 
langues orientales , sous la diijection de Longue- 
rue. De retour à Leipzig , après avoir encore vi- 
sité l'Italie, il y fut nommé en 1698 professeur 
de langues orientales. L'année suivante il fut 
chargé de la chaire de philosophie pratique à 
l'université de Dantzig ainsi que de l'administra- 
tion de la bibhothèque de cette ville; un peu 
plus tard, il fut aussi appelé à enseigner les 
langues orientales. En 1701 il. fut admis parmi 
les membres de l'Académie de Berlin. On a de 
lui : Auctarium ad Joh. Moppii Schediasma 
de scriptorïbus historix Polonicw; Dantzig, 
1707, in-4°; se trouve aussi dans le premier vo- 
lume de l'Historia Polonica de Dlugoss, édition 
de Leipzig, 1711. — Groddeck a laissé aussi 
près d'une trentaine de dissertations sur divers 
sujets , parmi lesquelles nous citerons : De cœ- ; 
rimonia palmarum apiid Judœos in festo 
Tabeimaculorum solemni ;Le]pL\g, 1C94, in-4"; 

— Observationum singularium Trias, exhis- 
toria litteraria; — DeJohanna d'Arc; — De 
eo quod justum est circa tormenta bellica; ■ 
Dantzig, 1708, in-8°; — Pseudonymorum he- 
braicorum Hexaconta; — De recusatione Jti- 
ramenti judlcialis ; — De probationlbus cas- 
titatis ; — De rebellione Burdigalensi anno 
1675 ; — De anno et diepassionis L. Polycarpi ; . 

— De.enthusiasmo pkilosophico. Groddeck a 
enfin collaboré au Theatrum Anonymorum de 
Placcius, en ce qui concerne les auteurs hé- 
braïques. E. G 



133 



GRODDECK — GROEBEN 



134 



Cliaritiiis, De Firis eruditis Geduni ortts. — Tôac- 
man, J.eben qelehrier Mânner ,-\y\ltemberg, i714, p. 140. 

— Ephr. l'rœtorius, Athense Gedanenses, p. 155. — Neue 
Mallische Bibliothek, l. VI, p. 180. — Sôcher, Allgem. 
Gelehrt-Lexihon. 

«RODDECR {Benjamin), neveu du précé- 
dent, orientaliste allemand, né en 1728, et mort 
le 8 juin 177S, à Dantzig. Il fit ses études dans 
sa ville natale, ensuite à l'université de Cracovie. 
Établi enfui à Dantzig, où il jouit de la pro- 
tection de ses souverains , Frédéric-Auguste III 
et Stanislas- Auguste Poniatowski, rois de Pologne, 
il publia les ouvrages suivants : Commentatio de 
necessaria Linguarum Arabicx et Hebraicse 
CoHne^ione ; Wittemberg, 1746, in-4'' ; — De 
Natura Dlalectorum ad Linguam Hebraicam 
et Arabicain appUcata ; Witteniberg, 1747; 

— De vero Originum Hebiseorum Fonte et 
Vtilitate; Wittemb., 1747; — De Linguœ 
FlebiWce Antiquitate ; Dantzig, 1750; — De 
Litteris Hebraicis, sectio /; Dantzig, 1751; — 
De Sensu Scripturse Sacras; Dantzig, 1752; — 
De Punctis Hebi'seonim; Dantzig, 1755; — 
De Vita ad notitiam interiorem Linguamm 
Orient aliiini , prxsertïm Hebrxse-; Dantzig, 
1757; — Oratio de anno Jubilseo Hebrseo- 
ntm; Dantzig, 1758; — De TJsu versionum 
grsecorum Vet. Test, hermeneutico et critico; 
Dantizg, 1763. Ce dernier ouvrage fut publié 
aux frais du prince Adam Kasimir Czartoryski. 

L. Chodzko. 
Meuse! , Gelehrtes Deutschland. 

*GiaooDECK. { Ernest- Godefroi ) , fils du 
précédent , philologue allemand , né à Dantzig, 
en 1762, mort à Kiiowek, dans la goubernie de 
Minsk ( Lithuanie), le 13 août 1824. Après 
avoir terminé ses classes à Dantzig, il alla à l'u- 
niversité de Gœtlingue, où il obtint le grade de 
docteur en pliilosophie. En 1737, il fut appelé 
par le prince Adam-Kasimir Czartoryski, sta- 
roste général des terres de Podolie, à remplir 
les fonctions d'instituteur auprès de ses enfants, 
Adam-Georges et Constantin Czartoryski. Eu 
1793 il passa en la même qualité chez les princes 
Luboniirski. En 1797 il revint chez les Czar- 
toryski , et en 1804 il occupa une chaire à 
l'université de Yilna. Depuis 1810 il fit gratui- 
tement un cours d'archéologie et de numisma- 
tique. Il a été élu à plusieurs reprises doyen de 
la faculté de philosophie et de jurisprudence. 
Savant de premier ordre et bon patriote , il 
excitait l'enthousiasme des étudiants de l'u- 
niversité de Vilna. Ses ouvrages sont : De 
Oraculorum qux Herodoti Historiis conti- 
nentur Katura et Indole; Gœttingue, 1786; 

— Ueber die Argonauiica des Apollonius 
Hhodius; 1787;— Ueber das Lokal der Un- 
tenocU beym Homer ; 1791 ; — Antiquarische 

Versuche; Leopol , 1800; — Ueber das Stu- 
diuni derP/iilologie ;Leo])o\, 1801 ; — Allocutio 
in Univers. Vilnen.; 1805; — Sophoclis Phi- 
loctetes , grccce; Vilna, 1800; — Sophoclis 
Trachiniœ, gnvce, inusum lectiommi ;\i\r\n, 



1808; — Historiée Grsecorum litter arias Ele- 
menta; Vilna, 1811; la V édition, complè- 
tement refondue, fut publiée en 1821. Il a pu- 
blié des dissertations dans divers écrits pério- 
diques, et rédigé avec Kasimir Kontrym la 
Gazette littéraire polonaise de Vilna. 
Léonard Chodzko. 

Bentkowski , Histoire de la Littérature polonaise; 
Varsovie, 1814. — tiiographie de Gruddeck, par Nicolas 
Mallnowski; 1823. — Dictionnaire des Savants, par Eu- 
gène Bolkovitinotf-Sneghireff ; Moskou, 1838. — Annales 
biographiques polonaises, par L. Chodzko, ouvrage 
inédit. 

GROEBEN ( Otton-Frédéric von der), poète 
et voyageur allemand, né en 1657, à Pratten, vil- 
lage de l'Ermeland. Il appartenait à une ancienne 
et illustre famille de la province de Prusse. 
Après avoir terminé ses études , il partit en 1675 
pour l'Italie et Malte avec le colonel Méglin , 
prit part à quelques combats sur les galères 
maltaises , et visita l'Orient, De retour dans sa 
patrie , il devint chambellan de l'électeur de 
Brandebourg à Berlin. A cette époque ce prince 
ayant le projet de fonder un établissement sur 
la côte d'Afrique en Guinée envoya» à Angola 
von der Grœben avec deux vaisseaux. L'ex- 
pédition ayant réussi, notre voyageur fut 
nommé à son retour capitaine des juridictions 
de Marienwerder et de Riesenburg. Mais la vi- 
vacité de son caractère ne lui permettait pas de 
goûter longtemps le repos ; aussi obtint-il la per- 
mission de prendre part à la campagne des Vé- 
nitiens contre les Turcs dans la Morée. Parti en 
1686, il revint l'année suivante, et épousa une 
héritière de la famille de Schlieben. On a de lui : 
Orientalische Relsebeschreibung des Bran- 
denburgischen adelichen Pilgers , nebst der 
Brandenburgischen Schiffahrt nach Giiinea, 
und den Verrichtungen zu Morea ( Descrip- 
tion du voyage en Orient du noble pèlerin de 
Brandebourg, avec l'expédition brandebourgeoise 
en Guinée, et lee affaires de la Morée); Ma- 
rienwerder, 1694, in-4°; éd. très-augmentée , 
Dantzig, 1779, in-8°; — Bergonens und seiner 
tugendhajten Areteen Lebens imd Liebes 
Geschichte ( Histoire de la Vie et des amours 
de Bergonen et de sa vertueuse Aretée ) ; 
Dantzig, 1700, in-4°, omTage dans lequel von 
der Groeben a décrit poétiquement son voyage 
en Palestine. W. R. 

Les ouvrages de von der Groeben. — Adelung, Suppl. 
à Jocher. — Zedler, Univers.-Lexic. 

GROEBEN {Georges-Thierry de), général 
prussien, de la famille du précédent, né à Kœ- 
nigsberg, le 25 octobre 1725, mort le 20 juillet 
1794. il entra en 1743 comme cornette dans 
un régiment de cuirassiers , et prit part à toutes 
les campagnes de Frédéric le Grand. En 1756 
il devint aide de camp du fekl-maréchal Schwc- 
rin. Après avoir parcouru les divers degrés de 
la hiérarchie militaire, il fut nommé en 1780 
lieutenant-colonel, en 1782 colonel, en 1788 
chef du département de la guerre à Berlin, peu 

5. 



135 



GROEBEN — GROENING 



136 



de temps après président du conseil suprême 
de la gueri'e, et enfin lieutenant général en 1794. 
Ses ouvrages sur la science militaire eurent 
beaucoup de succès en Allemagne. Ils ont pour 
titres : Der Rittmeister ( Le Capitaine de Ca- 
valerie); Breslau, 1754, in-8°, traduit du fran- 
çais de Birac; — Die Befestigungshunst im 
Felde ( L'Art de la Fortification de Campagne ) ; 
Breslau, 1755, et 1776, in-4<'; traduction an- 
notée du français de Clairac; — Kriegsbi- 
bliotheh oder gesammelte Beytrœge zur 
Kriegs-Wissenschaft ; Zehn Versuche ( Bi- 
bliothèque de Guerre, ou documents réunis pour 
servir à la science militaire ; dix. Essais) ; Breslau, 
1754-1772, in-S"; continué sous le titre : Neiie 
Kriegsbïbliothek ( Nouvelle Bibliothèque de la 
Guerre); Breslau, 1774-1781, in-8"; — Vors- 
chlag einer allgemeinen Bilchermanufactur 
in und fur Deutschland ( Projet d'une ma- 
nufacture générale de livres pour l'Allemagne ) ; 
Francfort et Leipzig, 1764, in-S**; — Unter- 
suchungen ùber die ersten Grundsœtze der 
Taktik ( Observations sur les premiers Prin- 
cipes de la Tactique ) ; Breslau, 1771, in-4"; — 
Erlàuterung zum Ver stand der Schiffarth und 
des Seekrieges ( Explication pour faire com- 
prendre la navigation et la guerre maritime ) ; 
Breslau, 1774, in-8°; — Abhandlung von den 
Tiirnieren besonders der Deutsch^n , nebst 
einem Yorschlag dièse festlichen Uebungen 
zum Gebrauch der Reuterey zu erneuern 
und der heutigen Kriegsverfassung gemàss 
einzurichten ( Mémoire sur les Tournois, sur- 
tout sur ceux qui ont eu Heu en Allemagne, 
avec un projet de renouvekr à l'usage de la ca- 
valerie ces exercices de fête et de les disposer 
selon l'état actuel de la guerre ) ; Breslau, 1772, 
in-8°; — Ber Unterhalter fur Krïeger zum 
Nutzen und Vergniigen ( Le Causeur pour l'u- 
tiUté et l'amusement des militaires ) ; Breslau , 
1781-1782, in-8° ; trois trimestres seulement de 
cette revue ont paru. E. G. 

Streiit, Alphabet, ferzeichntss der schlesischen 
Schriftsteller. — Goldbéck, Litterarische Nachrichten 
von Preussen , ■ t. I, p. 158, et t II, p. 141. — Meusel, 
Lexikon der von nBO-1800 verstorbenen Schriftsteller. 

GROEME. Voy. Graeme. 

* GROENDAL ( Benedikt-Jonsson) , poète is- 
landais, né le 13 novembre 1762, à Gaarden-Vo- 
gum , dans le district septentrional de l'Islande, 
mort le 30 juillet 1825. Il entra à l'université de 
Copenhague en.l786, passa l'examen de jurispru- 
dence en 1791, et fut nommé la même année 
vïce-laugmand ( vice-sénéchal ) dans sa patrie. 
Nommé en 1800 assesseur au tribunal supérieur 
de l'Islande, il occupa ces fonctions jusqu'en 
1817. On a de lui : Kvsedi (Chants); Videy, 
1833, publiés par son gendre Sveinbjœrn Egils- 
.son; — d'autres poésies et des mémoires origi- 
naux, ou traduits du grec, du latin, de l'alle- 
mand , de l'anglais , dans les Skrifter ( Écrits ) 
delà Société de Littérature islandaise, dont il fut 
secrétaire de 1788 à 1791. E. B. 



Not, en tète de Kvxdi, p. 3-16. — A. Helgason , L'Kjtalc < 
( Oraison funèbre ) ; Videy, 18S3. — Erslef, ForJ.-Leic. 

*GROEiVDAL (Benedikt), poète islandais, ' 
petit-fils du précédent, et fils du savant Svein- j 
BjœrnEgilsson, né en 1826, à Besestad, passa en 
1847 l'examen de philosophie à Copenhague, et 
fut nommé en 1852 maître de danois et d'his- 
toire à l'école latine de Reykiavik. Il est depuis 
1846 membre de la société littéraire islandaise. 
On a de lui : Drapa um Œrvar-Odd (poème eu 
l'honneur de Œrvar-Odd, ancien héros), en 
12 chants; Reykiavik, 1851, in-8° ; — Kvsfdi 
(Chants); Copenhague, 1853; — traduction en 
vers des chants 19 à 22 de l'Odyssée (le reste est 
de Sv. Egilsson); ib., 1853-54; — Sœur ur 
Tusund og einni Nott islenkadar ( Les contes 
des Mille et une Nuits, traduits en islandais ) ; 
Reykiavik, 1852 ; — et des articles ou des pièces 
de vers dans divers recueils. E. B. 

Erslef, Forf.-Lex. 

GROEKiNG {Jean), publiciste, bibliograplie 
et numismate allemand, né à Wismar, en 1669, 
mort dans le commencement du dix-huitième 
siècle. Après avoir étudié la jurisprudence, il se 
rendit en 1690 à Rome, afin d'y compléter ses 
connaissances. De retour en Allemagne, il pra-: 
tiqua comme avocat dans sa ville natale. Après; 
s'être occupé de numismatique, il prit goût aux 
mathématiques, et entra, vers 1696, en corres- 
pondance avec Leibnitz. Ses ouvrages se l'ont 
remarquer par un style élégant et par un juge- 
ment solide. C'est à Grôning qu'on doit la pre-; 
mière histoire de la philosophie du droit. Ses 
écrits sont intitulés : De Jure hortorum ; Leip- 
zig, 1687; — De Jure elect'ionis régis Roma-\ 
nortimviventeimperatore ; i69i ; — NovaMsA 
tituta practica, quibus processus comniunesl 
cum parallelismo judicii auUci , cameralisl 
seu tribunalis Wismariensls et fort Saxonïcl,- 
ex prudentis practicx principiis et prxjudi-\ 
ciis novissimis , libris III exhibentur, cum 
Catalogo scriptorum practicorum ad ordi- 
nem institutionum digesto; Lubeck, 1692,i! 
in-12; Hambourg, 1702, in-12; — De Naviga- 
tione libéra, seu de jure quod pacatis ad\ 
belligerantium commercia competit; Ros-; 
tock, 1693, in-12, sous le voile de l'anonyme ;|i 
Puffendorf ayant écrit contre cet ouvrage, Groe-i 
ning répondit par un Discursus apologeticus] 
mis en tête d'une nouvelle édition de son livre ;' 
Lubeck, 1 698, in-8° ; — Historia Numismatico- 
critica; Hambourg, 1700, in-8'': ouvrage concer- 
nant surtout les auteurs et les cabinets numisma- 
tiques, ainsi que les médailles modernes; — Bi- 
bliotheca universalis, seu codex operum- 
i)flrio?7«H ; Hambourg , 1701, in-8": recueil' 
auquel se trouve réunies : Bibliotheca JuriS' 
Gentium et Historia Juris Principum ; — His- 
toria Expeditionis Russicse Caroli XIl, reijis 
Swecî*; Hambourg, 1701,in-8°, ouvragedans le.' 
quel règne une grande partialité pour Charles XII ; 
— Historia Expeditionis Britannicce, ex nu-\ 



137 GROENING - 

mismcde; Hambourg, 170l,in-8°; — Historia 
Cycloidis, contra Pasealium ; Hambourg, 1701, 
suivi de Hxigenii Annotationes posthumae in 
Is. Nevxtonii PhilosopMcse naturaiis Prin- 
cipia mathematicu ; — De Nœvis Juris Ro- 
mani et Foi'ensis; Hambourg, 1701; — Bi- 
bltotheca Juris Gentium exotica, seu de juris 
naturœ et gentium principiis juxta doctri- 
7iam Asiaticorum , Africanorum et Ameri- 
canorum ; Hambourg, 1701; — Relationes 
ReipubliCcelifterarias, tomus I, seu apparatus 
ad historiam scientiarum et artium , noti- 
tiam universalem celebriorum auctorum, 
epistolas,diplomata etobservationes, maxime 
antïquarias et physico-mathematicas ; Ham- 
bourg, 1702, m-8°; — Neu erôfjnete Historié 
der modernen Medaillen ( Nouvelle Histoire 
des Médailles modernes); Hambourg, 1702, 
et 1815, in-8°;— Historié der heutigen Re- 
l'igionen ( Histoire des Religions modernes ) ; 
Hambourg, 1702, in-12 ; — Kurze Historié der 
alfen Miinzen ( Histoire abrégée des Médailles 
modernes); Hambourg, 1702; — Bibliotheca 
Juris Gentium Europeea , sive de juris na- 
turx et gentium principiis juxta doctrinam 
Europœorum ; Hambourg, 1703, in-8° ; — 
Statistische Bûcher, das ist Wahrhaftes 
Staats -Intéresse und Vollkommner Staats- 
Minister ; Vollkommener Baumeister tmd 
Ingénieur ; neu projectirtes viathematisches 
Dictionarium ( Recueil d'ouvrages statistiques, 
c'est-à-dire Les vi-ais Intérêts de l'État; Le par- 
fait Ministre d'État; le parfait Architecte et In- 
génieur, et Projet d'un nouveau Dictionnaire 
Mathématique); Hambourg, 1703, in-8"; — 
Prascognita Philosophie experimentalis et 
antliarix; Hambourg, 1703, in-8°; — Expé- 
rimenta Physicse primigenia; Hambourg, 
1703, in-8°; — Apparatus ad Historiam Ar- 
tium et Scientiarum; Hambourg, 1703; — 
Musxum Juris et solidioris Littérature, quo 
exhibentur : Bibliographia propria ; Selectus 
epistolarum Lynkerl et Leibnitzii ;Delineatio 
musxi rariorum rericm; Methodus nova 
emendandi mores et studia orbis christiani ; 
Wismar, 1721, in-8° ; — Philosophia novaNu- 
mismatum ; Hambourg ; — une édition de l'ou- 
vrage de Puffendorf De Officiis hominis et ci- 
vis; Hambourg, 1706, in-12, précédée d'une 
Historia Juris Gentium. E. G. 

Kurzer Bericht von denen sdmmtlichen Schri/ten 
des JJerrn Groening, en tète des Statistische Bûcher 
de Grrening. — Adelung, Suppl. à .TOcher, .411(1. Cel.-Lex. 

GROENWEGEN ( Simon VAN der Made ) , 
jurisconsulte hollandais, né à Delft, en 1613, 
mort le 5 juillet 1652. Après s'être fait recevoir 
docteur en droit , il fut nommé secrétaire de sa 
ville natale. Ses ouvrages sont estimés , malgré 
la partialité qu'il y montre contre les catholi- 
ques. Ils sont intitulés : Introducli-o ad Jus 
HoUandium Hvgonis Grof.ii; Dordrecht, 1644, 
in-4°; Amsterdam, 1647; Delft, 1652 et 1667; 



GROESBECK 



138 



ouvrage qu'il traduisit lui-même en hollandais ; 
— Tractatus de Lerjibus abrogatis et inusi- 
tatis in Hollandia vicinisque regionibus ; 
Leyde, 1649, in-4'' ; Niraègue, 1664 et 1677, in-4'' ; 
Amsterdam, 1669, in-4°. E. G. 

Foppens, Bibl. Belgica. 

GaOËSBECK (Gérard de), prince- évèque 
de Liège, né en 1508, mort le 28 décembre 
1580. Il était fils de Jean, baron de Groes- 
beck , et de Berthe de Goër, et d'une des prin- 
cipales maisons de la Gueidre. Il était doyen de 
la cathédrale de Liège, lorsque Robert de Berg, 
prince-évêque, résigna ses pouvoirs en sa faveur, 
le 22 juillet 1563. Gérard fut consacré à Herken- 
rode , le 20 mai 1 565, et fît son entrée solen- 
nelle à Liège le 13 juin suivant. Le voisinage des 
protestants dans les Pays-Bas espagnols fut con- 
tagieux pour les Liégeois , et en 1 566 Hasselt, 
Maëstricht , Maseick, Stokeim et quelques autres 
villes de moindre importance se soulevèrent à la 
voix du prédicateur réformiste Hermann Stuic- 
ker. Gérard de Groesbeck marcha rapidement 
contre les révoltés. Hasselt se rendit le 1 1 mars 
1567, avec charge de payer les frais de la guerre, 
de réparer les lieux consacrés au culte catho- 
lique et de chasser les calvinistes. Maëstricht 
se soumit sans coup férir ; mais comme cette ville 
appartenait par indivis à l'Espagne et à l'èvêché 
de Liège, Marguerite, duchesse de Parme et gou- 
vernante des Pays-Bas, crut devoir n'accorder de 
pardon qu'après un certain nombre d'exécutions. 
Les autres villes, effrayées, n'attendirent pas l'ar- 
rivée de l'armée épiscopale pour rentrer dans le 
devoir. En 1568, après l'odieux supplice du 
comte de Horn et la mort de son frère Montigny, 
le comté de Horn revint par dévolution à l'èvêché 
de Liège, parce qu'ils n'avaient point laissé d'hé- 
ritiers masculins. La même année Gérard Groes- 
beck refusa le passage aux troupes que Guil- 
laume, prince d'Orange, amenait d'Allemagne au 
secours des protestants des Pays-Bas. Le prince 
traversa alors la Meuse, pilla Saint-Tron et passa 
outre. Repoussé par le duc d'Albe, il rentra dans 
le Liégeois , dont il assiégea la capitale. Groes- 
beck appela les Espagnols, et Guillaume fut 
obligé de lever le siège. Plusieurs habitants, que 
l'on soupçonna d'être d'accord avec les réfor- 
mistes, furent mis à mort. Les jésuites, que l'è- 
vêque s'était empressé d'appeler dans sa prin- 
cipauté, aidèrent beaucoup Groesbeck dans les 
persécutions qu'il fit subir aux calvinistes , et 
formèrent en 1569 leur premier établissement 
à Liège. Cette même année vit fonder dans le 
Liégeois les célèbres manufactures de glaces 
dont les produits ont gardé jusqu'à nos jours 
une réputation méritée. En juillet 1571 , Guil- 
laume d'Orange reparut de nouveau, et le 4 aoiU 
il s'empara de Ruremonde, après un vigoureux 
siège. Durant les années suivantes Groesbeck 
fut occupé à éloigner les Espagnols ou à re- 
pousser les confédérés , qui, selon les chances 
de la guerre, refoulaient sur le territoire liégeois; 



139 

enfin, en 1580, il se prononça ouvertement pour 
l'Espagne , et fournit de l'artillerie et quatre mille 
pionniers au duc de Parme, qui assiégeait Maës- 
tricht. La ville fut emportée d'assaut , le 29 juil- 
let , après un siège des plus meurtriers , où l'on 
vit les femmes combattre avec la même ar- 
deur que les hommes. L'évêque voulut vaine- 
ment s'interi)oser entre les vainqueurs et les as- 
siégés ; le sac dura trois heures , pendant les- 
quelles , dit la Grande Chronique de Hollande, 
les Espagnols, Walons, Italiens et Allemands, 
tuèrent tout ce qu'ils rencontrèrent sans y rien 
(c espargner, hommes ny femmes, ieunes ny 
vieux ■". Le prélat mourut quelques mois après ce 
massacre. Il fut enterré dans l'église cathédrale 
de Saint- Lambert. Le pape Grégoire XIII lui avait 
accordé la barrette en 1578. Ernest de Bavière 
lui succéda. A. d'E— p— c. 

: Jean-François Le Petit, La Grande Chronique ancienne 
et moderne de Hollande, etc.; Oordrecht, 1601, 2 vol. 
in-4° ; t. 11, col. 1370-1382. — L'Jrt de vérifier les dates. 
Chronologie des Évèqiies et Princes de Liège, t. XIV, 
p. 259-241 . — Moréri, Le grand Dictionnaire historique. 
GROGNET ouGHOSNET (Pierre), poète fran- 
çais du seizième siècle, né à Toucy, petite ville 
du diocèse d'Auxerre, mort vers 1540. On croit 
qu'il avait étudié le droit à Orléans ou à Bourges. 
Il prit le grade de maître es arts et licencié en 
droit , fréquenta le barreau , et finit par embras- 
ser l'état ecclésiastique. Il se donne lui-même les 
titres de prêtre et humble chapelain. « La 
principale utilité des poésies de Grognet se tire , 
dit l'abbé Goujet , des faits historiques dont il 
nous a conservé la mémoire , et dont il nous 
donne les dates précises avec les circonstances 
au moins principales. » Ses principaux ouvrages 
sont : Les mots dorés du grand et saige Ca- 
ton, lesquels sont en latin et en françois 
avecques aucuns bons et très-utiles adaiges, 
auclorités et dicts moraux des saiges , pro- 
fitables à ung chascun; et en la fin du livre 
sont insérées aucunes propositions subtiles 
et énigmatiques sentences, avecques l'inter- 
prétation d'icelles pour la consolation et la 
récréation des auditeurs, tome F'^; Paris, 
1530, in-12; tome II, Paris, 1533, in-8°; reim- 
primés avec des additions, sans date , Paris , 
2 vol. in-16, très-rare; — De la Louange et 
excellence des bons Facteurs qui bien ont 
composé en rime tant deçà que delà les 
monts . L'abbé Goujet a donné quelques frag- 
ments de cette pièce dans sa Bibliothèque fran- 
çoise et l'abbé Lebeuf l'a publiée en entier dans 
le Mercure de France de juin 1739. C'est une 
notice d'un grand nombre de poètes, depuis 
; Alain Chartier et môme Jean de Meung, jusqu'à 
ceux qui vivaient du temps de l'auteur, écrite 
en vers de huit syllabes; elle contient l'éloge des 
plus grands poètes de l'Italie, Dante, Pétrarque, 
Boccacc, et des poètes français les plus célèbres 
alors; Goujet en cite plusieurs qui n'étaient déjà 
plu.ç connus que par les vers de Grognet; — 
Récollection des merveilleuses choses et nou- 



GROESBEGK — GROGNIER 140 

velles advenues au noble royaume de France 
en nostre tems depuis l'an de grâce 1480, 
Grognet composa cette chronique vers l'an 1 530, 
dit Goujet , et la présenta à Jehan de Dinteviiie, 
maître d'hôtel ordinaire du roi, le suppliant 
d'en « corriger le gros et trop rude langaige, mal 
aorné, et cela faict, le présenter ( avec les beaux ' 
mots dorés de Caton ) à messeigneurs les en- i 
fants de France. » Cette chronique rimée, écrite ' 
avec naïveté, dans le goût de celle de Chastelain , 
et de Molinet, a été réimprimée dans le Mer- , 
cure de novembre 1740 ; ~ La Louange des | 
Femmes, dédiée à la reine Aliénor; — Bonne ; 
Doctrine pour les Filles ; — La Louange et \ 
description de plusieurs bonnes Villes et ci- t 
tés du noble roijaume de France; — Des- 
cription de Van que les bleds semé::, gelèrent 1 
en terre (1523); — Paraphrase en prose de 
quelques endroits des tragédies de Sénèque; 
à la suite des Sentences et mots dorés du 
même en rime; Paris, 1534, in-8°; — Le dé-*, 
senchantement du Péché de Luxure, et gêné- < 
ralement de tous les péchés mortels; Paris, 
1537.DU Verdier enciteune autre édition, sous 
ce titre : Manuel ou Promptiiaire des Vertus 
morales et intellectuelles ; Paris, sans date, 
in-8°; c'est la traduction d'un ouvrage latin qu'il 
publia ensuite sous le titre d'Enchiridion Vir- 
tutum, 1538, in-8°, et qu'il dédia à Antoine 
Duprat, chancelier de France. L. L— t. 

Goujet, Bibliothèque françoise, tome X, p. 383 et suiv. 
— La Croix du Maine et Ou Verdier, Bibl. franc. — Le- 
beuf, Lettres sur P. Grognet et ses ouvrages ; dans le 
Mercure de France, décembre 1737, juin 1738, mars et 
juin 1739. — Abbé Joly, Lettre sur la Patrie et le 
nom de Grognet ; àans le Mercure de France, de juin 
1739. — Réponse aux diffl,cultés de M. Joly touchant 
la patrie et le nom de P. Grognet; dans le Mercure de 
F'rance de juillet 1739. — Lettre de M*** aux auteurs 
du IMercure, contenant le fragment de la Chronicque 
rimèe de P. Grognet ; insérée dans le Mercure de no- 
vembre 1740. 

GROGNIKR ( Louis-Farcy ), vétérinaire fran- 
çais , né à Aurillac , le 20 avril 1775, mort à 
Lyon, le 7 octobre 1837. Son père était notaire, 
et le destinait à la marine. Il était dans une école 
spéciale à Bordeau.'c lorsque la révolution le fit 
revenir près de ses parents. Il entra ensuite à l'é- 
cole vétérinaire de La Guillotière, y devint répéti- 
teur, combattit avecles Lyonnais contre les forces 
de la Convention; et après la reddition de la 
ville il s'enrôla, sous un nom emprunté, dans les 
troupes de la république. Il fit une campagne 
dans la Vendée, où il put utihser ses connnais- 
sances dans un dépôt de cavalerie. En 1799 il 
vint reprendre sa place à l'école vétérinaire de 
Lyon, et reçut l'emploi de bibliothécaire de 
cette école, et plus tard, à la suite d'un concours, 
la chaire de botaniquemédicale. Enfin, il y obtint la 
chaire de zoologie , d'hygiène , de multiplication 
des animaux domestiques et de jurisprudence 
vétérinaire. Membre de la Société d'Agriculture,, 
dont il devint secrétaire perpétuel, et du comité 
de salubrité , il composa beaucoup d'opuscules, 
de mémoires , de rapports et d'éloges. On lui 



II 



i 



141 GROGNIER — 

doit : Notice historique et raisonnée sur 
C. Bourgelat, fondateur des écoles vétéri- 
naires, où Von trouve un aperçu statistique 
sur ces établissements ; Paris, 1805, in-8°; — 
Comptes rendus des Travauee de la Société 
d'Aqriculture, Histoire naturelle et Arts 
uliles de Lyon; Lyon, 1811-1812, 1817, 1821- 
1822, 1823, 1824,5 cahiers in-8";— Rapport 
sur un nouvel engrais végéto-minéral, dit ga- 
doue artificielle; Lyon , 1820, in-8° ; — Éloge 
de M. Varenne de Fenille, couronné en 1813, 
pur la Société d'Émulation et d'Agriculture 
du département de l'Ain; Paris, mai 1817, 
;i;-8°; — Rapport sur l'établissement pasto- 
■ // de M. le baron de Staël à Coppet , lu à la 
Société royale d'Agriculture de Lyon; Lyon, 

1827, in-8°; — Notice sur M. Rieussec; Lyon, 

1828, in-8°; — Considération sur l'usage ali- 
mentaire des végétaux cuits pour les herbi- 
vores domestiques ;h^on, 1831, iu-8'' ; — Notice 
sur J.-B. Balbis ;Lyon, 1831;— Recherches 
sur le Bétail de la haute Auvergne, et parti- 
culièrement sur la race bovine de Salers; 
Paris, 1831, in-8° ; — Notice sur les Travaux 
de la Société d'Agriculture de Lyon en 1832 ; 
Lyon, 1832, in-8° ,• Mémoires de la Société d'A- 
griculture de Lyon; Lyon, 1832-1833, in-8°; 
— Précis d'un Cours de Zoologie vétérinaire ; 
Lyon, 1833, in-S"; 2" édit., revue et augmentée, 
publiée sous le titre de Cours de Zoologie vé- 
térinaire; Paris, 1837, in-8";,— Précis d'un 
Cours d'Hygiène vétérinaire; Lyon, 1833, 
in-8"; "f édit., revue et augmentée, sous le titre 
de Cours d'Hygiène vétérinaire ; Paris, 1837, 
in-8°; —Notice sur F.-N. Cochard; 1836, 
dans la Revue du Lyonnais ; — Notice sur 
C.-M. Jacquard; Lyon, 1836, in-8°;— Précis 
d'un Cours de Multiplication et de perfec- 
tionnement des principaux Animaux domes- 
tiques ; Lyon, 1838, in-8"; 3® édit., sous le titre 
de Cours de Multiplication, etc.; Paris, 1840, 
in-8°; — Recherches historiques et statistiques 
sur le Mûrier, les Vers à Soie , et la fabrica- 
tion de la soierie , particulièrement à Lyon et 
dans le Lyonnais ; in-8" ; — Notes sur les 
Chèvres de Cachemire importées en France; 
in-8°. Grognier a en outre donné des articles aux 
Archives du Rhône , à la Gazette universelle 
et au Courrier de Lyon. II a rédigé avec Mo- 
rogues, Mirbel et autres un Cours complet 
d'Agriculture, ou nouveau dictionnaire d'a- 
griculture théorique et pratique , d'économie 
rurale et de médecine vétérinaire. Enfin, il a 
joint un Traité de l' Engraissement des Veaux, 
des Bœuf s et des Vaches au Manuel du Bouvier 
de Robinet; 3" édition, 1837, 2 vol. in- 12. J. V. 

Magne, iVoiir-e nécrolo(îique sur 31. Grognier ; dana 
la Revue du Lyonnais, tome VI II, p. 265-308. — Qiié- 
rard, La France lUtiiraire. — Loii.indrc et Bourquelot, 
La Littérature française contemporaine. 

GROHMAiVN {.îean-Godefroid), graveur et 
écrivain artistique allemand , mort en 1805. Il a 
gravé, entre autres, on 1802, \q portrait d'Al- 



GROIGNARD 



142 



bert Diirer, d'après Sandrart et Kilian; dans la 
Gallerie merkwurdiger Menschen (Galerie 
des hommes remarquables). Les ouvrages qu'il 
a publiés ont pour titres : Ueberreste der eegyp- 
tischen Baukunst (Monuments de l'Archi- 
tecture égyptienne ) , cahier avec dix planches 
in-fol.; Leipzig, 1799; — Bruchstiicke der go- 
thischen Baukunst { Fragments d'Architecture 
gothique ), 2 cahiers avec 24 planches ; Leipzig, 
1799-1802; — Handworterbuch der bûrger- 
lichen Baukunst und schonen Garten-Kunst 
( Dictionnaire d'Architecture civile et d'Horticul- 
ture ), 2 parties, avec planches ; Leipzig, 1804 ; — 
Gebràuche tind Kleidungen der Chinesen, 
12 cahiers avec 60 planches coloriées; Leipzig, 
1798-1803. W. R. 

Kayser, Bûcher- Lexikon. — Kagler, Nettes Allg,- 
Kùnstler-Lexicon. 

GROiGiVARD {Antoine), ingénieur maritime 
français, né le4février 1727,àSolliès(Var) ,mort 
à Paris, en 1797. Sorti des écoles de Paris, il subit 
avec honneur, en 1745, les examens à la suite 
desquels il fut admis à l'emploi d'ingénieur cons- 
tructeur. Il voyagea d'abord , et constata dans 
deux mémoires couronnés par l'Académie des 
Sciences ses connaissances pratiques dans l'art 
de la navigation. Tl introduisit l'uniformité dans 
la construction des bâtiments de l'État. Puis 
il fut chargé de la formation de la marine de 
la Compagnie des Indes , composée de plus de 
vingt vaisseaux. Tout en laissant à ces navires 
leur destination commerciale, il les rendit propres 
à la guerre , et améliora leur marche. Ses plans 
furent adoptés pour toute la marine marchande, 
et même pour la course. En 1759 il contribua à 
la défense du Havre, attaqué par les Anglais; 
l'année suivante , il fut attaché au maréchal de 
Vaux, qui préparait une descente en Angleterre. 
Il augmenta la sécurité des ports de Saint- Valéry, 
La Houguê et Cherbourg par des travaux bien 
conçus , et construisit les premiers bassins de 
Toulon et de Brest, en 1783 et 1784. Un million 
avait été promis à celui qui parviendrait à doter 
la marine d'un bassin à Toulon. Groignard se 
contenta du grade de capitaine de vaisseau et 
d'une pension de 6,000 fr. Le roi y ajouta des 
titres de noblesse avec cette devise : Mare vidit, 
etfugit. Le titre A'ingénieur général de la 
marine fut créé pour lui. En 1796 il fut nommé 
ordonnafeur à Toulon ; il y avait commencé de 
grands travaux, lorsque des raisons de santé le 
rappelèrent à Paris, où il mourut. 

Deux mémoires do ce savant ont été imprimés 
dans le recueil des prix de l'Académie des Scien- 
ces; le premier a j>our titre : Mémoire sur le 
roulis et le tangage d'un vaisseau , composé 
à l'occasion d'un concours ouvert par l'Académie 
des Sciences ; le second est intitulé : De l'arri- 
mage des vaisseaux ; il a été réimprimé en 1814, 
à la suite du Manœuvrier de Bourde de Ville- 
huet. P. A. 

Quérard, La France littéraire. 



143 



GROICKl — GROLIER 



144 



* GiiOiCKi { Barlholomé ), jurisconsulte po- 
lonais , vivait vers le milieu du seizième siècle. 
On lui doit la première traduction en polonais 
des lois saxonnes, qui, connues sous le nom de 
lois de Magdebourg, régissaient jadis certaines 
villes de la Pologne. Il traduisit aussi la procédure 
criminelle de l'empereur Charles V, appelée la 
Constitiitio CaroUna, ainsi que l'ouvrage de 
Justus Damhœndorius , célèbre jurisconsulte 
belge, sous le titre de : Obrona sierati Wdoio; 
Cracovie, 1665 (Défense des Orphelins et des 
Veuves, à l'usage deleurs tuteurs ). Outre ces tra- 
ductions, Groicki fut l'auteur de nombreuses pu- 
blications judiciaires , dont les principales, rédi- 
gées en idiome national, sont : Porzadek Spraw 
i Saclow (Ordre des procès jugés paries tribu- 
naux d'après les lois de Magdebourg) ; — Vstawa 
placy (Ordonnances sur les taxes judiciaires à 
payer d'après les lois de Magdebourg); — Simi- 
maryusz porzadku spraio (Sommaire corrigé 
de l'ordre judiciaire et des articles que renfer- 
ment les lois de Magdebourg ou impériales) . Enfin, 
il publia , par ordre de Sigismond r-"", i-oi de Po- 
logne, Abrogatio et Moderatio abusuum et 
sumptunm, qiiibus litigantes partes, tam 
apud scabincde quam advocaliale officium, 
nimio antea gravabantur, necessario con- 
stituta et per senatum civitatis Cracoviensis 
promulgata ; Cracovie, 1647. 

N. K. 
Nicsiecki, Kovena Polska { l,a Couronne ou Armoiries 
de Pologne). — Bentkowski, Historya Literatnry pol. 
(Histoire de la Littérature polonaise ), tome II. — Cho- 
dyniecki, Dylicyunarz PolaJcow Uczonych, (Diction- 
naire des Polonais érudits), tome I. 

GROLÉE {Humbert ou Imbert de), capi- 
taine français, né vers la fin du quatorzième 
siècle, à Lyon, mort dans la même ville, le 23 dé- 
cembre 1434. Fils d'Aimar, seigneur de Grolée, 
qui appartenait à une ancienne famille du Bugey 
établie à Lyon , il devint conseiller, camérier et 
maréchal du dauphin, bailli de Mâcon et séné- 
chal de Lyon en 1418. On le connaît aussi sous 
le nom de seigneur de Passin. En 1422 il battit 
un parti d'Auvergnats commandés par le sire de 
Rochebaron. En 1423, Grolée battit des Maçon- 
nais, et fit prisonnier le maréchal de Toulongeon, 
leur chef. Jean de Châlons, duc d'Orange, ayant 
échoué dans son attaque sur le Dauphiné, que 
défendait Gaucourt, résolut de se rendre dans la 
Bresse. Il rencontra Grolée et d'autres capitaines 
près d'Anton, où il devait passer le Rhône. Il 
accepta la bataille, et fut défait, le 11 juin 1430. 
Cherchant son salut dans la fuite, le duc d'O- 
range dut se jeter dans le fleuve à cheval et tout 
armé, pour se réfugier dans le Bugey. Le 9 juillet 
suivant , Grolée était à Vinzelles, dans le Maçon- 
nais, et toutes les places situées entre Mâcon et 
Lyon reconnaissaient l'autorité du roi. Au mois 
de juin 1434, il assistait àl'entréede Chailes VU 
à Lyon. Au mois d'aoï'it il fit son testament, et 
mourut quelque temps après. 

Antoine de Gkolée, petit-fils d'Humbert, 



chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalera , portait 
l'étendard de la rehgion au siège de Rhodes en 
1531 . Il fut envoyé en ambassade à Soliman par 
le grand-maître, et conduisit la flotte contre 
Barbe-Rousse en 1535. C'est lui qui fut chargé de 
demander à l'empereur l'île de Malte pour son 
ordre, et il se rendit maître de La Goulette sous 
les yeux de Charles Quint. L. L— t. 

I.a Chenaye-Desbois, Dict. de la Noblesse. — Abbé 
Pernetti, Les Lyonnais dignes de mémoire. — JI. de 
Barante, Uist. des Ducs de Boiirr,ogne. — Péricaud, 
Documents sur Lyon (sous Charles VI et Charles VII ). 
— Chorier, Hist. du Dauphiné. — Breghot du Lut et Pé- 
ricaut, Biogr. Lyonnaise. 

GROMER DE SERTIER ( Jean ), vicomte d'A- 
GuiSY, bibliophile célèbre, né à Lyon, en 1479, 
mort à Paris, en octobre 1565. Il était originaire 
d'Italie, et il montra de bonne heure un goût 
très-vif pour l'étude. Son père, qui était gen- 
tilhomme du duc d'Orléans, devenu le roi 
Louis XII, l'introduisit à la cour ; François I*^'' 
le distingua, et le choisit pour intendant général 
de l'armée dans le Milanais. Après les désastres 
des Français en Italie, Grolier repassa les Alpes ; il 
devint l'un des quatre trésoriers généraux, et 
administra les finances avec habileté et avec 
intégrité; il fut toutefois en butte à de vives ac- 
cusations , mais il triompha de l'envie de ses en- 
nemis. Chargé de missions diplomatiques im- 
portantes à Rome, il y déploya une capacité 
remarquable. En Italie comme à Paris, il s'é- 
tait lié avec les savants et avec les littéi'ateurs , 
auxquels il accordait une protection efficace; à 
la fin d'un repas, il lui arriva, un jour, d'offrir 
à ses doctes convives, des gants où il avait 
placé une somme en or. Les nombreuses dédi- 
caces qui lui furent adressées ne permettent pas 
de douter qu'il ne récompensât généreusement 
de pareils hommages. Gaffuri lui dédia, en 1517, 
son ouvrage sur la musique, et Budé, en 1522, 
son traité De Asse (un exemplaire sur peau- 
vélin de ce volume, celui qui fut présenté à Gro- 
lier, acheté 1,500 fr. en 1816, à la vente Mac 
Carthy, a passé en Angleterre). Nous trouvons 
aussi des dédicaces pareilles en tête d'un Suétone 
imprimé à Lyon, en 1518, du livre d'Etienne 
Niger sur la httérature grecque (Milan, 1517 ) 
et de divers autres ouvrages. Dans maint écrit du 
temps il est mentionné avec de grands éloges. Ce 
qui a fait la gloire de Grolier, c'est sa biblio- 
thèque. Elle était formée d'exemplaires de choix 
des meilleurs ouvrages en tous genres qui exis- 
taient alors, et il avait donné à tous ses volumes 
une reliure fort élégante : des ornements de très- 
bon goût décorent les plats du livre, et chacun 
d'eux porte indépendamment de la devise du 
propriétaire ( Portio mea , Domine , sit in 
terra viventium ) , une inscription qui atteste 
sa générosité : lo. Grolierii et amicorum. 
On connaît plusieurs exemplaires d'un môme 
ouvrage qui portent cette marque, et on- ac- 
quiert ainsi la preuve de sa libéralité dans la 
communication de ses trésor.s littéraires* Les bi- 



(45 



GROLIER — 



bliothèques publiques les plus riches se font 
un honneur de posséder des volumes à la reliure 
de Grolier ; les bibliophiles les recherchent 
avec un empressement qui va toujours en crois- 
saut et qu'attestent les prix élevés qu'ont ob- 
tenus dans le cours de ces dernières années 
certains de ces livres lorsqu'ils se sont présentés 
dans les enchères publiques de Paris. On a vu, 
par exemple, en 1854, les Adages d'Érasme 
(Aide, 1520, in-fol. ) s'adjugera 1,720 fr., le 
Virgile de 1527 (Aide, in-8" ) à 1,600 fr. ; le 
traité de Marsile Ficin, De Sole ( 1490, in-fol. ) 
est monté à 1,500 fr.; les Lettres de Pline (Aide, 
1508, in-8° ) à 1,100 fr. En mars 1856, à la vente 
Hebbehnck, le Catulle d'Aide, 1515, a été ad- 
jugé au prix énorme de 2,500 francs. Le Cicéron 
des Junte 1536 à 1537, 5 vol. infol. (marocain 
violet antique), vendu 1485 fr., chezDecotte, en 
1 804, a été revendu seulement 902 fr. chezF.Didot 
en 1810. Nous laissons de côté bien d'autres vo- 
lumes isolés, payés de 400 à 800 francs. Parmi 
les amateurs qui s'étaient attachés à réunir des 
volumes à la reliure de Grolier, on doit signaler 
Renouard, le savant historien des Aide Manuce 
et des Estienne , et Coste , magistrat lyonnais. 
Leurs collections ont été dispersées; mais celle 
d'(m autre Lyonnais, M. Yemeniz, et celle que 
forma lord Spenser, existent encore, etelles offrent 
en ce genre des objets fort précieux. La Biblio- 
thèque impériale de Paris offre également aux yeux 
des amateurs des Grolier dignes d'une admiration 
véritable. Le Musée Britannique en possédait plu- 
sieurs, et le legs de la collection formée par 
sir Thomas Grenville ( voy. ce nom ) lui a pro- 
curé six de ces précieux volumes. Il serait cu- 
rieux de refaire l'inventaire de la bibliothèque 
de Grolier ; on a tenté de réunir tous les titres 
que présentent les catalogues , mais une pareille 
énumération est encore bien imparfaite. La bi- 
bliothèque elle-même subsista un siècle, et fut 
dispersée en 1675, moins heureuse que la belle 
collection de médailles que Grolier avait formée, 
et dont Louis XIV fit l'empiète , ne voulant pas 
que la France fût privée de ce trésor. Un auteur 
du temps, qui recueillit quelques-uns des volumes 
de Grolier, s'exprime ainsi : « Il semble à voir 
ces Hvres, que les Muses qui ont contribué à la 
composition du dedans se soient aussi appliquées 
à les approprier au dehors, tant il paraît d'art 
et d'esprit dans leurs ornements. Ils sont tous 
dorés avec une délicatesse inconnue aux doreurs 
d'aujourd'hui ; les compartiments sont peints de 
diverses couleurs et parfaitement dessinés. » 
G. Brhinet. 

Dibdin, Bibliomania , p. 489, et Bibliographical De- 
eameron, t. II. — Bulletin de l'alliance des Arts, t. II 
(1844), p. 252. — Ronaventure d'Argorine, Mélanges, 1725, 
t. 1, p. 186. — Colonia, Histoire liltéraire de Lyon. — 
Pernetti, Les Lyonnais dignes de mémoire; 1757, 2 vol, 
In-S". 

GROLLiER (César), historien français , né 
vers 1510, mort après 1582. Il reçut une bonne 
éducation, et fut emmené à Rome, Le pape 



GROLLIER 146 

Clément VII voulut se charger de lui; et s'il 
mourut sans avoir assuré son sort , il lui laissa 
du moins des protecteurs puissants. Après 
avoir occupé divers emplois. César GroUier de- 
vint secrétaire des brefs. Avec la permission de 
Jules III, il épousa une riche héritière de Flo- 
rence. Compris dans la disgrâce de son fils 
Alexandre, il se réfugia à Florence, où il se tint 
caché avec son fils tant que vécut Grégoire XIII. 
Après la mort de ce pape, il revint à Rome. On 
a de lui : Historia expugnatsR et direptœ ur- 
bis Romas per exercitum Caroli V, impera- 
ioris, die sexta maii 1527, Clémente Vil 
pontlfice; Paris, 1637, in-4". Selon Bonamici, 
cet ouvrage est plutôt d'un rhéteur que d'un his- 
torien, j. V. 

Bonamici, De Claris pontiticar. epistol. Scriptoribus. 
— J.-V. Rossi ( Erythrseus ), Pinacotheca Imaginum, 
illustrium. — Le P. Colonia , Hist. littér. de Lyon. 

GROLLIER ( Antoine ), capitaine et diplomate 
français, né à Lyon, en 1 545,mort à Saint-Germain- 
du-Mont-d'Or, prèsdeLyon, en 1610. Après avoir 
accompagné de l'Aubespin dans son ambassade 
d'Espagne, il embrassa la carrière militaire, et 
se distingua pendant les gnerres de religion par 
son dévouement à la cause royale. Enfermé par 
les ligueurs dans le château de Pierre-Encize 
en 1589, il réussit à s'échapper, par les soins de 
sa femme, qui lui apporta des cordons de soie 
sous ses vêtements, et il se retira en Suisse, d'où 
il revint avec 1 ,500 hommes et rejoignit Henri IV 
au siège de Rouen. En 1595, il contribua à faiie 
rentrer Lyon sous l'obéissance du roi, et fut chargé 
successivement de différentes négociations en 
Suisse et à Turin. Il demeura plusieurs années 
dans cette dernière ville avec le titre de rési- 
dent. La nouvelle de l'assassinat de Henri IV 
fut cause de sa mort. On conservait un recueil 
de ses lettres à la bibliothèque de Saint-Germain- 
des-Prés. J. V. 

Moréri, Grand Dict. histor. — Veraetti, Les Lyonnais 
dignes de mémoire. 

GROLLIER DE SERVIÈRES {NiCOlas),Ûh 

du précédent, né à Lyon, en 1593, mort dans la 
même ville, en 1686. Il servit pendant quarante 
années avec distinction, devint lieutenant-co- 
lonel, major de Turin, commandant à Pignerol. 
Après avoir pris sa retraite, il se livra à la mé- 
canique, et forma un cabinet assez curieux pour 
que le roi Louis XIV désirât le visiter en passant 
à Lyon. On y voyait plusieurs pièces de tours', 
des horloges extraordinaires , des machines pour 
l'attaque et la défense des places , pour la cons- 
truction des ponts, des maisons, des moulins, etc. 
On le regardait comme un des meilleurs ingé- 
nieurs et officiers d'infanterie de son temps. Au 
siège de Verceil , il reçut sept coups de fusil et 
eut un œil crevé. Il s'était fait cette épitaphe : 
« Ci-gît qui a vécu longtemps parce qu'il ne 
connut ni procès ni médecin. » J, V. 

Moréri, Grand Dict. tiist. — P. Colonia, Hist. littér. 
de Lyon. — Pernetti, Les Lyonnais dignes de mé- 
moire. 

GROLLIER ( Gaspard), comte ce Servières, 



147 GROLLIER 

né à Lyon, en 1676, mort dans la même ville, le 
26 février 1745. Jl entra au service en 1696. 
II se distingua à Neustadt et à Lnzzara , et fut 
nommé lieutenant-colonel en 1702, puis commis- 
saire provincial des guerres en 1708. A sa mort 
il était membre de l'Académie de Lyon et direc- 
teur de la Société des Beaux- Arts de cette ville. 
On a de lui : Recueil d'ouvrages curieux de 
mathématiques et de raécanique, ou descrip- 
tion du cabinet de Nicolas Grollier de Ser- 
vières; Lyon, 1719, 1732, et Paris, 1751, in-4°, 
avec fig. Il a laissé plusieurs ouvrages manus- 
crits, indiqués par Delandine dans le Catalogue 
des Manuscrits de la Bibliothèque de Lyon. 

J. V. 
Pernetti, Les Lyonnais dignes de mémoire. — Qué- 
rard, La France littéraire, 

* GROLLIER (N. DE FoLiGNY-D AMAS , mar- 
quise DE ), célèbre peintre de fleurs, née le 21 dé- 
cembre 1742, morte en 1828. Mariée fort jeune 
au marquis de Grollier, elle vécut d'abord ignorée 
du monde, dans le château de Pont-d'Ain, puis 
elle vint à Paris^ où sa vocation se manifesta. 
Élève de van Spaendonck, elle en devint bientôt 
l'émule. Aux Tuileries, où elle habitait près de 
Marie-Antoinette , à Lainville ( Seine-et-Oise ) , 
dans son magnifique parc , elle soignait de ses 
mains lesfleursses modèles. Fuyant la révolution, 
elle parcourut la Suisse, l'Allemagne, et habita 
Flox'ence et Rome : Canova, qui la suivit dans ces 
deux villes, l'appelait le Raphaël des fleurs. 
Quand il lui fut permis de revenir en France, 
elle alla s'établir à Épinay près Paris, où son ate- 
lier servit de rendez-vous aux plus illustres ar- 
tistes. C'est dans ce lieu qu'elle perdit la vue : 
ce malheur, récompense ordinaire des études 
longues et opiniâtres, fut par elle supporté avec 
une pieuse résignation. Louis Lacour. 

Solange Bodin, Notice sur madame la marquise de 
Grollier ; dans les Annales de la Soc. d'Horticulture de 
Paris ( déc. 1828 ). 

GROLMAN ( Charles-Louis-Guillaume de ), 
jurisconsulte et homme d'État allemand , né le 
23 juillet 1775, à Giessen, mort le 14 février 
1829. Son père était conseiller de régence au 
service du landgrave de Hesse-Darmstadt. A 
l'âge de seize ans Grolman commença l'étude de 
la jurisprudence, à l'université de sa ville natale, 
oii il obtint le grade de docteur en droit en 1795; 
Il y fit ensuite pendant trois ans des cours 
particuliers de droit , en qualité de privat-do- 
cent ; en 1798 il fut nommé professeur extraor- 
dinaire, et deux ans après professeur ordinaire. 
Dès 1797 il se signala par la publication d'ou- 
vrages philosophiques sur la science du droit, 
notamment du droit criminel : il y établissait une 
théorie nouvelle pour le droit pénal, la théorie 
de la prévention. Les circonstances politiques 
ayant rendu vraisemblable l'introduction du Code 
Civil français en Hesse, Grolman se consacra à 
l'étude approfondie de la législation française, 
pour laquelle il se montra d'abord très- favorable- 
ment disposé. Nommé recteur en 1810, il se fit 



GROLMAN 



148 



remarquer par sa sévérité dans l'exécution des 
mesures suggérées par le gouvernement français 
contre les associations d'étudiants. En 1814 il 
prit une part active à la guerre contre Napo- 
poléon , en qualité de chef de bataillon dans la 
Landwehr. 

Après avoir été nommé chancelier de l'uni- 
versité de Giessen en 1815, il quitta l'année sui- 
vante la carrière de l'enseignement , et se rendit 
à Darmstadt comme président de la commission 
nommée pour élaborer un nouveau code de lois 
pour le grand-duché. Vers la fin de l'année 1819, 
il fut nommé ministre d'État, et mis à la tête de 
toute l'administration, à l'exception des affaires 
militaires. Des mesures énergiques furent prises 
sur son ordre pour arrêter les manifestations 
de mécontentement, qui dans plusieijj-s endroits 
avaient dégénéré en révolte ouverte. En même 
temps Grolman fit donner aux contribuables des 
moyens assurés pour se prévaloir contre les 
extorsions des percepteurs , de même qu'il mit 
fin à l'arbitraire des juges , par la nomination 
d'une commission chargée de faire des en- 
quêtes sur la manière dont se rendait la justice. 
Le 18 mars 1820 fut rendu, d'après les conseils 
de Grolman, un édit établissant le gouvernement 
représentatif. Les attributions subalternes assi- 
gnées aux chambres par cet édit étaient loin de 
réahserles promesses delà déclaration du grand- 
duc en 1814 ; les élections se firent donc sous l'ins- 
piration d'un mécontentement général : à peine 
Grolman put-il réunir, pour l'ouverture des 
chambres, la majorité absolue des députés , tant 
les démissions furent nombreuses pour protester 
contre le manque de foi du grand-duc. Les dé- 
bats ayant prouvé à Grolman que l'opinion libérale 
était celle du pays, il n'hésita plus à conseiller 
à son souverain d'aller au-devant de cette opinion 
et de lui faire des concessions ; mais il eut à lut- 
ter d'abord contre de nombreuses influences de 
cour, et ensuite contre les insinuations réitérées 
de la Prusse et de l'Autriche, qui voyaient d'un 
mauvais œil toute introduction de gouvernement 
constitutionnel en Allemagne. Enfin , il triompha 
de tous ces obstacles , et la déclaration du 14 oc- 
tobre 1820, dans laquefle le grand-duc exposait 
les bases d'une nouvelle constitution, fit con- 
naître les véritables intentions du ministre , qui 
jusque ici avait été suspecté et calomnié par tous 
les partis, à cause de son caractère conciliant. 
Grolman prit ensuite une part active à la nou- 
velle réorganisation de l'administration du 
grand-duché; sur ses instances il ne fut plus 
chargé que du ministère de l'intérieur et de 
celui de la justice ainsi que de la présidence 
du conseil des ministres, tandis que jusque ici 
tout le poids des affaires avait reposé sur lui. 
Le ministère d'État fut supprimé; deux minis- 
tres furent adjoints à Grolman, l'un pour la 
direction des finances, l'autre pour la con- 
duite des affaires étrangères et en même temps 
pour l'administration de la maison du grand-duc. 



149 



Grolman s'occupa enssiite activement de l'anié- 
lioration de la législation de son pays ; sous sa 
direction, des jurisconsultes travaillèrent à ré- 
diger des codes, qui devaient remplacer la 
multitude de lois, souvent contradictoires, qui ré- 
gissaient le grand-duché. Cette œuvre ne fut 
terminée qu'après la mort de Grolman, qui 
jusqu'à la fin de sa vie dirigea le gouvernement 
de la Hesse. On a de lui : Versuch einer 
Entwickel'ung der rechtlichen Natur des 
/lUsspieUjeschdfts ( Essai d'une exposition 
(le la nature juridique de la loterie); Giessen, 
1797, in-8°; — Qrundsxtze der criminal 
iVissenschaft , nebst eïner sijstematïschen 
Darstellung der deutschen Criminal-gesetze 
( I^rincipes du Droit criminel, avec une expo- 
sition systématique des lois criminelles de 
lAlIemagne); Giessen, 179S, in-8°; i" édit.. 
iiùd., 1825, in-S"; — Ueber die Begrûndung 
des Strcifrechts und der Slra/gesefzgebung 
nebst Ëntvnckelung der Lehre von dem 
Massstabe der Strafen und'der juridischea 
Imputation ( Sur le fondement du Droit pénal 
et de la législation criminelle, avec des déve- 
loppements sur la doctrine des degrés dans les 
peines et de l'imputation juridique); Giessen, 
1799, in-8° ; — Théorie des gerichtlichen Ver- 
fakrens in bilrgerlichen Rechlsslreitïgkeiten 
(Théorie de la Procédure pour les contestations 
civiles); Giessen, 1800, in-8o;ibid., 1803; ibid., • 
1818; ibid., 1825; c'est l'ouvrage capital de 
Grolman; — Ausfûhrliches Handbuch uber 
den Code Napoléon ( Manuel complet du Code 
Napoléon); 1810-1812, 3 vol. in-S"; cet ou- 
vrage devait avoir dix volumes, les événements 
de 1814 en empêchèrent la continuation; — 
IJeber olographische und mystiche Testa- 
mente ( Sur les Testaments olographes et mys- 
tiques); Giessen, 1814, in-S". — Grolman a 
aussi publié des revues de droit : Magazin fur 
die Philosophie und Geschichte des Rechts 
tmdder Gesetzgebung (Magasin pour la Philo- 
sophie et l'Histoire du Droit et de la Législation ) ; 
Giessen, 1798-1799, 2 cahiers, in-8°; —Ma- 
gazin fur Rechtswissenschaft und Gesetzge- 
bung ( Magasin pour la Science du Droit et la 
Législation ); Giessen , 1800-1823, 15 cahiers, 
en 4 vol. in-8°; à partir du troisième volume 
en collaboration avec E. de Lôhr. E. G. 

Zeitgenossen, n° XXXllI. — Netier Nekrolog «for 
Deutschen, t. VII, p. 231. 

* GROLMAN ( Charles - Guillaume - Georges 
de), général prussien, frère du précédent, né à 
Berlin, le 30 juillet 1777, mortà Posen, le 15 sep- 
tembre 1843. Il entra dans l'armée à l'âge de 
quatorze ans; en 1806 il était capitaine d'état- 
major. Après la paix de Tilsit, il prit une part 
active à la réorganisation de l'armée prussienne. 
En 1809 il donna sa démission pour pouvoir 
combattre les Français : il entra au service 
de l'Autriche, et il fut placé dans l'état-major de 
Kienmayer. La paix étant conclue , il se rendit 



GROLMAN — GRONOVIUS 150 

en Espagne, où il fut mis à la tête d'un bataillon 
de la légion étrangère. Fait prisonnier en 1814, 
i! fut conduit en France : il s'évada, et se rendit 
sous un faux nom à l'université de léna, où il 
se qualifia d'étudiant. Après la reprise de la. 
guerre, il rentra dans l'armée prussienne comme 
major, et prit part aux batailles de Liitzen et 
de Bautzen ; il passa ensuite dans le corps de 
Kleist, et se trouva à la bataille de Leipzig. 
Nommé en 1815 quartier-maître général de 
Blùcher, il eut occasion de mettre en oeuvre ses 
connaissances stratégiques. Après la paix de 
Paris, il devint chef de l'état-major. En 1819 il 
vécut retiré à la campagne pendant six années, 
après lesquelles il fut nommé commandant de 
la neuvième division de l'armée; en 1832 il 
passa en cette même qualité à la cinquième divi- 
sion, et fut nommé général en 1837. On a de lui : 
Geschichte des Feldzugs von 1815 in den Nie- 
derlanden und Frankreich (Eistoire de la Cam- 
pagne de 1815 dans les Pays-Bas et en France); 
Berlin, 1837-1838, 2 vol. in-S". Cet ouvrage est 
le résumé d'un cours tenu par Grolman devant 
plusieurs officiers sur les opérations de Blùcher ; 
la rédaction définitive en appartient au lieutenant- 
I colonel Damitz, adjudant de Grolman. E. G. 

Conversât.- hexikon der Cegemvart. — Ncucr iVc- 
j krolog der Deutschen, i. XXI, p. 231. 

j * GtioNiNG {Frédéric), physicien danois d'o- 
I rigine allemande, mort le 1'='' février 1842, à Co- 
I penhague. Il enseigna la physique à l'institut 
! royal , voyagea en Allerriagne et en Angleterre ; 
! puis il alla en Amérique, où il établit une dis- 
i tillerie à New-York, Ses ouvrages sont : Bes- 
[ krivelse over flerere, deels ny opfundne deel-s 
I forbedrede Branderieog Destilleer Apparater ; 
I Copenhague, 1822 (Description dequatreappareils 
I de distillerie en partie inventés, en partie perfec- 
j lionnes); — Die vortheïlhaf teste Anwendung. 
I des Thermometers , zugleich als Alkolometer 
I bey dem Brenn and Destillationsgeschdft; 
j Copenhague, 1822 (Application la plus avanta- 
geuse du thermomètre et du baromètre , etc. ) ; 
I — Beschreibung einer, neiien Brenn und Bes- 
\ tillir Apparats eines neuen Vorivarmers mid 
einer Abûkhtungs Einrichtung ; Copenhague, 
1823, 4 vol. S. 

Erslew, For/atter-Lexicon. 

GUONOVius (Jean-Frédéric), célèbre phi- 
lologue allemand , né le 8 septembre 1611, à 
Hambourg, mort à Leyde, le 28 décembre 1671. 
11 était fils de David Gronovius, conseiller du 
duc de Holstein et plus tard syndic de Brème. 
Après avoir fréquenté les universités de Leipzig 
et de léna, il se rendit, en 1631, à celle d'Altorf, 
pour y étudier la jurisprudence sous la direction 
de Conr. Ritterhusius. Sur le conseil de Micli. 
Virdungus, il s'appliqua en même temps à l'étude 
des belles-lettres. En 1033, son père étant venu 
à Tfiourir, Gronovius retourna à Brème; de là il 
passa à Hambourg, où il fit la connaissance de 
Hugo Grotius , avec lequel il se lia intimement. 



151 



GRONOVIUS 



152 



comme le prouve la correspondance qu'il entre- 
tint avec ce grand homme. L'année suivante il 
se rendit en Hollande, où il accepta un emploi 
de précepteur auprès des fils d'un sénateur d'Ams- 
terdam. 11 y noua des relations suivies avec 
Saumaise , Vossius , Heinsius et Scriverius. En 
1637, décidé à se consacrer entièrement à l'é- 
tude de l'antiquité, il renonça à ses fonctions 
d'instituteur. Après avoir passé deux ans à La 
Haye, il se rendit en Angleterre, où il fut admis, 
après beaucoup de démarches, à consulter la bi- 
bliothèque de Cambridge. En 1640 il parcourut 
la France ; à Angers il se fit recevoir docteur en 
droit. Vers cette époque on voulut l'attirer comme 
professeur à Deventer et à Grœningue ; mais il 
préféra voyager encore pour rechercher les ma- 
nuscrits et les livres rares et pour vivre dans le 
commerce des érudits. Il se rendit en Italie ; à 
Rome il recueillit de nombreux documents sur 
l'antiquité dans le palais Barberini. De retour 
en France, il se procura beaucoup de copies de ma- 
nuscrits précieux. En 1643 enfin, il se décida à 
accepter la place de recteur du gymnase de De- 
venter. Cet établissement eut bientôt une telle 
réputation, grâce à la direction de son chef, que 
Vossius le regardait comme supérieur à bien des 
universités, et qu'en effet Grsevius {voy. ce nom) 
y vint suivre les leçons de Gronovius après avoir 
déjà terminé ses études dans les universités d'Al- 
lemagne. En reconnaissance de ses éminents ser- 
vices, Gronovius fut nommé par le sénat de De- 
venter tribumis civitatis, honneur qui n'avait 
pas encore été accordé à un professeur. En 1653 
il se rendit à Leyde , pour enseigner les belles- 
lettres à l'université de cette ville , en remplace- 
ment de Boxhorn ; il y resta jusqu'à la fin de sa 
vie , occupé de travaux incessants. Gronovius 
était d'une modestie toute exceptionnelle chez les 
érudits de son époque; autant son fils Jacques 
cherchait les disputes littéraires, autant il les 
évitait avec soin. Ayant publié dans sa jeunesse 
une réponse satirique aux observations faites 
par Cruceius contre sa Diatribe in Statium, il 
s'en repentit aussitôt , et il racheta pour les dé- 
truire tous les exemplaires de sa brochure, qui 
est par cela devenue très-rare. Une urbanité ex- 
quise s'alliait chez Gronovius à toutes les qualités 
de l'homme de bien. ^ Ego a prima setate in 
lectione veterum id potissimum habui , ut 
met mores emendarentur, non ut apices et 
puncta librorum; » ainsi écrit-il lui-même 
à Heinsius. Comme philologue, on doit le pro- 
clamer, avec Wyttenbach et Creuzer, comme 
le connaisseur le plus profond de la langue et 
de la littérature latines qui ait existé depuis 
la Renaissance jusqu'au dix-huitième siècle. Ses 
commentaires, insérés dans une grande partie des 
éditions Varioriun, ont eu la plus heureuse in- 
fluence sur l'étude des auteurs latins. Cependant, 
quant à l'agrément du style, il resta inférieur à 
Muret et à quelques autres humanistes. Ses pre- 
miers travaux font déjà pressentir la sagacité cri- 



tique, par laquelle Gronovius se distingue surtout 
parmi les philologues de son époque. Il embras- 
sait l'antiquité tout entière, dans ses moindres 
particularités , comme le prouve entre autres 
son ouvrage De Sestertiis, et il savait porter 
la lumière d'une interprétation heureuse au mi- 
lieu des questions philologiques et archéologiques 
les plus obscures. C'est lui qui a ramené l'alten- 
tion des érudits sur l'explication raisonnée de 
Tite Live, et qui a arrêté les filandreux imita- 
teurs de Machiavel, qui ne voyaient plus dans 
l'historien latin qu'un texte à des considérations 
politiques les plus creuses ; seulement il s'est 
mépris souvent dans l'interprétation des premiers 
livres de Tite Live, et il a accrédité, comme le 
remarque Niebuhr, de nombreuses erreurs sur 
la constitution romaine. On a de Gronovius : 
Diatribe in Statii poetse Sylvas; La Haye, 
1 637, in-8" ;— Observationuin Libri très ; Leyde, 
1639, in-S"; ibid.,1662, in-S", augmentée d'un 
livre ; Leipzig , 1757 et 1831, in-8"; trésor de 
remarques judicieuses sur l'antiquité ; — JElen- 
chus Anti-Diatribes Mercurii Frondatoris 
ad Statu Sylvas; Paris, 1640, in-8° : réponse 
aux attaques d'Émeii de La Croix contre la 
Diatribe de Gronovius; — De Sestertiis, sive 
subsecivarum pecuniee veteris grœcae et ro- 
manse libri IV; Deventer, 1643, in-S"; Ams- 
terdam, 1656, iurS"; Leyde, 1691, in-4°, avec 
des adjonctions de Jacques Gronovius; cet 
ouvrage ayant été attaqué par Saumaise et au- 
tres , Gronovius le défendit dans plusieurs dis- 
sertations, telles que De centesimis usuris et 
fœnore unciario; Leyde, 1661, in-8° ; De 
iisdem antexegesis ; Leyde, 1664; — Notœ in 
Titum Livium ; Leyde, 1645, in-12; — Notsc 
in Senecamphilosophumetrhetoreni; Leyde, 
1649, in-12 ; réimprimé dans l'édition de Sé- 
nèque des EIzevier, 1673, 3 vol. in-S"; — Ob- 
servationes in scriptores ecclesiasticos mo- 
nobiblos; Deventer, 1651, in-S", ouvrage qui 
constate la connaissance étendue de la langue 
grecque que possédait Gronovius; — Statius, 
cum notis ; Amsterdam, 1653 : excellente édi- 
tion; — Senecse Tragœdix, cum notis ; Leyde, 
1661, in-S" ; édition augmentée par les soins de 
Jacques Gronovius , Amsterdam, 1682, in-8"; — 
Plautus, ex recensione J.-Fr. Gronovii , cum 
notis variorum; Leyde, 1664 et 1684, in-S"; — 
Sallustius, cum notis variorum, ex recen- 
sione J.-Fr. Gronovii; Leyde, 1665, 1677, 
1686 et 1690, in-8°;— Quintiliani Institu- 
tionum oratoriarum Libri XII ad Jidem ve- 
tustissïmorumcodicum restituti; Leyde, 1665, 
2 vol. in-8°; — Titus Livius, ex recensione et 
cum notis J.-Fr. Gronovii, additis integris 
C. Sigonii et selectis variorum notis; Ams- 
terdam, 1665 et 1679, 3 vol. in-8°; — Plinii 
Ilistoria naturalis, ex recensione J.-Fr. Gro- 
novii et cum ejusdem et variorum notis; 
Leyde, 1609, 3 vol. in-8'' : édition qui eut toute 
l'approbation du père Hardouin; — Tacitus ex 



153 



recensione et cum notïs J.-Fr 
variorum; Amsterdam, 1673, 2 vol. in-8° ; ibid., 
1685, 2 vol. in-8°, avec de nombreuses adjonc- 
tions de Jacques Gronovius; — Grotius, De Jure 
Jielli et Pacis , cum notis ; Amsterdam, 1680, 
in-8°; les remarques historiques de Gronovius 
sont excellentes , mais celles qui concernent la 
philosophie du droit montrent qu'il n'avait pas 
pénétré ce sujet; — Observationes ad Ben. 
Paullini Petrocorli de Vita B. Martini car- 
minum libres sex , dans l'édition de Petroco- 
rius (saint Paulin); Leipzig, 1682, in-8°; —Aulï 
Gellii Noctes Atticee, cum notis et emendatio- 
nibus; Leyde, 1687, in-8°; — Notée in Phœdri 
Fabulas, publiées par son fils Jacques, dans l'é- 
dition qu'il donna de Phèdre en 1703; — De 
Museeo Alexandrino ; inséré dans le t. VIII du 
Thésaurus Antiquitatum Grsecarum ; — Lec- 
tiones Plautinas, quibus non tantum fabulee 
Plautlnœ et Terentiame, verum etiam Cassar, 
Cicèro,Livius, Virgilius,Ovidiusaliiquescrip- 
tores illustrantur ; Amsterdam, 1740, in-8"; — 
Notée in Terentium ; Oxford, 1750, in-8° ; Leip- 
zig, 1 833, in-8". — Des notes de Gronovius se trou- 
vent encore dans l'édition de Justin donnée par 
son petit-fils Abraham, en 1719, ainsi que dans 
l'édition d'Hesychius publiée à Leydeen 1668. Les 
lettres de Gronovius se trouvent dans les Epis- 
toles Richteri; Nuremberg, 1662, in-4" ; dans 
la Silloge Epistolarum de Burmann , dans le 
Leben J.'Fr. Gronovii, Hambourg, 1723, in-8°, 
et dans les J.-Fr. Gronovii Epistolœ adfilium 
suum Jacobum, nondum editx , Landshut, 
1837, par les soins de Harter. Enfin, on a de 
Gronovius une Oraiio pro Lege regia; Leyde, 
1678. E. G. 

Dauentria illustrata ; Leyde, 1651, in-4°, p. 712, auto- 
biographie. — Wilkens, Leben des beruhmten J.-Fr. 
Gronovii ; Hambourg, 1723, in-S". — Fita Gronovii, en 
tiite des Lectiones Plautince de ce piiilologue. — Môiler, 
Cimbria litterata, l.III, p. 265. — Brucker, Efirentempel 
àer Deutschen Gelehrsamkeit, decas I!I, p. 115. — Klef- 
ker, Hiblioth. Eruditorum praecocium. — Grœvlus, Sue- 
tonius, préface, p. 177. — Crenius, .4nimadversiones phi- 
loloyicœ, passim. — Foppens, Bibliotheca Belgica. — 
Chauffepié, Nouveau dict. historique. — Creuzer, Zur 
Geschickte der classischen Philologie. — Sax , Ono- 
masticon, t. IV, p. 427. 

CRO.xovius ( /ac^Mes ), célèbre philologue 
néerlandais, fils du précédent, né le 20 octobre 
1645, à Deventer, mort à Leyde, le 21 octobre 
1716. Son père ayant élé appelé en 1658 à Leyde, 
l'emmena avec lui dans cette ville. Le jeune 
Gronovius s'appliqua avec ai'deur à l'étude des 
auteurs de l'antiquité ainsi qu'à celle de la juris- 
prudence. En 1668 ii se rendit en Angleterre; 
il y collationna plusieurs manuscrits dans les 
bibliothèques d'Oxford et de Cambridge. Les sa- 
vants les plus distingués, tels que Pockocke, 
Pearson , Casaubon , l'accueillirent avec la plus 
grande distinction ; le dernier mourut dans les 
bras de Gronovius. De retour à Leyde, Grono- 
vius publia en 1670 une édition excellente de 
Polybe. La même année on lui offrit une chaire 
à l'académie de Deventer; il refusa, ayant l'in- 



GRONOVIUS 154 

Gronovii et tention d'entreprendre encore plusieurs voyages. 



Il partit bientôt après pour Paris , oîi il se lia 
intimement avec Chapelain et d'Herbelot. Lors 
de la mort de son père, il retourna à Leyde. Au 
printemps 1572 il se rendit en Espagne, ac- 
compagnant M. de Paats, ambassadeur extraor- 
dinaire des états généraux auprès de la cour de 
Madrid. Il visita ensuite l'Italie ; s'étant arrêté 
à Florence, il fut reçu avec beaucoup de mar- 
ques d'estime par le grand-duc Côme de Mé- 
dicis. Sur la recommandation du cardinal de 
Médicis et de Magliabecchi, Gronovius fut nommé 
peu de temps après professeur de grec à l'uni- 
versité de Pise. Après avoir exercé cet emploi 
pendant deux ans, il le résigna, visita encore 
quelques villes de l'Italie, Venise et Padoue 
entre autres, et se rendit enfin à Deventer pour 
y recueillir l'héritage que lui avait laissé son 
grand-père maternel. Il avait l'intention de se con- 
sacrer exclusivement à l'étude approfondie de 
l'antiquité. En 1679 les curateurs de l'Académie 
de Leyde insistèrent auprès de lui pour qu'il 
vînt prendre possession de la chaire de belles- 
lettres, occupée auparavant par son père'; il se 
rendit à leurs désirs. Dans son discours d'ou- 
verture, il montra une telle étendue de connais- 
sances, que son traitement fut aussitôt aug- 
menté de 400 florins. L'université de Kiel ainsi 
que celle de Padoue cherchèrent à attirer Gro- 
novius dans leur sein ; il résista constamment 
aux propositions les plus flatteuses. En 1702 il 
fut nommé géographe de l'Académie de Leyde. 
Au mois de septembre 1716, la plus jeune de ses 
filles vint à mourir; cette perte l'affecta au plus 
haut point : il mourut de chagrin un mois après. 
Gronovius était infatigable à faire des rechei'- 
ches d'érudition , à rassembler des matériaux 
pour la connaissance de l'antiquité, et enfin à 
discuter avec àpreté les opinions des autres 
philologues ; c'est ainsi que Wachler le qualifie 
avec justesse. Gronovius eut des querelles 
nombreuses avec Perizonius, Is. Vossius, Fa- 
bretti , Bentley, Jean Leclerc et autres ; son lan- 
gage de polémique allait souvent jusqu'à l'insulte 
outrageante. Ce manque de goût ne doit pas faire 
oublier ses travaux sur Polybe, Hérodote, Arrien, 
les géographes grecs , Ammien Marcellin et Ci- 
céron, travaux de main de maître. Son Thesavnis 
Antiquitatum Greecarum est encore aujourd'hui 
indispensable à ceux qui veulent connaître en dé- 
tail l'organisation politique et les mœurs de la 
Grèce. Cependant ou peut reprocher à Gronovius 
de s'attacher parfois dans ses commentaires à 
établir des interprétations bizarres, etde manquer 
souvent d'élégance dans sa latinité. Ses ouvrages 
ont pour titres : Macrobius, cum J. Gronovii et 
variorrim notis ; Leyde, 1670, in-8" ; Londres , 
1694, in-S" ; — Pohjbius, cum J. Gronovii ac 
ineditis Casauboni utriusque, Valesii et Pal- 
merii notis, grxce et latine; Amsterdam, 1670, 
3 vol. in-S**; — Cornel. Tacitus, cuni J. Gro- 
novii et variorum notis ; Amsterdam, 1672, et 



155 



GRONOVIUS 



156 



1685, 2 vol. in-8° ; Utrecht, 1721, 3 vol. în-4° : 
cette dernière édition a été très-augmentée par le 
fils de Gronovius, qui avait recueilli de nom- 
breuses notes dans les papiers de son père ; — 
Supplementa lacunarum in JSnea Tactico , 
Dione Cassio,et Arrtano ; Leyde, 1675, in-S"; 

— Dissertationes epistolicse ; Amsterdam, 
1678, in-8° : dans cet ouvrage Gronovius pro- 
posait plusieurs corrections à divers auteurs 
anciens. Fabretti se moqua des modifications 
que Gronovius voulait apporter au texte de Tite 
Live, dans son livre De Aquis et de JEqueeduc- 
tibus veteris /îom« ; Gronovius répondit par sa 
Responsio ad cavillationes Raph. Fabretti; 
Leyde, 1685, in-8'' : réponse écrite avec beaucoup 
d'aigreur; Fabretti {voy. ce nom ) y riposta 
dans son Jasitheus ; — Titus Livius ; Amster- 
dam, 1679, 3 vol. in-8° ; c'est une nouvelle édi- 
tion des travaux de Jean-Frédéric Gronovius, 
augmentée des notes de son fils et de celles de 
Valois ; — Fragmentum Stephani Byzantini 
grammatici de Dodone; Leyde, 1681, in-4° ; 

— Exercitationes academicse de pernicie et 
casu Judse proditoris; Leyde, 1683 et 1702, 
in-4" : cet ouvrage fut attaqué par Joachim 
Feller ( voy. ce nom ) ; Gronovius lui répondit 
dans la seconde édition de ce livre , à propos 
duquel il eut encore une autre querelle avec 
Perizonius; — Castigationes ad Paraphra- 
sim grascam EncMridii Epicteti, ex codice 
Mediceo; Delft, 1683, in-8°; — Dissertatio de 
origine Romuli; Leyde, 1684, in-S" : Gronovius 
y traite de fable toute l'histoire de Romulus ; 

— Pomponius Mêla; Leyde, 1685, in-S", sous 
le voile de l'anonyme; ibid., 1696, in-8'^, aug- 
menté des ouvrages géographiques de Julius, 
Honorius , jEthicus et du géographe de Ra- 
venne. Dans cette édition Gronovins attaquait 
sur un ton injurieux les remarques publiées par 
Isaac Vossius sur Pomponius Mêla ; Vossius y 
ayant répondu, Gronovius répliqua par son Epis- 
tola ad J.-G. Grœvium de Pallacopa ubi de- 
scriptio ejus ab Arriano facta liberatur ab Is. 
Vossii frustrationibus , Leyde, 1686, in-8°, 
ainsi que par son Epistola de argutiolis Is. 
Vossii, 1687, in-S"; — Cebetis Tabula, grœce 
et latine, cum notïs ; Amsterdam, 1689, in-8°; 

— M. T. Ciceronis Opéra quee exstant omnia, 
cum iniegris notis J. Gruteri, accessione As- 
conii Pediani et veteris scoliastas, numquam 
antea edili; Leyde, 1692, 4 vol. in-4°, ou 
11 vol. in-12 : cette édition est estimée ; elle ne 
mérite pas la critique sévère qu'en fait Harless ; le 
texte en servit de base aux deux premières édi- 
tions de Cicéron données par Ernesti ; — Am- 
miani Marcellini Historiarum Libri, cum no- 
tis Fr. Lindenbrogiiet Henrici Fatoii; Leyde, 
1693, in-foi. et in-4° : excellente édition; — 
Memoria Cossoniana, idest Danielis Cossonls 
vila, cui annexa est nova editio Monumenti 
Ancyraîii cum notis ; Leyde, 1695, in-4"; — 
Q. Ctirtius, cumJ. Gronovii et variortmi notis ; 



Amsterdam, 1696, in-8° ; — Harpocrationis De 
Vocibus Liber, cum J. Gronovii et Valesii notis ; 
Leyde, 1696, in-4°; — Thésaurus Antiquita- 
tum Grœcarum; Leyde, 1697-1702, 12 vol. 
in-fol.; Venise, 1732-1737, 13 vol. in-fol. : quant 
à l'exécution typographique, cet ouvrage est in- 
férieur an Thésaurus diQ Graevius, mais il lui est 
supérieur en ce qui concerne le choix des dis- 
sertations recueillies ; les nombreuses notes de 
Gronovius contribuent aussi à donner beaucoup 
de prix à cette collection. On lui reproche ce- 
pendant avec raison de ne pas avoir incorporé 
dans son ouvrage plusieurs livres extrêmement 
rares. Les trois premiers volumes contiennent 
des notices biographiques sur les principaux 
personnages fabuleux ou historiques de la Grèce, 
avec leur iconographie- Laur. Êeger {voy. ce 
nom) signala en 1702 plusieurs défectuosités 
qui se trouvent dans ces premiers volumes. Lé 
tome IV traite de la description géographique 
de la Grèce ; les tomes V et VI de son organisa- 
tion politique : dans le tome VII se trouvent les 
ouvrages ayant pour sujet la religion et les fêtes ; 
les tomes VIII, IX, X et XI concernent la littéra- 
ture et les usages de la Grèce: le tome XII enfin 
contient les Vetera Sepulcra et les Veterum. 
Lucernse sépulcrales , de P. Sanctius Bar- 
tolius, V Archeologia Grseca de Potter, et une 
table générale des matières. Le relevé dé- 
taillé des ouvrages rassemblés par Gronovius 
se trouve dans la Biblïographia antiquaria de 
Fabricius; — Geographia antiqua, Scylacis 
Periplus, Anonymi Periplus, Agathameri Utj- 
potyposis Geographiœ, omnia greeco-latina ; 
Leyde, 1697, in-4°; — Appendix ad Geogra- 
phiam antiquam; Leyde, 1699, in-4''; ~ Ma- 
nethonis Apotelesmaticorum Libri VI, nunc 
primumeruti ;hejde, 1698,in-4'' i—Suetonius 
a Salmasio recensitus, cum emendationtbus ; 
Leyde, 1698, in-12 ; — Pheedri Fabulœ; Leyde, 
1703, in-8° ; — Arriani Expeditionis Alexan- 
dri Libri VII; Leyde, 1704, in-fol. : très-bonne 
édition, mais remplie d'injures contre beaucoup 
de philologues ; — A. Gelli Noctes Atticse ; 
Leyde, 1706, in-4°; — Minucius Félix Octa- 
vius, Cyprianus de Idolorum vanitate et Ju- 
lius Firmicus Maternus ; Leyde, 1709, in-8° ; 
— • Infamia emendationum in Menandri re- 
licfuias nuper editarum a Phileleuthero Lip- 
siensi; Leyde, 1710, in-12 : livre dirigé contre 
Bentley, qui avait pris le pseudonyme de Phi- 
leleutherus ; — Décréta Romana et Asiaticu 
pro Judseis a Josepho collecta ; accedunt Sui- 
dccaliquot loca a vitiis purgata; Leyde, 1711, 
in-8" : ouvrage dans lequel Gronovius attaquait 
les travaux de Kûster sur Suidas; cet érudit 
répondit par sa Diatribe anti-Gronoviana ; — 
Ludibria malevola clerici ; Leyde, 1712,in-8°; 
— Recensio brevis mutilationum quas pati- 
tur Siiidas in editione Cantabrigiee anni 
1705 ; Leyde, 1713, in-8° : ouvrage encore dirigé 
contre Kiister ; — Herodoti Historiarum Libri 



■ 



157 GRONOVIUS 

ïiovem, grsece et latine ;Ley de, 1715, in-fol. : 
cette édition, qui devint l'objet d'une critique 
acerbe de la part de Kiister et de Bergler, est 
remplie de remarques injurieuses contre les plus 
célèbres philologues antérieurs à Gronovius ou 
ses contemporains. Les notes dans lesquelles il 
explique le texte d'Hérodote sont regardées par 
les célèbres éditeurs récents de cet auteur, 
Baehr et Fr. Creuzer, comme méritant d'être en- 
core consultées aujourd'hui. Gronovius a aussi 
publié, souvent avec des additions, des tra- 
vaux d'autres érudits, notamment de son père. 
Il a prononcé de nombreux discours en l'honneur 
du roi Guillaume III. Ses lettres n'ont pas été 
réunies dans un seul recueil; elles sont dissémi- 
nées dans : /. Gronovii Epïstolse , Amster- 
dam, 1678, in-S"; Francii Posthuma, Ams- 
terdam, 1706, in-8°; Ctarorum Belgarum 
ad Ant. Magliabecchium Epistolœ , Florence, 
1745, in-8°. E. G. 

Chauffepic, Diction, histor. — Nicéron, Mémoires, t. !I, 
— Joh. Fabricius, Hist. Biblioth., pars 11, p. 370. — 
Saxius, Onomasticon, t. V, p. 178. — Fr. Cf euzer, Zur 
Geschic/it.e der classischen Philologie. —Hirsching, His- 
tor. litter. Handbuch, 

GRONOVivs{Laurent-T'héodore ), juriscon- 
sulte et archéologue néerlandais , frère du pré- 
cédent , né dans la seconde moitié du dix-sep- 
tième siècle, mort vers le commencement du 
dix-huitième. Il se rendit deux fois en Italie, où 
il se lia avec plusieurs érudits, notamment avec 
Cinelli. On a de lui : Emendationes Pandec- 
tarum juxta florenlinimi exemplar emenda- 
tarum; Leyde, 1688, in-8°; Haile, 1730, in-8° : 
cet ouvrage ne contient des corrections que 
pour les préfaces et les premiers titres des Pan- 
dectes; — Marmorea basis colossi Tiberio 
Geesari erecti ob civitates Àsiaerestitutas post 
horrendos ierrx tremores, cujus colossi fides 
a J. Meiirsio oppugnata defenditur, cum 
notis et obsercationibus ; Leyde, 1697, in-8°, 
et 1720, in-8°; inséré dans le t. VU du Thé- 
saurus Antiquitatum Grœcarum de Jacques 
Gronovius; — Gronovius a encore laissé des 
notes sur Vibius Sequester, qui se trouvent 
dans les Varia Geographica de son neveu 
Abraham Gronovius; dans les Clarorum Bel- 
garum Epistolse ad Megliabecchium se trou- 
vent quatorze lettres de Gronovius. E. G. 

Saxius, Onomasticon, t. V, p. 340. — CInelli, Bibl. vo- 
lante. — Leben Joh.-Fr. Gronovii { Hambourg, 1723), 
p. 29. 

GROKOVius (Abraham), philologue néer- 
landais, fils de Jacques Gronovius, né à Leyde, 
en 1695, mort le 17 août 1775. Il pratiqua long- 
temps la médecine en Angleterre et en Hollande ; 
plus tard il devint bibliothécaire de l'université 
de Leyde. Les éditions qu'il a données de divers 
auteurs anciens sont estimées. On a de lui : 
Justini Historiée Philippicœ , cum integris 
commeniariis virorum doctorum ; Leyde, 
1719, in-8°; ibid. , 1700, 9. vol. in-8°, édilion 
très-augmentée ; — Taciti Opéra, cum 7iotis 
Jac. Gronovii; 1721, 2 vol. in-4*' : Gronovius 



— GROOT 158 

a recueilli toutes les notes qu'il a ti'ouvées dans 
les papiers de son père, lequel se proposait de 
faire une ^nouvelle édition de Tacite; il y a 
ensuite ajouté ses propres commentaires; — 
Pomponii Melse De situ orhis , cum notis 
Is. Vossii et Jac. Gronovii; Leyde, 1722, 
et 1748, in-S"; en réunissant les notes de ces 
deux commentateurs, dans lesquelles ils s'étaient 
dit mutuellement des injures, Gronovius élagua 
tout ce qui avait un caractère de polémique trop 
vif. Cette édition est très-estimée ; Gronovius 
en publia le texte sans les notes; Leyde, 1743 , 
in-12; — Cl. jEliani Varia Historica, graece 
et latine , cum notis ; Leyde , 1731 , 2 vol. 
in-4° ; — Varia geographica : J.-Fr. Gro- 
novii dissertatio de Gothoruni sede origi- 
naria; — Libellus Provinciarum, cum notis 
And. Schotti et Laur.-Th. Gronovii;!. Casp. 
Hagenbachii exercitatio de Osismiis ; Leyde, 
1739, in-8"; — Cl. jEliani De Natura Anima- 
lium, graece et latine; Londres, 1744, 2 vol. 
ia-4° ; Bâle, 1750, 2 vol. in-4°. E. G. 

Hirsching, Histor. litter, Handbucli. — Sax, Ono- 
vwsticon, t. VI, p. 313. 

GRONOVIUS [Jean-Frédéric //), juriscon- 
sulte et naturaliste néerlandais , frère du précé- 
dent, né vers le commencement du dix-hui- 
tième siècle, mort en 1760. Après avoir étudié 
la jurisprudence, il fut nommé à un emploi dans 
la magistrature à Leyde. 11 s'occupait de bota- 
nique avec passion, et il était en relation suivie 
avecClayton (i^oiy. ce nom) et Linné. Onadelui; 
Dissertatio camphorx historiam exhibens; 
Leyde, 1715, in-4'' ; — Flora Virginica ; Leyde, 
1743 et 1762, in-8°; — Index supeilectilis 
lapidex ; Leyde, 1750, in-8" ; — Flora orien- 
talis, seu recensio plantarum quas L. llau- 
wolfannis 1573, 1574e< 1575, collegit ;Ley(i&, 
1755, in-8°. E. G. 

Bioçiraphie médicale. 

GRONOVics [Laurent-Théodore II), trêve 
du précédent, né au commencement du dix- 
huitième siècle, mort en 1777. Il fut nommé 
échevinde la ville de Leyde; il avait le même 
goût pour l'histoire naturelle que son frère, et 
fut membre des sociétés savantes de Londres 
et d'Harlem. On a de lui : Muséum Ichthyolo- 
gicum, seu de naturati piscium historia ; 
Leyde, 1754-1756, 2 vol. in-fol. ; — Bibliotheca 
Regni Animalis atque lapidei ; Leyde, 1740, 
iu~4° ; — Zoophylacium Gronovianum , 
fasciculi <?-es; Leyde, 1763-1781, in-fol.; — 
C. Plinn Historix naturalis Liber nonus ; 
Leyde, 1778^ in-8°. E. G. 

Adelung, suppl. à Jôcher. — Biographie médicale. 

GROOT {Gérard ou Gérard le Grand), cé- 
lèbre théologien et fondateur d'ordres religieux, 
né à Deventer, en 1340, mort le 20 août 1384. 
Son père, NN^erner Groot, était bourgmestre de la 
ville de Deventer. Vers l'âge de quinze ans, le 
jeune Groot se rendit à l'université de Paris, où 
il obtint à dix-huit ans le grade dé maître es arts. 



159 



GROOT 



160 



Il passa ensuite à Cologne, et il y enseigna la 
philosophie et la théologie; les succès de ses 
leçons lui procurèrent le surnom de Magnu-s , 
qui était en même temps la traduction de son 
nom de famille. Pourvu d'un canonicat à Utreclit 
et d'un autre à Aix-la-Chapelle , il vécut pendant 
quelque temps dans le faste et dans la bonne 
chère. Mais après un entretien avec le prieur de 
la chartreuse d'Arnheim , son ancien condisciple, 
il changea entièrement de vie. Ayant renoncé à 
ses bénéiîces , il se retira pendant trois ans chez 
les chartreux de Munichuysen dans la Gueidre. 
Il se fit ensuite ordonner diacre , et commença 
à prêcher dans les principales villes du diocèse 
d'Utrecht. Couvert d'un ci lice, portant les habits 
les plus grossiers, il exhortait les hommes de 
tous les états à se réformer dans leurs mœurs. 
Les prédications de Groot étaient suivies de nom- 
breuses conversions. Mais la corruption était 
alors si générale et si profonde , qu'à plusieurs 
reprises on voulut empêcher Groot de stigma- 
tiser les vices du jour ; il dut se faire accompa- 
gner d'un notaire, pour dresser des procès-ver- 
baux contre ceux qui s'opposaient à ses prédica- 
tions. A Zwoll, un des plus riches habitants lui 
dit un jour avec humeur : « Laissez-nous aller en 
enfer en paix. » — <i C'est ce que je ne ferai pas », 
répondit Groot avec douceur. Son entreprise ré- 
iormatrice est entièrement analogue à celle qu'eu- 
rent en vue à la même époque les Gottesfreunde 
( les Amis de Dieu ) de l'Allemagne et les célèbres 
mystiques Tauler, Ruysbroeck et Suso. Groot, 
tout en maintenant entièrement la doctrine et 
les pratiques catholiques, s'élevait en même 
temps contre la sécheresse de la théologie scolas- 
tique de son époque. La lecture et la médita- 
tion des Écritures et des Pères de l'Église de- 
vaient, selon lui, être une des principales occu- 
pations du chrétien. Il traduisit lui-même en 
hollandais les Psaumes et les Heures à l'usage 
des personnes ne sachant pas le latin. Après 
s'être procuré de nombreux manuscrits de la 
Bible et des Pères , il réunit dans sa maison pa- 
ternelle à Deventer plusieurs copistes chargés de 
les transcrire et de les corriger. Florence, l'un 
d'eux, homme riche converti par Groot , lui de- 
manda un jour de leur permettre de vivre en 
commun de ce qu'ils gagnaient par leur travail. 
Groot, après avoir un instant hésité, dans la crainte 
que les ordres mendiants ne vinssent empê- 
cher la formation de la nouvelle congrégation, 
consentit au désir de Florence. Ce dernier ré- 
digea une règle pour la vie commune des copistes 
mis sous ses ordres ; elle fut conçue d'après les 
principes de simpHcité observés par les premiers 
chrétiens. En peu de tçmps plus de cent petites 
congrégations se formèrent sur le modèle de celle 
instituée par Groot. Ce que celui-ci avait prévu 
arriva. Les Frères mendiants reprochèrent pu- 
bliquement à la nouvelle institution de rentrer 
dans la classe des associations défendues par les 
papes. Dans la discussion qui s'engagea à ce 



sujet, Groot démontra, avec une grande con- 
naissance du droit canon, que les prohibitions: 
rendues contre les congrégations immorales des 
beggards ne pouvaient s'appliquer aux Frères ^ 
de la Vie commune, ainsi qu'on appelait le nou- 
vel ordre, lesquels se réunissaient pour prier 
et travailler dans un but des plus élevés. Les 
Frères mendiants furent réduits au silence; et en 
1376 le nouvel ordre fut formellement approuvé 
par le pape Grégoire XI. Groot eut ensuite à 
subir les attaques d'un certain Bartholomé , qui 
prêcha au nom des Frères du libre Esprit contre 
la vie de retraite conseillée par Groot. Avec l'as- 
sentiment des bourgeois de Campen, ce Bartho- 
lomé propageait publiquement la doctrine de 
l'émancipation complète de toute contrainte mo- 
rale, la valeur égale des actions humaines, du 
vice et de la vertu. Groot s'éleva avec raison 
contre ces prédications dangereuses, et obtint à 
la cour de l'évêque d'Utrecht la condamnation de 
Bartholomé. La sentence ordonnait, comme pu- 
nition de cet hérétique, qu'on coudrait sur la 
place publique deux morceaux de drap de cou- 
leurs différentes sur ses vêtements. Les magistrats 
de Campen, furieux de cet arrêt, chassèrent de 
leur ville tous les disciples de Groot. Celui-ci 
continua son œuvre, prêchant la pénitence, 
fondant de nouvelles congrégations, écrivant 
des ouvrages ascétiques. En 1381 ayant été rendre 
visite au fameux Ruysbroeck , il fut vivement 
frappé de l'esprit d'abnégation sans ostentation 
introduit par Ruysbroeck dans son couvent du 
Val-Vert. Il songea dès lors à fonder un monas- 
tère soumis à une règle plus précise que celle 
suivie par les Frères de la Vie commune, les- 
quels n'étaient jusque ici astreints à aucun vœu 
solennel. Trois ans api'ès, un de ses amis de De- 
venter étant tombé malade delà peste, Groot, qui 
possédait des connaissances en médecine , vint 
le trouver pour le soigner. Bientôt il fut lui- 
même atteint de l'épidémie. Sentant sa mort 
prochaine, il recommanda à Florence d'établir 
un monastère régi non par la règle des char- 
treux, selon lui trop sévère, mais par celle des 
chanoines réguliers; ce monastère aurait pour 
mission de protéger les autres associations des 
Frères de la Vie commune, qui resteraient, 
comme auparavant, libres de vœux formels et 
irrévocables. Quelques jours après, Groot mourut, 
âgé de quarante-quatre ans , après une vie des 
plus actives, après avoir assuré la régénération 
morale et intellectuelle de son pays. Versé lui- 
même dans toutes les connaissances, sachant 
émouvoir profondément les âmes, il était d'une 
telle modestie qu'il ne voulut jamais, après son 
changement de vie, accepter de dignités ecclé- 
siastiques et qu'il refusa même de se faire or- 
i donner prêtre. Selon ses derniers vœux, un mo- 
nastère de chanoines réguliers fut fondé en 1380 
àWindesheimprès de Zwoll; l'ordre se répandit 
rapidement dans les Pays-Bas et en Allemagne; 
en 14C0oncomDtait déjà cent-cinquante maisons 



Hii 



GROOT - GROPPER 



162 



régies par la règle des chanoines réguliers de 
Windesheim. Au seizième siècle ils possédaient 
plusieurs établissements en France , notamment 
une maison au collège Montaigu de Paris. L'oc- 
cupation de ces religieux, dont les services ne 
peuvent être assez appréciés , était la copie des 
livres et l'instruction de la jeunesse. Dès leur 
premier établissement à Windesheim , ils réuni- 
rent, à l'imitation de Groot, les meilleurs et les 
plus anciens manuscrits de la version de la Bible 
par saint Jérôme qu'ils purent se procurer, afin 
d'en tirer un texte soigneusement corrigé, qui, 
approuvé dès lors par le pape, fut plus tard 
consulté comme autorité par les éditeurs de la 
Bible nommés par Sixte Quint. Le même travail 
de correction critique fut entrepris sur les ou- 
vrages des Pères de l'Église. Ce sont là pour 
les pays du Nord les premières traces de la re- 
naissance de la philologie. Le second but des 
Frères de la Vie commune fut, comme nous l'a- 
vons dit, l'éducation de la jeunesse; une quan- 
tité d'écoles furent fondées par eux dans le cou- 
rant du quinzième siècle, notamment la célèbre 
école de Deventer, devenue, grâce à eux, l'A- 
thènes de l'Empire, d'où sortit Érasme. Enfin, 
fidèles à remplir les intentions de leur fondateur, 
les Frères de la Vie commune cherchèrent 
toujours à ramener leurs semblables à une vie 
de vertu et de piété ; c'est dans ce but qu'ils ré- 
digèrent une série d'ouvrages ascétiques, dont le 
plus célèbre serait l'Imitation de Jésus-Christ, 
si ce livre, comme on l'a cru, est dû à Thomas 
a Kerapis ( voy. ce nom ). 

On a de Groot : Publica Protestatio de 
verldica prsedicatione Evangelii quod pras- 
dicavit, imprimé dans le t. III des Opéra de 
Thomas aKempis; — Conclusa et Proposita, 
dans le même volume : c'est un recueil de pieuses 
résolutions recommandées par Groot ; — De 
sacris Lihris studendis, inséré dans le même 
volume. On a encore de Groot trente-trois ou- 
vrages et opuscules en manuscrit, dont Paquot 
donne le relevé complet, avec l'indication des 
bibliothèques des Pays-Bas dans lesquelles ils 
se trouvaient au milieu du dix-huitième siècle. 
Nous citerons parmi ces ouvrages : Epistolse ad 
diverses; — Epistola de scMsmate; — De Eru- 
ditione scholarum; — In librum J. Rmjs- 
broeckli De XII Virtutibus; — Tractatus de 
Paupertate ; — Sermo de Nativitate Christi ; — 
De Conversatione interna. Ernest Grégoire. 

Busche , Chronicon Canonicorum regularium capi- 
tuli TVindeseinensis, cap. I-VII. — Thomas a Kempis, 
Chronicon Canonicorum regularium Jflontis S. Agnetis, 
cap. I. — Rodolphe Dier de Muden, De magistro Ghe- 
rardo Grote ( dans le t. I des Analecta de G. Dumbar). 
— Foppens, Bibl. Belgica. — Pacquot, Mém. -pour servir 
à riiist. Utt. des dix-sept provinces des Pays-Bas, t. IV, 
p. 34S. — Delprat, (■' erhandlung over de Brœderschap 
van Gérard Groot; Utrecht, 1830, in-8° ; traduit en al- 
lemand, avec additions, par Mohnike, Leipzig, 1830, 
ln-8°. — Sax, Onomasticon, t. II, p. 381. 

G8100T piEB (en français le grand Pierre). 
Vo7j. PiER Groot. 

NOUV. WOGR. GÉiSÉR. — T. XXII. 



GKOPP (Ignace), historien allemand, né à 
Kissingen, en 1695, mort à Gundersleben , le 
19 novembre 1758. Il entra dans l'ordre de Saint- 
Benoît , et devint prieur du monastère de Saint- 
Étienne à Wurtzbourg. Ses ouvrages sont faits 
avec beaucoup de som, et contiennent de pré- 
cieux documents pour l'histoire de la Franconie. 
On a de lui : VitaS. Bilhildis, ducissee Francise 
orient.; Wurtzbourg, 1727; — Monumenta se- 
palchralia ecclesiae Ebracensis ; Wurtzbourg, 
1730, in-4"; — Historia Monasterii Amorbd- 
censis; Francfort, 1736, in-fol.; — Lebensbes- 
chreibung der heil. Kiliani, Colonati und 
Tolnani ( Biographie des saints Kilian, Colo- 
natus et Tolnanus) ; Wurtzbourg, 1738, in-4°; — 
Collectio Scriptorum et rerum Wirceburgen- 
sium; Leipzig et Wurtzbourg, 1744-1750, 4 vol. 
in-fol.; — Antiquitates Wirceburgenses ; — 
Wiirzburgische C^romA; (Chronique de Wurtz- 
bourg); 1750; — Gottgeheiligter Wûrzburgis- 
cher Bischofssitz (L'Évêché béni de Wurtz- 
bourg); 1754; — JLtas mille annorum anti- 
quissiml et regalis Monasterii B. M. Virg. in 
Amorback, etc., hist. methodo adumbrata ; 
Francfort, 1736, in-fol.; — plusieurs sermons. 

W. R. 

Adelung, suppl. à Jôcher, Allg. Gel.-Lex, — Hirsching, 
Handbuch. 

GROPPER [Jean), théologien catholique al- 
lemand, né en 1501, à Soert, mort à Rome, en 
mars 1558. Il fut docteur en droit canon, prieur 
et archidiacre à Cologne. Il se montra d'abord 
favorable à la réforme, et rédigea même dans 
ce sens, en 1536, le formulaire d'après lequel 
l'électeur Hermann voulait réformer ses fonda- 
tions pieuses. Mais ce formulaire ne convint ni 
aux protestants ni aux catholiques. En 1541 il 
fut appelé aux conférences convoquées par l'em- 
pei-eur pour résoudre les questions débattues entre 
les luthériens et les cathoUques. Il parut y donner 
quelques avantages aux protestants, etl'on prétend 
même qu'il fut l'auteur d'un livre que l'empereur 
donna aux deux parties comme un programme 
qui devait servir à leurs discussions. A cette 
occasion, Gropper se lia avec Bucer, dont il sem- 
blait partager les continuelles hésitations. Mais 
bientôt après il changea de conduite , et s'opposa 
de toutes ses forces à la réforme que l'électeur 
cherchait à introduire dans ses États. A cet effet, 
il écrivit au nom de l'université et du clergé de 
Cologne un livre contre le protestantisme, inti- 
tulé Antididagma , et alla jusqu'à dénoncer 
l'électeur auprès de l'empereur à la diète de 
Worms , en 1545. Celui-ci dut résigner ses 
fonctions et se retirer du chapitre , tandis que 
Gropper reçut la dignité d'archidiacre auprès 
de Frédéric , comte de Wieda. Paul II voulut 
le nommer cardinal , mais il refusa d'accepter 
cette dignité. Il se montra d'une violence ex- 
trême contre les luthériens au concile de 
Trente. Du reste, on vantait beaucoup sa chas- 
teté , dont on raconte des exemples curieux, 

3 



163 GROPPER 

On a de iui : Religionîs chrisUanse Enchiri- 
dion; Cologne, 1546, 1550-1586; — Institutio 
ad planiorem christiaiice religionîs cognitio- 
nem; Cologne, 15..; — De Veritate corporis 
et sanguinis ChristHnEucharistia ; Cologne, 
1546, in-foL; — De Asservatione Eucharistias ; 
ici.; — De Christo in Eucharistla adorando; 
— De communione sub una; Cologne, 15... 

W. R. 
Seckendorf, Historia Lutheranismi. — Sleidan, Com- 
ment, de statu religionis etreipublicœ Germanorum. — 
Adelung, Suppl. à Jôcher, Allg. Gel.-Lex. — Alfred de 
Reumont, Beitrœge zvr italidnisc/ien Geschichte, t. V(, 
p, 303. 

GROS (Pierre de), moraliste français du 
quinzième siècle. 11 était franciscain, et sa vie se 
passa sans doute paisiblement dans l'obscurité 
des cloîtres.' Il composa en 1464 un livre intitulé 
Le Jardin des Nobles, dont la Bibliothèque im- 
périale possède un manuscrit. Ce livre est adressé 
à Yves du Fou , qui fut conseiller et chambellan 
des rois Charles VII et Louis XI. II y parle des 
défauts et des qualités des femmes, des Anglais, 
de l'université, de Jeanne d'Arc, de la sainte am- 
poule , de l'oriflamme , des fleurs de lis , des jeux 
de hasard, etc. J- V, 

p. Paris, Htst. des Man. de la Bibl. royale. 

GROS {Antoine- Jean), célèbre peintre fran- 
çais, né à Paris , le 16 mars 1771, mort à Meu- 
don, le 25 juin 1835. Son père, Jean- Antoine 
Gros, un excellent peintre en miniature, vou- 
lait que son fil& suivît la même carrière. A qua- 
torze ans le jeune Gros entra dans l'école de 
Louis David, qui revenait d'Italie. Après deux 
ans d'études sous cet habile maître. Gros fut ad- 
mis à l'École des Beaux- Arts, où bientôt il obtint 
la première médaille et le prix du torse. En 1791 
il fit La Baigneuse et Les Bergers d'Arcadie , 
et concourut pour le prix de Rome; le thème 
choisi par l'Académie était : Antiochus voulant 
contraindre Éléazar à manger d'un mets im- 
pur. En 1793 il perdit son père, n'ayant sur- 
vécu que peu de temps à une faillite qui engloutit 
presque toute sa fortune : à la suite de ce coup 
fatal, il résolut de s'expatrier, et visita l'Italie à 
une époque où il était difficile de sortir de France. 
David et Regnault s'employèrent» à lui faire dé- 
livrer un passe-port par la section des Tuile- 
ries (29 janvier 1794 ). Il partit, fit des portraits 
pour vivre à Nîmes , à Marseille , à Nice , à Flo- 
rence , et revint s'établir à Gênes, où une grande 
aptitude à saisir la ressemblance l'avait mis en 
faveur. Là une circonstance imprévue fut le pré- 
lude de sa gloire : Joséphine, allant rejoindre son 
mari, qui était général en chef de l'armée d'Ita- 
lie, passa par Gênes : madame Fàytpoult, femme 
de l'envoyé de la république française, lui pré- 
senta et lui recommanda le jeune Gros. José- 
phine, après avoir vu plusieurs de ses portraits, 
l'emmena avec elle à Milan, et le présenta au gé- 
néral Bonaparte. Voici ce que Gros écrivit à sa 
mère à cette occasion : « 17 fnraaire an v (dé- 
cembre lync), le viens de commencer le por- 



— GROS 



lfi4 



trait du général ; mais l'on ne peut même donner 
le nom de séance au peu de temps qu'il me 
donne. Je ne puis avoir le temps de choisir mes 
couleurs ; il faut que je me résigne à ne peindre 
que le caractère de sa physionomie , et après 
cela, de mon mieux, à y donner la tournure d'un 
portrait. Mais on me fait avoir courage, étant 
déjà satisfait du petit peu qu'il y a sur la toile. 
Je suis bien inquiet de voir la tête à peu près 
faite. » Gros mit deux semaines pour terminer ce 
portrait si connu, où le général Bonaparte excite 
l'ardeur de ses soldats en allant planter leur dra- 
peau sous le feu des batteries autrichiennes. Bo- 
naparte fit graver ce portrait, et fit cadeau de la 
planche au peintre. A quelque temps de là, Gros 
fut nommé membre de la commission du gou- 
vernement chargée de rechercher les objets de 
science et d'art qui se trouvaient dans les villes 
et musées de l'Italie et de les diriger sur la 
France pour en orner les galeries du Louvre. 
Les travaux de la commission étant accomplis, 
Gros resta à l'armée avec le titre d'inspecteur 
aux revues; il prit ces fonctions le 1^' frimaire 
an VI (1798). Mais à partir de ce moment il 
éprouva toutes sortes d'accidents : les Autri- 
chiens ayant repris l'offensive , il fut obligé de 
fuir de ville en ville, manquant de tout, la santé 
délabrée par la faim. Il arriva enfin à Marseille, 
dans un état qui faisait craindre pour ses 
jours ; il y avait neuf années qu'il avait quitté la 
France. Pendant ce temps, à l'exception de quel- 
ques portraits de grandeur naturelle. Gros n'a- 
vait produit que des miniatures à l'huile, d'un 
coloris frais et suave , d'un dessin pur et surtout 
d'une grande vérité. Il avait exécuté beaucoup 
de dessins , mais nous ne connaissons que ceux 
d'Alexandre domptant Bucéphale, Malvina, 
et le profil de Bonaparte , tous dessins à la 
plume, et Timoléon de Corinthe, lavis rehaussé 
de blanc. En 1798, il avait envoyé au salon le 
portrait du général Berthier. 

De retour à Paris , Gros resta quelque temps 
dans l'inaction ; puis il ressaisit sa palette, et créa 
un chef-d'œuvre de grâce et de sentiment mé- 
lancolique, Sap/io se précipitant dans les eaux, 
du haut du rocher de Leucade. Ce tableau de 
petite dimension, qui a été gravé par Laugier, a 
été exposé au salon de 1802, avec le portrait de 
Bonaparte à Arcole, et une miniature à l'huile. 
En 1803 il fit une esquisse à la plume d'un sujet 
emprunté à la campagne d'Egypte : Bonaparte 
pardonnant aux révoltés du Caire, et à partir 
de ce moment ce grand artiste entra dans une 
sphère de gloire, car tout ce qu'il produisit fut 
pour lui un sujet de succès. Le Combat de Na- 
zareth, qui devait avoir quinze mètres de large et 
fut diminué de plus de moitié, par ordre supé- 
rieur, la Peste de Jaffa , sont des chefs-d'œu- 
vre qui excitèrent un enthousiasme général. A 
la suite de la cérémonie où l'on couronna la 
Peste de Jaffa, un banquet fut offertà son auteur 
(le 2 vendémiaire an xin). L'un des convives, 



165 



Girodet, se fit l'interprète de l'assemblée entière; 
il lut une longue pièce de vers à la louange de 
Gros. Pierre Guérin voulut payer également à 
son émule un tribut de félicitation en lui adres- 
sant une lettre de Rome. Le Combat de Naza- 
reth a été gravé à l'aqua-tinta, par Jazet, et la 
Peste de Jaffa , au burin, par Laugier. Gros 
fit encore en l'année 1804 le portrait en pied 
de la famille de Lucien Bonaparte. Au salon 
de 1806 parut la Bataille d'Aboukir, qui fit 
-sensation dans le monde artistique. « La Ba- 
taille d'AbouMr, dit B. Delestre, n'est pas une 
improvisation, comme on pourrait le croire, en 
ne considérant que la facilité d'un travail rapide 
et conduit dans toutes ses phases avec le même 
esprit et le même enthousiasme. Gros ne doit 
pas au hasard les masses épisodiques de sa com- 
position; il a procédé comme pour le Combat de 
Nazareth : c'est sur le plan des lieux , mis en 
perspective , et du point de vue déterminé par 
l'aspect plus favorable à son but , que l'artiste a 
établi ses lignes. 11 a puisé ses poétiques concep- 
tions dans l'exposé des faits. Six mois à peine 
lui furent nécessaires pour transcrire ce noble 
chant de guerre, où tout ce qui tient à la vérité 
des incidents et des costumes est strictement 
observé. » Le tableau de la Bataille d'Aboukir 
fut racheté du roi deNapIes, en 1825, par Gros et 
M. Chaptal fils, pour la somme de 15,000 fr.; 
c'est de leur main qu'il est passé dans la col- 
lection de la liste civile. 

En 1805 parut le portrait de Ihiroc, grand- 
maréchal du palais; en 1806 et 1807 le portrait 
du maréchal Massena; Un Seigneur turc et 
ses deux esclaves; le portrait équestre de Jé- 
rôme Bonaparte. Le salon de 1808 vit le por- 
trait en pied du général de Lasalle, qui a été 
gravé par Jazet, et la Bataille d'Eylau. Dans ce 
beau tableau, oii les costumes de l'Orient ne pou- 
vaient apporter leur brillant prestige, l'artiste n'a 
voulu qu'émouvoir en présence des calamités de 
la guerre. M. Vallot a traduit ce tableau avec 
son savant burin. Après l'exposition, l'empereur 
vint en personne faire la distribution des croix 
de la Légion d'Honneur : il détacha la sienne de 
sa poitrine, et la remit an grand artiste. Citons 
encore, comme daté de 1808, le portrait à mi- 
corps de Zimmerman et celui en pied du géné- 
ral Legrand. En 1809 parurent le portrait de 
l'impératrice Joséphine et le portrait équestre 
du prince Jousoiipoff, en costume tartare. Gros 
se maria cette année avec M"^ Augustine Du- 
fresnc. C'est en 1310 que fut exposé la Prise de 
Madrid, l'un des ouvrages les plus achevés du 
maître, et dans lequel les personnages sont net- 
tement caractérisés par leur physionomie parti- 
culière et l'expression de leurs gestes. A ce môme 
salon, on vit aussi la Bataille des Pyramides. 
Cette belle toile a été gravée par Vallot, qui a su 
en conserver l'esprit et le sentiment. Près de ces 
deux immenses toiles figurait l'Esquisse de la 
bataille de Wugi'am, occupant une surface de 



GROS 168 

huit pieds six pouces, sur cinq pieds huit pouces, 
commandée par le prince Alexandre Berthier 
de Neufchàtel, pour sa galerie de Gros-Bois. Les 
portraits en pied du roi et de la reine de 
Westphalie, qui font pendant l'un de l'autre, 
furent achevés à cette époque. En 1811 Gros fit un 
second portrait de la reine de Westphalie, ou 
elle est représentée à cheval ; cette même année 
( 17 novembre) il devint membre de l'Académie 
de Saint-Luc. Napoléon le chargea d'exécuter sur 
lasurface intérieure de la calotte du dôme duPan- 
théon , dans des proportions de figures de quatre 
mètres, Clovis, Charlemagne, saint ioww, et 
lui-même, le fondateur d'une nouvelle dynastie. 
Gros devait terminer le tout en deux ans , pour 
la somme de 36,000 fr., lorsque survint la funeste 
retraite de Russie, puis la campagne de France, 
enfin le retour des Bourbons : la coupole subit 
les conséquences de ces événements. Le 10 août 
1814 le ministre de la maison du roi fit écrire à 
Gros déplacer Louis XVIII à laplace de Napo- 
léon, et on porta à 50,000 fr. la somme de 36,000 
primitivement allouée. Le 31 mars 1815, nou- 
velle lettre ministérielle enjoignant à l'artiste 
de représenter Napoléon comme il l'avait com- 
mencé; le prix de 50,000 fr. était maintenu. 
Enfin, le 16 mai de la même année, après les 
Cent Jours , un troisième contre-ordre l'obligeait 
de placer de nouveau Louis XVlil à la place 
de Napoléon empereur. 

Au salon de 1812 on admira le portrait en 
pied de la Comtesse de Lassalle; le portrait 
équestre de Murât, roi de Naples; le portrait 
en pied du Général Fournier ; YEntrevue de 
V empereur des Français et de V empereur 
d'Autriche en Moravie , et le tableau de Fran- 
çois r' et Charles Quint visitant Véglise 
Saint-Denis. C'est dans cette période qu'ont été 
exécutés l'esquisse de la Prise de Caprée par 
le général Lamarque , le portrait en pied du Duc 
de Bellune , et un des plus remarquables dessins 
à la plume de Gros , représentant François I" 
et Charles Quint à cheval, devant le porche 
de Saint-Denis. L'Incendie de Moscou est un 
dessin à l'estompe, sur papier jaunâtre rehaussé 
de blanc; il est de 1813. Mentionnons de cette 
époque le portrait en pied du Comte Daru, com- 
mandé par l'empereur pour la galerie de l'on- 
tainebleau, et dont une répétition orne le Musée 
de Versailles; le tableau qui exprime avec tant de 
sentiment les Adieux dxi comte de La Riboisi()re 
et de son fils, un dessin représentant Napoléon 
mettant le roi de Rome sous la protection de 
la garde nationale parisienne; une esquisse 
iS' Electre, et enfin le portrait en pied de la Com- 
tesse Legrand qui a figuré au .salon de 1814. Le 
portrait du comte Honoré de La Riboisiére a 
été peint en 1S15. Lorsque Napoléon fut relégué 
à l'île d'Elbe, Gros fut chargé de remplacer les 
portraits officiels du monarque exilé par ceux de 
Louis XVIÎI ; puis il lit le même portrait en 
pied pour la Chambre des Députés. Le Départ 



6. 



•I5i7 



GROS 



168 



de Louis XVIII du château des Tuileries, 
dans la nuit du 19 au 20 mars 1815, a été peint 
en 1816 et exposé au salon de 1817. L'Embar- 
quement de la duchesse d''Angoulême à Pouil- 
lac , près Bordeaux , a de même été exécuté en 
1816, et exposé au salon de 1819. Vers la fin de 
1816, Gros dut peindre un grand tableau pour 
l'église de La Madeleine qu'on venait de rendre 
au culte : S,ain t Denisjn-êchan t dans les Gaules. 
De. ce projet il ne réalisa que quelques croquis. 
C'est cette même année qu'il fut nommé membre 
de l'Académie des Beaux- Arts et conseiller ho- 
noraire des musées royaux, enfin, professeur de 
dessin et peinture à l'École royale des Beaux- 
Arts (19 octobre 1816). Le portrait en pied de 
la Duchesse d'Angouléme, commandé par la 
Cha»ibre des Députés , a été exécuté a la fin de 
1816 et mis au salon de l'année suivante. Nous ne 
connaissons dans les années 1817 et 1818 que 
les portraits à\Alcide de La Bivallière et de la 
comtesse de La Riboisière; celui de la com- 
tesse Turpin de Crissé porte la date de 1819, 
où parurent aussi Œdipe et Antigone. 

En 1820 : portrait du comte Roy, ancien mi- 
nistre des finances sous Louis XVlllj en 1821, 
Bacchus et Ariane , exécuté pour le comte de 
Schombuorn; une répétition de cet ouvrage a 
été exposée au salon de 1822, et appartient à 
M. Chaptal fils. En 1822 il exposa le tableau de 
Saiil, qui lui avait été commandé par Louis- 
Phifippe, pour sa galerie du Palais-Royal; cet 
ouvrage fut le sujet d'amères critiques de la part 
de plusieurs journalistes -. c'était l'époque oîi s'é- 
levait l'école romantique. David lui écrivit de 
Bruxelles le 30 avril 1822 «Le salon d'ex- 
position est donc ouvert : Est-ce vous, mon bon 
ami., qui allez être le but de mire ; car vous savez 
qu'il en faut toujours un; tout le monde n'a pas 
cet honneur. Je ne serais pas surpris qu'on vous 
opposât un Thersite comme Ulysse trouva le 
sien; Molière trouva le sien dans Scarron. lis 
vous en déterreront un aussi ridicule. Laissons- 
les faire : vos ouvrages resteront, et leurs cri- 
tiques feront un jour pitié. » En 1824, après 
avoir exposé un Saint Germain s' élevant aux 
deux, deux portraits, un à mi-corps de Galle, 
célèbre graveur, et du comte Chaptal, ancien 
ministre de l'intérieur, Gros termina sa cou- 
pole de Sainte-Geneviève. Cet immense travail, 
qui n'a pas moins de 1,035 mètres 33 centimètres 
de superficie , et qu'on ne peut apercevoir que 
d'une distance de 70 mètres , fut Uvré aux re- 
gards du public le 4 de novembre. La cour fut 
satisfaite de cette œuvre, et M. H. de Lour- 
doueix, alors directeur des Beaux-Arts, profi- 
tant de cette bonne disposition, demanda au mi- 
nistre, M. de Corbière, non-seulement d'acquitter 
les 14,000 fr. complément de la somme con- 
venue, mais de donner à Gros une gratification de 
50,000 fr. Une circonstance assez curieuse , qui 
se rattache à l'inauguration de ce chef-d'œuvre , 
c'est que le grand artiste qui était l'objet de 



cette faveur royale voulait percevoir 50 centimes 
par chaque personne qui viendrait visiter la cou- 
pole ; mais cette demande ne fut pas accordée. En 
témoignage de sa satisfaction, Charles X nomma 
notre artiste baron. Alors, profitant des bonnes 
dispositions dont il était l'objet. Gros osa solliciter 
le retour de David en France. M. de Peyronnet, 
ministre de la justice, le seconda de son mieux 
à cet effet ; mais Charles X, comme Louis XVIII, 
exigea qu'une demande lui fût adressée d'abord 
par David lui-même. Celui-ci ayant appris cette 
wndition déclara ne pas s'y soumettre. « J'ai 
été, dit-il, exilé par un décret, je ne rentrerai 
que sous la sauve-garde d'un décret. » Et Gros 
dut abandonner une espérance dont depuis long- 
temps il s'était bercé. A quelques mois de là 
il accompagnait à sa dernière demeure Girodet, 
son plus redoutable émule, son ancien camarade, 
son plus constant ami. Il prit la parole, et dans 
un discours pathétique il retraça tout ce que 
l'école perdait en la personne du peintre A'En- 
dymion etd'Atala. Nous fûmes tous vivement im- 
pressionnés par son éloquence du cœur, et rien 
ne pourrait rendre l'effet qu'il produisit quand 
il nous dit : « Quelques jours avant sa mort, Gi- 
rodet se fit conduire dans son atelier ; là, se je- 
tant à genoux', il s'écria avec l'accent le plus 
pathétique : « Adieu, palette! adieu, tableaux! 
adieu! adieu, belle peinture! adieu, je ne vous 
reverrai plus ! » Le portrait à mi-corps de M. Ma- 
cips, avocat, fut peint en 1825 et exposé en 
1827 (1). Au même salon figurait le portrait du 
comte de Villemanzy, celui du docteur Vignar- 
donne etCharlesX, monté sur un cheval blanc, 
entrant dans le camp formé sous les murs de 
Reims, lors de la cérémonie de son sacre. Plu- 
sieurs portraits , celui de Madame Bufresne, 
belle-mère de Gros , et celui de M. Drouin sont 
contemporains de ceux que nous venons de citer. 
Pendant les années 1827, 1828 et 1829, Gros fut 
occupé à peindre plusieurs plafonds du musée 
Charles X, ou musée Égyptien, qu'on venait de 
fonder. La salle d'introduction et la cinquième 
salle lui doivent leur décoration. Pendant qu'il 
exécutait ce travail, une ordonnance du roi , du 
9 avril 1828, l'élevait au grade d'officier delà Lé- 
gion d'Honneur. Au salon de 1833 on remarqua 
les portraits de la Comtesse Yermoloff, de Ma- 
dame Sagot, et L'Amour piqué par une abeille, 
se plaignant à Vénus. Le portrait du docteur 
Clot-Bey et la composition A'Acis et Galathée 
sont de cette époque. — Gros se préoccupait vive- 
ment alors de la critique qui le harcelait ; il de- 
vint timide, et sembla ne plus avoir autant de 
confiance en son talent. Dans sa jeunesse et pen- 
dant son long voyage à travers l'Italie , ses nom- 
breux produits avaient été pour la plupart des 
miniatures à l'huile , remarquables par la forme 
savante et par le modelé frais et riche tout à ta 

(t) Par un souvenir d'amitié pour Girodet et pour 
M. A.-F. nidot, il voulut bien terminer une très-belle tête 
d'étude que la mort avait empêché Girodet d'achever. 



169 

fois. Là, comme dans ses tableaux de grandeur 
naturelle, les nuances sont graduées avec finesse 
et posées franchement. Depuis 1803 Gros modifia 
sa manière de peindre, ainsi qu'on peut le re- 
connaître dans le Combat de Nazareth, la Peste 
deJaffa, la Bataille d'Eylau. Dans ces produits 
on remai'que que la brosse n'a fait qu'effleurer la 
toile, en la couvrant d'un léger glacis, dans les 
endroits où l'on pouvait supposer que le ton 
repousserait , tandis qu'il a rendu la pâte solide, 
fortement mêlée , d'une teinte ferme et lumi- 
neuse, dans les grands clairs, comme dans les 



GROS 170 

moîi; à Paris, le 22 juillet 1856. Élevé dans sa 
ville natale, il professa la rhétorique dans divers 
collèges de l'académie de Montpellier. En 1820 
il se fit recevoir agrégé des classes supérieures, 
et professa aux collèges Saint-Louis, Charle- 
magne et Louis-le-Grand. En 1838 il fut nommé 
inspecteur de l'académie de Paris, puis en 1851 
proviseur du Lycée Bonaparte. On lui doit : La 
Rhétorique d'Âmifo^e, traduite en français, avec 
le texte , des notes et un index des morceaux 
parallèles dans.Cicéron et Quintilien; Paris, 
1822, m-8°; — Discours sur l'alliance de la 



nuances qui les avoisinent ; mais il y a tant de ! sagesse avec le goût des sciences et des lettres 



fraîcheur, d'entraînement et de spontanéité dans 
le travail, qu'on le dirait d'un seul jet. Quant 
au dessin de ce maître, on peut certifier qu'à 
toutes les époques de sa vie il a toujours été na- 
turel, grand, savant, nerveux et varié. Son 
pinceau était plein de verve, brillant, facile, sans 
manière et sans exagération. Mais dès 1833 
ces qualités précieuses semblaient considérable- 
ment affaiblies. On voit par ses travaux qu'il 
manque à son labeur l'audace des jeunes années ; 
son pinceau trace bien l'expression, mais parfois 
l'accent est oublié. C'était surtout depuis le 
salon de 1831 que. le découragement était venu 
s'infiltrer goutte à goutte dans cette existence 
artistique si impressionnable et si sensible. 
Cependant, nous qui avons pu l'étudier tout à 
l'aise, l'ayant souvent aidé dans le tracé perspectif 
des accessoires de ses productions, nous sommes 
persuadé qu'il était moins affaibli par la nature 
que par les coups multipliés dont il était con- 
tinuellement blessé. Enfin, pour faire cesser les 
attaques qui lui arrivaient jusque sous la forme 
de lettres anonymes. Gros se décida à entrer 
encore une fois dans l'arène; il se recueillit le 
temps nécessaire, et adressa au salon de 1835 Le 
portrait à mi-corps de Niemcewich, l'ancien 
aide de camp de Kosciusko, un chef-d'œuvre 
d'expression, et Hercule et Diomède, tableauqui 
avait droit aux applaudissements des connais- 
seurs. Mais la nouvelle école , dite de V avenir, 
réunie aux romantiques , n'en fut pas désarmée : 
elle renouvela ses attaques. Gros ferma ses ate- 
liers, en s'écriant« qu'il ne connaissait pas de mal- 
heur plus grand que celui de se survivre ». Il en 
perdit la tête; et peu de temps après on trouva 
son corps noyé dans les eaux de la Seine, près 
de Meudon. Le lendemain le corps de Gros fut 
rapporté à Paris. On lui fit des funérailles ma- 
gnifiques; une foule immense l'accompagna 
jusqu'au cimetière du Père-Lachaise : chacun 
voulait traîner le char mortuaire, dont on avait 
dételé les chevaux ; des discours furent prononcés 
sur sa tombe par Garnier, Paul Delaroche, Coi- 
f gnet et Court. Thénot. 

D'aprùs le livre de M. ,I.-R. Delestre, Gros et ses ou- 
vrages (Paris, 184!)).— Notes de M. Rouget. — Oock- 
ments particuliers. ..■ 

GROS {Etienne), philologue et professeur 
français, né à Carcassonne, le 27 juillet 1797, 



Paris, 1824, in-8° ; — Examen critique des 
plus célèbres écrivains de la Grèce, par Denys 
d'Halicarnasse , traduit en français pour la pre- 
mière fois avec des notes et le texte en regard, 
collationné sur les manuscrits de la Bibliothèque 
impériale; Paris, 1826-1827, 3 vol. in-8° ; — 
Pline le jeune, édition critique, avec notes et 
commentaires, en latin; Paris, 1831, 2 vol. 
in-8° ; — Œuvres complètes d'Ovide, traduction 
nouvelle; Paris, 1835-1836, 5 vol. in-8" : dans 
la Bibliothèque latine- française de Pane- 
koucke; — Caii Suetonii Tranquilli Opéra; 
Paris, 1835, 1836, 2 vol. iu-8", dans la Nova 
Scriptorum latinorum Collectïo; — Étude 
sur Vétat de la rhétorique chez les Grecs , 
depuis sa naissance jusqu^à la prise de 
Constantinople (an d-e J.-C; 1453); Paris, 
1835, in-8°; — Mémoire sur la Rhétorique 
chez les Grecs, depuis la mort d' Alexandre 
jusqu'à la destruction de Corinthe (années 
363-146 avant J.-C), lu à l'Institut (Académie 
des Inscriptions et Belles-lettres ) ; Paris, 1836, 
in-4°; réimprimé avec additions, sous le titre 
de Mémoires sur la Rhétorique chez les 
Grecs, etc.; Paris, 1839, in-4°; — Philodemi 
Rhetorica, ex Herculanensipapyro lithogra- 
phice Oxonii excusa; restituit , latine ver- 
tit, etc. Adjecti sunt duo Philodemi libri De 
Rhetorica, Neapoli editi; Paris, 1841, in-8''; — 
Histoire Romaine de Dion Cassius, traduite en 
français, avecdes notes critiques, historiques, etc. , 
et le texte en regard, collationné sur les meil- 
leures éditions et sur les manuscrits de Rome, 
Florence, Naples, Venise, Turin, Munich, Heidel- 
berg, Paris, Tours, Besançon ; Paris, 1845-1855. 
Cet ouvrage est resté au quatrième volume. 
« M. Gros, a dit M. Ch. Giraud, s'était préparé de 
longue main et en érudit consommé à donner au 
monde savant une nouvelle édition de Dion Cas- 
sius; il avait entrepris et accompli l'exploration 
particulière des manuscrits de cet auteur dans les 
principales bibliothèques de l'Europe. » Sa mort 
a laissé le monument inachevé. L. L-— t. 

Quérard, La France littéraire. — Louandre et Bour- 
quelot , La Littér. franc, contemporaine. — Journal de 
la Librairie, numéro du 16 mai 1857. — Z)»scourj de M. Cli. 
Giraud, aux prix du lycée Bouaparte en 1856. 

*GROs {.Tean-Baptiste-Louis , baron), di- 
plomate français , entra dans la carrière diploma- 
tique en 1823. Premier secrétaire de légation au 



171 



GROS — GROS-GUILLAUME 



w 



Mexique après la révolution de Juillet, puis chargé 
«l'affairés à Bogota , il remplit plusieurs missions 
importantes , notamment dans la Plata et en An- 
gleterre, où il l'ut envoyé en 1849 à l'occasion de 
l'expédition de Rome. En 1850 il se rendit à 
Athènes, en qualité de commissaire médiateur et 
de ministre plénipotentiaire pour contribuer à ré- 
gler le différend existant entre l'Angleterre et la 
Grèce. Plus tard le baron Gros fut un des pléni- 
potentiaires nommés pour la délimitation des fron- 
tières entre la France et l'Espagne ; après de lon- 
gues négociations, un traité fut signé à Bayonne, 
le 2 décembre 1856, et doit mettre fin à des diffi- 
cultés qui attendaient une solution depuis des 
siècles. Enfin, le 6 mai 1857, le baron Gros a 
été chai'gé d'une mission pour la Chine, avec le 
titre de commissaire extraordinaire et des lettres 
de créance d'ambassadeur. Il doit agir de con- 
cert avec lord Elgin, envoyé anglais, et obtenir 
satisfaction du meurtre d'un missionnaire fran- 
çais, M. Chapdeleine, commis en 1856, l'ou- 
verture de nouveaux ports au commerce, des 
agents à Pékin , et enfin une protection efficace 
pour les missionnaires. L. L — t. 

• Journal des Débats, 12 mai 1857. 

GROS S)E SAïNT-JOYKE (René), poëte fran- 
çais, né à Lyon, vers 1570, mort presque cen- 
tenaire. Il comptait parmi ses ancêtres le pape 
Clément IV. Il commença ses études à Lyon, et 
les termina à Padoue. De retour en France après 
la mort de son père et possesseur d'une grande 
fortune , il contribua à la restauration du monas- 
tère des cordeliers de l'observance. 11 composait 
des anagrammes et des vers latins avec une 
grande facilité. En 1585 et 1586, il prononça à 
Lyon des harangues latines sur des sujets sacrés 
et profanes, dontla bibliothèque de Lyon possède 
un manuscrit. On lui doit : Rime ciel signor 
Renato Grossi , fujliulo ciel signor César 
Grossi, signor diSan-Giori, etc, geniilhuomo 
francese, declicaie al serenissimo et invïtis- 
simo Pasqual Cicogna, principe di Venetia; 
Padoue, 1590, in-4°; — Accueil des Lyonnais 
à très-illustre et très-révérend père en Dieu 
messire Denys Simon de Marquemont, leur 
archevesque , etc.; Lyon, 1613, in-4"; — La 
Mire de vie à Vamour parfaict; Lyon, 1614, 
in-4° : poème en octaves, dédié à Marie de Lé- 
vis, abbesse du monastère royal de Saint-Pierre 
à Lyon ; — La Fleur de la Poésie tnorale de ce 
temps; Lyon, 1614, in-S" -. c'est un recueil de 
quatrains composés par Claude Guichard, sieur 
d'Araudas, dédié par René Gros à Louis XiH; 

— Remonstrance à messieurs le pi^evost des 
marchands et eschevlns de Lyon, citée par le 
P. MenesLrier dans ses Divers caractères, etc.; 

— Anagrammata emblematica, sive jigurx 
verhis anagrnmmalicïs et versibus illegatœ, 
adjunclis q^iibusdam viagncUum episio - 
Us, etc.; Lyon, 1075, in-4° : ce livre, dont la 
dernière ligure est le portiail de R. Gros, a été 
public par son fils, Michel Gros, qui fit paraître 



dans la même année un recueil semblable de sa 
composition, sous ce titre : Anagrammata em- 
blematica in aliquorum sanctorum laudem 
excogitata, carminibus prosaque adornata 
Cet ouvrage est dédié à Clément X. J. V. 
Breghot du Lut, Nouveaux mélanges, p. 398. 

Giios-GuiLLAnsiE {Robert Guérin, dit), 
célèbre farceur français, naquit probablement 
vers 1554, car on sait que lorsqu'il mourut, en 
1633 ou 1634, il était âgé de quatre-vingts ans (1). 
Les mêmes incertitudes et les mêmes contradic- 
tions qui se remarquent dans les biographies 
de son compagnon de théâtre Gaultier Garguille 
se rencontrent aussi dans les siennes. Comme 
lui, d'après un mémoire particulier du temps, 
il aurait été d'abord garçon boulanger au fau- 
bourg Saint -Lfurent, aurait commencé par jouer 
près de la porte Saint-Jacques et serait ensuite 
entré à l'hôtel de Bourgogne, d'après l'ordre du 
cardinal de Richelieu, qui, au lieu de tenir 
compte des observations des comédiens pa- 
tentés se plaignant que les farceurs de la porte 
Saint-Jacques leur enlevaient la faveur du pu- 
blic, leur aurait ordonné, après avoir éprouvé 
le savoir-faire de ceux-ci, de se les adjoindre. 
{voy. l'article sur Gaultier Garguille). Quoi 
qu'il en soit, il est certain qu'en 1622 Gros- 
Guillaume jouait à l'hôtel d'Argent et en 1629 
à l'hôtel de Bourgogne, en compagnie de ses ca- 
marades Gaultier et Turlupin. Un magistrat cé- 
lèbre, dont il avait osé, enhardi par l'impunité 
de ses nombreuses licences et par l'extrême fa- 
veur du public, imiter d'une façon bien recon- 
naissable le tic de physionomie, fut moins in- 
dulgent que les autres, et le fit décréter avec ses 
deux compagnons, qui se sauvèrent; mais Gros- 
Guillaume, moins leste, fut appréhendé au corps, 
et mourut de saisissement dans la prison. Nous 
ne répéterons pas ici les détails que nous avons 
déjà donnés en parlant de Gaultier Garguille, qui 
avec Turlupin et Gros-Guillaume formait une 
sorte de trinité grotesque, étant, pour ainsi dire, 
une et indivisible. Gros-Guillaume fut enterré 
dans l'église Saint-Sauveur; il laissait une fille, 
qui fut comédienne, et qui épousa La Thuiilerie, 
de 1 hôtel de Bourgogne. 

Gros-Guillaume était extrêmement laid, et si 
gros que les plaisants prétendaient qu'il marchait 
longtemps après son ventre. Ce fut ce qui lui 
valut son surnom. Il portait toujours deux cein- 
tures, l'une au-dessous des aisselles , l'autie sur 
le ventre , c'est-à-dire à peu près au milieu des 
cuisses, car son énorme panse débordait jus- 
que là; d'oii ce motsaZe et beaucoup trop gau- 
lois de M""^ de Chevreuse à Louis XIU , tjui ne 



(1) L'expression d'une épitaplie qui dit que 

Gaultier, Guillaume et Turlupin, 

Qui mettaient le monde en liesse, ; 

Ont tous trois rencontre leur fin ' 

Avant d'avoir vu leur vieillesse, 
ne peut s'entendre que niétaphoriqueracnt de lavlva» 
cité et de la jeunesse de leur jeu. 



173 



GROS-GUILLAUME — GROS-RENÉ 



174 



soulïrait les femmes, disait-il , que depuis la tête 
jusqu'à la ceinture : « On peut la mettre comme 
Gros-Guillaume. » Ainsi accoutré, notre farceur 
ne ressemblait pas mal à un tonneau cerclé aux 
deux bouts. Tonneau, du reste, est le vrai mot, 
car il aimait le Yin par-dessus tout; et pour être 
de bonne humeur, pour jouer avec A'erve, il fal- 
lait qu'il se fût {tréalablement enivré avec son 
compère le savetier. Ame basse et rampante, 
suivant l'expression de Sauvai, il ne se montrait 
rien moins que délicat sur le choix de ses com- 
pagnies , et son entretien particulièrement était 
fort grossier. Aussi « il n'aima jamais qu'en bas 
lieu, et se maria, en vieux pécheur, sur la fin de 
ses jours, à une fille assez belle et déjà âgée. « 
Gros-Guillaume, dans les paratles , se réservait 
ordinairement le rôle d'un homme sentencieux, 
d'un nioratiste grotesque ne parlant que par pro- 
verbes et aphorismes à faire rire les pierres. Il 
s'enfarinait au lieu de se masquer, et avait la 
précieuse faculté, par le simple mouvement des 
lèvres et des sourcils, de couvrir de farine ceux 
qui étaient en scène avec lui , à la grande jubi- 
lation des badauds. Tout, jusqu'à ses infirmités, 
contribuait à rendre son aspect des plus comi- 
ques; ainsi, quoiqu'il n'ait jamais été taillé, il 
souffrait beaucoup de la pierre , à ce point que 
souvent sur le théâtre les larmes lui en venaient 
aux yeux, de douleur. Mais il se dominait assez 
pour rire et faire rire les autres, et les grimaces 
même que lui arrachaient ses tortures semblaient 
fort réjouissantes à la foule , qui les prenait pour 
des bouffonneries. On lit au bas de son portrait 
ces vers, qui donnent une idée de ses succès co- 
miques : 

Tel est dans l'hOtel de Bourgogne 
Gros-Guillaume, avecque sa trogne, 
Enfariné comme un meunier. 
Son minois et sa rliétorique 
Valent les bons mots de Régnier 
Contre l'iiumeur mélancolique. 

Le premier de ces vers semble répondre suffisam- 
ment à ceux qui ont cru à tort que les trois cé- 
lèbres farceurs ne jouaient pas sur le théâtre 
même de l'hôtel de Bourgogne , mais se bornaient 
à exécuter des parades devant la porte, avant 
la représentation. Il est vrai qu'il jouait aussi 
dans la comédie, sous le nom de La Fleur \ mais 
comme il est question ici de son visage enfariné, 
ce sixain ne s'applique évidemment qu'à ses 
farces. Gros-Guillaume avait pour costume une 
culotte rayée, de gros souliers gris noués d'une 
touffe de laine; il était enveloppé d'un sac plein 
de laine lié au haut de ses cuisses , et jjortait en 
guise de coiffure une calle ou barrette ronde , 
avec mentonnière de peau de mouton. 
Victor FouRNEL. 

.Sauvai , Jiniquit. de Paris, ■- Paifaict, IJist. dn Th. 
fr. — Gouriet, Personn. cclébr. dans les rues de Paris. 

cuos-ttENÉ (Du Parc, surnommé), l'un des 
plus anciens comiques de la scène française, 
mort en 1673. Il fut un des premiers acteurs de 
la société bourgeoise qui joua en 1645 sur Vil- 



lustre Théâtre situé sur les fossés de Nesles. 
Cette société n'ayant pu réussir à s'établir à Pa- 
ris, Molière, qui en était, proposa à ses cama- 
rades de se joindre à lui et de former une troupe 
pour aller jouer en province. Duparc fut un de 
ceux qui acceptèrent cette proposition ; il prit 
alors le surnom de Gros-René, qui lui resta. Il 
l'evint à Paris avec Molière en 1648. En mai 
1659, il fit un rôle dans un impi'omptu joué 
par deux acteurs français et quatre italiens , de- 
vant le roi et toute la cour, en visite chez le car- 
dinal Mazarin, alors à Vincennes. Loret dit à 
cette occasion que : 

Gros-René, chose très-certaine. 

Paya de sa grosse bedaine. 
Pour connaître le caractère des rôles adoptés 
par Gros-René, il faut voirie Bépit amoureux, 
dans lequel il créa le rôle qui porte son nom. 
Son costume consistait en une souqueuille avec 
manteau court, un berret et des culottes bouf- 
fantes; le tout d'une étoffe rayée bleu et blanc. 
En avril 1660, il quitta la troupe de Molière pour 
remplacer Jodelet dans celle de l'hôtel de Bour- 
gogne. Loret , après avoir parlé de la mort de 
Jodelet, ajoute : 

Du dit acteur les compagnons , 
Quoiqu'ils se soient frottés d'oignons , 
N'ont pu pleurer cette disgrâce, 
Car Gros-René vient à sa place, 
Homme trié sur le volet (1) 
Et qui vaut trois fois Jodelet. A. J. 

loret, :\luse historique des 31 mai 1659 et avril 1660. 
— Cbapuzeau, Théâtre français, III, p. 208. 

GROS-RENÉ (M"'^ ou M^'*" Du Parc), actrice 
française, femme du précédent, morte à Paris, le 
11 décembre 1668. Elle suivit son mari lorsqu'il 
s'engagea dans la troupe de Molière; cependant, 
suivant l'auteur de la vie de Molière, M^'" Du Parc 
ne faisait point partie de la troupe que Molière 
forma à Paris. Ce fut à Lyon seulement que l'il- 
iustreauteur-acteur en fit connaissance. Elle jouait 
sur le théâtre de cette ville ; Molière fut charmé de 
la personne de cette actrice, et essaya de lui plaire; 
mais elle le traita avec tant de fierté, qu'il tourna 
ses vœux d u côté de M"'^ de La Brie. Cependant, ne 
pouvant se résoudre à se séparer de la cruelle, 
il l'engagea dans sa troupe ; M"'' Du Parc y parut 
avec succès, dans les seconds rôles tragiques et 
les seconds rôles d'amoureuses ; belle et admi- 
rablement faite, elle brilla beaucoup dans les 
danses hautes. « Elle faisait, dit un contempo- 
rain, certaines cabrioles remarquables, car on 
voyait ses jambes et partie de ses cuisses, par 
le moyen d'une jupe qui était ouverte des deux 
côtés avec des bas de soye attachés au haut d'une 
petite culotte. « M""^ Du Parc revint avec Molière 
et sa troupe à Paris en 1658, et se fit vivement 
applaudir sur le théâtre du Petit-Bourbon et sur 
celui du Palais-Royal. Molière l'estimait beaucoup ; 
on en voit la preuve au dialogue qu'il tient 
avec elle dans l'Impromptu de Versailles. Ra- 
cine fut si satisfait de la manière dont cette ac- 

(1) Vieux proverbe qui veut dire choisi. 



175 

trice créa le rôle d'Ariane dans la tragédie d'A- 
lexandre, qu'il jla fit entrer dans la tronpe de 
J'iiôtel de Bourgogne. Cet enlèvement le brouilla 
sans retour avec Molière. M"® Du Parc joua, en 
1666, Andromaque d'une manière supérieure; 
elle montra qu'elle possédait une grande flexibi- 
lité de talent. Elle mourut peu après, encore 
jeune et pleine de grâces et de beauté. Robinet , 
dans sa gazette, annonce ainsi sa mort : 

L'hôtel de Bourgogne est en deuil, 

Depuis peu voyant au cercueil 

Son Andromaque, si brillante. 

Si charuiante, si triomptiante. 

Autrement la belle Du Parc; 

Pour qui l'amour tirait de l'arc 

Sur les cœurs avec tant d'adresse. 

Clotho, s^ns yeux et sans tendresse. 

Nous a ravi cette beauté, 

Dont chacun était enchanté, etc. A. Jadin. 

Guimarot, Kie de Molière. — Mercure de France, 
mai 1740, p. 846. — Molière, Impromptu de Versailles, 
scène II. — Robinet, Lettre du 15 décembre 1666. 

GROSCHCF (Henri- Augustin), bibliographe 
allemand, mort à Leipzig, vers 1715. On a de 
lui : De gentis Trillerianee Ortu, Progressu et 
Insignibus; Leipzig, 1705, in-4°; — Nova li- 
brorum rariorum Collectio; Halle, 1709-1716, 
in-8°, en cinq parties, dont la première contient 
enti'e autres des extraits de : Holofernis Krieg- 
boderi Responsiones ad epistolam Isaaci Ca- 
zobonipro Casp. Scioppio; Casp. Schoppii Com- 
mentarii in Priapeia; Catulli casta Carmina 
ab Raphaële Leonio collecta; et Casp. Schoppii 
JVotee in Glaudii Verderii censuram. En entier 
se trouve : Camerarius erratum. Dans la se- 
conde partie on remarque : Recensio operum 
historicorum Thuaneorum a Jo. Petro filio 
conscripta ; Germania milite destituta et lit- 
teratis ceu mole laborans; dans la troisième 
partie : Jo.-Bapt. Galli Notationes in Thuani 
Historiam ; Gynophoria, sive canis portatione 
ignominiosa, Joan. - Henrici Meibomii ad 
J. Marquardum Epistola, etc. Groschuf donna 
plus tard \m&Nova variorum Scriptorum Col- 
lectio ; Uàlle, 1716-1717, 3 vol. in-8°. W. R. 

Fabricius, Introduct. in notitiam rei litlerariœ , 
pars II, page 821. — Adelung, Supplém. à Jôcher. 

GROSCHUF ou GROSCHUPF [Fabien), phi- 
lologue allemand, né à Dantzig, le 5 novembre 
1693, mort à Schleitz, le 15 décembre 1783. Après 
avoir étudié la théologie et ensuite la jurispru- 
dence^aux universités de Kœnigsberget de Leip- 
zig , il devint précepteur dans plusieurs familles 
nobles. Plus tard il obtint l'emploi de secré- 
taire auprès du prince Guillaume de Hesse- 
Phiiippsthal,. gouverneur de Bréda, duquel il 
reçut, lorsqu'il le quitta , le titre de conseiller 
de justice. 11 vécut quelque temps à Cassel 
comme particulier; en 1759, il se rendit à 
Schleitz , où il fut nommé membre du sénat de 
la ville. On a de Groschuf : Ungebundene 
TJebersetzungen der Gedichte des Q. Hora- 
tius (Traduction en prose des Poésies de Q. Ho- 
race); Cassel, 1749, 2 vol. in-8°; -— Kurze 
Abhandlung von der Hàndesprache, in so- 



GROS-RENÉ — GROSE 



176 

weit deren MerMiale bey alten Schri/tstel- 
lern sich àussern ( Courte dissertation sur le 
langage des mains , en tant que les indices s'en 
trouvent dans les anciens auteui's); Cassel, 
1750, in-8°; — Abhandlung von den Fingern, 
deren Verrichtung, und symbolischen Bedeu- 
tung (Mémoire sur les doigts, leurs fonctions 
et leur signification symbolique); Leipzig, 1757, 
in-8" ; — Kurzge/asste historische Erldute- 
rung iiber die Lebensbeschreibung des Gêne- 
rais Cronstrôm (Brève explication historique 
sur la biographie du général Cronstrôm ) ; Franc- 
fort et Leipzig, 1757, in-8°; — Historische 
Abhandlung von den Bruiden der Teutschen, 
worin erwiesen wird, dass die Teutschen und 
Catien, ebenso wie die Gallier ihre eignen 
Bruiden gehabt haben ( Dissei'tation historique 
sur les druides des Germains , dans laquelle on 
prouve que les (Germains et les Cattes avaient, 
comme les Gaulois, leurs propres druides); 
Erfurt, 1759, in-8". — Groschuf a inséré dans 
le tome VI du Neuer Bûchersual der schônen 
Wissenschaften und freyen Kûnste de Gotts- 
ched deux mémoires , l'un sur la Muthmassliche 
Herleitung der Redensart : den Korbbekom- 
men ( Origine probable de la locution : recevoir 
le panier, locution employée en allemand lors- 
qu'une femme refuse quelqu'un pour époux ) ; 
l'autre Veber das Blindekiihspiel (Sur le jeu 
de cohn-maillard). Groschuf a travaillé aussi aune 
Beschreibung Cassels (Description de Cassel), 
publiée avec des adjonctions par Schminke, en 
1767 ; il a donné en 1750 une édition augmentée 
des Veer olden berôhmden scherzgedichten 
(Quatre vieux Poèmes comiques célèbres) de 
Laurenberg; enfin, il a laissé en manuscrit : Ori- 
gines etymologicx-historicse in usum linguas 
germanicœ. E. G. 

Meusel, . Lexiïcon der von 17S0-180O verstorbenen 
deutschen Schriftsteller, t. IV. — Strieder, t. V, p. 133. 

GROSE [François), archéologue anglais , né 
à Greenford (Middiesex), en 1731, mort à Du- 
blin, le 6 mai 1791. Il montra de bonne heure 
du goût pour la science héraldique. Son père, 
riche joaillier suisse, établi en Angleterre, lui 
procura, dans le Herald s'-CoUege, la place de 
Rie hniond- herald (héraut de la maison de Rich- 
mond). Grose résigna cet emploi en 1763, pour 
entrer dans la mihce du Hampshire, où il de- 
vint adjudant , payeur-maître et plus tard ca- 
pitaine. A la morl de son père,en 1769, il hé- 
rita d'une fortune assez considérable, qu'il n'eut 
pas la sagesse de conserver. Du temps qu'il était 
payeur-maître de la milice, il disait en riant 
qu'il n'avait que deux livres de comptes, sa 
poche droite et sa poche gauche, l'une pour la 
recette, l'autre pour la dépense. Avec un pareil 
système de comptabilité, il eut bientôt mis un 
extrême désordre dans sa fortune. Son talent le 
sauva d'une ruine complète. Il possédait, outi-e 
une bonne éducation, le goût et l'aptitude du des- 
sin. Encouragé par ses amis, il publia divers ou- 



(77 GROSE - 

vrages dans lesquels il fit preuve d'une égale 
i.iabileté à manier la plume et le crayon. Il mou- 
rut en Irlande, où il était allé relever des plans 
3t dessiner des points de vue. François Grose 
^tait un joyeux et intrépide convive, spirituel, 
malgré une grande facilité à se laisser duper, 
■ecevant bien la plaisanterie , et la rendant avec 
ifprit. Comme à sa bonne humeur et à sa bon- 
lomie il joignait une énorme corpulence, on le 
comparait à Falstaff et à Sancho Pança. On a 
ie lui ; Views of Aniiquities in England and 
Wales; 1773-1787, 8 vol. in-4° et in-8°. Cet 
juvrage contient aussi les Antiquités de Guer- 
nesey et de Jersey; — The Antiquities ofScot- 
land; 1790, 2 vol. in-i" et in-8° ; — The Anti- 
quities of Ireland ; 1794, 2 vol. in-4'' et in-S» : 
ee dernier ouvrage, que l'auteur avait laissé in- 
complet, fut achevé par Ledwich ; — A Treatise 
on uncient Armour and Weapons; 1785-1789, 
in-4° ; — A classical Dlctionary of the Vtil- 
fjar Tongue; 1785, in-8°; — Military Anti- 
quities; being a history of the english army 
froin the conquest to the présent (ime; 1786- 
1788, 2 vol. in-4°; — The History of Dover - 
Castle, by the rev. William Bavell; 1786, 
in-4° ; — A provincial Glossary, with a col- 
lection of local . proverbs and popular su- 
perstitions; 1788, in-8°; — Rules for dra- 
wing caricatures; 1788, in-8"; — A Guide to 
Health, beauty , honour and riches; a collec' 
lion ofnumerous advertissçments, pointing 
out means to obtain those blessings; in-12; 
—The Olio ; a collection ofEssays ; 1793, in-8°. 
C'est un recueil de jeux de mots et de petites 
pièces de poésie, qui s'accordent très-bien avec 
le genre d'esprit de Grose, mais qui ne paraissent 
pas être tous sortis de sa plume. Z. 

European Magazine, 1791. — Gentleman's Magazine, 
1791. — Cbalmers, General Biographical Dlctionary. 

GROSEZ (Jean-Étienne), écrivain religieux 
français, né à Arbois, au commencement du dix- 
septième siècle, mort à Lyon, vers 1695.11entrade 
bonne heure dans la Compagnie de Jésus, fit les 
basses classes dans différents collèges, et se con- 
sacra ensuite auxmissions.Onluidoit : Le Jour- 
nal des Saints, où sont représentées leurs ima- 
ges, avecun abrégé de leur vie, et une médita- 
tion pour chaque jour de Vannée, tirée ou de la 
vie du saint, ou d'une maxime de V Évangile ; 
Lyon, 1675, 3 vol. in-12 ; réimprimé un grand 
nombre de fois; nouv. édit., avec les oraisons en 
français, Paris etLyon, 1822-1828, 2vol. in-12; 
— Vie de la Mère Anne de Xaintonges,Jonda- 
trice de la Compagnie de Sainte' Ursule, au 
comté de Bourgogne; Lyon, 1681, 1691, 1697, 
in-8° ; — Vie de la Mère Marie-Madeleine de 
La Trinité, fondatrice de Pordre de Notre- 
Dame de La Miséricorde ; Lyon, 1690, 1696, 
in-8° ; — Oraison funèbre de Marie-Thérèse 
d'Autriche, reine de France; Lyon, 1683, 
in-12. J. V. 

Lelong, Hibl. hist. de la France. — Quérard, La 
France littéraire. 



GROSIER 



178 



GKOSiER ( Jean-Baptiste-Gabi-iel-Âlexa7i- 
dre), critique français, né à Saint-Omer, le 
17 mars 1743, mort à Paris, le 8 décembre 1823. 
Il fit de bonnes études chez les jésuites, et entra 
dans leur société en 1761. Il débuta dans la car- 
rière littéraire en faisant insérer dans le Mercure 
de France de juillet 1760 une imitation envers 
français d'une ode d'Horace. « Après sa sortie de 
chez les jésuites, dit Barbier, l'abbé Grosier vint 
à Paris, et y fut recherché par Fréron, qui lui 
fit de vives instances pour le déterminer à 
prendre part au travail de ses feuilles , alors si 
connues sous le titre à' Année littéraire. Il fut 
son coopérateur pendant six ans , et se trouva 
seul chargé de presque toute la rédaction dans 
les dernières années de la vie de ce critique cé- 
lèbre. Après sa mort, sa femme et ses enfants, 
dont ce journal était devenu la seule ressource, 
eurent encore recours à l'abbé Grosier pour le 
continuer et le soutenir; il se rendit à leurs désirs, 
etY Année littéraire, q\ie ses nombreux ennemis 
regardaient comme tombée,reprit un nouvel essor. 
C'est à lui que sont dus entre autres ces articles 
qui firent tant de bruit sur le Suétotie de La 
Harpe et sur les fausses lettres du pape Gan- 
ganelli. » En 1779, Grosier se décida, en faveur 
d'un établissement de bienfaisance, à se charger 
du Journal des Beaux-Arts, qui était en dis- 
crédit; il le reprit sous le titre de Joiirnal de 
Littérature, des Sciences et des Arts : le succès 
était assuré ; mais l'abbé Grosier ne crut pas 
devoir continuer ce recueil. La première année, 
qui est seule de lui, renferme, suivant Barbier, 
d'excellents morceaux de critique et des analyses 
très-bien faites. L'Année littéraire fut reprise 
en 1800 par l'abbé Grosier et Geoffroy, qu'on 
peut regarder comme son élève dans l'art de la 
critique. Des circonstances qui tenaient à la ré- 
volution firent supprimer ce journal après la pu- 
blication de sept ou huit volumes in-12. 

Pendant quarante ans l'abbé Grosier s'occupa 
de l'histoire, des arts et de la littérature de la 
Chine. Il publia, de 1777 à 1784, conjointement 
avec Le Roux des Hauterayes , en 12 volumes 
in-4°, Y Histoire générale de la CAme, compi- 
lée à Példn par le P. de Mailla sur les originaux 
chinois ou mantchous. « Le prospectus très-dé- 
veloppé, par lequel il l'annonça, fut singulière- 
ment bien accueilli du public, et lui valut, en 
peu de mois, dit Barbier, 86,000 fr. en souscrip- 
tions, qui servirent à faire les frais de l'édition. » 
D'Alembertet La Harpe firent l'éloge de ce pros- 
pectus. Il ajouta à ce grand travail, qui le premier 
faisait connaître aux Européens la longue suite 
des événements politiques du Céleste Etnpire, un 
treizième volume, intitulé : De laChine, ou des- 
cription générale de cet empire, rédigée d'a- 
près les Mémoires de la mission de Pékin, 
ouvrage qui contient : i° la Description topo- 
graphique des qxiinze provinces qui compo- 
sent cet empire, celle delà Tartarie, des (les 
et des Etats tributaires qui en dépendent; le 



t79 GROSIER ~ 

yiombre de villes, etc.; 2" V exposé de toutes les 
connaissances acquises et parvenues jusqu'en 
Europe sur le gouvernement, la religion, les 
lois, les mœurs, les sciences et les arts des 
Chinois ;ï>aivis, 1786, m-4°.« Ce volume eut le 
plus grand succès, dit Barbier ; on le vendit sé- 
parément, avec un frontispice particulier; et 
trois mois après on en fit une seconde édition, en 
2 vol. in-8". Il obtint la même faveur de l'é- 
tranger, puisqu'il fut traduit en anglais et en 
italien. Ce volume n'était cependant qu'un supplé- 
ment jugé nécessaire pour l'intelligence de la 
grande Histoire Chinoise. Depuis l'auteur s'oc- 
cupa à compléter cette description, et cet ou- 
vrage fut réimprimé, en 1818 et années suivantes, 
en 7 vol. in-8". ■» — L'abbé Grosier a laissé enma- 
nuscritune nouvelle édition de V Histoire géné- 
rale de la Chine, traduite par le père de Mailla, 
refondue quant au style, au choix et à la dispo- 
sition des faits. On doit encore à l'abbé Grosier 
les Mémoires d'une société célèbre, considérée 
comme corps littéraire et académique depuis 
le commencement de ce siècle, ou mémoires 
des jésuites sur les sciences, les belles-lettres 
et les arts; Paris, 1792, 3 vol. in-8°. Cette col- 
lection, extraite du fameux Journal de Tré- 
voux, rédigé par les jésuites, devait être portée 
à un grand nombre de volumes; mais la révolu- 
tion empêcha l'éditeur de continuer. La préfeice 
de. l'éditeur contient l'apologie des jésuites con- 
sidérés surtout sous le rapport littéraire. Le mar- 
quis de Fortia d'Urban a inséré dans le 10" vo- 
lume des Mémoires pour servir à l'histoire 
ancienne dic globe terrestre, Paris, 1809,m-12, 
une attaque assez vive de l'abbé Grosier contre 
Je Voyage à Pékin de Guignes fils. Grosier tra- 
vailla encore à la Gazette de France. Là Bio- 
graphie des hommes vivants, de Michaud, lui 
attribue l'ouvrage intitulé : Antidote de l'A- 
théisme, ou examen du Dictionnaire des 
Athées (de Sylvain Maréchal); Paris, 1801, 
in-S" ; mais d'après Barbier ce livre appartient à 
Léon Aléa. 

LapubUcation de V Histoire de la Chine n'avait 
pas fait la fortune de l'abbé Grosier : les nom- 
breux agents qu'il avait été forcé d'employer ne 
lui laissèrent qu'un faible bénéfice. Avant la révo- 
lution il possédait un canonicat à Saint-Louis du 
Louvre. Plus tard il vécut d'une modeste rente. 
En 1810 il fut nommé sous-bibliothécaire de 
l'Arsenal; en 1817 il devint conservateur, et plus 
tard administrateur de cette même bibliothèque. 
« Dans les fonctions de sa nouvelle place, il sut, 
dit Barbier, par sa complaisance et par son em- 
pressement à communiquer les lumières qu'il 
devait à de longues études , se faire aimer des 
gens de lettres. » L. L — t. 

Barbier, lievue encyclopédique, 1823, t. XXI, p. 740. — 
Quérar(l,/.a France ÏUtcrairc. — AbclRéiiiusat, l\Jélan- 
(jes Asiatiques, t. I, p. 283 à 307. 

GKOSi.EY {Pierre-Jean), érudit français, né 
à ïroyes, le 18 novembre 1718, mort le 4 no- 



GROSLEY i8o: 

vembre 1785. Fils d'un avocat et destiné à la! 
même profession , il fit ses études dans sa villej 
natale, au collège de l'Oratoire, où régnaient des! 
opinions jansénistes assez prononcées. Il allai 
ensuite à Paris suivre les cours de dioit, et y 
passa plusieurs années comme clerc de procu-' 
reur. Il se lia intimement avec le P. jésuite Tour- 
nemine, chez lequel il vit souvent Voltaire, Piron, 
Lefranc de Pompignan. L'amitié du savant jé- 
suite mit à sa disposition les bibliothèques de 
Huet et de Ménage. Il semblait vouloir se con-; 
sacrer tout entier à la littérature et ne plus quit-i 
ter Paris, lorsque la mort du P. ïournemine le 
fit renoncer à ce projet. Il revint à ïroyes, et y, 
exerça la profession d'avocat. Selon son expres- 
sion, « il ouvrit boutique et eut pour premiers 
chalands quelques vieilles pratiques desonpère». 
Le barreau l'occupait fort peu, et dans l'inter- 
valle de deux consultations, il allait volontiers 
faire une excursion en Italie, en Angleterre , en 
Hollande, en Suisse. En 1745 et 1746, il fit la 
campagne d'Italie, dans l'état-major du maréchal 
de Maillebois, en qualité de caissier des vivres. 
Au retour de chaque voyage , il publiait ses ob- 
servations dans un style peu élégant, mais original 
et piquant. Il donna en même temps plusieurs 
ouvrages qui appartiennent à un genre littéraire 
qu'on pourrait appeler l'érudition facétieuse. 
C'est à peine si parmi ses nombreuses produc- 
tions on en trouve deux ou trois do tout à fait 
sérieuses. Elles lui valurent l'honneur d'être 
associé de l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres. Il adressa à cette compagnie plusieurs 
mémoires. « Mais entraîné, dit Dacier, par 
l'originalité de son esprit, il confondait sans 
cesse les genres, mêlait le gai au sérieux , le 
grave au badin, le noble au burlesque , insisj- 
tait sur des minuties, errait au gré de son ima- 
gination, arrivait oii i! pouvait et quand il itoii- 
vait, quelquefois n'arrivait nulle part, et parais- 
sait souvent ne s'être proposé d'autre but que 
de s'amuser sur la route ; de sorte qu'aucune de 
ces compositions, moitié érudites , moitié plai- 
santes, n'a pu trouver place dans nos mémoires. » 
Ce mélange de sérieux et de plaisant se remar- 
quait dans ses actions même les plus graves, aussi 
bien que dans ses écrits. Ainsi il abandonna à sa 
sœur un legs de quai'ante mille livres, et daijs 
l'acte de donation, il déclara qu'il faisait ce don 
« proprio motii, uniquement pour lui-même, 
dispensant même de reconnaissance en tant que 
besoin serait ». Dans sou testament, il légua une 
somme pour l'entretien de « deux chats, ses 
commensaux », et une autre somme pour l'érec- 
tion d'un monument en l'honneur du grand Ar- 
nauld. Une donation d'un autre genre, faite 
quelques années avant sa mort, eut pour sa tran- 
quillité de fâcheuses conséquences. Il imagina 
de consacrer une somme de dix mille francs à 
élevei" des bustes aux célébrités de Troycs. Déjà 
ceux de Pithou, de Passerat, du P. Lccointe, 
de Mignard , de Girardon , étaient posés , et un 



181 

piédestal attendait un sixième buste, lorsqu'un 
revers de fortune empêcha Grosley d'aller plus 
loin. Ses compatriotes se moquèrent beaucoup 
de cette libéralité brusquement interrompue, et 
prétendirent que le donateur réservait à son 
pi'opre buste le sixième piédestal. Grosley attacha 
ime singulière importance à cette futile contra- 
riété , et dans ses écrits , il parle souvent des 
chagrins qu'elle lui causa. « Les ouvrages de 
Grosley, dit M. Sainte-Beuve, ont peu de lecteurs 
aujourd'hui; en y regardant bien, on trouverait 
dans presque tous quelque chose de particulier, 
d'original, de non vulgaire pour l'idée et à la fois 
de populaire de ton et de tour; mais pourtant il 
faut convenir qu'en prolongeant le Bayle au delà 
des limites possibles , en s'abandonnant à tout 
propos au sans-gêne de la note, de la digression 
et de la rapsodie locale, en ne tenant nul compte 
enfin des façons littéraires exigées par le goiit 
d'alentour, Grosley, vieillissant, s'est de plus 
perdu dans le farrago. On ne cite plus guère de 
lui et on ne recherche encore que deux produc- 
tions d'un genre bien différent ; son ouvrage sé- 
rieux , solide , la Vie de Pierre Pithou , et son 
premier essai , tout badin et burlesque , les 3Ié- 
moires de l'Académie de Troyes. » On a de 
Grosley : Mémoires de V Académie des Sciences, 
Inscriptions, Belles -Lettres, Beaux -Arts, 
nouvellement établie à Troyes en Cham- 
pagne; ilH, in-12; 1715, 2 vol. in-12 ; 1768, 
)n-12 : c'est un recueil de mémoires sur des su- 
jets assez étranges; la plus connue de ces disser- 
tations est celle qui traite De V Usage de battre 
sa maîtresse; — Mémoires pour servir de 
supplément aux « Antiquités ecclésiastiques 
du diocèse de Troyes » par M. N. C amusât ; 
Troyes, 1750, in-12. Ce& Mémoires sont dirigés 
contre les jésuites. La première édition fut saisie 
en arrivant à Paris et brûlée à la Bastille ; Grosley 
en donna une seconde très-augmentée ; Troyes , 
1757, in-12 ; — Dissertation sur cette question : 
Si les lettres ont contribué aux progrès des 
mœurs? 1751, in-12 : ce discours fut adressé au 
fameux concours ouvert par l'académie de Dijon, 
et obtini l'accessit : Grosley se prononça pour la 
négative, comme Rousseau , mais il ne prit pas sa 
thèse au sérieux ; — Recherches pour servir à 
Vhistoire du droit français; Paris, 1752, in-12; 

— Éloge historique et critique de Broyer, 
chanoine de Troyes; 1753, in-12; — Vie de 
P. Pithou avec quelques mémoires sur son 
père et ses. frères ; Paris, 1756, 2 vol. in-12 ; — 
Discussion historique et critique sur la con- 
juration de Venise , et sur l'histoire de cette 
conjuration par l'abbé de Saint- Real ; Paris, 
1756, in-12 : Grosley prouve sans peine que le 
célèbre récit de Saint-Réal n'est qu'un roman. 

— Éphémérides troyennes ;TYoye?,, 1757-1768, 
12 vol. in-24 : ces Éphémérides sont une espèce 
d'almanach ; Grosley a inséré , à la suite du calen- 
drier, beaucoup de dissertations relatives à l'his- 
toire civile et littéraire , aux antiquités , aux 



GROSLEY — GROSS 182 

manufactures, au commerce de Troyes et de 
la Champagne. Son zèle patriotique fut mal ré- 
compensé. Quelques libertés de plume firent crier 
au scandale, et le présidial de Troyes supprima 
l'ouvrage comme « contenant des satires, des 
invectives, des calomnies, des faussetés, des 
indécences , etc. » ; — Nouveaux Mémoires ou 
Observations de deux Gentilshommes sué- 
dois sur l'Italie et sur les Italiens; 1764, 
3 vol. in-12; — Londres, Lausanne (Paris), 
1770, 3 vol. in-12 : Grosley ne savait pas l'an- 
glais, et il ne passa que six semaines à Londres; 
cependant son livre contient beaucoup d'obser- 
vations curieuses, mais l'auteur s'abandonne trop 
à son goût pour les digressions ; ainsi il consacre 
près de deux cents pages à rechercher les causes 
et les effets du spleen; — Mémoires sur les 
campagnes d'Italie de 1745 et 1746, avec un 
journal de la campagne du maréchal de 
Maillebois en 1743; Amsterdam, 1777, 2 vol. 
in-12; — Vie de Grosley, écrite en partie par 
lui-même, continuée et publiée par l'abbé 
Maydieu, dédiée à un inconnu; Londres 
(Paris), 1787, in-8"; — Œuvres inédites; 
Troyes et Paris, 1812, 3 vol. in-8". Grosley pu- 
blia aussi la Théorie des Bénéfices; Troyes, 
1767, 2 vol. in-12; c'est une nouvelle édition 
des Traités de fra Paolo et de Richard Simon 
Sur les Bénéfices. N. 

Vie de Grosley, citée plus haut. — Daclcr, Éloge de 
Grosley ; dans les Mémoires do l'Ac. des Insc. — Descs- 
sarls, Siècles littéraires. — Sainte-Beuve, dans la lieviie 
des Deux- Mondes , octobre 1842. 

GROSNET, Voy. GkOG!NET. 

* GROSS (Erhart), morahste allemand, né 
à Nuremberg, au quinzième siècle. Il entra dans 
l'ordre des Chartreux, et traduisit en langue 
germanique un ouvrage latin de morale chré- 
tienne qui avait de la vogue au moyen âge 
sous le titre de Doctrinale Laicorum. Cette 
traduction eut un succès qu'attestent trois 
éditions successives; la première est in-folio, 
sans lieu ni date; les deux autres virent le jour 
à Augsbourg en 1485, in-folio, et en 1493, 
in-4°. G. B. 

Will, Nilrnberg. Gelehrt.-Lexikon, V, 'tU. — Panzer, 
Annal., 1, 28. — Haym, Report, bibliogr., 1. 1, part. II, 

p. B30: 

GROSS (Jean-Georges), écrivain suisse, né à 
Bâle, le 28 mars 1581, mort dans cette même 
ville, le 8 février 1630. Il étudia la théologie, 
devint en 1604 pasteur d'une des paroisses de 
Bàle, et obtint en 1612 la chaire de théologie à 
l'université de cette ville. On a de lui : Libri III 
de Christiana Republica, s. defelici guberna- 
tione populi Dei; Bâle, 1612; — Libri IV 
traclatusdeformandis orationibus oratorlis; 
ibid., 1613 ; — De Bellïs Christianorum; ibid., 
1614 ; — De Terrse Motibus a 600 7-etro annis 
Basileee obortis; ibid., i6i'i; — Theatrum Bi- 
blicum, ex scriptis thcologorum veterum; 
ibid., 1615-1618, 2 vol. in-4" ; — Thésaurus 
Concionum sacrarum; ibid., 1616-1617; — 



183 

Bericht von dem Cometen 
( Compte rendu de la comète de l'année 1618 ) ; 
ibid., 1618; — Compendium PhilosopMse , 
Bledic, Jurispr. et Theologïœ; ibid., 1620; 

— 'Theologia populm'is;\h\à., 1622; — Epi- 
taphia et Inscriptiones urbis Basileensis; 
ibid., 1622. V— u. 

Adelung, suite de Jôcher. — Athense Rauricse, p. 83. 

GROSS (Jean-Godefroi), publiciste allemand, 
né le 8 octobre 1703, à Uhlfeld, principauté de 
Bareuth, mort le 12 juillet 1768, à Erlangen. Il 
fréquenta pendant plusieurs années les univer- 
sités de Halle et de Leipzig, où il étudia la théo- 
logie, l'histoire, la statistique et la politique, 
et enseigna ensuite successivement à Halle, 
à Kloster-Bergen et à Erlangen. En 1841 il re- 
nonça à la place qu'il occupait à l'Académie des 
Kobies de cette dernière ville, et fonda la Ga- 
zette d'Erlangeyi, qui, rédigée avec beaucoup 
de goût, obtint bientôt une très-grande vogue et 
compta jusqu'à 18,000 souscripteurs. Durant 
les vingt-huit ans que Gross fut à la tête de 
ce journal, il parut successivement sous cinq 
titres différents : Christian- Èrlangischer Zei- 
tungs .Extract., 1741-1750, tome l-^; — Aus- 
zug der neuesten Weltgeschichte, 1751-1753, 
t. XI-XIIl; — Aiiszug der neuesten Weltges- 
chichte und schoenen Wissenschaften , 
1 754-1757, î. xrV-XVn ; — Auszug der neues- 
ten Weltgeschichte, 1758-1762, t. XVUÎ-XXH; 

— Realzeitung, 1763-1768-, XXH-XXVHI. Eu 
1745 Gross se rendit à Nuremberg, où l'impéra- 
trice-reine Marie-Thérèse l'avait nommé son 
agent,avec le titre de conseiller impérial ; mais 
une discussion assez vive avec le sénat nurem- 
bergeois l'obligea à retourner à Erlangen. En 
1752 il devint conseiller et historiographe du 
margraviat de Brandebourg, et en 1765 le roi de 
Prusse lui conféra le titre de conseiller de sa cour, 
en reconnaissance de 30,000 florins qu'il avait 
donnés pour l'établissement d'une école à 
Berlin. 

Gross écrivait avec élégance et avec une très- 
grande facilité. Redoutable à ses adversaires par 
son talent satirique, il était lui-même d'un carac- 
tère très-timide, et on assure que pour éviter 
des dangers qui le plus souvent n'existaient que 
dans son imagination , il avait l'habitude de dor- 
mir le jour et de veiller la nuit. On lui doit les 
ouvrages intitulés : Der angehende Lateiner 
(Éléments de la Langue Latine) ; 5"^ édit., Halle, 
1769 ; — Gedanken iiber ein mit leichten Kos- 
ten zu errichtendes Seminarium politicum 
( Pensées sur l'établissement d'un séminaire poli- 
tique); Nuremberg, 1739 ; — Auszug der neus- 
tin Geschichte der Gelehrten ( Précis de l'his- 
toire des savants modernes ) ; ibid:, 1749-1750 , 
revue continuée par le pi'olesscur Will, d'Altdorf; 

— Orbis in tabula , carte géographique univer- 
selle en deux grands tableaux, faisant partie de 
V Atlas de Homann. V— u. 

J.-P. Rcinhard , Memoria J.-G. Cross; Erlangen, 



GROSS — GROSSE-TÉTE 



184î 

des Jahrs 1618 t l'^SS, in-roli&. — Erlang. gel. Zeitung., 1768, p. 233 et 
suiv. — Acta historico-ecclesiast., t. IV, p. 306. — Le-l 
bensgesch. d. sehr berûmht (jewordeiien Hofraths J.-G.\ 
Gross verfasset von W . Will; Nuremberg, 1788. — Wal-i 
daw. Fermischte Beitrxge zur Gesch. d. Stadt Nurem-, 
berg, tome IV, p. 279-348. — Hirsching, Handbuch. — i 
Mlgem. Liter. Anzeiger de 1801, p. 642-644.— Fickens-j 
cher. Gel. Fûrstenthmn Bareith, t. III. p. 120-126.—! 
V^ill et Nopitsch, Nuremb. Celehrt.-Lexik., t. V, p. 425- \ 
431. — DenJcivûrdiglteiten aus dem Leben ausgez, 
Deutsch. d. Xf^Ul'en Jahrh., p. 706, sqq. — Meusel, 
Lex. verst. schriftst., vol. k, p. 390-393. 

GROSSE (Menning), jurisconsulte allemand, 
né à Wittemberg, vers la fin du seizième siècle, t 
uoyé le 14 mars 1649. 11 enseigna la jurispru- ' 
dence à l'université de sa ville natale ; plus tard j 
il devint syndic dans la basse Lusace; il fut en 
dernier lieu chargé d'une chaire de droit à l'u- 
niversité de Francfort-sur-l'Oder. 11 tomba dans 
la Neiss par accident, et s'y noya. On a de lui : 
Magia de spectris, divinatione et de appari- 
tione spirituum ; — De Translatione imperii 
romani a Grœcis ad Germanos ; — De Jure 
quod ex feudo acquiritur, tam vassalo quam 
domino; — De Causis feudum amittendi et 
processic feudali ; — Fositiones queedam du- 
biorum juridico-politicorum ; et quinze autres 
dissertations sur diverses matières de droit. 

E. G. 
Witte, Diarhtm biographicum. — Becmann, Notitia 
AcademicB francofurtanx. 

GEIOSSE-TÈTE OU GHOSTHEAD ( Robert), 

en latin Capito, prélat anglais, né à Strodbrook, 
village du comté de Suffolk, vers 1175, mort à 
Bugedon, le 9 octobre 1253. Ses parents, quoique 
pauvres et de basse condition, l'envoyèrent étu- 
dier à Oxford. De là il passa à l'université de 
Paris, où il reçut d'abord, puis donna des leçons. 
De retour en Angleterre , il obtint diverses di- 
gnités ecclésiastiques, devint en 1232 archidiacre 
de Leicester, par la protection de Simon de 
Montfort, comte de cette ville , et succéda, en 
1235, à Hugues de Walles sur le siège épiscopal 
de Lincoln. Le principal événement de son admi- 
nistration diocésaine fut son éclatant démêlé avec 
le pape Innocent IV. Ce pontife avait donné à un 
enfant, son petit-neveu, uncanonicat de Lincoln. 
Grosse-Tète protesta contre une nomination qui 
était à la fois un acte de népotisme et une atteinte 
aux libertés de l'Église d'Angleterre. Il déclara 
qu'il ne laisserait jamais exercer le ministère 
ecclésiastique par des enfants incapables de se 
gouverner eux-mêmes, et adressa à ce sujet au 
pape une lettre très -vigoureuse. Innocent IV en 
la recevant s'écria ; « Quel est ce vieillard en 
délire , sourd et absurde ( Quis est iste senex 
delirus, sur dus et absurdus ) ? Mais malgré sa 
colère il n'osa rien entreprendre contre le hardi 
prélat. La querelle, commencée en 1750, n'était 
pas encore terminée lorsque, trois ans plus tard, 
Grosse-Tête finit ses jours, dans sa résidence de 
Bugedon., Un peu avant sa mort, s'entretenant 
avec .Jean de Saint-Gilles, il déclara que le pape 
était hérétique, et que les frères Mineurs et Prê- 
cheurs devaient le combattre sous peine d'être 



1S5 GROSSE-TÉTE 

icux-mêmes coupables d'hérésie. Après une peiii- 
itureterribledelacour pontificale, dont, dit-il « la 
terre entière ne suffit pas à l'avarice , toutes les 
courtisanes du monde à la luxure «, il ajouta 
« qu'il prévoyait que des maux plus affreux arri- 
veraient dans peu de temps «. Ce furent ses der- 
rières paroles. » Le saint évêque de Lincoln, dit 
Vlatthieu Paris, quitta donc ce monde, qu'il n'avait 
amaisaimé, et où il était en exil, et moui-utà Bu- 
œdon, son manoir, la nuit de la Saint-Denis. Pen- 
iaut sa vie, il avait réprimandé publiquement le 
leigneur pape et le roi, corrigé les prélats, réformé 
es moines, dirigé les prêtres, instruit les clercs, 
.outenu les écoliers, prêché devant le peuple, 
loursuivi les incontinents, fouillé avec soin les 
iivers écrits, et avait été le marteau et le con- 
empteur des Romains. Il était libéral, prodigue, 
ourtois, gai et affable à la table de la réfection 
orporelle; mais à la table spirituelle, il se pré- 
entait en pleurant et avec un cœur pieux et 
ontrit. Il avait gagné le respect de tous par son 
èle intatigable . à remplir les fonctions pontifi- 
âtes. » La lutte que Robert Grosse-Tête avait 
outenue contre la cour romaine rendit sa mé- 
noire chère aux Anglais. On lui attribua des 
niracles. Il laissa la plus grande réputation de 
avoir. L. Roger Bacon {Ad Clementem i^apam, 
. 29 ) le distingue du vulgaire des philosophes, 
t le place avec Salomon et Aristote dans ce 
etit nombre de sages qui ont atteint la perfec- 
ion de la philosophie. Trithènje l'appelle « cal- 
iilator insignis , theologorum sui temporis fa- 
ile princeps ». Sixte de Sienne enchérit en- 
cre, sur ces éloges; l'abbé Fleury, tout en ren- 
iant hommage à sa science, à la pureté de 
a doctrine et de ses mœurs, blâme l'excessive 
prêté de son zèle. Déjà de son temps, si l'on en 
loitHarpsfeld, plusieurs personnes, jouant sur 
jn nom , trouvaient que cette grosse-tête était 
ntêtée ( quibusdam visus est capito fuisse suo- 
;ue nomini respondere). Robert Grosse-Tête 
omposa de nombreux ouvrages, dont plusieurs 
lit été imprimés ;. parmi ces derniei's on re- 
laïque une traduction latine, qu'il fit en 1242, 
u Testament des douze Patriarches. Bien 
ue le livre original, rédigé en hébreu, soit apo- 
ryphe, il n'en remonte pas moins à une époque 
ncienne, et paraît même antérieur à l'ère chré- 
enne. La traduction de Robert Grosse-Tête, 
lite d'après une version attribuée à saint Chry- 
)stome, a été imprimée à Augsbourg, 1483; 
1 laguenau, 1532, in-S"; Paris, 1549, in-12; elle 
été insérée dans le Spicilegium de Grabe , 
xtbrd, 1098, in-8", et dans le Codex pseu- 
epkjrap/ius Veteris Testamenti de J.-A. Fa- 
licius. Les autres ouvrages publiés de Robert 
rosse-Tête sont : De Corruptelts Ecclesiai , 
iscours pi'ononcé devant le pape dans un con- 
stoire tenu à Lyon en 1250 , imprimé dans 
Anglia sacra de VVarton ; — un Commen- 
nre sjir la théologie viystïqxie de Denis 
AréopagUe, imprimé avec les Œuvres de De- 



GROSSER 



186 



nis; Strasbourg, 1503, in-fol, ; — un Commen- 
taire sur les deux livres des Secondes ana- 
lytiques cV Aristote , et sur les huit livres 
de Physique du même philosophe; on ignore 
s'il a été imprimé; — Compendium Sphœree 
Mundi, dans un recueil d'ouvrages du même 
genre; Venise, 1518, in-fol. ; — Ruperti Lin- 
colniensis, bonarum artium optimi interpre- 
tis, Opuscula dignissima, nunc primuin in 
luceni édita ; Venise, 1514; — De Cessatione 
Legalium; 1652, in-12. Divers opuscules ec- 
clésiastiques de Robert ont été recueillis par 
Brown dans son Fasciculus rerum expeten- 
darum et fugiendarum. Les ouvrages manus- 
crits de Grosse-Tête sont relatifs la plupart à la 
théologie,, et écrits en latin ; cependant, un ma- 
nuscrit de Cambridge contient plusieurs traités 
et sermons en langue anglaise. Ce prélat paraît 
être aussi l'auteur de mille sept cent quarante- 
huit vers français, où il est question du péché 
d'Adam et de la rédemption du genre humain. 
Ce poëme porte dans le manuscrit le titre de 
Roman des Romans; l'abbé de La Rue en a 
donné un extrait dans ses Essais historiques 
sur les Bardes, les Trouvères, III, 107-114. 

Z. 

Richardus Barderiensis, Fie de Robert , en vers latins; 
dans Warton, AngUa sacra, t. 11, 325, 344, 34d. — Mat- 
Ibieu Paris, Grande Chronique ( trad. par Huillard- 
Bréholles ), t. IV, p. 87, 394 ; V, 203-207, 317, 333 ; VI, 166 ; 
Vil, 21, 131, 188, 293, 373, 420-444. — Samuel Pegge, Life 
of Robert Grosseteste ; 1793, in-4°. — Ilarpsfeld , His- 
toria Ecclesiw anglicanœ, s. Xill. — Fleury, //i.çîot7'e ec- 
clésiastique , 1. LXXX, n° 60 ; 1. LXXXIII, n° 43. — Mil- 
ner, Churcli History. — Chaliners, General Biographical 
Dietionary. — Histoire littéraire de ta France , 
t. XV111,437. 

GROSSËH (Samuel), philologue allemand , 
né le 8 février 1664, à Paschkerwitz ( Silésie), 
mort le 24 juin 1736. En 1685 il se fit recevoir 
maître es arts à l'université de Leipzig. Cinq ans 
après ii fut nommé successivement co-recteur à 
l'école Nicolaï de Leipzig, en 1691 recteur à l'é- 
cole d'Altenbourg, en 1695 recteur à Gœrlitz. 
En 1712 il devint membre de l'Académie des 
Sciences de Berlin. On a de lui : Otium Ulys- 
seum studiosx juveniutis, hoc est geographia 
quadripartita,gceodesico-physico-poiitico-his- 
torica, tabulis synopticis digesta; Francfort 
et Leipzig, 1696, et 1698, in-fol.; traduit en 
allemand par Grosser, sous le litre de Weltbes- 
chanungin Tabellen (Aspect du monde en ta- 
bleaux); Leipzig, 1718, in-fol.; — Phariis 
intellcctus , sive logica electiva; Leipzig, 
1697, in-8", ouvrage plusieurs fois reimprimé, 
quoique, selon Sancius, la logique en soit inepte 
et barbare; — Isagoge styli romani; — Vita 
Christ. Weissli, cum commentario de scriptis 
ejus; Leipzig, 1710, in-8"; — Lausnitzische 
Merkwiirdigkeiten ( Curiosités de la Lusace ) ; 
Leipzig et Bautzen, 1714, in-fol.; — Histo- 
riscJi-politischeMerkwurdigkeiten der beyden 
Markgrafthûmer Obcr und Nieder-Lausitz 
( Curiosités historiques et politiques des deux 



187 GROSSER — 

margraviats de la haute et de la basse Lusace). 
Grosser a encore laissé plusieurs ou vrages de piété, 
' quelques pièces de théâtre et une vingtaine de dis- 
sertations latines, parmi lesquelles nous citerons : 
De Bidlis imperatorum aureis Gorlïcii, in- 
sérée dans le tome II des Scripiares Rerum Lu- 
saticarum de Chr.-G. Hoffmann. ; — De ambi- 
guis politicorum Locutionibus ; — De Femi- 
narum Meritis in rempublicam collatis; — 
De Ambidextris. E. G. 

Fr.-Chr. Baumeister, Memoriu Sam. Grosseri ; Gôr- 
litz, 1737, in-fol. , et dans les Exercitationes academicse 
de Baumeister. — G.-B. Schultes, Ehrengedaechtniss 
Sam. Grossers (Gœrlitz, lii-fol. ) — Jocher, Allgem. Ge- 
lehrten-Lexicon. 

* GROSSI ( Jean-Baptiste de), historien et 
jurisconsulte italien, né à Catane, en 1605, mort 
le 20 août 1666. Après avoir obtenu le grade 
de docteur en théologie et en droit , il fut suc- 
cessivement professeur de droit canon au lycée 
de Catane, vicaire général, enfin chanoine et 
proto-notaire apostolique. On a de lui : Cata- 
nense Decachordum , sive novissima sacras 
Catanensis JEcclesias notitia; Catane, 1642- 
1647, 2 vol. in-fol. ; inséré dans le t. XL du 
Thésaurus Antiquitatum Italisc de Grsevius et 
de iJurmann; — Theori- Praxis ad consiitu- 
tiones pragmaticales comitis Castrensis in 
Sicilias regno otim pro régis ; Catane, 1651 et 
1667, in-fol. ; — Abhas vindicatus, sive Nicolai 
de Tudiscis, archiepiscopi Panormitani vita ; 
Florence, 1651, in-4''; — Catana sacra, sive de 
episcopis Catanensibus ; Catane , 1654, in-fol.; 

— ControversicC forensium judiciorum ; Ca- 
tane, 1662, in-fol.; — deux ouvrages in-fol. 
Sur les Contrats de Mineurs. Il a laissé en ma- 
nuscrit, entre autres : DiariumCatanense etLy- 
ceum Caianense, sive de scriptoribus Cata- 
nensibus. E. G. 

Mongitore , Biblioth. Sicula , t. I, p. 329. — Alphabe- 
tica Firorum illiistrium Corona, qua Jo/i.-Baptistse de 
Grossis frons prœeminet ; Catane , 1686. 

GROSSI ( Ernest de ), médecin allemand, né 
à Passau,en 1781, mort à Munich, le 31 décembre 
1829. Il fut professeur à l'université de Munich, 
et a publié : Versuch einer allgemeinen 
Kranlîheitslehere ( Essai d'une Pathologie gé- 
nérale); Munich, 1811, 2 vol.; — Beurthei- 
lung des Èandbuchs der allgemeinen Pa- 
thologie V. K. Sprengel ( Critique du Manuel 
de Pathologie générale de Sprengel ); ibid., 
1813; — Pathologïa generalis ; ibid., 1831; 

— Familiarum morbor. humanor. Expo- 
sitio;\biA., 1831; — Semiotice et Isagoge in 
Clinicen; ibid., 1832; — une traduction alle- 
mande du Manuel des Chirurgiens de Asselini 
et plusieurs articles insérés dans la Gazette mé- 
dico-chirurgicale de Salzbourg. D*" L. 

Historia Morbi D^ £»v!Mfi de Cros.si; Aliinicli, 1830. 

— Hécker, Jnnalen dcr Helihunde, 

GROSSI ( Thomas), poète italien, né à Bel- 
lano, village de la province de Cômc, le 20 jan- 
vier 1791, mort à Milan, le 10 décembre 1853. 
Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, il entra 



GROSSMANN 



!88 



au petit séminaire de Lecco, puis il continua ses 
études à Rezzonico et à Milan. Ayant renoncé 
à la carrière cléricale, il se fit recevoir docteur 
endroit, en 1810, à l'université de Pavie. Enfin, 
il se livra tout entier à la littérature. Lors de 
la révolution de 1848, Grossi célébra dans de 
beaux, vers la délivrance de sa patrie , et fut ap- 
pelé à la tête des gymnases de la Lombardie. 
Après le retour des Autrichiens , il revint dans 
sa retraite à Monza. L'Académie de Brera, à 
Milan, lui a élevé un monument, où le statuairej 
M. Vêla a représenté le poète sous les traits eli 
dans la position d'un homme qui rêve, tenant' 
à la main un acte notarié. i 

Les principales œuvres de Grossi sont : La\ 
Prinéide, poème satirique, où l'auteur évoqutii 
l'ombre de Prina, ministre du vice-roi Eu 
gène, massacré par la populace le 24 avril 1814; 
— La Pioggia d'Oro ; 1816 ; — La Fuggiiiva. 
élégie, en dialectes mélangés; — la tragédie d{[ 
G.-Maria Visconti; — Ildegonda , poème re 
marquable , publié en 1820, où l'auteur a montn 
possible l'union du gem'e romantique et du genW 
classique ; — / Lombardi alla prima crociati 
(1826), qui a inspiré le talent de Verdi ; — Marc\\ 
Visconti, roman historique, qui a été traduit eij 
français, en allemand et en anglais; — Ulric\ 
e Lida , nouvelle en six chants, dont Silvio Pelj 
lico , dans une lettre adressée à M. de La Tour] 
disait (1837) que « cette œuvre a un natu« 
qui lui donne beaucoup de charme ». Grossi de 
crit avec prédilection la belle nature , les contrée 
pittoresques qui furent son berceau , le cloche 
et l'église de Bellano et les villages de ses chère 
montagnes natales. Il est plein de grâce, d 
douceur, d'élégance, et ces qualités n'excluer 
pas chez lui la force, la passion, l'élévation et I 
tendresse. G. VrrALi. 

Romani, dans la Gazette Piémontaise du lâ déceml» 
1853. — BoettI, dans le Risorgimento de décembre 18, 
et de janvier 1857.— Cherubini, / Poeti vernacoH. 
Silvio Pellico, Epistolario, publié par M. Lemonnii 
de Florence. 

GROSSMANN ( Gustave-Frédéric-Wilhelm,] 
artiste et poète dramatique allemand, né 
BerHn, en 1744, mort à Hanovre, en 1796. ApW 
avoir fait d'excellentes études , il devint secn 
taire de légation à Dantzig, et prit part, en ceti 
qualité, aux négociations relatives au premi( 
partage de la Pologne. Ayant été appelé un joiï 
à remplacer un acteur qui manquait à une n 
présentation importante , il y réussit avec un îi 
succès qu'il résolut dès lors de ne plus quittï 
la scène. Il retourna à Berlin, où il débuta e' 
1774. Cinq ans après il se rendit à l'appel d| 
l'électeur Maximilien, qui lui donna la directio' 
de son théâtre de Bonn. Il fit preuve dans ce 
fonctions de la connaissance à la fois théoriqli' 
et pratique la plus approfondie de la scène, et i, 
faire de tels progrès à l'art dramatique de soj 
pays, qu'on le surnomma « le Shakspeare a 
lemand ■». En 1784 il fonda une nouvelle se 
ciété dramatique, avec laquelle il parcourut dit] 



iS9 GROSSMANN 

éientes résidences et en dernier lieu Hanovre, 
)ii il mourut, des suites de son intempérance. 
^ors de l'explosion de la révolution française 
■t lies mouvements qu'elle occasionna en Alle- 
nai^iie, Grossmann se trouva compromis dans 
m procès politique avec quelque^ autres en- 
iiousiastes, et fut condamné à une réclusion de 
\k mois. Ses œuvres dramatiques eurent de son 
einps le plus grand succès. Il a écrit les comé- 
lies suivantes : Wilhelmine de Blondheim; — 
Henriette Adélaïde de Weltheim;~-Die Fuers- 
irunst ( L'Incendie ) ; — Die Eheslandscandi- 
latcn (Les Candidats au Mariage) ; — et la plus 
clè])re, intitulée : ISicht mekr als sechs Schliis- 
el ( Pas plus de six clefs ) , qui produisit, 
nalgré le blàmc de Gœthe, le plus grand effet 
ors des premières représentations. W. R. 
I Jôrrtens, Charakteristik deutschei' Dichier. — Graesse, 
Çcschichte dur deutschen liieratw. — Conversations- 
..exihnru 

l «iiosssiANN ( Chrétien - Dieudonné-Le- 
jerecht), philologue et théologien allemand, 
K! li; 5 novembre 1783, à Priesznitz (Alten- 
lourg). Il fit ses études à Schulpforta et à l'u- 
;iiversité de léna, remplaça son père pendant 
rois ans dans les fonctions de pasteur de Priesz- 
litz, et occupa depuis 1811 jusqu'en 1822 la 
)la((' de pasteur de la petite commune de Grœ- 
ii(/ près Weissenfels. En 1822 il fut nommé 
)iolesseur à Schulpforta, en 1823 intendant 
ii|M rieur ecclésiastique et prédicateur de la 
OUI- d'Altenbourg, enfin en 1829 il fut appelé à 
jcipzig, où il demeure encore aujourd'hui enqua- 
itti d'intendant supérieur des affaires ecclésias- 
îiques et de professeur de théologie évangé- 
jique. On a de lui : De Procuratore , para- 
\iola Jesu-Christi ex re provinciali Roman. 
Jlustr. comment., historico-exegetica ad 
lue. XVI, i-d; Leipzig, 1824, in-8°; — 
[iiuistïones Ph'doneœ, i° De Theologise Phi- 
'o)tis Fontïhus et Aîicloritate; 2° De Xoytp Phi- 
/onis ; Leipzig, 1830, in-4° ; — Die Begeiste- 
-ung fur den Glatiben (L'Enthousiasme pour la 
oi ) ; Leipzig, 1830; — Ueber die Reformation 
ier protesiantischen Kirchenverfassung im 
Wônigreich Sachsen (De la Réformation de l'É- 
;list! protestante dans le royaume de Saxe); 
Leipzig, 1S33; — De Judœorum Disciplina 
Sfcanl; Leipzig, 1833 et 1834, 2 parties; — 
!>('. l 'hilosophia Sadducxoru77i ;heip7Àg, 1836- 
I83.S, 3 parties; — Die Verdienste des Chur- 
l'urs/en von Sachsen um den Abschluss des 
AiUjsburger Religions frleden s ( Les Mérites de 
IV'Icctcur de Saxe pour la conclusion de la paix 
r.liti;ieusc d'Aiigsbourg ) ; Leipzig, 1855, in-8°; 
— nu grand nombre de sermons; Altenbourg, 
IS:v,); Leipzig, 1829, 1830, 1831, etc. R. L. ' 

liiTK'khaiis, Conv.-Lcx. ~- Wmxichs., Bncher-Ferzei- 
■l'.iiiss. - Kayscr, /îidea; Zjfcj'or. — Gersdort , ijeperto- 
riiwi. 

' <;rosso ( Nanni ) , sculpteur tlorentin , flo- 
rissait en 1488. Il fut un des bons élèves d'An- 
(irea Yerocchio , mais se fit remarquer encore 



— GROSTÊTE 190 

plus par la bizarrerie de son caractère. Partout 
où il était appelé , il voulait , comme chez lui , 
travailler les pieds sur la trappe de la cave, afin 
de pouvoir boire à discrétion et sans contrôle. 
Mourant sur le ht d'un hôpital, on lui présenta 
un crucifix grossièrement sculpté; il le repoussa, 
et ne voulut entendre parler de religion que quand 
on l'eut remplacé par un Christ de Donatello. 
E. B— N. 
Vasari, P^ite. — Orlandi , Abbecedario. 
GRossoN ( Jean-Baptiste-Bernard) , ar- 
chéologue français, né à Marseille, en 1733, mort 
sur la côte de Naples, le 20 décembre 1800. Des- 
tiné au commerce par ses parents, il consacrait 
tous ses loisirs à l'étude des lettres et de l'an- 
tiquité. L'Académie de Marseille le reçut parmi ses 
membres en 1773. Il lui donna son cabinet d'his- 
toire naturelle , qui contenait des échantillons de 
presque toutes les productions minérales de la 
Provence. Forcé de quitter Marseille à la révo- 
lution , il se réfugia à Malte , où il fut pendant 
quelque temps attaché au secrétariat du grand- 
maîtrè de l'ordre de Saint-Jean. Il revenait en 
France après huit années d'exil, lorsqu'il mourut 
dans la traversée. On lui doit : Recueil des An- 
tiquités et monuments marseillais qui peu- 
vent intéresser Uhistoire et les arts; Mar- 
seille, 1773, in-4°, avec fig. ; — Discours sur 
Vorigine et les progrès du commerce de Mar- 
seille ancienne et moderne; 1783, in-8°. Il a 
aussi fait imprimer ses recherches sur les anti- 
quités dans VAlmanach historique de Mar- 
seille, 1770 etann. suiv., 20 vol. in-18, ouvrage 
dont la collection est rare. On trouve aussi de 
lui, dans les recueils de l'Académie de Marseille, 
les dissertations suivantes : Sur la belle Maya; 
1773; — Sur quelques passages des Commen- 
taires de César où il est parlé des Albici ou 
Albiciens ; 1775; — Sîcr un ancien volcan 
dont on voit les traces à Beaulieu; 1776 ; — 
Sur les temps héroïques de Marseille; 1780. 
En 1793, il lut devant l'Académie de Marseille 
une Dissertation sur la forêt sacrée dont 
parle Lucain. Il a laissé en manuscrit des Poé- 
sies provençales , des Recherches stir la mi- 
néralogie, les antiquités et l'histoire de la 
Provence. J. V. 

Quérard , La France littéraire. — Louandre et Bour- 
quelot, La Littérature française contemporaine, 

* GROSTÊTE (Claude), sieur de La Mothe, 
théologien protestant français, né à Orléans, en 
1647, mort à Londres, en 1713. Il étudia d'a- 
bord le droit, prit le grade de docteur à l'uni- 
versité d'Orléans en 1664, et se fit recevoir 
avocat au parlement de Paris en 1665. Il aban- 
donna ensuite la jurisprudence pour la théologie, 
et accepta la place de pasteur à Lisy, en 1675. 
Appelé à l'église de Rouen en 1G82, il retourna 
bientôt à Lisy, et y resta jusqu'à la révocation 
de l'édit de Nantes. Forcé alors de quitter la 
France, il se retira à Londres. On lui doit : 
Traité de V Inspiration des livres sacrez du 



îD! GROSTÈTE 

Nouveau Tei^amen^; Amsterdam, 1695, in-S"; 

— Entretiens sur lu correspondmice fra- 
ternelle de l'Église anglicane avec les au- 
tres Églises réformées; La Haye, 1705, in-8° ; 
Londres, 1707; Rotterdam, 1708, m-12; — 
Relation de la Société établie pour la 
propagation de VÉvangile dans les pays 
étrangers, avec trois sermons; Rotterdam, 
1708, in-S"; — Caractère des nouvelles Pro- 
phéties en quatre sermons; Londres, 1708; 

— Nouveaux Mémoires pour servir à l'his- 
toire des trois Camisars , où l'on voit les dé- 
clarations de M. le colonel Cavalier; Londres, 
1708, in-8°; — La Pratique de V Humilité; 
Amsterdam, 1710, in-12; — Charitas Angli- 
cana ; vers 1712 ; — Le Devoir du chrétien con- 
valescent, en quatre sermons sur lePs. CXVI, 
8, 9, et les quatre sentimens du roi Ézéchias 
sur su maladie, sa convalescence et sur sa 
chute ajirès sa convalescence ; La Haye, 1713, 
10-8"; ■ — Sermons sur divers textes; Ams- 
terdam , 1715, in-S". L. L— T. 

f-'ie de Claude Grostête, en tête de ses Sermons sur 
divers textes. — MM. Haag, La France protestante. 

GROSTÈTE DES MAHis ( Marin ), théolo- 
gien français , frère du précédent, né à Orléans, 
le 22 décembre 1649, mort dans la même ville, 
le 16 octobre 1694. Il suivit la carrière ecclé- 
siastique, et se fit inscrire, en 1666, parmi les 
étudiants de l'Académie de Genève. Ses études 
terminées, il fut reçu ministre et placé à Orléans. 
Quelques années après il abjura entre les mains 
de l'évêque d'Orléans, en 1683. « C'est un homme 
considérable par sa naissance, par sa piété et par 
son érudition, disait le Mercure de France en an- 
nonçant cette conversion, et qui estoit générale- 
ment estimé dans le party qu'il vient de quitter. » 
Une pension de 1 ,200 livres lui fut accordée ; mais 
il l'abandonna au couvent des Nouvelles Catholi- 
ques. Son père, mécontent, lui interdit l'entrée de 
sa maison. Après la révocation de l'édit de Nantes, 
non-seulement il revit son fils , mais il suivit son 
exemple. Grostête s'occupa aloi's de conversion, 
et il fut envoyé comme missionnaire dans le 
Poitou. Il mourut chanoine de l'église d'O.iéans , 
quoiqu'il n'eût voulu recevoir que le diaconat. 
On lui doit : Lettres sur le schisme des pro- 
testants; Orléans, 1685, in-12; — La Vérité 
de la Religion catholique prouvée par l'É- 
criture Sainte; Paris, 1696, 2 vol. in-12. 

L. L— T. 

Eloge de Marin Grostête des Mahis, dans le Journal 
des Savants, 1696, 14*^ numéro. — Éloge historique de 
feu M. des Mutas, chanoine de l'Église d'Orléans, ci- 
devant ministre de la religion prétendue réfortnée , 
en tcHc de son livre : La Mérité de la Heligion catho- 
lique. 

* «ROTE (Georges), historien anglais, né en 
1794, àClay-Hill, près de Bee1<enham (comté 
de Kent). Son grand-père, issu d'une famille 
allemande, fonda à Londres, avec M. Georges 
Prescott, la maison de banque qui porte encore 
aujourd'hui le nom de Prescott, G rote et C. 
M. Grote fut élevé à l'école de Charter-House. 



— GROTE 19! 

Il commença en 1809 son apprentissage à 
banquier en qualité de commis dans la maiso! 
paternelle. Tous les loisirs que lui laissaien, 
les affaires, c'est-à-dire les premières beui'e: 
du jour et les soirées, il les consacrait au^ 
lettres anciennes ou aux sciences écononii 
ques, qu'il étudiait avec M. Mill et quelque; 
autres amis appartenant à la classe des poli 
tiques libéraux. En 1821 il publia, sans se nom 
mer, un pamphlet sur la réforme parlementaire 
en réponse à un article de sir James Mackins 
tosh dans la Revue d'Edimbourg. En 1823 i 
se mit à rassembler les matériaux de son Histoin 
de la Grèce, et, devenu chef de la maison dr 
banque de son père, il trouva encore du tempi] 
à donner à ses travaux d'érudition. Les gravei| 
préoccupations politiques de 1830 et 1831 l'en 
levèrent momentanément à ses recherches hisl 
toriques. Élu en décembre 1832 membre du par 
lement pour la cité de Londres , M. Grote li: 
représenta dans trois parlements successifs juS' 
qu'en 1841 , où il résigna son siège pour se coa' 
sacrer à l'achèvement de son Histoire de la Grèce 
Le 23 avril 1833 il demanda que dorénavant lei 
élections des membres de la chambre des commu 
nés eussent lieu au scrutin ( ballot). Sa motion fu 
rejetée par 211 voix contre 106. II la reproduisi 
dans les sessions suivantes; et malgré la forci 
de ses raisons et la vigoureuse logique de sor 
éloquence , il ne parvint point à la faire passer 
Les deux premiers volumes de YHistory Oj 
Greece, comprenant l'époque héroïque et légen 
daire du peuple grec, parurent à Londres, ei 
1846, in-8". Le douzième et dernier volume, qui si 
termine à la mort d'Alexandre, où finit, selo) 
M. Grote, l'histoire grecque proprement dite 
a été publié à Londres en 1856. Les autres vo' 
lûmes avaient paru successivement, savoir : IH e 
IV en 1847 , V et VI en 1849, VH et VHI ei 
1850 , IX et X en 1852 , XI en 1853. Ce granc' 
ouvrage est spécialement destiné, selon les ex-' 
pressions de l'auteur, à exposer le développe- 
ment spontané du génie grec, et le système so- 
cial de ce peuple progressif au milieu des autres 
nations stationnaires. M. Grote a porté dans' 
l'examen des faits une critique pé»étrante et po- 
sitive, également ennemie des lieux communs! 
et des paradoxes. Partout où sa riche érudition 
lui a permis de l'ecueillir des témoignages, il lésa 
vérifiés, confroîités, réduits à leiir juste valeur; 
là où les témoignages manquent , il n'a pas es- 
sayé d'y suppléer par l'imagination. Ainsi pour 
toute la période antérieure à l'établissement des 
Doriens dans le Péloponnèse, période qui ne 
nous est connue que par les poèmes d'Homère 
et par des légendes mythiques, il n'a point es- 
sayé de séparer ce qui appartient certainement 
à la fable de ce qui peut appartenir à la réa- 
lité (1). Il a rapporté simplement les légendes 

(i) « Pour que la croyance à un fait s'élève à la hau- 
teur d'une certitude, dit M. Grote, il faut que cette- 
croyance repose sur un témoignage positif. Une probabl- 



198 GROTE - 

telles que les anciens nous les ont transmises , 
pensant avec raison qu'elles nous représentent 
fidèlement l'esprit grec à une certaine période 
de son développement , tandis que les prétendues 
histoires de la même époque , ne s'appuyant sur 
aucun témoignage positif, ne peuvent être que des 
romans plus ou moins vraisemblables (1). En 
rompant plus nettement qu'on ne l'avait fait jus- 
qu'ici avec Vévémérisme ( voy. Évémère ) , et 
les autres systèmes d'interprétation mytholo- 
igique, M. Grote a rendu un grand service à la 
science historique, et il a heureusement appliqué 
à l'exposition des premiers temps du peuple 
grec la belle loi de l'évolution de l'humanité 
établie par M. Auguste Comte {voy. ce nom). 
Dans la période historique proprement dite, 
M. Grote n'est pas arrivé à des résultats moins 
! oeufs et moins satisfaisants. Rien de plus lumi- 
[ aeux que son récit du développement graduel de 
!a démocratie athénienne. Pour se rendre un 
i3orapte aussi exact des phénomènes multiples 
;ous lesquels s'est manifestée la vie sociale des 
îrecs , il fallait joindre comme M. Grote à une 
érudition étendue, profonde, minutieuse, l'ha- 
])itude des hommes et des affaires , la connais- 
;ance familière des luttes des partis et du jeu 
les institutions constitutionnelles ; enfin, il fal- 
,ait, selon l'expression du Quarterly Reviev), 
inir à l'érudition d'un professeur allemand la 
icience pratique d'un homme du monde et d'un 
lomme d'État de la Grande-Bretagne. On a re- 
irociié à M. Grote de donner trop de place aux 
lissertations critiques , qui refroidissent et embar- 
assent le récit; on a relevé un certain manque 
Ile proportion entre les premiers volumes et les 
■ erniers; enfin, presque tous les critiques anglais 
accordent à trouver que son style est un peu 
erne et surchargé de néologismes empruntés à 
î langue grecque. Malgré ces défauts, dont aucun 
'est essentiel , l'ouvrage de M. Grote est le ta- 
leau le plus complet et le plus exact du déve- 
)ppement politique et intellectuel des peuples 
elléniques ; c'est une des plus grandes œuvres 
istoriques du dix-neuvième siècle. Outre son 
tistory of Greece et le pamphlet cité plus haut, 
I. Giote a publié : Essentïals of parliamentary 
eforni; il a donné dans la Revue de West- 
linster un article sur l'Histoire de la Grèce 
e Milford , et un autre sur les Légendes héroï- 
'ues de la Grèce de Niebuhr Q.West. Rev., mai, 
843). Ce dernier article a une grande valeur. 

L. J. 



ti', quelque grande qu'elle puisse être, n'équivaut jamais 
une preuve. » 

(1) Selon M. Grote, de toutes les tentatives la plus 
iine, la plus dénuée de raison est celle qui voudrait 
tiercher riiistoire dans les aventures de Persée et de 
liésée , dans les légendes des Argonautes et dans celles 
e la guerre de Troie. « Que ces faits aient existe ou non, 
it-il, c'est là une question que ne peut décider l'iiistorien 
t qu'il n'a pas même à décider; il est vis-;i. vis de ces 
tnations où le doute est ce qu'il y a de mieux, car l'i- 
norance qui s'avoue et a conscience d'elle-même vaut 
iléus que la croyance qui ne repose sur rien. « 

NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXII. 



GROTEFEND 



194 



English Cyclopsedia {Biography). — 3Ten of the Time^ 
— Edinburgh Review , octobre 1846, janvier 1850, juillet 
1851, octobre 1853. — Quarterly Review, 1846, 1857. - 
ÏFestminster Review, janvier 18^7. — Revue britan- 
nique, avril 1857. — Mérimée, Mélanges historiques et 
littéraires .- on y trouve sur Grote cinq articles qui avaient 
paru dans la Revue des Deux Mondes, 1847-1853. 

* GROTEFEND {Georges- Frédéric) , célèbre 
philologue allemand , né le 9 juin 1775, à Mtin- 
den (Hanovre), mort le 15 décembre 1853. Il 
fit ses études de collège au Paedagogium de 
Ilfeld. En 1795 il se rendit à l'université de Gœt- 
tingue pour y étudier à la fois la théologie et 
la philologie. Il entra en relation avec Fiorillo , 
ïychsen , Heeren, et surtout avec son professeur 
Heyne, qui lui procura en 1797 un emploi 
à l'école de la ville de Gœttingue. Grotefend se 
consacra dès lors entièrement à la philologie, dont 
il étudia à fond tous les détails dans le sémi- 
naire philologique que dirigeait Heyne. En 1803 
il fut nommé pro-recteur, et quelque temps après 
co-recteur du gymnase de Francfort-sur-le-Mein. 
En 1821 il fut mis à la tête du lycée de Hanovi'e, 
qu'il dirigea pendant vingt-huit ans, au bout des- 
quels il prit sa retraite. Grotefend a surtout 
exercé la sagacité de son esprit sur des matières 
philologiques ordinairement négligées ; ainsi il a 
fait beaucoup avancer la connaissance des lan- 
gues de l'ancienne ItaUe, par les travaux très- 
remarquables publiés par lui sur ce sujet. Il ne 
se renfermait pas dans le cercle des littératures 
grecque et latine, mais il a aussi étudié d'une 
manière approfondie les langues orientales. C'est 
lui qui le premier proposa un système de dé- 
chiffrement pour les inscriptions cunéiformes ; 
si ses idées à ce sujet ne se sont pas toutes véri- 
fiées, cela tient surtout, dit-on, à ce que les copies 
I de ces inscriptions qu'il avait à sa disposition 
avaient été faites par les voyageurs avec négli- 
gence. Grotefend a encore montré la grande con- 
naissance qu'il avait de l'Orient dans l'excel- 
lente préface mise par lui en tête des fragments 
apocryphes du Sanchoniaton ( voy. ce nom ), 
en 1836, dont il fut un des premiers à recon- 
naître la fausseté. Enfin, Grotefend s'est aussi 
livré à l'étude des langues germaniques dans 
leurs origines; il fut en 1817 le fondateur du 
Francfurter Gelehrtenverein fur deutsche 
Sprache. On a de lui : De Pasigraphia, sive 
scriptura universali; Gœttingue, 1799; — 
Ueber die Erklàrung der Keilschrift und be- 
sonders der Inschriflen von Persepolis { Sur 
l'Explication de l'Écriture cunéiforme, et en par- 
ticulier sur les Inscriptions de Persepolis ) , in- 
séré en 1802 dans les Ideen ilber Politik , den 
Verkehr und den Handel der alten Welt 
de Heeren ; — Anjangsgrûnde der deutschen 
Prosodie (Éléments de la Prosodie allemande) ; 
Giessen, 1815; — Grôssere lateinische Gram- 
matik, filr Schulen (Grande Grammaire Latine, 
à l'usage des écoles); Francfort, 1817, 1820, 
1823, 2 vol. in-8°; c'est une nouvelle édition, 
augmentée, de la Lateinische Grammatik von 
Wenk durchaus zinigearbeitet von Grotefend 



195 



GROTEFETÎD 



( Grammaire Latine de Wenk , entièrement re- 
fondue par Grotefend); Francfort, 1814-1816, 
2 vol. in-8° ; — Kleine laieinische Schulgram- 
matik (Petite Grammaire Latine, à l'usage des 
écoles); Francfort, 1822 -. très-recommandable 
par la méthode et la précision; — Geschichte 
des Lyceums z.il Hanover von 1733-1833 (His- 
toire du Lycée de Hanovre de 1733 à 1833) ; Ha- 
novre, 1833, in-4°; — Rudimènta Linguae 
Umbricx, ex inscriptionibus enodata ; Ha- 
novre, 1835-1838, 8 livraisons, in-4''; —-JSeue 
Beitrsege zur Erlàuterung der Persepolita- 
nischen Keilschrift (Nouveaux Documents pour 
servir à l'explication de l'ÉGriture cunéiforme de 
Persépolis); Hanovre, 1837; — Rudimènta 
Lingux Oscse; Hanovre, 1838; — Zur Géogra- 
phie und Geschiekte von Altitalien (Remtarques 
sur la géographie etl'histoirede l'Italie ancienne ) ; 
Hanovre, 1840-1842, cinq livraisons : ouvrage 
rempli de conjectures hardies; — Newe Bei- 
trsege zur Erlàuterung der babiflonischen 
Keilschrift ( Nouveaux Documents pour servir 
à l'explication de l'Écriture cunéiforme de Bâby- 
lone); Hanovre, 1840; — Bemerktmgen zur 
Inschrift eines Thongefasses mit babylonis- 
cher Keilschrift (Remarques sur l'inscription 
(l'un vase en argile gravé en écriture cunéiforme 
d« Babylone ) ; Gœttingue, 1848 ; — B'emerkun- 
g.en zur Inschrift eines Thongefasses mit 
Ninivitischer Keilschrift ( Remarques suir l'ims- 
cription d'un vase en argile gravé en écriture 
cunéiforme deNinJive); Hanovre, î850!; — An- 
lage und Zerstôrung- dei- Gebéude zm Nim- 
rud (Construction et Destruction des Édifices de 
Nimrud) ; Gœttingue, 1851. — Enfin, Grotefend a 
en(îore publié plusieurs dissertetions et articles 
dans l«s Abhandlungen de la Société des 
Sciences de Gosttiaague , dans la Kritische Ei- 
biisthek êe Seebode, dans V Encyeloptàdie 
d'ErsGh et Gruber, dans les Jahrbiicher des 
Franikfurter Gelehrtenvereins fur deutsche 
Sprache, et dans la Zeitsehrift fur Kunde des 
Morgenlands. E. G. 

Conversations- Lexilion der Gegemvart. 

* G«OTEFE]VB' ( Frédéric-Auguste), philo- 
logue allemand, neveu du précédent , né le i2 
décembre 1798, à Ilfeld , moi* le 25 février 
18v3f). En 1821 il fut nommé collaborator au 
Pcedagogmm Ae, Ilfeld, dont il devint quelques 
annéos après le GO'Pecteur. En 1831 il ftit appelé' 
auK fonctions de directeur du gymnase de Gcet- 
tingue, qu'il réorganisa sur un plan nouveau, 
approprié à l'époque. En 1835 il fut nommé 
professeur extraordinaire à l'université de Ga^t- 
tingue. Grotefend a eu le grand méi'ite de rame- 
ner lagrammaive latine à un système rationnel et 
méthodique. On a de lui : Moteriaiien lateinis- 
chet^ atylnlmngen, ffiir diehôhren Classend'er 
GymaiMsien (Matériaux pour des exercices de 
style latin, à l'usage des classes supérieures des 
collèges); deuxième édition, Hanovre, 1828; — 



II 



- GROTHUSEr»i lâe; 

Commentar zudeîi Materialiert latëîniscMr 
Stylubungen nebst grammatischen Exciersen 
und Berner kungen ( Commentaires sur les ma- 
tériaux pour des exercices de style latin , avec 
des dissertations et remarques grammaticales);; 
Hanovre, 1825; — Gi'undzuge einer neuen 
Satztheoriein Beziehung aufdie Herling'sche 
Théorie ( Principes d'une nouvelle théorie de la 
phrase, par rapport à la théorie de Herling);' 
Hanovre, 1827; — Ausfûhrliche GrammatiU 
der lateinischen Sprache (Grammaire com- 
plète de la Langue Latine) ; Hanovre, 1829-1832,! 
2 vol. in-8°. E. G. i 

Conversations-Lexikott der Gegenwart. j 

GROTHCSEN ( Christian - Albert ) , baronj 
ue), compagnon de Charles XII, périt sans pos-| 
térité, en 1714, dans un engagement avec les; 
Danois, à Stresow (îledeRugen). Petit-fils d'un 
noble courl'and'ais , qui entra vers 1640 au ser- 
vice de la Suède, il eut pour père Othon-Jean ,: 
qui servit dafts les armées suédoises et aile-' 
mandes , fut élevé au rang de baron, et mourûi; 
en 1697 , avec le titre de commandant de Ham- 
bourg. Grothnsen était colonel lorsqu'il prit par 
à la bataille de Posen, en 1704. If devint plus 
tard colonel , et suivit Charles XII dans sa re- 
traite SUT le territoire ottoman". Ce prince l'aimail 
beaucoup, et l'admettait à sa table et dans sa se 
ciété habituelle. En 1710 iî lui donna la missioi 
de se rendre à Constantinople en qualité d'en- 
voyé extraordinaire , et à l'occasion de son dé 
part, en 1714, iïle chargea d'aller remercier 1» 
sultan de sa généreuse hospitalité et de lui de 
mander un fii'man de sauvegarde. Grothusen 
qui avait un« suite de soixante-dix personnes 
fut accueilli avec honneur. Il obtint par une fa 
veur spéciale la permission de visiter Sainte 
Sophie , inaccessible aux chrétiens depui; 
qu'elle avait été convertie en mosquée. Apre 
avoir emprunté d'un négociant anglais une sommi 
considérable, il retourna auprès du roi. Ayan 
quitté la Turquie en même temps que Charles XII 
mais par une route différente , il le retrouva ; 
Straisund. Ce prince le récompensa de sa fidé i 
lité en l'élevant au rang de major général ej 
en lui confiant le commandement de l'île de Uei 
sedom en Poméranie. Grothusen périt peij 
dé temps après. Il savait si bien le turc, qu'i* 
put persuader aux janissaires de différer de plu 
sieurs jours l'attaque projetée contre Charles Xll 
à Bender. Trésorier du roi, il se montrait noi 
moins généreux , ou plutôt non moins prodigiu 
que son maître. Un jour il lui rendit compte ci 
ces termes d'une dépense de 60,000 écus : 
« 10,000 écus distribués par ordre de Sa Majesté 
aux Suédois et aux janissaires, le reste rnangt 
par moi. « Ce style laconique plut fort au mo- 
narque. Un vieil officier qui passait pour avare 
se plaignait un jour de ce que le roi donnait tout 
à son trésorier. «. Mes libéralités, répliqua Char- 
les Xll , ne s'adressent qu'à ceux qui savent en 
faire usage. » E. Beadvois. 



197 



GROTEPUSÈN 



Voltaire, Hist. de Charles TC'Il.'l. V-Vir. — Nordberg, 
Uist. de Charles XII.- Enne, Karl XII, t. U,'p. 10. 
- Biogr. Lex., t. V, p. 215-217. 

GROTMJS {Corneille), jurisconsulte néerlan- 
dais, né.àDelft, le 25 juillet 1544, mort en 1610. 
Il étaitpetit-lils de Corneille Cornets, gentilhomme 
de Franche-Comté, qui, s'étant rendu à Delft, 
vers le commencement du seizième siècle, y avait 
épousé la fille du bourgmestre de cette ville, 
Diederic de Groot. Ce dernier, étant d'une très- 
ancienne famille, avait exigé que les enfants qui 
naîtraient de ce mariage prendraient le nom de 
leur mère , Ermengarde de Groot. Elle eut un 
fils qui s'appela Hugues de Groot; il était très- 
versé dans les littératures anciennes, et fut 
cinq fois nommé bourgmestre de Delft. Corneille 
Grotius, son fils aîné, fit d'abord des études de. 
philosophie à l'université de Louvain , ensuite il 
alla suivre des cours de droit à celle d'Orléans. 
De retour à Delft, après avoir suivi pendant quel- 
que temps la carrière du barreau , il fut appelé à 
remplir l'office d'échevin. En 1575 il accepta une 
chaire de philosophie à l'université de Leyde, nou- 
vellement créée ; il y enseigna le système de Platon, 
pour lequel il eut toujours beaucoup de goût. Il 
fut ensuite nommé professeur de droit, emploi 
qu'il conserva jusqu'à sa mort. 11 a laissé en 
manuscrit plusieurs ouvrages de jurisprudence. 

E. G. 
Bayle, Dictionnaire. — Swerlius, Athenas Belgicse. — 
Academia Leidensis, p. 76. 

GROTIUS ( Jean), érudit hollandais, frère 
du précédent, né dans le commencement de la 
seconde moitié du seizième siècle , mort au mois 
de mai 1640. Il fit ses études sous la direction 
de Juste Lipse, qui devint plus tard son ami. 
11 fut quatre fois nommé bourgmestre de Delft 
et curateur de l'université de Leyde. Après avoir 
pris le grade de docteur en droit, il s'attacha à 
la personne du comte de Hohenlohe, dont il 
devint conseiller. Il avait en 1582 épousé Alide 
Overschie, d'une des premières familles de Hol- 
lande. E. G. 

Bayle, Dictionnaire (à la lin de l'article Guillaume 
Cirotius). — Meursius , Athenas B atavœ, f. iOS. — Bu- 
rigny, /^'ie de Crotius, t. 1, p. S. 

GKOTius (Hugo), célèbre homme d'Étatet 
polygraphe hollandais, fils du précédent, né à 
Delli, le 10 avril 1583, mort à Rostock, le 28 
août 1645. Dès son enfance il montra les plus 
tieiireuses dispositions pour l'étude. Sa première 
éducation, confiée d'abord à un précepteur et 
iirigée par son père avec un soin particulier, 
s'acheva dans la maison du ministre Uteago- 
IkuI , membre influent du parti arminien. A l'âge 
'le douze ans, Grotius se rendit à l'université de 
Loyde, où il resta trois ans , sous la conduite de 
Fiuuçois Junius. Ses capacités précoces frappè- 
rent le célèbre Joseph Scaliger, alors professeur 
;i Leyde, qui se plut à le diriger dans ses études. 
Fidèle à sa devise» Hora ruit «, le jeune Gro- 
tius veillait des nuits entières penché sur ses 
livres. En 1697 il' fut en état de soutenir des 



— CxROTIUS 198 

thèses publiques sur les mathématiques, la phi- 
losophie et la jurisprudence. Les hommes les 
plus distingués de la Hollande , tels que Douza, 
Meursius et D. Heinsius, étaient émerveillés des 
succès rapides du jeune étudiant. En 1598, Gro- 
tius accompagna à Paris le grand-pensionnaire 
Barneveldt , qui se rendait à la cour de France 
comme ambassadeur. Présenté à Henri IV, il fut 
accueilli par lui de la manière la plus courtoise. 
Après un séjour d'une année en France, pendant 
lequel il se fit recevoir docteur en droit à Qrléans , 
il retourna dans sa ville natale, comblé de po- 
litesses par les hommes les plus éminents du 
pays : il n'avait qu'un seul regret , c'était de 
ne pas avoir pu rencontrer le président De Thou. 
Il lui écrivit de Hollande, pour lui demander 
l'honneur de son amitié; un commerce épisto- 
laire plein d'intimité s'engagea entre ces deux 
hommes d'un âge si disproportionné , mais réu- 
nis par leur amour pour les lettres et par l'élé- 
vation de leur esprit. C'est à Grotius que De 
Thou doit la plupart des renseignements sur les 
événements de l'histoire des Pays-Bas, rapportés 
dans son Histoire. En 1599, Grotius, s'étant 
décidé pour la carrière du barreau, plaida à 
l'âge de seize ans sa première cause au tribunal 
de Delft. Il fit une étude consciencieuse de la 
pratique des affaires et des secrets de la plai- 
doirie, dans laquelle il évitait soigneusement, 
malgré son amour de l'antiquité, de tomber 
dans l'abus des citations grecques et romaines, 
qui le choqua plus tard si vivement chez les 
avocats français. Pendant les années suivantes, 
il sut mener de front, avec les occupations de son 
état, des travaux littéraires considérables. Aidé 
par son père, il avait déjà pubHé en 1599 une 
édition de Martianus Capella, édition dont les 
notes indiquaient combien il s'était familiarisé 
avec l'antiquité. Ses connaissances en mathéma- 
tiques le mirent à même de traduire en latin, 
dans la même année, l'ouvrage de Stevin sur la 
Navigation. L'édition qu'il donna d'Aratus en 
1600, dans laquelle il se montra versé en astro- 
nomie , lui attira les éloges les mieux mérités de 
Juste Lipse et de Casaubon. Son délassement 
favori était la poésie latine ; sa prosopopée sur le 
siège d'Anvers , longtemps attribuée à Scaliger, 
fut traduite en français par du Vair, Pasquier et 
Rapin. Les tragédies latines queGrofius composa 
à partir de 1601, sur des sujets tirés de la Bible, 
mirent le comble à sa réputation comme un des 
plus grands poètes latins modernes. En 1602 
il fut choisi spontanément parles états généraux 
pour être leur historiographe. En 1607 il fut 
nommé à la place importante d'avocat général du 
fisc de Hollande et deZélande; les états de cette 
province, voyant qu'ils ne s'étaient pas trompés 
en accordant leur confiance à ce jeune homme de 
vingt-quatre ans , augmentèrent bientôt ses ap- 
pointements. 

En 1608, Grotius épousa Maria de Reigersber- 
gen, d'une des premières familles de Zélande, 

7. 



199 



GROTIUS 



2C 



temme d'un yare mérite, dont le dévouement pour 
son époux fut à toute épreuve. L'année suivante 
Grotius publia son Mare liberum, le premier 
ouvrage dans lequel il abordait les questions de 
droit public. En 1610 parut son livre De Anti- 
quitate Reipublicas Batavee, où il s'efforçait 
de prouver que le pouvoir absolu n'avait jamais 
été reconnu dans les Pays-Bas. Élu en 1613 
pensionnaire de Rotterdam , Grotius, prévoyant 
les troubles qui allaient s'élever dans son pays, 
n'accepta que lorsqu'on eut déclaré cet office 
inamovible. Il eut alors droit d'entrée aux états 
généraux. Il y retrouva Old Barneveldt, dont 
il devint l'ami intime. En 1615 il fut envoyé en 
Angleterre, pour représenter la Hollande dans 
la conférence tenue à propos des pêcheries du 
Groenland, sur lesquelles les Anglais s'arro- 
geaient un droit exclusif. Tous les arguments 
des commissaires anglais ayant été victorieuse- 
ment réfutés par Grotius , les commissaires se 
virent réduits à faire ajourner la solution de la 
contestation. Pendant son séjour en Angleterre, 
il fréquenta beaucoup Casaubon, avec lequel il 
eut de longs entretiens sur les moyens de réunir 
les catholiques et les protestants. De retour en 
Hollande, il se mêla activement aux discussions 
religieuses, sous le coup desquelles sa patrie allait 
être ébranlée: il se rangea du côté du bon droit, 
et succomba avec lui. De tous temps il s'était 
montré favorable aux idées d'Arminius , dont il 
avait.pubiié l'éloge-en 1609. Quoiqu'à cette épo- 
que il fût encore assez étranger aux questions de 
théologie, il se sentait singulièrement attiré vers 
la doctrine arminienne, et ce sentiment se corro- 
bora plus tard par la réflexion et l'étude. En ef- 
fet cette doctrine d'Arminius , qui , repoussant 
les principes de Calvin sur la prédestination , 
enseignait que l'homme est libre d'accepter ou 
de refuser la grâce, devait convenir à un esprit 
aussi droit que celui de Grotius. Elle était pro- 
fessée par la majorité des états de Hollande ; et 
lorsque Gomar ( voy. ce nom ) et son nombreux 
parti essayèrent de faire proscrire les disciples 
d'Arminius, les états firent tous leurs efforts 
pour arrêter cette tendance , et enjoignirent aux 
deux partis de se tolérer mutuellement. Les 
gomaristes excitèrent alors le peuple à résister 
ouvertement aux ordres des états ; à leur insti- 
gation, des'^émeutes sanglantes éclatèrent dans 
beaucoup d'endroits, plusieurs ministres armi- 
niens furentchassés de leurs églises. Grotius, qui 
avait déjà assisté de ses conseils son ami Uten- 
gobad lors de la rédaction du fameux acte de 
Remontrance, dans lequel sont exposés les 
principes arminiens , rédigea alors en commun 
avec Barneveldt un nouvel édit de tolérance, 
qui fut voté par les états de Hollande. Mais les 
gomaristes n'en tinrent aucun compte. Les sé- 
ditions augmentant tous les jours, les états 
donnèrent aux magistrats des villes, par un dé- 
cret du 4 août 1617, le pouvoir de lever des 
troupes pour s'opposer aux factieux. Le décret 



fut rendu sans la participation du stathoudei-, 
Maurice de Nassau. Depuis longtemps ce der- 
nier cherchait une occasion pour rompre avec 
Barneveldt et le parti républicain. Dans ce but il 
se hâta de saisir le prétexte offert par le vote du 
décret, qui lésait selon lui ses droits de capitaine 
général. Il se prononça dès lors pour les gomaris- 
tes, les encouragea dans leurs projets d'oppres- 
sion, et défense fut donnée par lui aux troupes 
d'obéir aux magistrats des villes. Un peu avant 
ces événements, Grotius avait été envoyé auprès 
des magistrats d'Amsterdam , qui avaient pris 
parti contre les arminiens; il était chargé de le; 
faire revenir à d'autres sentiments. N'ayant pas 
réussi dans sa mission, et voyant la lutte s'enve 
nimer de plus en plus, il tomba malade decha 
grin. Depuis le commencement des troubles, ijj 
avait publié plusieurs ouvrages pour la défensi|| 
de son parti. Il cherchait à y établir, pour justi 
fier les mesures prises par les états de Hollande 
que l'État a un droit de suprême réglementatioi 
en ce qui concerne la discipline et même 1 
dogme de l'Éghse; cette opinion est en effe 
très-logique, dès qu'on se place au point de vu; 
protestant. Grotius s'appUquait aussi à montre 
combien la doctrine arminiennepouvait s'appuye, 
sur les conciles et les écrits des Pères de l'É 
glise, point fondamental, selon lui, qui reconnais, 
sait dès lors une autorité supérieure aux inter, 
prétations de l'Écriture admises dans les prt 
miers siècles de l'Église. Les gomaristes, se senfaii 
battus sur le terrain de la discussion, recoururei' 
à là violence pour avoir raison de leurs adve 
saires. En 1618, Maurice, appuyé par les éta 
généraux, se mit en mesure de réduire à l'obéi 
sance les villes qui, se fondant sur la souvera 
neté que leur assurait la constitution, avaie; 
traité d'illégal et laissé sans effet l'ordre duprim 
qui leur interdisait de lever des troupgs. La Hc 
lande fut envahie par les soldats du «tathoude 
qui ne songea dès lors qu'à donner libre cours 
ses ressentiments. Ayant réuni huit membres d 
états généraux , il leur fit rendre contre Barn 
veldt, Grotius et Hogerbets, pensionnaire i, 
Leyde, un décret d'arrestation, les qualifia 
d'ennemis de leur patrie pour avoir essayé d'o; 
ganiser à Utrecht des moyens de résistera l'a 
mée du prince. Les magistrats de Rotterdam 
de plusieurs autres villes de la Hollande protei 
tèrent contre cette violation flagrante des droi: 
de leur province ; on les destitua. Le synodi! j 
dont les gomaristes, sûrs de la majorité cl, i 
ecclésiastiques , réclamaient depuis longtemps 
réunion dans le but de faire condamner la do 
trine de leurs adversaires, fut alors convoqué 
Dordrecht. A la suite des décisions de ce synodi 
les ministres arminiens furent les uns banni; 
les autres jetés en prison. Ainsi enhardis, li 
gom,aristes , unis aux partisans de Maurici 
commencèrent en novembre 1618 l'instructic 
du procès des trois prisonniers ; vingt-six cor 
missaires choisis parmi leurs ennemis déclar 



201 



Furent chargés de les juger. Après avoir assas- 
siné judiciairement Barneveldt , malgré les re- 
présentations de Du Maurier , ambassadeur de 
?rance,. ami intime de Grotius, ils procédèrent 
;ontve ce dernier. II les récusa, comme n'étant 
usticiable que des états de Hollande; on ré- 
)ondit à sa réclamation par de mauvais traite- 
nents. Cinq heures de temps lui furent accor- 
lées pour préparer sa défense, et il ne lui fut 
émis pour la rédiger qu'une feuille de papier, 
ie 18 mai 1619, Grotius fut condamné à la pri- 
iOn perpétuelle. Comme le jugement ne portait 
las que Grotius se fût rendu coupable de lèse- 
oajesté, seul crime qui entraînât la confiscation, 
3S commissaires y ajoutèrent un an après un 
écret portant que leur intention avait été de 
; condamner comme ayant commis ce crime. 
,e 6 juin 1619 Grotius fut ti'ansféré dans la for- 
îresse de Lovenstein (Sud-Hollande), où sa 
îmme obtint , à force de sollicitations , la per- 
lissiou de le rejoindre. L'infortune ne put 
battre la sérénité de son âme ; il se remit tran- 
uillement à ses anciennes études (1). Ses lettres 
atées de cette époque nous le montrent occupé 
es travaux littéraires les plus divers; il com- 
lentait et traduisait des auteurs de l'antiquité, 
imposait ses Institutions du Droit hollan- 



GROTIUS 202 

la vente sous peine de mort; ce n'était pas là 
une réponse , mais il n'y en eut pas d'autre. Pen- 
dant l'été de l'année 1623, Grotius se retira dans 
la maison de campagne du président deMesme, 
située aux environs de Sentis. C'est là qu'il com- 
mença, sur les instances de Peyresc , son grand 
traité Sur le Droit de la Paix et de la Guerre, 
qui parut en 1625, avec une dédicace au roi 
Louis XHL Partout ce livre fut accueilli, comme 
devant former le code des relations entre les di- 
verses nations. La brillante renommée que cet 
ouvrage valut à Grotius ne l'empêchait pas d'être 
réduit à vivre dans la gêne, sa pension ne lui étant 
payée qu'à de rares intervalles. Dès 1624 il 
avait songé à offrir ses services à une puissance 
du Nerd. Le cardinal de Richelieu chercha à le 
retenir; mais, autant qu'il est possible d'en juger 
par quelques mots des lettres de Grotius, le 
cardinal exigea de lui un dévouement complet à 
ses idées et à ses volontés; l'esprit indépen- 
dant de Grotius ne voulut pas y condescendre. 
Sa pension cessa dès lors entièrement de lui être 
payée; et il se trouva en 1631 dans un embarras 
tel qu'il se vit forcé, à son plus grand regret , de 
quitter la France (1), afin de pouvoir tirer parti 
de ses talents dans d'autres pays. II se rendit d'a- 
bord en Hollande , gouvernée alors par le prince 



ais , et rédigeait les dimanches son Ti'aité de \ Frédéric, avec lequel il avait été autrefois en bons 



i Vérité de la Religion chrétienne et ses Notes 
■xr l'Évangile. Ainsi se passèrent près de deux 
as. On s'était un peu relâché de la sévérité 
ont on avait d'abord usé envers lui , et on lui 
îrmettait d'emprunter des livres de ses amis, 
orsqu'il avait fait usage de ces livres , il les 
snvoyait dans un grand coffre, que les gar- 
liens visitèrent soigneusement pendant quelque 
mps, mais qu'ils se lassèrent enfin d'ouvrir. La 
mme de Grotius conçut alors l'idée de profiter 

cette négligence des geôliers. Le 22 mars 
)2l elle enferma son mari dans ce coffre, dont 
pesanteur frappa les soldats qui le portaient 
)rs de la prison ; mais elle sut répondre à leurs 
marques avec sang-froid , et le contenu de !a 
isse ne fut pas examiné. Grotius arriva ainsi 
ns encombre à Gorcum, chez un de ses amis, et 
itant déguisé en maçon il se rendit à Anvers, 
ir l'invitation du président Jeannin , il partit en- 
itepour Paris , où il arriva le 15 avril 1621. Le 
ince de Condé, le garde des sceaux du Vair, 
iyresc et beaucoup d'autres hommes de mérite 
reçurent avec les témoignages d'estime les plus 
tteurs et lui firent obtenir, en janvier 1622, une 
osion de 3,000 livres. Mais l'embarras des 
lances étant alors à son comble , cette pension 

lui fut payée que très-irréguUèrement. 
Au commencement de 1622 Grotius fit paraî- 
5 son Apologie, exposé calme et digne de toutes 
i injustices révoltantes commises contre lui 

son parti. Les états généraux en défendirent 

1) « Mihi fortunx levamentum sunt illœ, ut nosti, 
ic etiani cuin neç/otiis pêne opprimerer, âulces ante 
%n\a Musx. )) (LeUre de Grotius du lE décemhre 1619.) 



rapports. Ses ennemis, honteux de la réproba- 
tion répandue par l'Europe entière sur leur con- 
duite envers lui , se montrèrent disposés à s'adou- 
cir à son égard, pourvu cependant qu'il consentîtà 
demander lui-même son rappel comme une grâce. 
Mais Grotius se refusa constamment, malgré 
les instances de ses amis , à toute démarche qui 
pût impliquer de sa part le moindre aveu de 
culpabilité. Lorsqu'il était encore en prison , il 
écrivit sui" ce sujet les paroles suivantes , qui 
montrent la force et la dignité de son caractère : 
Illud durissimum, quoà et infirmitas cor- 
poiis mei cœlo et animi mœror amicorum so- 
latio destituitur. Potius tamen ut hoc, si 
quid pejusfingi potest , Deo adjuvante per- 
petiar, quam veniam poscam earum rerum 
in quitus animus culpam non agnovit. (Let- 
tre de Grotius du 15 janvier 1621 ). S'étant 
convaincu que la majorité de ses concitoyens , 
fanatisés par les prédicateurs gomaristes, con- 
tinuait à lui être hostile, Grotius quitta sa patrie 
le 17 mars 1632, et se rendit à Hambourg, où il 
resta près de deux ans. Le roi de Danemark et 
plusieurs autres princes lui firent des proposi- 
tions séduisantes, pour l'attirer à leur service; 
mais il refusa ces offres, conservant encore un 
reste d'espérance de pouvoir consacrer à son 
pays l'emploi de ses facultés. Privé de ses livres, 
il mena d'abord à Hambourg une vie assez triste; 
enfin, sa femme , dont l'attachement le consolait 
de tous ses malheurs, vint le rejoindre à la fin 

(1) « Mihi constitvtum est Galliam, cujtis amiciiiam 
plnrimi semper feci, non deserere , nisi priiis ipsa 
deserat. « Lettre de Grotius, du 29 novembre 1624., 



208. 



de 1633. Vers cette époque, U' fifc Gonnaissance 
avec Salvius, vice-chancelier de Suède, -lequel,, 
ayant pu apprécier tes talents de Srotius , dé- 
termina le grandt-chancelier Oxeastiern, régent 
du royaume, à attaciier Grotius au service 
de la Suède, ainsi que Gustave-Adolphe l'avait 
déjà ordonné quelques heures avant sa mort. 
Grotius, mandé aupcès d^Oxenstiern, alla le trou- 
ver à Francfort, en mai 1634 ; quelques mois 
après il fut nommé ambassadeur de la reine de 
Suède auprès de la coui" de France , poste d« 
la plus haute importance en ce moment. Les 
Suédois en effet, vaincus à Nordlingue, et abau- 
dionnés de plusieurs de leurs alliés d'Allemagne, 
avaient un besoin pressant des secours de- la 
France. Le 14 février 1635 Grotius arriva à Saint- 
Denis. Quelques difficultés s'élevèrent sur le cé- 
rémonial à observer pour sa réception par le roi : 
elles furent, selon Du. Maurier, suscitées par Ri- 
chelieu , pour se ménager le temps d'obtenir la 
réponse d'Oxenstiern à la demande qu'il lui 
avait faite de nonmaer an autre ambassadeur; 
selon Grotius lui-même, le cardinal voulait con- 
naître le degré de condescendance que le grand- 
chanceher montrerait daios une négociation alors 
pendante entre la France et la Suède , afin d'y 
proportionner les honneurs qu'il ferait rendre au 
représentant d« cette dei-nière puissance. Il s'a- 
gissait d'un nouveau traité d'alliance, dans lequel 
Richelieu prétendait modifier, au détriment de la 
Suède, plusieurs clauses stipulées en faveur de 
ceroyaume dans le traité précédent. Grotius,qui fit 
enfin son entrée solennelle à Paris le 2 mars 1635, 
déclara qu'il déconseillerait toujours au grand- 
chancelier de ratifier ces changements proposés 
par Richelieu. Le père Joseph et ensuite Riche- 
Beu lui-même cherchèrent , daias des entretiens 
dont Grotius nous a conservé te récit, à ébranler 
sa fermeté, d'abord par des flatteries et enfin par 
des menaces, mais sans y parvenir. Sur ces en- 
trefaites, Oxenstiern étant venu en France , fit 
renouveler l'ancien traité dans toute sa teneur; 
il exprima par de nombreux témoignages com- 
bien il était satisfait de la vigueur déployée par 
Grotius dans cette occasion. Ce dernier resta 
pendant dix ans chargé des affaires de Suède en 
France; il s'acquitta de sa mission avec une in- 
telligence et une droiture parfaite. Il eut à lutter 
constamment contre le mauvais vouloir de Riche- 
lieu et des ministres ; à tous moments il devaitin- 
sistei- avec force pour que la France eût à 
remplir les engagements pris par elle, surtout 
ceux concernant les subsides. Il eut aussi à se 
plaindre de Paw, ambassadeur de Hollande, et 
âe plusieurs autres de ses compatriotes , qui , 
par des calomnies et même par des lettres sup- 
posées cherchèrent à le noircir auprès de la cour 
de li'rance, déjà si défavorablement disposée à 
son égard, à cause du peu de complaisance qu'il 
montrait pour les exigences de Richelieu. En 
1636 le cardinal fit demander le rappel de Gro- 
tius; mais Oxenstiern n'hésita pas un instant à 



GROTIUS 

maintenic son aDODassadeur, quoique ce dernier^ 
las des tracasseries souvent mesquines auxquel- 
les il était en butte, eût lui-même demandé à 
être remplacé. Malgré les éloges qu'il recevait 
dui grand'-chancelier sur son activité et sur son 
zèle , Grotius resta pendant plusieui's années à 
ne toucher que ti'ès-irrégulièremeat ses appoin- 
tements, qui étaient de 20,000 Uvres. Les minis- 
tres de France , connaissant l'erabcUTas que lui 
cau.sait cet étai de choses, essayèrent à plusieurs 
reprises de lui faire accepter une pension ; mais 
il la refusa avec persistance. 

Tous les moments qu'il pouvait dérober aux 
affeires étaient consacrés à l'étude (1). En rap- 
port direct avec tous les érudits, de Paris , il 
entretenait un commerce épistolaire avec les sa- 
vants les plus distingués de l'Europe. Ses tra- 
vaux littéraires étaient de la nature la plus va- 
riée. Commentaires sur les auteurs anciens, 
traductioni? de ces auteurs, travaux historiques, 
théologiqu«s et juridiques ,. il menait tout cela 
de front,, et il se reposait ensuite, comme auiti;%,j 
fois, en composant des, poésies latines.. Une 
ses grandies préoccupations fut de reprendre sonj 
projet d'union entre les clu-étiens,, projet qui dès! 
1621 avait été pleinement approuvé par le garde; 
des sceaux Du Vair. Grotius publia dans ce bat 
un ouvrage destiné à attaquer une opinion ridi-j 
cule , admise alors presque comme article de foij 
chez les protestants , à savoir que le pape n'étail 
autre que l'Antichrist. Une nuée de grossiers 
iusulteiars s'éleva contre lui, lui reprochant, et 
termes indignes, d'attenter à la vérité évangé-' 
lique. Ces procédés des calvinistes farouches, 
la froideur que lui marquèrent ses anciens aeaiti 
Saumaise et Sarrau , ne lui firent pas abandoipn 
ner ses desseins de coaciliatioB. 11 eut (ies, cosr 
férences avec des docteurs en Sovbonae, avei^f 
des ministres, mais surtout ayec le savant pè«( 
Pétau , dont il recherchait beaucoup le cojs- 
merce. Il exprimait de toutes maiùères son regr^ 
que la réforme fût allée jusqu'au schisme e 
qu'elle ne se fût pas bornée à l'abobtion des abusi 
Partisan déclaré de la tradition pour l'explicaj 
tion des Écritures , dans laquelle les conciles e ; 
les Pères de l'Église étaient ses guides, il se rap' 
procha du catholicisme dans beaucostp de point' 
fondamentaux. L'animation des protestants zélé.' 
augmentait tous les jours contre lui; il s'aliém 
même la faveur de la cour luthérienne de Stock- 
holm. Elle lui adjoignit en septembre 1644 ui 
aventurier français, nommé Cérisante, qui ik' 
tarda pas à manquer d'égards envers GrotÎBS 
Celui-ci demanda alors son rappel , et l'obtint, 
au commencement de 1645. S'étant rendu eR 
Hollande, il y fut reçu avec les plus grands' 
égards; ses ennemis rougissaient enfin de l'avoiï 
persécuté. Après avoir rejoint Oxenstiern , cfé 



(1) «. miii advenus anllca tcedia magnum est solatium 
in virormn Hteratissimerum coiloquiis, guibus libentet 
id largio temporis quod a negotiis decidi potest, >{ 
( Lettre de Grotius du 15 mars 1635. ) 



20;' 



GROTIUS 



206 



l'accueillit très-bien, il partit pour Stockholm, 
où la reine Christine vinl exprès pour voir ce 
monstre de doctrine, comme l'appelait Ménage. 
Elle lui offrit une place de conseiller d'État ; mais 
il refusa, à cause du climat de la Suède, trop nui- 
sible à sa santé délabrée. Alors elle lui fit re- 
mettre une somme de 10,000 écus et un service 
d'argenterie. Le 12 août 1645 Grotius s'em- 
barqua pour Lubeck ; après avoir été longtemps 
ballotté par une tempête, il aborda le 17 à qua- 
toi/e milles deDantzick. S'étant fait transporter 
à Rostock par un temps affreux dans un cha- 
riot découvert, il y arriva, le 26, dans un état de 
santé alarmant. Le lendemain , se trouvant au 
plus mal, il fit venir auprès de lui un minis- 
tre nommé J. Guistorp, qui nous a laissé un 
récit détaillé des derniers instants de Grotius , 
passés presque entièrement en prières. Enfin, ce 
^rand hommeexpirale 28 août, à minuit. Son corps 
fut transporté à Delft et enterré dans le tombeau 
le sa famille. Un monument lui fut élevé dans 
cette ville en 1781; l'inscription qu'on y grava 
en l'honneur de celui qui avait toujours cbeiclié à 
établir la concorde parmi ses semblables donna 
lieu à une guerre de plume des plus acrimonieuses. 
Grotius était petit de taille; il avait le visage 
agréable et avenant, le nez aquilin, le regard 
plein de feu , le front très-vaste. Comme homme, 
Grotius fut à la hauteur des plus beaux carac- 
tères de l'antiquité. Grandeur d'àme, fermeté 
inébranlable, désintéressement complet, amour 
de son pays , que ne diminua pas l'ingratitude 
de ses concitoyens; toutes ces hautes vertus 
étaient couronnées chez lui par une douce 
bienveillance , inspirée par ses sentiments chré- 
tiens. Des hommes tels que Grotius font hon- 
neur à l'humanité; sa vie , passée tout entière 
au grand jour, ne put être ternie par ces révé- 
lations posthumes qui nous font aujourd'hui 
revenir sur tant de jugements, que nous avions 
crus à l'abri de toute contestation. Presque toutes 
les appréciations portées sur Grotius par ses 
contemporains ont été confirmées par l'histou-e. 
Les œuvres de cet homme , l'un des plus grands 
esprits de son temps , sont empreintes des quâr 
lités de son âme. L'élévation des idées y est alliée 
au bon sens, qui est la force du génie. Dominant 
toute la masse de ses connaissances", presque 
universelles, Grotius est bien au-dessus de 
tous les savants plus ou moins pédantesques de 
Sun siècle (1), parce qu'il n'eut jamais pour but 
fjui' la vérité et le bien de ses semblables. Le 
jugement suivant porté sur lui par Balzac ( dans 
ses Lettres, livre XXI, n" II),, nous semble 
rcsiiioer, sous une forme un peu vieillie , ce 
«jii'on peut dii'e de mieux sur les ouvrages 
de Grotius. « Tout ce q^ui part de Grotius , dit 
!!al/.ac , m'est en singulière recommandation , et 
outre la soUdité de sa doctrine, la force du rai- 

(1) « Vosslus et Satinasiiis étaient très -savants, dit 
L'tbnitz {Oyera, t. Vfc, p. 251 ),j mais Grotius, luédltait 
luiifondcincnt. » 



sonnement et les grâces de la langue, j'y re- 
marque un certain caractère de probité, qui fait 
que notre foi exceptée, dont malheureusement il 
est étranger, on peut se fier en lui de toute autre 
chose. » 

L'influence de Grotius a été des plus grandes 
et des plus salutaires. D'abord ses tentatives de 
conciliation entre les catholiques et les protes- 
tants , quoiqu'elles n'aient pas abouti à un résultat 
direct, ont cependant été le premier pas décisif 
dans une voie nouvelle à suivre pour les ques- 
tions religieuses. S'adresser à la raison et au cœur 
des hommes, avec douceur et tolérance pour les 
personnes , sans tomber dans l'indifférence pour 
les dogmes, tel fut sa préoccupation constante 
dans ses controverses religieuses (1). 

Par son livre De Jure Belli et Pacis, Grotius 
a fait sinon dominer, au moins prévaloir des prin- 
cipes plus humains dans les relations entre les 
différents peuples. Cet ouvrage n'aempêché, il est 
vrai , ni l'incendie d u Palatinat , ni le bombardement 
de Copenhague, ni le partage delà Pologne; mais 
si la politique de nos jours est en général relati- 
vement plus honnête que celle du seizième siècle, 
les maximes répandues dans le traité de Grotius 
ont contribué pour une bonne part à ce résultat, le 
plus cher de ses vœux, de même qu'elles ont aidé 
à rendre peu à peu la guerre moins barbare qu'elle 
ne l'était lors des massacres de Tilly et de Crom- 
well. Ce même livre a aussi donné naissance à la 
philosophie du droit : toutes les théories modernes 
de droit naturel en découlent. Armés des prin- 
cipes exposés par Grotius, les publicistes ont 
contrôlé avec une hardiesse inconnue auparavant 
l'ensemble des lois civiles et politiques, élevant 
en face des législations existantes un système 
idéal d'axiwmes juridiques fondés uniquement 
sur le raisonnement. De ces efforts sont sorties 
les idées de 1789, aussi bien que la Béclaration 
des Droits de rffo?Hme,c'est-à-dii-e des principes 
vrais et féconds en même temps qn-^. des sys- 
tèmes faux et funestes. Mais il semble difficile 
de ne pas admettre que dans cette réforme des 
institutions provoquée par Grotius le bien l'em- 
porte sur le mal; or, on ne peut demander plus 
aux entreprises humaines. Tout ce qu'il y a^ait 
de poétique, de pittoresque et souvent de tou- 
chant dans les législations antérieures a été battu 
en brèche par les déductions méthodiques et un 
peu sèches du droit natm-el; grâce à ce droit, 
les codes des diverses nations ont pris un air de 
conformité qui offusque l'école historique, parce 
qu'elle voit s'accéiérer ainsi la disparition des 
nationalités. Quoi qu'U ^ soit, le système de Gro- 
tius, dont la baiSe est au moins très-iucomplète, 
a , malgré ses défeetuosités, servi les progrès de 
la civilisation. 



(1) <c Qvod si nhIM obtineamus atind' quant utminna- 
niHS odia ex inaledictls natci et pciiillo leniores magisquo 
inter .se nociubilcsfuciamus chrislianos, nonne hoc et 
tabore uliquo et offensis guoruntdam emendum est ?» 

{GrolU EMSïOfciiE, p. 890. )' 



207 



GROTIUS 



208- 



Entin, dans le domaine des lettres Grotius a i 
eu le grand mérite de faire goûter généralement 
par d'excellentes traductions les trésors de mo- 
rale renfermés dans les ouvrages de l'antiquité 
grecque. « Ego quidquid mihi ab injunctis la- 
boribus superfuit temporis, dit-il dans la pré- 
face de sa traduction de l'Anthologie, id illis 
semper oblectamentis qusesivi impendere, 
quœ ab utilitate publica non nimium absce- 
derent. Talia autem vel maxime ea esse ju- 
dicavi, quœ sub mellitis veluti verborum 
crustulis sapientix prsecepta nec sentienti 
juventuti ingérèrent. Les Commentaires qu'il a 
publiés sur les Écritures ainsi que sur divers 
auteurs anciens sont encore estimés aujourd'hui. 
Il fut moins heureux dans la critique des textes , 
comme le remarque Creuzer ; mais comment un 
esprit à vues si larges n'aurait-il pas commis 
quelques erreurs dans un travail d'exactitude si 
minutieuse ? 

On a de Grotius : Poemata nonnulla,seu ca- 
ractères pontificis romani, régis Gallorum, 
régis Hispanise, cardinalis Alberti Aus- 
triaci, reginx Angllœ et ordinum fœderato- 
rum; Leyde, 1599, in-S"; — Sim. Stevivi Por- 
tuum investigandorum Ratio, metaphraste 
H. Grotio; Leyde, 1599, in-4" ; ibid., 1601 et 
1629, in-4<'; — Martiani Capellae Satyricon, 
seu de nuptiis Philologiee et Mercurii libri 
duo, et de septem artibus Uberalibus libri 
totidem, emendati et notis illustrati ; Leyde, 
1599, in-8°; Anvers, 1600, in-8°-, Leyde, 1601, 
in-S" : le texte donné par Grotius est défectueux, 
comme le prouve Ch.-Fr. Hermann dans sa Prse- 
fatio mise en tête de l'édition de Martianus Ca- 
pella donnée par Kopp, p. xiv ; mais les notes 
rédigées deux ans avant la publication, c'est-à- 
dire lorsque Grotius avait quatorze ans, font 
deviner que ses connaissances devaient plus 
tard devenir encyclopédiques ; — Syntagma 
Aratasorum, graece et latine, cum notis; 
Leyde, 1600, in-4°; — Adamus exul, tragœ- 
dia; Leyde, 1601 et 1608, in-8° , recueillie dans 
ses Poemata sacra : l'auteur taxait cette tra- 
gédie d'ouvrage de jeunesse ; — Poemata sacra, 
La Haye, 1601, in-4° : paraphrases de psaumes 
et de différents hymnes ; — Epistolx ad Gal- 
los; Leyde, 1601, 1648 et 1650, in-12; Amster- 
dam, 1650, in-12; Leyde, 1651, in-12; avec 
les lettres de Saumaise et de Sarrau adressées 
à Grotius, Leipzig, 1674 et 1684, in-12; Leyde, 
1691, in-12; — Christus patiens, tragœdia; 
Leyde, 1608, in-8°; Leipzig, 1666, in-12 : il 
en a paru six autres éditions, une traduction 
en allemand et une en anglais par Sandys, dont 
Lander accusa Milton d'avoir copié plusieurs 
vers. S.-B. Carpzov choisit, en 1671, cette tra- 
gédie comme sujet de son cours à l'université de 
Wittemberg; elle était généralement regardée 
comme égalant les drames de l'antiquité, comme 
le prouve entre autres l'ouvrage de Fr. Rappol- 
tiiis : Poetica, qua ex mente Aristotelis tra- 



gœdids ratio expUcatur et exemplis Senecx 
in Troadibus et Grotii in Christo patiente il- 
lustratur ; Leipzig, 1678, in-12; — Mare li- 
berum, seu de jure quod Batavis competit ad 
Indica commercia; Leyde, 1609, in-8°, sous 
l'anonyme ; réuni plusieurs fois à l'ouvrage de 
Merula De Maribus ; traduit en hollandais, 
Leyde, 1614, in-12; joint aussi à quelques édi- 
tions du Jus Belli et Pacis. Dans les chapi- 
tres I, VII et viii se trouvent les premières idées 
de Grotius sur le droit naturel, qui s'opposerait 
selon lui à ce qu'aucune nation ne puisse s'ar- 
roger un privilège de navigation exclusif sur la 
mer; ces principes ont été admis par le droit 
public moderne, malgré les attaques faites contre 
l'ouvrage de Grotius par Selden et plusieurs au- 
tres ; — D. Baudii et H. Grotii Epicedisu in 
J. Arminium; Leyde, 1609, in-4° ; — De Anti- 
quitate Reipublicse Batavœ; Leyde, 1610, 
in-4°; ibid., 1630, in-24; Amsterdam, 1633, 
in-12; traduit en hollandais, La Haye, 1610, 
in-4°; en français, 1648, in-12; — Ordinum 
Hollandise et Westfrisiœ Pietas ab impro- 
bissimis multorum calumniis, praesertim 
vero a Sibrandi Lubberti epistola, vindicata; 
Leyde, 1613, in-4° ; Leuvarden, 1614, in-4''; tra- 
duit en français, Leyde, 1613, in-4° ; ouvrage 
entrepris sur la demande des états de Hollande; 

— Bona Fides Sibrandi; Leyde, 1614, in-4° : 
réplique à une réponse faite par Lubbert à l'ou- 
vrage précédent ; — Ordinum Hollandise De- 
cretum pro pace Ecclesiarum munitum 
S. Scripturas, concitiorum, Patrum confes- 
sionum et theologorum testimoniis ; Utrecht, 
1614, 111-4°; — Lucani Pharsaha, cum notis; 

— Poemata collecta et édita a Guilielmo Gro- 
tio, fratre; Leyde, 1617, 1620, et 1637, in-8°; 
Amsterdam, 1639, in-12; Leyde, 1644, et 1646, 
in-12; Londres, 1650, in-8° ; Amsterdam, 1670, 
in-12; ce recueil contient 1° trois livres de 
Silvae , dont le premier roule sur des sujets sa- 
crés, le second sur des événements historiques 
et des ouvrages publiés par des amis de Grotius, 
et dont le troisième contient plusieurs épitha- 
lames, que ces ennemis lui reprochèrent plus 
tard d'avoir publiés ; 2° un livre A'Elegise, parmi 
lesquelles on remarque surtout les Plaintes de 
Suzanne; 3° un livre de Farrago, sur des su- 
jets divers, et 4" un livre d'Epigrammata; en- 
suite vient une paraphrase en vers latins du 
titre F"" du second livre des /ns^j^wto de Justi- 
nien, l'essai peut-être le mieux réussi dans ce 
genre de tour de force (1); — Defensio Fidei 
catholicœ de satis/actione Christi, adversus 
F. Socinum; Leyde, 1617, in-8°; Londres, 
1661, in-12; Saumur, 1675, in-12 : cet ouvrage, 
écrit pour repousser les principes sociniens au 
nom des disciples d'Arminius, fut attaqué par 

(1) Sur le mérite des poésies latines de Grotius, voy. 
BudiK, Lèben uncl ff^irken der vorzûglichsten lateinit- 
chen Dichter des is ten bis 18 ten Jahrhundert; Vienne, 
1827, in-8°; t. II, p. 312 et 363 



1 



2oy 



GROTIUS 



210 



; Ravensperger etCrellius (voy. ces noms). Pendaut 
{toute sa vie Grotius a hautement exprimé qu'il 
j ne partageait pas les opinions de Socin, regar- 
|dées par lui comme une hérésie dangereuse. Bos- 
' suet l'accuse néanmoins, dans sa Dissertation 
sur Grotius, d'avoir partagé les erreurs soci- 
niennes. Les expressions de Grotius citées par 
Bossuet peuvent en effet être à la grande ri- 
gueur interprétées dans ce sens; mais, comme le 
remarque Burigny avec justesse , Grotius a tou- 
jours montré une telle horreur de la dissimula- 
tion, que lorsqu'il déclare, comme il le fait, ne 
pas être socinien, il a le droit d'être cru malgré 
quelques paroles équivoques, qui ne sont pas 
concluantes; — Silvee sacrée, et Silvee ad 
Fr.-Aiig. Thuamim; Paris, 1624, in-S"; ibid., 
1634, in-4''; — Bewys van den waeren Gotts- 
dïcnst (Preuves de la vraie Religion); 1622,in-4° ; 
La Haye, l683,in-4° : trad, en allemand par Martin 
Opitz, 1631 , in-4° ; ce livre, écrit en vers, fut ré- 
digé par Grotius pendant l'époque de sa détention ; 
il l'adressa aux matelots hollandais, pour les ins- 
truire de la manière dont ils pourraient convertir 
au christianisme les peuples qu'ils rencontreraient 
pendant leurs voyages; — Joannis Stobeei Flo- 
rilegium, dicta poetarum continens, latino 
carminé redditum; Paris, 1622, in-4°; dans les 
Prolegomena ; reproduit dans l'édition de Stobée 
donnée par Gaisford : Grotius insiste sur l'utilité 
des maximes morales exprimées dans de beaux 
vers, et il établit ensuite une concordance entre 
plusieurs morceaux tirés des poètes grecs et 
différents passages de l'Ancien et du Nouveau 
Testament; — Disquisitio an Pelagiana sint 
sa dogmata quœ nunc sub eo nomine tradu- 
cuntur; Paris, 1622, in-8°; ibid., 1640, in-12; 
— Apologeiicus eorum qui Hollandise , Wes- 
frisiee et vicinis quibusdam nationibus ex 
legibus prœfuerunt, ante mutationem anni 
1618, quoeareferuntur quae adversus H. Gro- 
tium et altos acta judicataque fuerunt ; 
Paris, 1622, in-8°; Heidelberg, 1629, in-8°; 
Paris, 1631, 1640, et 1665, in-12; traduitenhol- 
landais, Paris, 1622, in-4°; — De Jure Belli et 
Pacis ; Paris, 1625, in-4° : édition rare ; Franc- 
fort, 1626, in-S" ; Amsterdam, 1631, in-foi.;avec 
des corrections de l'auteur, ibid., 1631, in-8'': 
édition défectueuse; ibid., 1632, in-8°; ibid., 
1642, in-8" , avec beaucoup de notes ajoutées par 
Grotius : son ouvrage, ayant eu un immense re- 
tentissement, fut bientôt annoté par divers com- 
mentateurs , dont les remarques furent jointes 
aux éditions suivantes : léna, 1673, avec les 
notes de J.-G. Simon ; Amsterdam, 1680, in-S", 
avec celles de J.-Fr. Gronovius {voy. ce nom ) ; 
Francfort-sur-l'Oder, t691, in-4", cum notis 
variorum, par les soins de J.-Chr. Becmann; 
Leyde, 1696, in-4°, avec des remarques de Zie- 
gler, d'Osiander et de J.-Fr. Gronovius, ras- 
semblées par Spinœus ; Utrecht, 1 696- 1 704, 3 vol. 
lu-fol., avec un commentaire perpétuel, dû à van 
Her Meulen; Francfort, 1696, in-fol., avec des 



notes de Tesmar et d'Obrecht; Naples, 1719, 
2 vol. in-4°, avec des explications de Bœclerc; 
Amsterdam, 1720, in-8" ; ibid., 1735, 2 vol. in-S"; 
Leipzig, 1758, in-8°, avec des notes de Barbey- 
rac , etc. On a aussi publié, en dehors des édi- 
tions annotées, de nombreux commentaires sur 
l'ouvrage de Grotius, parmi lesquels nous cite- 
rons : Felde, Annotationes ad H. Grotium, 
Amsterdam, 1652, in-12 : livre écrit dans le but 
d'attaquer les principes de Grotius; Th. Gras- 
winckel ( voy. ce nom) y fit une réponse; Boe- 
der, Comment aria in H. Grotium, Stras- 
bourg, 1663-1704, 2 vol. in-4°; Coccejus, Gro- 
tius illustratus , Varsovie, 1744-1752, 4 vol. 
in-fol. : excellent ouvrage; etc. Le livre de Gro- 
tius fut traduit 1" en français par Courtin, Paris, 
1687, 2 vol. in-4°, version peu estimée; par Bar- 
beyrac, Amsterdam, 1724, 2 vol. in-4°: la cin- 
quième édition fut donnée à Leyde, 1759, 2 vol. 
in-4''; 2° en allemand, par Sinold, Leipzig, 1707, 
in-4°; 3° en anglais, par Ewats, Londres, 1654, 
in-fol.; 4° en hollandais, Harlem, 1635, in-4°, etc. 
Grotius eut en écrivant ce livre pour but prin- 
cipal de faire diminuer les guerres incessantes 
qu'il voyait s'engager presque toujours par un 
abus de la force enti-e les princes de la chré- 
tienté : le droit public du moyen âge n'existait 
plus, et n'avait pas encore été remplacé ; les 
États faibles et secondaires ne pouvant invoquer 
ni l'arbitrage de la papauté ni les lois de la féo- 
dahté, rien n'arrêtait l'ambition des princes. Le 
livre De Jure Belli , publié en 1 589 par Alb. 
Gentilis, pour remédier à cet état de choses, 
n'avait eu aucun retentissement. En effet, cet au- 
teur ne donne à l'appui des préceptes par les- 
quels il veut arrêter les guerres injustes, que des 
citations d'auteurs anciens, des fragments de 
droit romain, des maximes tirées d'un historien 
ou même quelque tirade poétique. Grotius pro- 
céda tout autrement. Il se rendit bien compte de 
ce qu'il avait à poser des principes devant régler 
des rapports entre des peuples indépendants les 
uns des autres ; et pour trouver un titre impliquant 
la reconnaissance universelle de ces principes, il 
alla le chercher dans le fond même de la nature 
humaine. Il fixa ainsi un certain nombre de droits, 
appartenant à tout être humain en sa simple qua- 
lité d'homme , et il quahfia de crime la violation 
que la force brutale entreprendrait sur ces droits 
fondamentaux. Le résumé de ses méditations sur 
ce sujet se trouve exposé dans une courte intro- 
duction , qui portait en germe tous les systèmes 
de droit naturel. A part un certain nombre 
de chapitres du second livre, il n'y a que cette 
introduction qui ait encore de l'intérêt aujour- 
d'hui. Nous allons en donner une courte analyse, 
après un examen rapide de l'état de la philo- 
sophie du droit avant Grotius, indispensable 
pour établir combien il a été un créateur ori- 
ginal. 

Chez les Grecs, pour lesquels la patrie était 
tout, l'individu comme tel n'eut jamais de droits 



2tl 



GROTIUS 



212 



à réclamer, même (Jans l'esprit des philosophes. 
Aristote, aussi biea que Platon, ne se préoccupe 
que de la grandeur et de la prospérité de l'État, 
sans s'inquiéter de l'homme en particulier. Pour- 
tant il fut beaucoup question du droit naturel 
chez les philosophes de la Grèce; Aristippe et 
surtout Carqéade en niaient l'existence. Mais ce 
mot ne désignait pour eux que les préceptes gé- 
néraux de la morale , fondés, selon leur opinion, 
uniquement sur l'intérêt, tandis que ceux quj 
admettaient le droit naturel ne songeaient qu'à 
i-eçonnaître comme base de ces préceptes de 
morale la conscience , la même d'après eux chez 
tous les hommes. Les stoïciens, conséquents 
avec leur panthéisme matérialiste, ne virent plus 
dans le droit natprel que les instincts communs 
à l'homme et aux animaux , tels que la procréa- 
tion et l'éducation des enfants. Les Romains 
acceptèrent cette définition; mais comme elle 
n'offiait aucun résultat pratique , ils se bornè- 
rent à répéter les stoïciens , sans entrer dans 
un examen plus profond de la question. Ils 
donnèrent toqte leur attention à ce qu'ils appe- 
laient le jus genti'um, lequel enfin a quelque 
rfippo.rt avec le droit naturel des niocleri;ies. 
Voici son origine: Les étrangers, dont le nombre 
augmentait continuellement à Rome, avaient tous 
le& jours (les différends avec les Romains ; la 
législation rpmaiiie ne pouvant, d'après la consti- 
tution de la république, être appliquée; pour 
•çider ces différends, le préteur spécial chargé 
(ie les, juger eut à prendre pour règle les lois, 
existantes chez ces étrangers, modifiées selon 
un certain instinct d'équité. Peu à peu se forma 
ainsi le droit des gentes , c'est-à-dire des nations 
autres que la romaine ; tout ce qui tenait aux 
pignlarités des diverses législations en fut exclu, 
et ce droit devint Iç résumé des règles légales 
dont on avait pu constater l'application chez 
tous les peuples. La réflexion philosophic^ue n'eut, 
comme on le voit, aucune part dans la formation 
de ce jus gentium , dont les maximes ne furent 
jamais réunies en corps de doctrine ; il consiste 
donc df^ns les préceptes juridiques qui convien- 
nent le mieux à l'homme considéré comme en 
dehors des influences de race, de climat et de 
forme gouvernementale. Vers la fin de la répu- 
blique , le jus geniium fut introduit peu à peu 
dans la législcition régissant les Romains eux- 
mêmes, et il en fit disparaître l'anciep, fornialisme 
et les particularités vieillies,. Mais quant à un sys- 
tème raisonné sur le fondement du droit, il ne s'en 
trouvepas detrace dans toute l'antiquité. On n'en 
rencontre pas davantage chez les scolastiques ; la 
loi naturelle exposée par eux, notamment par 
saint Thomas , est la, loi qui porte l'homme vers 
sa fin légitime, c'est-à-dire vers le bonheur. 
Dans y Introductlo Juris Nature, publiée en 
15,39 par Oldendorp, dans la Methodus de Loge 
Naiiiras de Memmingius, parue en 1562, la base 
dç, ce que cesi au,1,çi^rs appellent le di'oit naturel, 
n'est autrç qu,e le D,év.a^o^iie, Quelq,ues idées 



neuves se trouvent dans l'ouvrage publié en I6I5 
par Winkler (voy. ce nom), sous le titre de 
Principiorum Juris Libri V ; mais dès la même 
année Grotius avait déjà mûri plusieurs points 
essentiels de son système (voy. Grotii Epis- 
tolœ, p. 752 et 757), dont nous allons donner 
un aperçu succinct. (Voy. Stahl, Geschk'Me 
der Rechtsphilosophie, fiv. IIl, part. III, c. I. ) 
Le fondement du droit naturel consiste selon 
Grotius dans Vappetitus socialis , c'est-à-dire 
dans le penchant instinctif qui pousse Tiiomme 
à vivre avec ses semblables dans une commu- 
nauté réglée selon les principes de la raison. Jus 
naturale est dictatum rectse rationis , ivdi- 
cans actui alicui ex ejus convenientia aut 
disconvenientia cum ipsa natwa ratio'.idii 
et sociali inesse moralem turpitudinem aut 
necessitatem moralem (lib. I, ch. I, § IG). 
Ce principe du droit naturel, tellement immuable 
qu'il ne dépend pas de l'existence de Dieu, est en- 
suite appliqué par Grotius aux divers rapports 
qui existent entre les hommes; et ce qui lui est 
conforme devient le patrimoine inaliénable de 
l'individu , qu'aucune puissance ne peut lui ravir. 
C'est ainsi que notre auteur établit l'inviolabilité 
de la propriété et la force obligatoire des con- 
trats, laquelle est d'une importance majeure dans 
son système. Le gouvernement en effet dérive 
selon lui d'un contrat social , quoique le peuple 
ou la race préexiste pour lui à ce contrat. C'est 
donc dans le peuple que réside la souveraineté , ',2 
mais une fois qu'il l'a aliénée, expressément oiï! 
tacitement , il ne peut plus en réclamer l'exer-' 
cice. Cette restriction de Grotius est en désac-.| 
cord avec son principe ; le mérite ou le tort de?' 
Rousseau fut de s'être aperçu de cette inconsé-* 
quence (1). De même que le despotisme, l'escla- 
vage n'a rien d'incompatible selon Grotius avec 
le droit naturel ; car l'homme peut légitimement 
aliéner sa liberté; de plus, les prisonniers de 
guerre , qui forment la majorité des esclaves , 
SQçt censés avoir ainsi disposé de leur personne. 
Qiiant aux enfants de l'esclave, ils appartiennent 
au ;naître, car il dépend de lui de permettre à 
son esclave de procréer des enfants ou de le lui 
interdire. On voit par ces deux exemples que les •! 
idées de Grotius sont encore loin de celles de la ré- 1 
volution française. Mais l'impulsion était donnée : 
la première chaire de droit naturel va être fon- 
dée en Allemagne, et dans un siècle et demi les, 
principes de Grotius, émis pour empêcher la' 
discorde, auront puissamment contribué à faire' 
naître une lutte gigantesque ; — Eorcerpta ex" 
ti;agcediis et comœdiis grsecis latinis versibus 
reddlta; Paris, 1626, in-4" : première édition un 

(1) Pour empêcher de voir que son système n'e-it 
qu'une! transforinatinn de celui de Grotius, RoMssejiu 
prétend injustement que celui-ci donae presque toujours 
tl.es faits pour des droits. D'autres ont reproché à Oro 
tins de donner comme des preuves souvent des passa- 
ges d'oraicurs ou de poiites anciens ; mais il as. les cille 
,i,<iiijiais que pour corroborer ce qu'il a déj^ 4*3^* Piar )fi.j^ 
i;a,^on,rnçi)aent. 



21.3 



OROTmS 



214 



peu complète des, frafpïients. de M.ëuandre et de 
Philémou : Meioecke {voy. ce nom) déclare en 
avoir beaucoup profité; — De Veritate religiO' 
ms chrisUanas;L&^àe, 1627, inrl2; ibid., 1629, 
in-12, etc., avec notes; Paris,. 1640, in 12; Leyde, 
1640, in-12; il en a parueûcore un grand nom- 
bre d'éditions , de même qu'on en a publié des 
traductions dans, presque toutes les langues 
{voy. J.-Cbr. Lœcker, Dissertatio,historiam 
libelli Grotiani De Veritate Religiouis chris- 
tianœ çomplectens ; 1725, in-4°). Cet ouvrage, 
traduction augmentée duj^ewys van den vasren 
Gottsdienst , précité , est divisé en six livres : 
le premier contient des considérations sur l'exis- 
tence et les attributs de Dieu ; le second ren- 
ferme l'exposé de l'excellence de la religion cliré- 
tienne , prouvée entre autres par la pureté de sa 
morale ; le troisième roule sur l'authenticité des 
livres du Nouveau Testament ; dans les livres 
suivants , Grotius l'éfute successivement les ob^ 
jections qui peuyent être élevées contre le chris- 
tianisme au nom du paganisme, du judaïsme 
et du mahométisme. Cet ouvrage n'a pas une 
grande étendue, mais il est substantiel; l'argu- 
mentation en est serrée, le style éloquent; — 
Obsidio GroWa?; Amsterdam, 1629, in-fol. ; — 
EMripidis tragœdia Phœnissa, cum versione; 
Paris, 1630, in,-8° ; — Inleydinge tôt de hol- 
landsche Recktsg.elehrstheyt (Introduction à 
la Jurisprudence hollandaise); La Haye, 1631, 
in-4" ; souvent réimprimé ; — Sophomphaneas ; 
Amsterdam, 1635, in-4° : tragédie sur l'histoire 
de Joseph, traduite par le poète hollandais Von- 
del; — De Cœnae Administratione ubi pas- 
tores, non sunt ; Amsterdam, 1638, in-S"; — 
De absoluto reprobationis Décréta; Amster- 
dam, 1640, in-4°; — Commentatio ad loca, 
queedam Novi Testamentl quœ de Anti- 
christo agunt aut agere putantur ; Amster- 
dam, 1640, in-8°; suivie dans, la même année 
à'ymAppendix; — Xacitus,cum wafe; Leyde, 
1640, in-12 ; — Adnotata in consultationem 
G,. Cas.sandri de articulis religionis inter ca- 
tholicos et protestantes ; Leyde, 1642, in-8° : 
Rivet ayant attaqué cet ouvrage, Grotius ré- 
pondit par ses Animadversiones in Riveti Ani- 
madversiones ; Amsterdam, 1642; — Votum 
pro paçe ecclesiastiea ; Amsterdam, 1642, 
in-S"; — ■ Viaad pacem ecclesiasticam ; Ams- 
terdam, 1642, in-8°; — Florum Sparsio ad jus 
Jlistianeum; Paris, 1642, in-4"; Amsterdam, 
1643, in-8"; ibid., 1660, in-12 ; réunion de pas- 
sages des auteurs de l'antiquité pouvant servir 
à l'explication de plusieurs textes des Institutes, 
des Pandectes et du Code de Justinien ; — De 
Origine Gentium Americanariim ; Paris et 
Amsterdam, 1642, in-8° : Grotius y soutient 
que l'Amérique du Nord a été peuplée par des 
hommes venus de la Norvège, opinion aujour- 
d'hui pleinement confirmée par les recherches 
de Rafn {voy. ce nom). J. de Laet ayant atta- 
qué ce livre , il répondit par : De Origine Gen- 



tium. Americanaripn. Dmertatio altéra ; P^ris, 
1643, in-8° ; — Annotaliones in lïbros Evan- 
geliorum et varia loca S. Scriptw'œ; Amster- 
dam, 1641, in-fol.; — Annotationes in episto- 
lam ad Philemonem ; Amsterdam, 1642, in-8°, 
et 1,646, in-4,°; — Annotationes in. Vêtus Tes- 
tamentum ; Paris,. Ij644,, 3i vol. in, fol.; Venise, 
1663, in-fol. : daps ce commen,taire Grotius fait 
preuve de ses connaissai)ces étendues daij.ç, 
les langues oriçntales., Dom Calraet, quoique, 
faisant ses réserves sur plusieurs interprétations, 
d& Grotius, fait un grand éloge de cet ouvrage, 
dans lequel l'auteur a réuni, une quantité de 
passages de l'antiquité pouvant être ijapprochps 
de l'Écriture ; — Annotationes, i)% Novum Tes- 
tamentum ; Paris, 1 644 ,, ÏA-fol. , Qnxrage plein, 
d'érudition , écrit ayec beaucoup de clai'té , dans 
lequel l'auteur a évité toute discussion irri- 
tante; — De impçrio sum7}it.arum potesta- 
tum ciiîca sacra; Paris, 1647, in-4"; ibid.., 
1648, in-8° ; La Haye, 1652, in-a" , etc. ; — PM,- 
losophorum Sententise dç Fato; Aixisterdam, 
1,648, in- 1 2 ; — Quaedarn ha,ct,en,u.s inedlta çt ex 
belgice editis, latine versa argumentl theolo- 
gici, j,uridici et ^oZi^^ici ; Amsterdarn, 1652, 
in-12 ; — Historia Gftthorum , Yandalorum et 
l.ongoba7;dorum, latine ver.'ia, cum prolego- 
menis; Amsterdam, 1,655, in-8° : cette traduc- 
tion de Procope est accompagnée de remarques 
expliquant les antiquités des peuples du Nord, 
notamment de la Suède; — Annales et Uistorise 
de Rébus B.elgicis usque ad inducias. an.jii 
1609; Amsterdam, 1,657, i,n-(ol,-.; ibid.,, 1658, 
ini-12; traduit en français,, Amsterdam, 1662, 
in-fol.; Paris, 1672, in-fol.; ce livre, entrepi;is 
dès 1614, retouché par Grotius pçndiant toute sa 
vie, était un de ses o,uvrages f9,voj'is. U est écrit 
avec impartialité, sur des données 1,9, plupart in- 
contestables. Dans ces derniers temps, beaucoup, 
de documents, dont Grotius r4,e p,ouyait aYoiJ.- 
connaissance, ayant été pnbUés sur leç, évén.ç-: 
ments qu'il raconte , ses Annales ne sont plu,s, 
consultées aujourd'hui comwe SQurc(?; mais cet 
ouvrage n'en méritera pas moins d'être considéré 
comme un chef-d'œuvre littéraire. Les portraits 
rappellent ce qu'il y a de plus achevé dans cç 
genre chez les historiens de l'antiquité ; nous si- 
gnalerons particulièrement ceux de Guillaumie 
d'Orange (an commencement du Uvre P'' des An- 
nales ), d'Alexandre Fçirnèse (à (afin du livre H 
des Historié ) et celui de Philippe II (dans le li- 
vre yjl des Uistorise.) Lç style, imité de Tacite, 
est quelquefois obscur par excès de concision ; la 
remarque en avait été faite à Grotius par Bignon, 
et l'auteur avait l'inteution de faire disparaître 
ces imperfections , mais il en fut empêché par 
la mort. En tous cas^ cette imitation de Tacite, 
comme le remarque justement Wachler, dans le 
tome M, p. 782, de sa Ge.schichte der historis- 
chen Forschungen , ne concerne que le .style. 
Grotius s'est bien gardé de prendre à l'historien 
romain ses aoceuts d'indignation amère, ayant à 



215 



GROTIUS 



216 



peindre des hommes d'un tout autre caractère 
que les Romains de l'empire ; à travers sa sé- 
vérité mâle , on voit percer au contraire la bien- 
veillance sereine , qui est le trait fondamental 
de son caractère. Persécuté par Maurice de Nas- 
sau, il lui prodigue l'éloge sur sa conduite dans 
la guerre de l'indépendance des Pays-Bas. Dans 
l'exposé de son sujet, Grotius s'est montré, selon 
l'observation de Mably {Sur la manière d'é- 
crire l'histoire ), supérieur à Tacite ; tout chez 
lui est combiné, de manière à faire saisir les très- 
faibles commencements de cette république des 
Pays-Bas, son agrandissement, ses revers, ses 
luttes intestines , enfin son triomphe sur la mo- 
narchie la plus puissantede l'Europe. Pas un hors- 
d'œuvre inutile ne vient arrêter le développe- 
ment de ce tableau émouvant ; — Anthologia 
Grœca, latinisvei'sibus 7'eddita ;'Utrecht, 1797, 
3 vol. in-4° ; pubhée par les soins de Bosch : cette 
traduction ex-cellente, commencée en 1630 et ter- 
minée en une année, montre combien le P. Ra- 
pin se trompait en déniant aux poésies latines 
de Grotius la grâce et la facilité. Les vers de 
Grotius sont des modèles d'élégance et de pureté 
de langage; qu'on lise entre autres sa paraphrase 
du Cupido fugïtivus de Moschus , et l'on con- 
viendra que personne n'a plus approché que lui 
de l'exquise finesse des anciens. ( Voy. Chardon 
de La Rochette, Mélanges de Critique et de 
Philologie, t. P% p. 370); — Parallelon Re- 
rumpublicarum Libri III, de moribus inge- 
nioque populorum Atheniensium , Roma- 
norum et Batavorum ; Harlem, 1801, 3 vol. 
in-S", avec un commentaire en hollandais de 
Meermann : ouvrage de jeunesse, écrit avant 
1602, dans lequel Grotius donne l'avantage à la 
constitution de son pays sur celles de tous les 
peuples de l'antiquité. — Les Lettres de Grotius, 
après avoir paru dans diverses collections, furent 
réunies en un volume in-folio publié à Amster- 
dam, en 1687; elles sont très-intéressantes, 
écrites dans la meilleure latinité (1) ; quelques- 
unes sont de véritables traités sur des matières 
d'érudition , de théologie ou de droit; celle 
adressée à Du Maurier {Grotii Epistolae, p. 17) 
contient un long exposé de la meilleure manière 
d'étudier. Un grand nombre des lettres adres- 
sées à Oxenstiern contiennent des parties écrites 
eu chiffres ; Puffendorf en a possédé la clef dans 
le recueil de deux cents lettres inédites de Gro- 
tius, qui passa plus tard dans la bibliothèque 
de Bunau. Plusieurs lettres de Grotius furent 
depuis publiées dans le t. II de la Sylloge Epis- 
tolarum de Burmann, p. 380-445. Meermann a 
publié quatre-vingt-onze lettres inédites de Gro- 
tius adressées à Oxenstiern et à plusieurs Suédois, 
sous le titre de Grolii Epistolx ineditx; Har- 
lem , 1806, m-%°. En 1809, Stolker fit. paraître 
à Leyde encore quelques lettres inédites de 



' (ij Sur le style de ces lettres, voy. Wyttenbach, Biblio- 
tiieca critica, pars XII, p. isi. 



Grotius ; enfin M. Geffroy en a recueiUi plusieurs 
dans sa Relation d'un Voyage en Suède ; Paris, 
1857. Les Opéra theologica de Grotius ont été 
recueillis en 4 vol. in-fol., Amsterdam, 1679; 
les trois premiers contiennent ses Commentaires 
sur l'Écriture ; le quatrième renferme ses autres 
ouvrages concernant des matières théologiques. 
La bibliothèque et les manuscrits de Grotius 
furent achetés par Christine de Suède pour la 
somme de 4,400 florins. 

Ernest Grégoire. 

SBayle, Dictionnaire. — ^\céTon, Mémoires, t. XIX. — 
Vita H. Grotii; Leyde, 1704, in-i". — Lehraann , 
H. Grotii Mânes ab iniquis obtrectationibus vindicati. 
—BTandt, Historié van het leven des HeerenH. de Groot. 
— Lévesque de Rurigny, Fie de Grotius.'— Seegar, Ora- 
tio de Grotio illustri kumanorum et divinorum scrip- 
toriim interprète; Utrccht, t785, in-4°. — Cras, Lau- 
datio H. Grotii; Amsterdam, 1796, in-S». — Luden, 
H. Grotius nach seinen Schicksalen and Schriften dar- 
gestellt; Berlin, 180S, ln-8°. — Butler, Life of H. Gro- 
tius. — Vries , Huig de Groot en Maria van Reigers- 
bergen. — Laurentlus, Grotius papizans ; Amsterdain , 
1830, in-S". — Creuzer, Luther und Grotius; Heidelberg, 
1816, in-8°. 

GROTIUS {Guillaume), jurisconsulte hollan- 
dais, frère du précédent, né le 10 février 1597, à 
Delft, mort le 12 mars 1662. Après avoir fait des 
études de droit sous la direction de son frère, il 
se rendit en 1617 en France. De retour en Hol- 
lande, il entra au barreau, et fut nommé en 1639 
avocat de la Compagnie des Indes. Il correspon- 
dait activement avec H. Grotius pendant son exil. 
On a de lui ilsagoge adPraxin Fori Batavici ; 
Amsterdam, 1655, in-4°; Leyde, 1694, in-i"; 
traduit en hollandais, La Haye, 1656; — En- 
chiridion de principiis Juris naturalis; La 
Haye, 1667, in-4°; léna, 1669; — De Vitis Ju- 
risconsultorum quorum in Pandectis exstant 
nomina ; Leyde, 1690, in-4°; — Grotius a pu- 
blié en 1617 les Poemata de son frère. E. G. 

Foppens, Bibliotheca Belgica. — Witte, Diarium Bio- 
graphicum. — Burigny, Fie de Grotius , t. Il, p. 3il. 

GROTIUS {Pierre), homme d'État hollan- 
dais, fils de Hugo Grotius, né en 1610, mort 
en 1680. Il fit ses premières études en Hollande, 
sous la conduite de G. Vossius. Il se destina en- 
suite à la carrière du barreau, et se fixa à Ams- 
terdam, où il devint pensionnaire en 1660. Sept 
ans après il représentait les états généraux 
auprès des cours de Danemark et de Suède ; la 
correspondance qu'il entretint en cette qualité 
avec .lean de Witte se trouve dans le qua- 
trième volume des Négociations de cet homme 
d'État. L'aptitude toute particulière pour la 
diplomatie dont il fit preuve le fit choisir en 
1669 comme ambassadeur de la république au- 
près de Louis XIV. La guerre ayant éclaté entre 
la France et la Hollande, Grotius, rentré dans 
sa patrie , fut nommé député aux états géné- 
raux. Républicain aussi déclaré que son père, il 
résista avec les frères de Witte aux envahisse- 
ments du stathouder ; son parti ayant été vaincu, 
il dut s'enfuir de Hollande, et se retira en der- 
' nier lieu à Cologne. Ayant aidé de ses conseils 



217 



GROTIUS — GROU 



218 



les plénipotentiaires de la république chargés 
de traiter de la paix avec la France, il obtint 
l'autorisation de rentrer dans son pays. Il fut 
arrêté quelque temps après, comme ayant trahi 
des secrets d'État; mais comme on ne pouvait 
lui reprocher que de l'impiudence, il fut acquitté, 
en 1676. Il alla ensuite terminer ses jours dans 
une maison de campagne qu'il possédait près de 
Harlem, ne s'occnpant plus que de littérature. 
En 1655 il avait entrepris de publier en neut 
volumes in-folio les Œuvres complèles de son 
père ; mais il n'en fit paraître que quatre volumes, 
imprimés en 1679, comprenantles ouvrages théo- 
logiques de Hugo Grotius. E. G, 

Burigny, P^ie de Grotius, t. Il, p. 307. — Mânes Grotii 
vindicati, t. II, p. 875. — Cattenburgh, Bibl. Remons- 

trantium. 

GROTO ou GROTTO (Louis), pluS COUUU 

sous le nom de II Cieco d'Adria, {V Aveugle 
d'Adria ( dans la Vénétie), poète itahen , né à 
Adria, le 7 septembre 1541, mort à Venise, le 
13 décembre 1585. Il perdit la vue le huitième 
jour de sa naissance. II n'en fit pas moins de 
bonnes études, et excita par ses talents précoces 
l'admiration de ses compatriotes. En 1556, à 
l'âge de quatorze ans, il fut choisi pour prononcer 
(les harangues publiques dans deux occasions 
solennelles, lorsque la reine de Pologne visita 
^'enise , et à l'installation du doge Lorenzo Priuli. 
D'autres villes , Ferrare , Bologne , Rovigo lui 
demandèrent des discours dans diverses cir- 
constances. Il fit aussi jouer des pièces, tragé- 
dies, cpmédies, pastorales, qui obtinrent un suc- 
cès très-supérieur à leur mérite. Il parut lui- 
même sur le théâtre , dans l'Œdipe de Sophocle 
traduit par Orsato Ginstiniani, et représenté à 
Vicence en 1585. Louis Groto fut conduit d'A- 
dria àVicence aux frais de l'Académie olympique 
de celte ville , et partout sur sa route il fut 
accueilli par des banquets , des concerts et des 
applaudissements. Il mourut peu après ce triom- 
phe, laissant une réputation qui ne devait pas 
lui survivre longtemps, parce qu'il la devait 
moins à son talent qu'à sa cécité. On a de lui : 
une traduction du premier livre de V Iliade; 
Venise, 1570; — Trofeo délia vittoria sagra 
ottenuta dalla christianissima lega contro i 
Turchi nelV anno 1571; Venise, in-S"; — 
Adriana et Dalida, tragédies; Emilia, co- 
médie; Il Tesoro, comédie; 1580, in-12; L' Al- 
iéna, comédie ; Venise, 1592, in-12. Ces trois 
comédies ne sont pas sans mérite, « quoique 
on y désirât, dit Ginguené, moins d'indécence 
dans les mœurs et moins d'affectation dans le 
style » ; — E Pentimento amoroso, et Calisio, 
pastorales; Venise, 1586. Dans la pastorale, 
comme dans la comédie , Groto blesse souvent 
la décence, le goût et le i)on sens. « Les ouvra- 
ges qu'il a laissés , dit Ginguené , sont pleins 
d'esprit; mais ils manquent d'art et encore plus 
de goût; ils abondent en jeux de mots, en mé- 
taphores outrées , et en tous ces raffinements de 



style qui furent tant en vogue'dans le siècle sui- 
vant. Ces défauts ne pouvaient être, dans aucun 
genre d'ouvrage, plus déplacés que dans le drame 
pastoral. » — LOrazionivolgarie latine ;Ye- 
nise, 1585, traduites en français par Barthélémy 
Viotte; — Lettere famigliari , précédées d'une 
vie de l'auteur; Venise, 1601, in-4°. Groto a 
annoté le Decamerone de Boccace publié à Ve- 
nise, 1590, in-4". Les divers ouvrages de Groto 
ont été recueillis à Venise, 1598, in-4°. 

Deux autres écrivains portant le même nom , 
et appartenant sans doute à la même famille , 
Louis Groto et Joseph Groto, ont publié la Vie 
du Cieco d'Adria, l'un à Venise, 1701, l'autre à 
Rovigo, 1777. Y. 

Tiraboschij Storia délia Letteratura Italiana, t. VII, 
Part, m, p. 147. — Ginguené, Histoire littéraire d'Ita- 
lie, t. VI, p. 356. 

GROU {Jean), théologien français, né le 24 
novembre 1731, dans le Calaisis ( diocèse de 
Boulogne), mort dans un château appartenant 
à Th. Weld, dans le comté de Dorset, le 13 dé- 
cembre 1803. Il fit ses études chez les jésuites, 
et entra dans leur ordre. Après la suppression 
de cette société, il se retira à Pont-à-Mousson. 
En 1765 il alla en Hollande, d'où il revint à 
Paris vers 1776. Il y vécut dans la retraite, sous 
le nom de Leclaire. L'archevêque lui donna 
une modique pension, qui lui fut continuée par le 
roi. La révolution l'éloigna de la France. Il se 
retira en Angleterre, chez Thomas Weld, pieux 
catholique, qui avait fait bâtir un couvent pour 
des trapistes sur sa terre de Lutworth. L'abbé 
Grou avait laissé à Paris un manuscrit Sur la 
vraie Religion , qui lui avait coûté beaucoup de 
travail , mais qui fut brûlé pendant la terreur, 
selon M. Philbert; Barbier prétendait que les 
matériaux de cet ouvrage, fait en société avec le 
P. Guérin , avaient été remis à l'abbé Bergier, 
qui s'en serait servi , l'aurait revu et augmenté 
et l'aurait pubUé sous son nom seul, en 1786. 

On a de l'abbé Grou : La République de 
Platon, traduite en français , Paris, 1762 ; Ams- 
terdam, 1763, 2 vol. in-12; — les Lois de Pla- 
ton, traduites en français; Amsterdam, 1769, 
2 vol. in-8° et in-12 ; — les Dialogues de Pla- 
ton, trad. en français ; Amsterdam , 1770, 2 vol. 
in-8° et in-t2 ; — Morale tirée des Confessions 
de saint Augustin; Paris, 1786, 2 vol. in-12 ; 
— Les Caractères de la vraie Dévotion; Paris, 

1788, in-18; souvent réimprimés; — Maximes 
de la Vie spirituelle (en vers), avec des expli- 
cations en prose; Paris, 1789, in-12; nouv. 
édit., Besançon, 1827, in-12; — La Science 
pratiqtie du Crucifix dans Vusage des sacre- 
ments de pénitence et d'eucharistie ; Paris, 

1789, in-12; souvent réimpr. : c'est une suiteà 
son livre du P. Marie, intitulé La Science du 
Crucifix, dont l'abiié Grou avait fait paraître 
une nouvelle édition en 1786 ; — Méditations en 
forme de retraite sur Vamour de Dieu, avec 
un petit écrit stir le don desoi-méme à Dieu; 



âî^ GRÔtJ — 

Londres, l796,1n-l'2;'soùVent réimprimées de- 
puis; — t' Intérieur de Jésus et de Marie, 
ouvrage posthume ; Paris, 1814, 2 vol. in-12; 
souv. réimpr. A l'époque delà suppression des 
Jésuites en France, il concourut à la défense 
de la Société. Il fournit à Cerutti des matériaux 
pour la rédaction de V Apologie de la Compa- 
gnie de Jésus, et prit une grande part à la Ré- 
ponse au livre intitulé : E3c traits des asser- 
tions, etc.; 1763-1765, 4 vol. in-4". Grou donna 
aussi en 1770 une édition àa Premier Alcibiade 
dePlaton, traduit par Tannegui Lefèvre. L. L— t. 

Barbier, Examen crit. des Dict. histor. — Quëriard , 
La France littéraire. — Notice sur Grou, en tête de 
la 4" édition de son livre L'Intérieur de Jésus et de 
Marie; Paris, 1847. 

GRouBÉNTALL Dt LiNiÈK'E ( Marc-Fer- 
dinand de;), littérateur français, né à Paris , en 
1739, mort dans la même ville, en 1815. En sor- 
tant du collège, il composa des prônes et des 
sermons pour de jeunes prêtres, et obtint la place 
de secrétaire du maire de Rennes, député pour 
les affaires de sa cité à Paris. Il se lia avec 
Dulaurens, et tous deux concoururent en 1760, 
devant l'Académie de Douay , qui leur donna à 
chacun un prix de poésie. Ils composèrent en- 
semible \&?,Jésuitiques,x>imd\ d'odes satiriques; 
mais lorsque Dulaurens les vit imprimées, crai- 
gnant d'être poursuivi, il s'enfuit en Hollande. 
Groubentall fut arrêté, au mois d'août 1761, et 
rendu à la liberté quelques jours après. Dulau- 
rens lui ayant adressé des exemplaires de son 
poëme intitulé Le Balai, la police les découvrit 
chez Groubentall, et il fut envoyé à la Bastille le 
1«- juin 1762. Il en sortit le 28 août suivant, Sur 
la demande de son père, qui ne le réclamait , di- 
sait-il, que pour le marier, afin de lui procurer 
un établissement et des occupations utiles. 
« Mais si une plus longue détention rompOitnos 
arrangements, ajoutait le père , comme elle lui 
a fait perdre son poste chez M. Hevin , parce que 
les gens de la poHce lui ont dit qu'il étoit éton- 
nant qu'il se fût servi de lui, je ne pourrois que 
l'abandonner à votre sage discrétion , car étant 
né à Paris , où la jeunesse a acquis des licences 
presque généralement applaudies , je ne pour- 
rois, après m'avoir épuisé à lui donner de l'édu- 
ication pour être utile à l'État, âgé de soixante 
ans, et toujours infirme, le suivre pas à pas. En 
sorte que s'il devenoit un citoyen perdu, il 
ne seroit pas de ma faute. » Cette leçon 
n'empêcha pas Groubentall d'écrire à Dulau- 
rens. Il lui parle de notes et de corrections 
qu'il fait au Balai , dont il espère lui faire part 
un jour. « Je ne donne aucun ouvrage, dit-il, et 
de longtemps n'en donnerai, tant j'ai en horreur 
les prisons de l'inquisition française... Mon aven- 
ture de la Bastille m'a porté un préjudice dont 
je ressens encore les effets. Ma situation n'est 
point heureuse quoique brillante... Je suis ré- 
-pandu dans le plus grand monde, et vous dire 
que j'ai l'honneur de manger aux tables des 
princes et des princesses , c'est vous en dire as- 



GROtJBER 



220 



sez. Si j'étois à mon aise avec cela, je serois au 
comble du 'bonheur; j'en attends le moment. 
Mille protecteurs ardents et mille iprotectrices 
charmantes s'empressent à l'envi de m'êtie uti- 
les; je n'attends que la décision de mon sort. 
Mon mariage est suspendu comme l'étoit ma li- 
berté; je veux dire jusqu'à nouvel ordre. « Il 
annonce ensuite à son ami qu'il va donner aux 
Italiens une pièce réduite en trois actes. La lettre 
de Groubentall fut saisie. Un agent de police 
eut ordre de 'prendre des informations : il ré- il 
pondit que Groubentall n'était qu'un j9ofcsoni©t | 
un mauvais écrivain faufilé avec de fort mauvaises 
compagnies , n'ayant sans doute aucun rapport 
avec les tables des princes et des -princesses. 
Sachant probablement qu'on le surveillait, Grou- 
bentall devint plus sage ; du moins il n'eut plus de 
nouvelles aventures. 

On a de Groubentall de Linière : Irus, ou le 
Savetier du coin; Genève, 1760, in-8" : une , 
édition de ce poëme parut sous le nom de Vol- 
taire; — Le Sexe triomphant , poëme; Paris, 
1760, in-S"; — Notice sur ^Dulaurens , à la 
tête de 'La Chandelle d'Ârras, édition de 1807, 
et dans Les Quatre Saisons du Parnasse de la 
même année. 'L. -L — t. 

Delort, Hist.de la Détention des Philosophes et des 
Gens de Lettres à la Bastille, tome III, p. 1 à 36. — Qué- 
rard, La France littéraire. 

GROUBER DE GROUBÈNTAL (iV.....), éco- 
nomiste français , né en Allemagne, au dix-hui- 
tième siècle, mort au commencement du dix- \ 
neuvième. Il était avocat au parlement de Paris 
avant la révolution. On lui doit : La Finance 
politique réduite en principes et en pratique; 
Paris, 1775, in-8''; — Théorie générale de 
r Administration des Finances ; Paris, 1788, 
2 vol.- in-8" ; — Moyens comparatifs de libé- 
ration des dettes nationales de l'Angleterre 
et de laFrance ; Paris, 1788, in-8° ; — Discours 
sur Vautorité paternelle et le devoir filial, 
considérés d'après la nature , la civilisation 
et Vacte social; Paris, 1790, in-8" ; — Moyens 
assurés de parvenir à la formation d'un 
système général de finance en France , et 
d'amortir Vintégralïté de la dette pxiblique; 
Paris, 1800, in-S" ; — Discours philosophique 
servant d'introduction aux législations ci- 
vile et criminelle ; Paris, 1802, in-8° ; - Prin- 
cipes élémentaires de gouvernement pour 
parvenir à l'établissement d'une constitution 
générale. Constitution religieuse ou morale; 
Paris, 1802, in-S". En 1771 Grouber de Grou- 
bental avait annoncé des Mémoires et Œuvres 
de Jurisprudence, qui n'ont point paru. M. Que- 
rard lui attribue encore V Anti-Moine, ou con- 
sidérations politiques sur les moyens et 'la 
nécessité d'abolir les ordres monastiques en 
France; 1790, in-8°; at Conseils de la Sagesse 
à la nation française, en France, 1795, in-8°, 
que d'autres attribuent à Groubentall de Linière^ 

L. L— T 

Quérard, La France littéraire. 



221 

GROiTCHY ou Gti.ovciaû (Nicolas), enlâtiû 

Gruchius, érudit français, né vers 1520, mort 
en 1572. Il professa la philosophie et le grec à 
Bordeaux , à Paris et à Coimbre, où i! avait été 
appelé par le roi Jean. A son retour en France, 
alors désolée par la guerre civile, Grouchy, qui 
1 était protestant, fut exposé aux persécutions, 
et mena une vie pauvre et errante. Les habitants 
de La Rochelle lui offrirent la direction de leur 
; collège; il s'empressa d'accepter; mais à peine 
arrivé dans cette ville, il mourut, d'une fièvre 
contractée en route. De Thou fait le plus grand 
éloge du savoir et du caractère de Grouchy. On 
a de lui : Dialecticœ Prœscriptiones ; Paris, 
1552; — De Comitiis Romanoriim, Lib. III; 
Paris, 1555, in-4''; inséré dans le Thésaurus 
Antiqutt. Roman, de Grsevias, t. I; — Elen^ 
clii Sophistici; 1556, in-8°; — Logica Aristo- 
telis; Paris, 1558, in-S"; — Kesponsio ad Car. 
Sigomi Disputationes de Mnis magistratuum 
t comïtiis et lege curiata ; Paivia , 1565, in-8°; 
I Bologne, 1566, in-4° ; insérée dans le Thésaurus 
' de Graevins; — DeConjugiis Romanis ; Yenise , 
1568, m-8°; — Ethïca; Paris, 1572, in-4°; — 
Histoire des Indes de Portugal, contenant 
comment VInde a été découverte par le com- 
mandement du roi Emmanuel , et la guerre 
que les capitaines portugais ont menée povtr 
ta conquête d'icelle, escripte par Fernand 
Lopès de Castaneda; Paris, 1553, in-4°; An- 
vers, 1576, in-4''. Selon Gesner, Grouchy a aussi 
traduit les Analytïca posteriora d'Aristote. Z. 

Gesner, Bibliotheca. — La Croix du Maine, Bibliothè- 
que française. — Eug. et Ein. Haag, La France protes- 
tante. 

GfiOtscav (Emma7ïuel, marquis de), maréchal 
dte France, né à Paris, le 23 octobre 1766, d'une 
faftiille ancienne de la Normandie, mort à Saint- 
Étienne, le 29 mai' 1847. Destiné à la cari'ière 
Bfiilitaire, vers laquelle l'appelait une^vocationtrès- 
prononcée , il entra en 1779, à l'âge de quatorze 
ans, au corps d'artillerie en qualité d'aspirant; 
au bout dune année , il fut lieutenaWt en second 
dans le régiment de La Fère , puis il passa dans 
les troupes à cheval , et en i 784 il devint ca- 
pitaine dans le régiment Royal-Étranger ; enfin, 
nommé sous-lieutenant aux gardes-du-corps 
dii roi sur la fin de 1786, il occupa ce poste jus- 
qu'en 1789. Quelque opposées que fussent les 
nouvelles- idées poHtiques à celles au milieu des- 
quelles le jeune Grouchy ivait été élevé, if n'hé- 
sita pas à embrasser la cause révolutionnaire. 
Le commandement du 12'' de chasseurs lui fut 
confié, et au bout de quelques mois ( 1792) il 
en devint colonel. Il fut ensuite placé, dans la 
même qualité , à la tôte du T régiment dé Condé- 
dragons , et fit la campagne de 1792 dans l'ar- 
mée de La' Fayette. Élevé au grade de général 
de brigade (septembre 1792), et envoyé à l'ar- 
mée des Alpes, il y prit le commandement de 
la cavalerie, et participa à la conquête de la Sa- 
voie. La guerre civile s'alluma en Vendée : lé' { 



ÙnoVCÛÎt 222 

géûéràl Grouchy y fut envoyé pour prendre le 
commandement, d'abord de l'avant-gàrde, puis 
de l'aile gauche de l'armée de l'ouest. Ce fut sur- 
tout à la défense du camp des Sorinières , le 
5 septembre 1793, qu'il déploya sa bravoure : 
la victoire flottait indécise; Gouchy, quoique 
blessé , saute à bas de son cheval, et, à la tête de 
quelques cx)mpagnies de grenadiers , il fond sur 
les Vendéens, les culbute et les met enfuite. 
Éloigné, malgré ?es vœux des soldats, des champs 
de bataille par le décret de la Convention natio- 
nale qui excluait les nobles des armées, Grouchy 
y retourna comme simple soldat, dans les rangs 
de la garde nationale , et fut bientôt récompensé 
de cette patriotique résolution par le décret du 
13 juin 1795 (25 prairial an m), qui, enf procla- 
mant son civistne , le confirma dans lé grade de 
général de division, auquel il avait été promu en 
1793, par les représentants du peuple en mission 
aux armées. Nommé en outi'e chef d'état-major 
de l'armée de l'ouest , il contribua puissamment 
aux succès du général Hoche. A la nouvelle du 
débarquement de Quiberon, il accourut du fond 
du Poitou, rassembla à la hâte toutes les troupes 
disséminées dans le pays par suite de la pacifi- 
cation de La Jâunaie , et les conduisit au point 
du débarquement. Nommé général en chef de la 
même armée à la place de Canclaux, il refusa; 
et persuadé que pour terminer la guerre civile 
ri fallait remettre d'ans les mêmes mains la con- 
duite de toutes l'es opérations, il écrivit au Direc- 
toire pour l'engager à réunir en une seule les trois 
armées des eôtesde Cherbourg, des côtes de Brest 
et de l'ouest, indiquant le général Hoche comme 
le chef le plus propre à occuper ce triple com- 
mandement. Son conseil fut approuvé : Hoche 
fut nommé général en chef de l'armée des côtes 
de l'Océan, dont Grouchy , par le même décret, 
devint chef d'état-major. En cette qualité, il di- 
rigea plusieurs expéditions, et conduisit souvent 
contre Charetté et Stofflet des corps d'armée à là 
tête desquels il remporta des avantages signalés. 
Après la pacification dé la Vendée, il fut nommé 
d''abord chef d'état-major à l'armée du nord , puis, 
lorsque Hoche eut organisé l'armée d'élite des- 
tinée à envahir l'Irlande ( 1796), ce général ob- 
tint du Directoire que Grouchy fût revêtu du 
commandement en second. Le vaisseau que ce 
dernier montait fut du petit nombre de ceux qui 
purent arriver aux côtes d'Irlande. Dès qu'il fut 
entré dans la' baie dé Bautry, Grouchy ordonna 
le débarquement : la mer était grosse, et la ma- 
rine refusa d'obéir, sous le prétexte que la nuit 
allait tomber; on ajourna donc la descente au 
lendemain à la pointe du jour. Vers minuit, une 
violente tempête s'éleva : aussitôt, saris en pré- 
venir le généralj le contre-amiral Bouvet voulut 
regagner la haute mer. En Vain Grouchy adresse 
à Bouvet de vives représentations : ott sort de la 
baie; puis, lorsque la tempête est calmée, le 
contre-amiral refbse encore, et pour toute ré- 
Donse déclare à Grouchy (ju'il n'a pas d'ordre è" 



233 



GROUCHY 



224 



recevoir de lui. On rentra donc à Brest, et Bou- 
vet ne tarda pas à être destitué. 

L'agitation se prolongea dans les provinces de 
l'ouest; le général Grouchy, qui y fut envoyé 
en qualité de commandant des 11®, 12% 13", 14'^ 
et 22® divisions militaires, ramena le calme par 
d'excellentes mesures, et sa modération lui mé- 
rita l'estime générale. 11 passa en 1798 à l'armée 
d'Italie, sous les ordres de Joubert. Au moment 
où se formait une coalition nouvelle et où une 
armée russe devait fondre sur l'Italie et agir de 
concert avec les Autrichiens , il importait d'em- 
pêcher le roi de Sardaigne de se réunir aux 
coalisés : Joubert et Grouchy se consultent, et 
ce dernier, bravant les dangers, et malgré la 
responsabilité qu'il allait assumer sur lui, se 
rend à Turin (décembre 1798 ), sous le prétexte 
d'y prendre le commandement de la citadelle ; 
secondé par le comte de Saint-Marsan , ministre 
et favori de Charles-Emmanuel IV, il parvient 
adroitement à amener ce prince à abdiquer sa 
couronne et à remettre aux Finançais le Piémont 
avec ses places fortes. Le commandement en 
chef du Piémont fut le prix de cette habile et 
heureuse négociation , et le Directoire chargea 
en outre le général Grouchy de l'organisation 
générale du pays. 

Lorsque Moreau , succédant à Scherer, qui ve- 
nait de perdre le Milanais , prit le commande- 
ment en chef de l'armée d'Italie, ce général écri- 
vit à Grouchy : « Ne perdez pas une minute à ve- 
nir me joindre, car j'ai grand besoin de vos con- 
seils, et il me reste trop peu d'hommes de votre 
trempe, etc. » Grouchy fit de concert avec lui 
la mémorable campagne du Piémont , et lors- 
qu'un décret du Directoire le nomma général en 
chef de l'armée des Alpes, il refusa, préférant 
partager avec Moreau la gloire et les dangers de 
la lutte brillante que soutenait l'armée d'Italie. 
Ce fut surtout aux affaires de Valence et de 
San-Giuliano que Grouchy se distingua. A la 
bataille de Novi, les premiers efforts de l'ennemi 
furent dirigés contre sa division ; ce corps , qui 
faisait partie de l'aile gauche de l'armée, fut en- 
gagé onze fois dans cette journée. Animant les 
troupes par ses paroles et son exemple, on le vit, 
le drapeau de la 39® demi-brigade à la main, 
ramener au combat les soldats ébranlés; un 
boulet brise la hampe du drapeau : Grouchy 
élève alors son chapeau au bout de son sabre, 
et, se précipitant à la tête de ses braves sur les 
Autrichiens, il leur prend 1,500 hommes et leur 
fait perdre plus d'une lieue de terrain. Placé 
entre deux feux par la retraite du centre et de 
la droite de l'armée française, il est obligé de se 
replier ; en se retirant , il veut sauver l'artillerie 
abandonnée par l'aile droite dans le défilé de 
Pasturana; mais accablé bientôt par le nombre, 
cerné de tous côtés et percé de quatorze bles- 
sures, il tombe baigné dans son sang au pouvoir 
de l'ennemi. Le général Grouchy dut la vie au 
grand-duc Constantin , qui, l'ayant reconnu, le 



fit panser par ses propres chirurgiens , et voulut 
assister lui-même aux soins qu'ils lui prodi- ■ 
guaient. Rétabli après quatre mois de souffrances , 
et échangé après un an de captivité contre un 
général anglais , il entra en France après la ba- 
taille de Marengo. Placé aussitôt à la tête de l'une 
des divisions de la seconde armée de réserve, 
stationnée au pied du mont Jura, Grouchy chasse 
les Autrichiens de l'Engadine, pénètre dans le 
pays des Grisons, occupe Coire, et allait passer 
le Splugen, lorsque Macdonaldvint le remplacer. 

Moreau attendait Grouchy à l'armée du Rhin, 
dont une division, forte de 18,000 hommes, lui 
était réservée. A la tête de ce corps, il prit part à 
plusieurs affaires partielles, et contribua au succès 
delà bataille de Hohenlinden. Il fut nommé, après 
la campagne, inspecteur général de la cavalerie, 
et en 1801 le premier consul le chargea de cou- : 
duire de Paris à Florence le gendre du roi 
d'Espagne , et de le faire reconnaître roi d'É- 
trurie. 

Lors du procès de Moreau (1804), le général 
Grouchy ne dissimula point son attachement 
pour le rival du premier consul : sa franchise 
blessa Bonaparte, mais elle ne l'empêcha pas de 
l'employer dans toutes ses campagnes. En 1805 
Grouchy commanda une des divisions du camp 
de Brest ; dans la guerre de 1806 et 1807 contre 
les Prussiens, il fit partie de la grande armée, 
et après la bataille d'Iéna, son corps entra le 
premier dans Berlin. A la bataille d'Eylau, il 
contribua à la victoire par les charges qu'il fit 
pour protéger le corps d'Augereau et donner au 
maréchal Davout le temps d'arriver. Dans cette 
journée, il eut un cheval tué sous lui, fut blessé, 
et ne dut la vie qu'au dévouement de son aide 
de camp, La Fayette fils, qui l'arracha des mains 
des Russes. A la bataille de Friedland, le 16 juin 
1807, ce fut lui qui, en l'absence de Murât, 
commanda la cavalerie ; à l'aide d'une retraite 
habilement simulée, il rejeta un corps d'infan- 
terie pai" delà le Prégel, et prépara ainsi la vic- 
toire; elle lui valut le grand-cordon de la Lé- 
gion d'Honneur et l'honorable mention au bul- 
letin de cette bataille d'avoir rewd% des services 
importants ; ce sont les expressions mêmes de 
Napoléon. Après le traité de Tilsitt, Grouchy ren- 
tra en France ; mais , envoyé presque aussitôt en 
Espagne, il fut nommé gouverneur de Madrid 
(1808). Le 2 mai une insurrection éclate dans 
les murs de cette capitale ; 300 Français y sont 
lâchement assassinés par les révoltés : le gé- 
néral se hâte de les attaquer, les disperse, et re- 
prend l'arsenal; le calme fut rétabli. Quelques 
mois après, Grouchy, alléguant des motifs de 
santé , obtint son rappel, et se retira dans ses 
terres; mais l'ordre de se rendre en Italie l'y 
suivit à peu d'intervalle. Rappelé de ce pays 
pour opérer sa jonction avec la grande armée, 
il participe à la bataille de Wagram, culbute la 
cavalerie autrichienne, et met en fuite l'arrière- 
garde du prince de Rosenberg. Napoléon , vou- 



225 



GROUCHY 



226 



lant reconnaître sa bravoure, nomma Grouchy 
commandeur de la Couronne de Fer, et colonel 
général des chasseurs, ce qui lui donnait le rang 
de grand-officier de l'empire. Dans la campagne 
de Russie, il contribua d'abord à la prise de Vilna, 
puis il se distingua à l'affaire de Krasnoï, et re- 
foula l'armée russe dans les murs de Smolensk. 
Le 7 septembre 1812, en tournant avec habileté 
la grande redoute, il facilita le succès de la ba- 
taille de la Moskowa. Dans cette grande journée, 
il eut un cheval tué sous lui et reçut un biscaïen 
dans la poitrine; son fils, qui combattait à ses 
côtés, fut blessé presque au même moment. 
Pendant la malheureuse retraite, l'empereur 
forma un corps, composé uniquement d'officiers 
et de généraux, destiné à veiller à sa sûreté per- 
sonnelle : ce fut à Grouchy qu'il confia le com- 
mandement de cet escadron sacré. Au commen- 
cement de 1813, le général ayant sollicité le com- 
mandement d'un corps d'infanterie pour la cam- 
pagne qui se préparait, Napoléon le lui refusa; 
alors Grouchy, mécontent, quitta le service. Mais 
lorsque la bataille de Leipzig eut été perdue, que 
notre armée d'Allemagne fut en pleine retraite et 
que l'ennemi menaçait les frontières delà France, 
Grouchy écrivit à l'empereur pour reprendre le 
service, et Napoléon accepta. 

Les alliés avaient passé le Rhin. Le général 
îvrêta d'abord leur marche dans les plaines de 
Colmar et ensuite dans les Vosges ; il vint se 
réunir, à Saint-Dizier, aux troupes que Napo- 
éon amenait de Paris, et pi-it part aux combats 
le Brienne et de La Rothière. Il couvrit la re- 
[raite de l'armée. A l'affaire de Vauchamps, le 
14 février 1814, il coupa le corps du général 
irussien Kleist ; au défilé d'Étoges, il combattit 
'jncore glorieusement. Le 7 mars eut lieu la ba- 
aille de Craonne; Grouchy y fut grièvement 
liesse, ce qui l'obligea de quitter l'armée. 

Après la première Restauration, il fut dé- 
)ouillé de son grade de colonel général des 
•Masseurs, en faveur du duc de Berry ; legénéral 
écrivit vainement au roi pour réclamer contre 
ette mesure, qu'il regardait comme une infrac- 
ion à la parole donnée : sa lettre déplut, et il 
Icmeuraen disponibilité. Mais après le retour de 
l'île d'Elbe, Napoléon, le l*"'' avril, donna à Grou- 
l'hy le commandement en chef des 1", %", %" et 
10*" divisions militaires. En cette qualité, il eut 
i s'opposer au duc d'Angoulême, qui à la tête de 
;inq à six régiments , se portait sur Lyon. Le 
^trince ne tarda pas à capituler ; il quitta ses trou- 
)es, demandant pour toute faveur la faculté de 
iortir de France. Le général, par ordre de l'em- 
pereur, le lui permit, après l'avoir retenu quel- 
ques jours prisonnier au Pont-Saint-Esprit. Le 
jrince s'embarqua à Cette. Alors Grouchy, que 
'empereur venait de nommer maréchal, se porta 
>ur Aix et Marseille, afin de dissiper les débris de 
'armée royale et d'empêcher le marquis de Ri- 
rière de soulever le midi. Le maréchal fut ensuite 
îharsé du commandement en chef de l'armée 

MOnV. BIOGR. GÉN1J.R. — T. XXII. 



des Alpes ; et après qu'il eut mis les frontières 
du Piémont et de la Savoie en état de défense, il 
alla se mettre à la tête de toute la cavalerie de 
réserve de la grande armée. De Charleroy, où 
il était entré le T'" juin 1815 avec sa cava- 
lerie légère, il poursuivit le général Ziethen, ar- 
riva jusque sous Fleurus, passa la nuit du 15 
au 16 à portée du canon ennemi, et emporta 
Fleurus dans la matinée du 16. Le même jour, 
vers midi , l'attaque générale s'engagea , et le 
maréchal , placé à la tête de toute l'aile droite, 
prend Ligny, et force le général Bliicher à la re- 
traite. Le lendemain, 17, il se met à la pour- 
suite de l'armée prussienne, pour l'empêcher 
d'opérer sa jonction avec lord Wellington, et 
se dirige, d'après les instructions de l'empereur, 
vers la Meuse, à Namur et Liège. Mais Bliicher, 
au Heu de marcher sur Namur, s'était dirigé 
vers Wavres, où, le 17 au soir, il opéra la réu- 
nion de ses troupes ; en sorte que lorsque 
Grouchy put en être instruit, le 18 au matin, et 
diriger ses divisions sur ce point, l'armée prus- 
sienne avait déjà traversé la Dyle et rejoint Wel- 
lington. Au bruit effroyable de la canonnade qui 
se faisait entendre sur le champ de bataille de 
Waterloo , les généraux Gérard , Exelmans , 
Vandamme supplièrent le maréchal de se porter 
par la gauche vers Mont-Saint-Jean : il résista à 
leurs instances , en leur montrant les nouveaux 
ordres qu'il venait de recevoir de l'empereur et 
qui lui enjoignaient derechef de se porter sur Wa- 
vres. Lorsque le maréchal reçut, vers les quatre 
à cinq heures, une seconde lettre de l'empereur, 
qui lui ordonnait de manœuvrer pour joindre la 
droite de l'armée , il le fit aussi promptement 
que le lui permit un corps de l'arrière-garde 
prussienne avec lequel il était aux prises. Dès 
qu'il fut informé du désastre de Waterloo, il 
effectua sa retraite sur deux colonnes; le 21, 
à la pointe du jour, toute l'armée évacua Na- 
mur, et se mit en marche pour Dinant. Ce ne fut 
qu'à Rethel que le maréchal apprit la seconde 
abdication : à cette nouvelle, il adressa une pro- 
clamation à ses troupes , et leur fit reconnaître 
Napoléon ÏI pour empereur. Le 27 on com- 
mença, près de Soissons, à communiquer avec 
les débris de l'armée vaincue à Waterloo , et 
le 28 le maréchal reçut du gouvernement pro- 
visoire l'ordre de prendre le commandement 
en chef de toute l'armée du nord et de se rap- 
procher de Paris. Sa retraite lui mérita les éloges 
du gouvernement; mais en butte à la haine de 
tout ce qui tenait pour une seconde restaura- 
tion, le maréchal remit son commandement à 
Davout, puis , compris l'un des premiers dans 
l'ordonnance royale du 24 juillet, il alla de- 
mander un asile au Nouveau Monde. Le maré- 
chal- habita cinq ans Philadelphie , où son fils , 
le comte de Grouchy, qui s'était rapidement 
élevé au grade de colonel de chasseurs , le rejoi- 
gnit, au moisde mai 1817. L'exilne satisfit pas les 
ennemis du maréchal ; il leur fallait contre lui une 

8 



%n 



GROUCHY 



sentence de. mort : il fut donc tyacluit devant un 
conseil de guerre, qui se déclara incompétent. Le 
24 novembre 1821, une ordonnance royale spé- 
ciale pour le marquis de Groiichy vint enfin 
mettre un terme à son exil, en étendant à sa 
personne le bienfait de l'amnistie accordée dès 
1819. Le maréchal rentra immédiatement dans 
sa patrie, fut réintégré dans tous ses droits et 
honneurs, à l'exception de la dignité de maré- 
chal de France ; il fut classé parmi les, lieute- 
nants généraux et mis à la retraite définitive. 
La révolution de 1830 le réintégra enfin dans la 
plus haute dignité de l'armée, et, par ordonnance 
du U octobre 1832, il fut appelé à la chambre 
des pairs, où il s'esit toujours montré du parti 
de l'opposition modérée. Lors du grand procès 
politique des accusés d'avril 1834 , il refusa de 
prendre part aux travaux de la chambre cons- 
tituée en haute cour de justice, [E. Pascallet, 
dans VEnc. des G. du M.] 
,, En 1846, le maréchal de Grouchy acheta une 
propriété sur les bords du Loiret, où il comp- 
tait se retirer. Souffrant de la poitrine, il alla 
passer l'hiver en Italie, séjourna à Pise, à Flo- 
rence et à Rome, et mourut en revenant de ce 
voyage. Ses obsèques eurent lieu à l'église des 
Invalides, et son corps fut inhumé au cimetière 
du Père-Lachaise. \\ avait perdu en février 
1843 la fille qu'il avait eue, do sa seconde femnie, 
M"*^ Fanny Hua. Il laissait de son premier ma- 
riage, avec Cécile- Félicité-Céleste Doulcet de 
Pontécoulant , deux fils et une fille : le marquis 
Alphonse de Grouchy, général de division et sé- 
nateur; M. Victor de Grouchy, général de brir 
gade; et la marquise d'Ormessou. 

On doit au maréchal Grouchy : Observa- 
tions sur la Rela(,ion de la campç-gne de 
1815 publiée par le général Gay,rg,aud , et 
Réfutation de quelques-unes des assertions 
et écrits relatifs à la bataille de Waterloo; 
Philadelphie et Paris, 1819, in-8°; — Réfuta- 
tion de quelques articles des Mémoires du 
duc de Rovigo; Paris, 1829, in-8" ; — Frag- 
ments historiques relatifs à la campagne et 
à la bataille de Waterloo : N" I, Lettre 
à MM. Barthélémy et Méry ; Paris, 1829, 
in-8"; W II, Influence que peuvent çvoir 
sur Vopinion les documents relatifs à la ba- 
taille de Waterloo publiés par M. le comte 
Gérard; Paris, 1830, in-8°; — Chambre deSi 
Pairs : Discussion du projet de loi sur ré- 
tat de siège. Discours prononcé dans la 
séance du i9 février 1833; Paris, 1833, in-8"; 
— Réclamation du maréchal Grouchy ; Pa^ 
ris, 1834, in-S"; — Plainte contre le lieute- 
nant gméral baron Berthezène ; Paris, 1840, 
in-8°. Cette plainte, adressée par le maréchal 
Grouchy à M. Pasquier, président de la cham- 
bre d^s pairs, a été reproduite dans La Presse 
du 7 juillet 1840, dans L'Écho français (\u même 
jour, dans Le Siècle du 8, dans Le Droit du 9. 
Elle était motivée sur une réclamation que le 



général Bertheziène avait fait imprimer dans la 
Biographie dés Hommes du Jour, tome V, j 
1'^ partie. Dans une lettre insérée au Moniteur 
des 26 et 27 décembre 1840, et dans la Biogra- ' 
phie des Hommes du Jour, tome V, 2" partie, 
le général Berthezène désavoua toute intention 
d'accuser de trahison le maréchal Grouchy, et 
rétracta diverses imputations qu'il avait portées ' 
contre lui , tout en maintenant ses dires rela- 
tivement à Waterloo (1); — Fragments his- 
toriques ; Paris, 1840 : ce sont des correspon- 
dances et des ordres qui étabhssent que ni le 
maréchal Grouchy ni le général Lesénécal n'a- 
vaient eu de correspondances coupables avec 
l'ennemi, comme ils semblaient en être accusés 
par le général Berthezène, qui se rappelait avoir 
vu un officier prussien dans la voiture de l'aide de 
camp Lesénécal quand l'année rétrogradait vers 
Paris, ce que le maréchal explique par les ordre* 
qu'il avait reçus du gouvernement provisoire de 
négocier un armistice» Une publication du Bio- 
graphe tiniver&el amena aussi une nouvellff ,i 
discussion entre le maréchal Gérard et le ma-« ■ 
réchal Grouchy, qui fut insérée dans le Journal 
des Débats, comme une première lettre du ma- 
réchal Gérard avait été insérée dans la Biogra- 
phie des Hommes du Jour, tome V, l'''^ partie. 

L. LOUVET. 
Aruault, Jay, Jlouy et Norvlus, Nouvelle Biographie 
des Contemporains. — pabhe, Viejlb (Je Boisjolin et 

fi) Le maréchal se prévaut surtout des ordres de Na- 
poléon, qui lui enjoignaient de marcher sur Wavres; mais 
le général Berthezène répond que le même ordre lui di- 
sait de suivre la trî^ce des Prussiens, d'instruire l'em- 
pereur de leur raarclie, et de se tenir continuellement en 
coiBiDunication avec le quartier général, a L'empereur 
s'est trompé sur le plan des alliés, dit le maréchal; il 
était persuadé, d'après la connaissance qu'il avait de 
leur système de guene, que les Prussiens se retiraient 
svir Namur; ses ordres étaient positifs : il m'avaii; séparé 
de lui. » Mais l'ordre général dominant était toujours de 
se placer entre les Prussiens et les Anglais et d'empê- 
cher leur jonction, puisque la séparation des deuit corps 
n'avait eu lieu que dans la supposition de l'action sé- 
parée des deux armées alliées. D'ailleurs, comme com- 
mandant de la cavalerie d'abord, et ensuite comme chef 
supérieur des généraux Pajol et Exelmans, le maréchal 
ne devait-il pas surveiller la marche des Prussiens et 
éclairer l'empereur sur leur changement de direction et 
sur leur marche de flanc pour rejoindre les Anglais ? « Je 
ne pouvais marcher an bruit du Ciinon, ajoute le maré- 
chal, puisque la veille le maréchal Ney avait été blâmé 
pour une marche semblable, qui avait empêché un succès 
d'être complet. La canonnade ne pouvait me surprendre, 
puisque l'empereur m'avait prévenu qu'il allait battre 
les Anglais à Waterloo. » Sans doute, répond-on, si les 
Prussiens avaient été tous devant vous à VV'avres, vou-i 
auriez bien fait d'y risler; mais il ne fallait pas batailler 
avec une arrière-garde, pendant que le corps prlncipaj, 
en avance déjà sur vous, vous dérobait son mouvetuent 
de jonction. L'empereur avait eu tort de ne pas réserver 
un corps au centre; c'est vrai, mais il fallait y suppléer 
par de fréquentes comnuinications avec la gauche et être 
toujours prêt à vous porter vers elle. Enfin, et pour fairei 
la part de chacun, ajoutons qu'entraînés par une ardeur 
irréfléchie, les Jeunes généraux n'é<-oulaient pas I.t voix 
des vieux chefs, que les ordres s'exécutaient mal, ([ue 
plus d'une fois Grouchy fut désobéi, et qu'il ne fut pas 
toujours inailre de ses mouvements , VAr le fait de se^ 
subordonnés. Napoléon a donc été inj,uste lorsqu'il 0- 
dit : ■< A Waterloo Grouchy s'est perdu ; j'aurais gagné 
cette affaire sans son imbécillité. » !. L— :'• 



229 



GROUCH'Ï — GROULART 



230 



Sainte-Preuve, Biographie universelle et portative des 
Contemp. — Sarrut et Saint-Edme , Biographie des 
Hommes du Jour, tome II, 1" partie, p;ig. 226 et suiv. ; 
tome III, 2= partie, pag. 39S ; tome V, l"-e partie, pag. 893 
et suiv. ; tome V, 2" part., p. 4D7 et suiv. — Le Biographe 
universel, tome 1"^, 4"^ vol., 1842.— Jomioi, Précis po- 
litique et uiiiitaire de la campagne de 1815 — Opi- 
nions et jugements de Napoléon, tome I'^''. — Norvins, 
Histoire de Napoléon. — Thiers, Histoire du Consulat 
et. de l'Empire. — Duc de Raguse, Mémoires ( le général 
Grniicliy a fait insérer une réclamation dans le Moniteur 
(lu 4 avril 1837, et y promet un travail plus étendu de rec- 
tificalion sur les événements de 181B ). 

GROtFCHT {Sophie de). For/es Condorcet 

(M"'= DE). 

* GViOUCHY (Alphonse-Frédéric-Emmanuel, 
marquis de), général français, fils du précédent, 
naquit à Vilette ( Seine-et-Oise), le 5 septembre 
1789. Entré à l'École militaire de Fontainebleau, 
}e 15 août 1806 et passé sous- lieutenant au 10'' ré- 
giment de dragons, le 16 novembre suivant, il 
fit la campagne de Prusse de 1S06, et fut nommé 
lieutenant aide de camp de son père, le 25 mai 
1807. Le jeune Grouchy servit en Pologne et à 
l'armée d'Espagne, où il se fit particulièrement 
remarquer. Promu au grade de capitaine dans 
le 1^'' régiment de chasseurs à cheval, le 17 jan- 
vier 1809, il rejoignit ce corps en Allemagne, 
retourna en Espagne en 1810, fut nommé chef 
d'escadron au 19*^ de chasseurs en 1811, et fit 
avec distinction la guerre de Russie de 1812. Sa 
belle conduite pendant la campagne de Saxe lui 
mérita, le 15 décembre 1813, le brevet de colo- 
nel. Placé à la tête du 13^ de chasseurs, il servit 
à l'armée d'Italie, et rentra en France après les 
événements politiques et miUtaires de 1814. 
Resté en non-activité sous les deux i-estaura- 
tions, il fut un instant délégué pour le recrute- 
ment par ordonnance du 19 décembre 1827. Le 
30 août 1 830, le roi Louis-Philippe lui donna le 
commandement du 3" régiment de chasseurs, et 
le nomma maréchal de camp le 2 avril 1831. 
L'année suivante le ministre de la guerre l'ap-" 
pela au commandement d'une brigade de cava- 
lerie, qu'il conserva jusqu'en 1834. Le général 
de Grouchy occupa la position de disponibilité 
jusqu'en 1837, époque à laquelle le roi lui confia 
le commandement des départements du Puy-de- 
Dôme et de la Haute-Loire. Il fit partie du co- 
mité de la cavalerie, et fut attaché à l'inspection 
de cette arme de 183G à 1842. Nommé lieute- 
nant général le 28 avril de cette dernière année, 
îi reçut en 1844 le commandement de la 
13^ division militaire (Rennes ), puis celui de 
la 2'' (Bordeaux). Aux élections de 1849, le dépar- 
tement de la Gironde l'élut son représentant à 
l'Assemblée législative par 70,943 suffrages. 11 y 
vota constamment avec le parti modéré, et se 
déclara parti.san de la politique du prince-prési- 
dent de la l't'publique. L'empereur l'éleva à la 
dignité de sénateur par décret du 31 décembre 
1852. Sic.xitD. 

Archives de la guerre. — Biographie des 7S0 Repré- 
sentants à l'Jsscmhléc Icgistatloe. 

GHOUL.iiSîT {Claude), magistrat françai.*. 



né à Dieppe, en !551 , mort à Rouen, le 3 dé- 
cembre 1 607 . 11 étudia la jurisprudence à Bourges, 
sous François Hotman et Hugues Doneau , et il 
se rendit ensuite à Valence, où il entendit Cujas 
et eut pour condisciple l'historien De Thou. La 
Saint-Barthélémy rendit les écoles désertes, et 
Groulart se retira à Genève auprès de Scaliger, 
son maître et son ami. Disciple de Juste Lipse 
et de Casaubou , savant philologue avant d'être 
magistrat, il donna, en 1575, une version latine 
de l'orateur grec Lysias, éditée par Henri Es- 
tienne et considérée par Huet comme un modèle 
de fidélité et d'élégance (l). Appelé au grand 
conseil par Henri HI, en 1578, Groulart y siégea 
avec distinction pendant sept ans ; et ce fut en 
1585 que le duc de Joyeuse, gouverneur de 
Normandie, l'appela au parlement de Rouen. 
L'esprit de corps était presque éteint à cette 
époque dans le parlement de Rouen. Groulart 
le ranima par son énergie et sa sagesse. Il pro- 
fita de l'autorité qu'il sut y conquérir en peu 
de temps pour essayer d'opposer une barrière 
à l'avidité insatiable des favoris, en faisant 
adresser et en adressant lui-même à Henri III 
des remontrances sévères au sujet des impôts 
qu'il faisait peser sur la province et dont il dis- 
sipait le produit en de folles largesses. Les refus 
réitérés d'enregistrer les édits, contre lesquels 
le parlement ne cessait de protester, irritèrent le 
chancelier de Giverny. « On fera le procès à 
la cour de Normandie, » lui dit un jour celui-ci. 
— « On a vu des parlements, répond tranquille- 
ment Groulart, faire le procès à des chanceliers, 
et non des chanceliers faire le procès à des par- 
lements. » Aux désastres causés par des taxes op- 
pressives se joignaient alors les calamités qu'en- 
traînaient les dissensions religieuses. Lorsque 
le roi de France, croyant frapper un grand coup, 
se mit lui-même à la tête de la Ligue organisée 
contre lui, il voulut y faire entrer Groulart. 
« On ne revient jamais d'une fausse démarche, 
lui dit avec sa franchise ordinaire le zélé magis- 
trat ; il y a bien des degrés pour monter au trône, 
il n'y en a pas pour en descendre. » 

Dès les premières années de son entrée au pai- 
lement de Rouen, Groulart avait pris la plus 
grande part à la réformation de la Coutume de 
Normandie, proclamée comme édit perpétuel 
et irrévocable entre tous les sujets du pays. 
Rédigée entre les années 1270 et 1280, la Cou- 
tume de Normandie était dès 1302 invoquée par 
les évêques et reconnue comme loi par le roi de 
France. En 1315 Louis Hiitïn, dans sa Charte 
aux jVormfl?irf,s, renvoie plusieurs fois au re- 
gistre de cette célèbre coutume , Regestro Con- 
suciudinïs Normannix. A la suite d'enquêtes 
par turbes, faites dans les bailliages de Caen, 
d'Évreux, d'Alençon, de Caux, de Gisors et 
de Coutances, eut lieu, en 1558, la pi'emière 
dérogation à la Coutume de Normandie, lorsque 

(0 De Claris Interpretibas/t, If, p. ifii. 



231 GROULART 

le paiiemeut avait décJaré abrogée par non- 
usance la loi dite du Sang damné, par laquelle 
les fils d'un condamné décapité étaient déclarés 
exclus de la succession de leur père et de leur 
aïeul. Une grande solennité entoura la dernière 
révision de la Coutume. Plusieurs assemblées des 
députés des sept bailliages de Normandie se 
réunirent. Là, devant le livre des Évangiles, tous 
avaient juré, la main levée, qu'ils n'apportaient 
que ce qu'ils avaient trouvé dans les divers 
usages d'utile au bien commun du pays et des 
habitants dHcelui; et ce fut en 1585 que, sous 
la présidence de Groulart, fut arrêtée la rédaction 
définitive de la Coutume, qui devait être suivie 
pendant deux siècles encore. 

En 1589 de nouveaux édits fiscaux publiés 
par Henri III avaient été l'objet de nouvelles re- 
montrances de la part du président Groulart , 
qui fit connaître à ce prince que depuis deux ans 
les édits vérifiés à Rouen avaient dépassé un 
million six cent mille écus. L'assassinat du duc 
de Guise, aux états de Blois, fit soulever la 
ville de Rouen , dont les ligueurs se rendirent 
maîtres le 9 février 1589 ; et le duc de Mayenne 
y ayant été proclamé un mois après gouverneur 
de Normandie , le parlement fut foi'cé d'enregis- 
trer les pouvoirs dont il était investi. Henri III 
transféra à Caen le parlement de Rouen, et Grou- 
lart , son président , vint s'y établir au mois de 
mars de la même année. Il eut à lutter avec une 
intrépidité que rien ne découragea contre la Ligue, 
qui ne put parvenir à faire révolter la basse 
Normandie; et lorsque le poignard de Jacques 
Clément eut frappé Henri III, il eut assez d'in- 
fluence sur les habitants pour faire proclamer 
Henri IV comme roi légitime. Il n'en fut pas 
moins ubfigé de continuer la lutte qu'il avait en- 
gagée contre les ligueurs, qui plus d'une fois, 
secondés par la plupart des congrégations reli- 
gieuses, furent sur le point de triompher. 
Henri IV, plein de reconnaissance, le fait venir à 
Falaise et lui offre la dignité de chancelier, que 
Groulart refuse. Cette modération donna un 
nouveau relief à son autorité. Le parlement de 
Caen, uni à son chef vénéré, putà la fois réprimer 
les menées des religionnaires et punir les parti- 
sans de la Ligue qui recevaient l'or du roi d'Es- 
pagne. Il fit prompte et sévère justice des bri- 
gands qui infestaient la province. 

Catholique fervent autant qu'intrépide magis- 
trat, Groulart n'avait cessé d'exhorter Henri IV 
à embrasser la religion catholique. Ce grand 
événement, qui eut lieu le '25 juillet 1593, aplanit 
tous les obstacles; Henri devint bientôt maître 
de Rouen, où il rappela le parlement par lettres 
patentes du 8 avril 1594. Il lui rendit, sur les 
instances du président, ses anciennes préroga- 
tives, et Groulart employa le crédit dont il ne 
cessa de jouir auprès de ce prince pour essayer 
de faire diminuer les impôts que le nouveau roi 
fut contraint, pendant plusieurs années, de faire 
peseï' encore sur la Normandie, déjà si cruelle- 



232 

ment épi'ouvée. Il brava à plusieurs reprises, 
pour accomplir 'ce qu'il considérait comme un 
de ses premiers devoirs , les emportements du 
prince , qui lui faisait oublier ensuite la vivacité 
de ses paroles par des témoignages d'affectueuse 
estime. 

Les dernières années de Groulart furent at- 
tristées par les déceptions et les mécomptes. IL 
avait espéré que l'avènement d'Henri IV amè- 
nerait la tolérance et la réconciliation entre les 
partis; mais ses rêves de bonheur et de paix 
pour la France ne se réalisèrent que d'une ma- 
nière bien imparfaite; et lorsqu'il vit le sauveur 
de sa patrie menacé dix-neuf fois par le fer des 
assassins, il ne put s'empêcher de se laisser aller 
a>ix plus noirs pressentiments. Les fatigues et la 
douleur abrégèrent ses jours , et il mourut âgé 
de cinquante-six ans. 

Groulart n'avait jamais renoncé aux études de 
sa jeunesse. Il releva l'acadénjie des Palinods de 
Rouen. Il fut le protecteur et l'ami de Malherbe, 
qui lui adressait, dans le premier recueil de ses 
essais poétiques (1), une pièce de vers com- 
mençant par les quatre suivants : 

Je meurs , Groulart, d'ouïr sortir des hommes 

Tant de mépris pour la Divinité; 

El ne puis croire en voyant ta bonté 

Que tu sois fait du limon que nous sommes. 

Protecteur des poètes et des littérateurs de son 
époque, il se plaisait à les recevoir à Saint- 
Aubin-le-Cauf , près Dieppe , où il aimait à se 
délasser de ses fatigues et à se consoler aussi de 
ses chagrins , au milieu de ses auteurs favoris. 

La ville de Rouen avait rendu les plus grands 
honneurs à lamémoire deGroulart. On a retrouvé 
en 1840, à Saint-Aubin-le-Cauf, la statue en mar- 
bre blanc qui décorait le tombeau magnifique qui 
lui avait été érigé au milieu du palais , ainsi que 
celle de Barbe Guiffard, sa deuxième femme (2). 

On a du président Groulart le Récit de ses 
Voyages en cour, imprimé pour la première fois 
en 1826 par M. de Monmerqué. Cet ouvrage, 
fort intéressant, fait partie de la collection Peti- 
tot (3). C'est dans les registres du parlement, 
conservés au greffe de la cour impériale de 
Rouen, que l'on peut trouver les renseignements 
les plus précieux sur Groulart et sur la part con- 
sidérable qu'il a prise aux événements de son 
temps. Une grande partie de ces documents a. 
été recueillie par M. Floquet, qui en a enrichi son* 
Histoire du Parlement de Normandie. Quel- 
ques-uns des manuscrits de Groulart et une copie 
des actes du parlement sont conservés aux Ar- 
chives impériales. C. Hippeau. 



(1) Le. Bouquet de fleurs de Sénéque, imprimé dans 
l'ouvrage de l'abbé De I.a Rue sur les bardes et les 
trouvères. 

(2) Ces deux belles statues, données à la ville de Rouen 
par la duchesse de Fitz-James, petite-fille de Groulart, 
ontctédéposées en 1841 dans le Palais de Justice. 

!3) Groulart nous apprend, dans ses Voyages en cour, 
qu'il avait composé d'autres ouvrages, qui n'ont point en- 
core été retrouvés. 



233 



GROULART — GROVE 



234 



Oraison funèbre de Groulard,çaT Jeaa Roenne ; Paris, 
1608, in-S". — Son Éloge, par M. Sorbier, avocat géné- 
ral, Alem. de l'Acad. de Caen, 1845. — Notice de M. de 
Monmerqué, Collection de Mém. relatifs à l'hist. de 
France, t. XXXXIX, i'" série. — Mémoires de Groulard, 
même volume. — Hist. du Parlement de !^ormandie , 
par M Floquet. 

GROUVELLÈ (Philippe- Antoine), littéra- 
teur français, né à Paris, en 1758, mort à Va 
rennes, le 30 septembre 1806. Fils d'un orfèvre, 
il fut placé chez un notaire, qui, le voyant plus 
occupé à faire des vers que des actes , le con- 
gédia. Chamfort le prit alors pour secrétaire ; 
et lorsqu'il quitta l'emploi de secrétaire des 
commandements du prince de Condé , il obtint 
que Grouvelle le remplaçât. Celui-ci se rendit 
agréable : il eut même des succès à Versailles, 
où la reine fit représenter le petit opéra des 
Prunes, qu'il avait composé avec Desprez. Le 
20 juin 1788 il fit représenter au Théâtre-Fran- 
çais une comédie ayant pour titre L'Épreuve dé- 
licate ; mais elle n'eut qu'une seule représenta- 
tion, et ne fut pas imprimée. Lorsque la révolu- 
tion éclata, Grouvelle en adopta les principes , fut 
un des fondateurs du club de 89, et en publiant 
une brochure politique la data du palais Bourbon 
même. Il ne pouvait plus dès lors conserver ses 
fonctions près du prince. Après l'avoir quitté, 
il s'associa à Chamfort , Cerutti et Rabaud de 
Saint-Étienne pour publier LaFeuïlle villageoise. 
Devenu, en août 1792, secrétaire du conseil exé- 
cutif provisoire , il lui fallut porter à Louis XVI, 
du Temple, l'arrêt qui le condamnait à mort, 
Cléry, dans ses Mémoires, àii que « Grouvelle lut 
cet arrêt d'une voix faible et tremblante , et qu'il 
sortit de la prison dans un état d'agitation mar- 
qué ». En mai 1793, Grouvelle fut envoyé en 
Danemark comme ministre de France, et remplit 
ces fonctions jusqu'en 1800 ; il fut alors appelé au 
corps législatif , où il siégea jusqu'en septembre 
1802. 11 avait été nommé en 1796 associé de l'Ins- 
titut, et était devenu en 1 803 correspondant de la 
troisième Classe (histoire et Uttérature ancienne ) . 
S'étant présenté pour une place de membre titu- 
laire, des attaques violentes, dirigées contre lui 
dans les journaux, à raison des fonctions qu'il 
avait remplies en 1793 , l'affectèrent si vive- 
ment qu'elles causèrent sa mort. On a de lui : 
La Satire iiniverselle , prospectus dédié à 
toutes les puissances de V Europe; Paris, 1788, 
in-8° , pamphlet piquant dirigé contre Rivarol , 
que Grouvelle composa avec Cerutti et qui a été 
inséré dans les Œuvres de ce dernier ; — De 
l'Autorité de Montesquieu dans la révolu- 
tion présente ; Paris, 1789, in-8° ; réimprimé 
dans le t. A'^II de la Bibliothèque de l'Homme 
pub tic; — Adresse des habitants du ci-devant 

bailliage de à M. de , leur député à 

l'Assemblée nationale, sur son duel et sur le 
préjugé du point d'honneur; Paris, 1796, 
in-8° ; réimprimé sous ce titre : Point de dtiel 
nu point de constitution; adresse des habi- 
tants d'un ci-devant bailliage ; etc.; 1790, 



in-8°; — Réponse à tout; petit colloque entre 
un sénateur allemand et un républicain 
français, Taciturnus Memoriosus , traduit li- 
brement par un sans-culotte ; Copenhague, 
1793, in-8°; — Lettre en vers à ma sœur sur 
le roman philosophique et sentimental de 
Woldemar; Copenhague, 1797, in-8°; — Mé- 
moire historique sur les Templiers, ou éclair- 
cissements sur leur procès, les accusations in- 
tentées contre eux et les causes secrètes de leur 
ruine, puisés en grande partie dans plusieurs 
monuments ou écrits publiés en Allemagne ; 
Paris, 1805, in-8". Enfin, Grouvelle a donné une 
édition des Lettres de madame de Sévigné, avec 
un précis et des notes historiques; 1806, 8 vol. 
in-8°, ou 11 volum. in-il, et les Œuvres de 
Louis XIV, 1806, 6 vol. in-8°, avec Grimoard , 
qui avait été chargé de la partie militaire de cet 
ouvrage. 

GUYOT DE FÈRE. 

Moniteur, 6 octobre 1806. — Rabbe, Biogr., Suppl. 

* GROUVELLE ( La.ure) , femme politique 
française , fille du précédent , née en 1803, morte 
vers 1842. Après la révolution de Juillet , elle se 
lança avec ardeur dans la politique, et passait sa 
vie à porter des secours aux malheureux , à vi- 
siter les hôpitaux, les prisons , aidant surtout les 
victimes de leur opinion. Elle fit partie del'Asso- 
ciation libre pour l'instruction du peuple ; et lors 
de l'exécution de Pépin et de Morey, elle donna 
des preuves d'une grande exaspération ; et aida à 
les ensevelir. Compromise dans l'affaire de Haber 
{voy. ce nom) , elle passa en cour d'assises en 
1838, et déclarée par le jury coupable de com- 
plot contre le gouvernement, avec circonstances 
atténuantes , elle fut condamnée à cinq ans de 
prison. Conduite à Clairvaux, puis à MontpelUer, 
elle mourut folle, quelques années après. 

L. L— T. 

L. Blanc, ffiit. de Dix Ans. — Moniteur 1838. — Dict. 
de la Convers. 

GROYE (Heni'i), controversiste anglais, ne 
en 1683, àTaunton (comté de Somerset), mort 
à Fullwood, près de Taunton, en 1738. Il com- 
mença ses études dans sa ville natale, et les 
acheva à Londres. De retour à Taunton, il de- 
vint directeur du collège de cette ville, et pasteur 
de deux petites congrégations dissidentes du 
voisinage. On a de lui : The Régulation of Di- 
versions, drawn up for the iiseof his pupils; 
1708; — An Essay towards a démonstration 
of the sours immortality ; 1718 ; — Essay on 
the terms of Christian communion ; 1719 ; — 
The Evidence of Our Saviour's Résurrection ; 
1730; — The Fear of Death, as\a natural pas- 
sion, considered both with respect to the 
gi'ounds of it and the remédies agalnst it; 
1730; — Some Thoughts concerning the proof 
of a future state , from reason; 1730 ; — A 
Discourse on the Lord' s supper ; — Wisdom , 
the first spring of action in the deity ; 1734; 
— A Discourse on saving fait h; 1736, Outre 



I 



2S5 



GROVE 



236 



ces ouvrages, on a de Grove un volume de Mis- 
cellanles in prose and verse, et les n"* 588 , 
601, 626, 635, dans le huitième vol. du Specta- 
teur. Après sa mort, ses amis publièrent ses 
Posihumous Works; 1741, 4 vol. in-8". Z. 

Tli. Amory, Fie de Grove; en tète des fosthumous 
ryorks. - Chalmers, General Biographical Dictionarij . 

l GROVÈ ( William- Robert), célèbre physi- 
cien anglais, né à Swansea, le 14 juillet 1811. Fils 
d'un magistrat, il fut de bonne heure destiné au 
barreau. Il fit ses études à l'université d'Oxiord, 
où il obtint ses grades en 1 835, et professa ensuite 
pendant cinq ans à l'Institution de Londres. Tout 
en poursuivant avec distinction la carrière d'avo- 
cat, il consacra ses moments de loisir àdes reclier- 
ches scientifiques , et parvint à se faire im grand 
nom dans la science, aux progrès de laquelle il a 
puissamment contribué. M. Grove fut nommé en 
1852 conseiller.de la reine {queen's counsel), et 
il est actuellement vice-président de la Société 
Royale de Londres, qui l'avait honoré de sa mé- 
daille en t847. Voici la liste de ses importants tra- 
vaux, par ordre chronologique : Pileàacide nitri- 
gue( pilevollaïquedeGrove) -.c'estldpWelàplus 
puissante connue; elle est, selon Jacobi, seize fois 
et demie plus puissante que celles qui la précé- 
daient (voy. Philosovhical Magazine, 1839 et 
1840). Vers la même époque M. Grove fit con- 
naître une expérience du plus haut intérêt pour 
la théorie de la pile : « Si deux lames d'or plongées 
dans deux dissolutions, l'une d'acide nitrique, 
l'autre d'acide chlorhydrique, sont séparées l'une 
de l'autre par un diaphragme en argile poreuse, 
il n'y aura pas d'action chimique : l'or reste in- 
tact. Mais dès que l'on vient à toucher les deux 
lames avec un fil métallique, l'or dans l'acide 
chlorhydrique se dissout. » C'est un exemple de 
double affinité chimique convertie en action vol- 
taïque ; — Recomposition de Veau au moyen de 
lapile((\-dns\es€o)nptes rendus deVAcad. des 
Sciences de Paris; 1839) : c'est l'inverse de l'ex- 
périence connue de la décomposition de l'eau 
par la pile; — V inaction chimique du zinc 
amalgamé dans l'acide sul/urique ; dans le 
Philosophical Biagazine, 1839. M. Grove a le 
premier solidifié l'amalgame ammoniacal, et après 
l'avoir ainsi examiné, il a formé d'autres com- 
binaisons sofides analogues avec le zinc, le cui- 
vre, le cadmium, etc., en déposant ces métaux 
par l'éiecirolyte dans des dissolutions ammonia- 
cales. Il obtint de même des combinaisons de mé- 
taux avec les gaz azote et hydrogène, dont quel- 
ques-unes ont une densité très- faible, de quatre à 
cinq fois celle de l'eau. ( Voy. Philosophical Ma- 
gazine, 1841 ) ; — Gravure de plaques daguer- 
riennespar l'électricité et Vapplication delà 
galvanoplastie (dans le Philos-Mag., 1841) : 
un daguerrotype arrangé comme électrode po- 
sitive d'une pile dans l'acide chlorhydrique est 
gravé par l'action du chlore naissant, qui at- 
taque l'argent plus que le mercure ; les plaques 
ainsi gravées pcnivent servir à imprimer sur pa- 



pier ou comme clichés pour le dépôt galvano- 
plastique : ce sont des épreuves dessinées par 
la lumière et gravées par l'électricité ; — Ihiles 
métalliques comme éléments négatifs des 
piles; travail communiqué à la Société Électrique 
en 1841 ; — Pile voltaïque à gaz (dans le Phi- 
losoph. Mag., 1842, et Philosophical Trans- 
actions, 1843-1845; trois mémoires) : dans 
cette pile, la force électrique est produite par la 
combinaison des gaz ; l'eau peut être ainsi décom- 
posée par la force qui doit son origine à la com- 
binaison même des éléments de l'eau ; c'est un 
excellent moyen d'apprécier la force électro- 
motrice des gaz et de la comparer avec celle 
des métaux. Dans le troisième mémoire (1845), 
l'auteur a montré comment on peut se servir des 
corps solides non conducteurs , tels que le sou- 
fre, le phosphore, etc., comme éléments de la 
pile, et ainsi établir leurs relations électriques 
avec les métaux et les corps conducteurs; — 
Action électrique produite par le rapproche- 
ment sans contact de métaux dissemblables : 
l'auteur démontre par là que l'électricité ( com- 
munément attribuée au contact) est engendrée 
par une sorte de radiation ou action moléculaire, 
semblable à celle qui se produit dans les expé- 
riences de Moser {Lit. Gaz., 1843); — Pile 
dans laquelle la polarisation des électrodes 
est distribuée de manière à ajouter sa force 
à la force initiale de la pile {Philos. Mag., 
1843); — Action moléculaire des courants 
électriques (dans Electrical Mag., 1843) : 
quand les courants électriques échauffent les fils 
de platine et de plomb, ces métaux sont contrac- 
tés, et ce dernier est stratifié transversalement par 
l'action calorifique du courant; — Explication 
d'un phénomène lumineux observé quand les 
extrémités des électrodes d'une pile voltaïque 
sont plongées dans un liquide quelconque 
{Electric. Mag., 1843) : l'auteur démontre que 
cet effet est dû à la combustion soit d'un métal 
éliminé par l'électrolyte , soit de la coiribinaison 
du platine même de l'électrode avec la base de 
l'électrolyte , telle que le soufre, etc. ; — Expé- 
rience sur l'état moléculaire induit par le 
magnétisme {Electr. Magazine, 1845) : un 
tube rempli d'un liquide tenant en suspension 
de l'oxyde magnétique de fer est placé dans 
l'intérieur d'une hélice de fil de cuivre; quand 
on y fait passer un courant électrique , les molé- 
cules d'oxyde se redressent, et l'observateur, en , 
regardant dans la direction de l'axe du tube, voit 
un éclair de lumière chaque fois que le contact 
électrique est établi ; — Notices sur les phéno- 
mènes de l'arc voltaïque et le transport des 
particules de matière effectué par les déchar- 
ges électriques { Athemeum de Londres, et Lite- 
rary Gaz [ résumé d'un cours fait à l'Institut 
Royal en 1846] ) ; — Expérience qui démontre 
qu'un fil (le platine chauffé au blanc, par la pile 
s'éteint lorsqu'on le plonge dans le gaz hydro- 
gène, comme s'il éiait i)longé dans l'eau {Plii-. 



23r (JROVE — 

losoph. Maga&.<, lS4i6) : cette expériente cu- 
rieuse devint l'objet de plusieurs recherches et de 
diiïérentes opinions ; aujouni'hui on l'expliqué par 
uu effet relroidissant de la mobilité des particules 
d'hydrogëhe ; ^^ Décomposition de l'eau en 
oxijgène et en hydfogène par la chaleur 
( P/iHosophical Transactions, I8i7). On sait 
que le fer ou tout autre métal osydabiedécompose 
l'eau en se combinant avec l'oxygène et rendant 
l'hydrogène libre. Mais M. Grove parvint le pre- 
Diier à décomposer l'eau en oxygène et en hy- 
<IiOgène, tous deux également libres. L'expé- 
rience se l'ait en plongeant une boule de platine 
ciiaunée presque au poiut de fusion , dans de 
l'eau pure et bien purgée d'air atmosphérique. 
Plusieurs conséquences ont été tirée^s de ce fait 
londamental dans le Bakerian Lecture ■ —L'in- 
Ihience des milieux envirommnts sur les 
corps chauffés par la pile ( dans les Philos. 
Transact., 1848), — Production de la chaleur 
par le magnétisme (dans les Comptes rendus 
fie la Soc. Royale de Londres, 1849 ) : l'auteur y 
fiemontre qu'une barre d'un métal magnétique 
( fer, nickel, cobalt) s'échauffe quand on la ma- 
gnétise et démagnétise ( par le courant électrique 
ou par la rotation en face d'un aimant perma- 
nent); — Expériences avec ôOO éléments de 
la pile de Grove fuites à l'Institution royale 
cil 1S49 : un fil de platine est fondu à la 
soi face de l'eau ; une bulle de platine liquide 
reste comme suspendue aii-dessus de la sur- 
face de l'eau par la force du courant élec- 
trique; — Polarité électro-chimique des gaz 
jj {Philos. Transact., 1852). Les phénomènes 
de la décharge électrique démontrent l'existence 
d'une polarité chimique dans les gaz ; par exemple, 
une plaque d'argent poli est alternativement 
oxydée ou désoxydée, selon la direction du cou- 
rant. On remarque aussi dans les anneaux qui 
se forment sur la plaque, par l'effet de la dé- 
charge dans le vide pneumatique, des phases 
alternatives d'oxydation et de désoxydation , 
ayant beaucoup d'analogie avec les phénomènes 
d'interférence de la lumière. On y a signalé pour 
la première fois le phénomène des stratifications 
de la décharge électrique ; — Proportions Iné- 
gales des gaz, données dans de certains cas de 
décomposition de Veau pur Vélectricité (dans 
Philos. Mag., mars 1853 ). Dans une première 
série de ces expériences , on obtient deux parties 
d'oxygètle contre une d'hydrogène, et dans une 
autre série quatorze parties d'hydrogène contre 
une d'oxygène. Ces effets , encore insuffisamment 
expliqués aujourd'hui , tiennent peut-être à la 
ibrmation de sous-oxydes et de peroxydes ; — 
Électricité de la flamme du chalumeau (dans 
Philos. Mag., 1864 ). Ce sont les premières ex- 
périences qui démontrent un vrai courant élec- 
trique dirigé dans le sens de la flamme et dû à 
la cou)bustion de celle-ci. On avait observé au- 
paravant un courant thermo-électrique en sens 
inverse ; — Plusieurs expériences sur Pappa- 



GkOZELlÈR 



238 



r&il d'iMiicUoii et Rhtlmkorff (Philos. Mag., 
1854 ) i on peut avfec le Hnême appareil augmen- 
ter indéfiniment là pile^ pourvu qu'on augmente 
aussi le condensateur secondaire ou bouteille de 
Leydë; — Expérience sur la conversion de 
Vélectricité en puissance mécanique ( dans 
Philos. Mag. , 1856): M Grove y démontre le 
premier que lorsqu'un poids est élevé par l'at- 
traction ou répulsion électrique , il y a diminu- 
tion dans la tension électrique et que l'étincelle 
ne peut traverser la même distance que sans 
l'élévation du poids il aurait pu franchir; — 
Production defigui'es électriques entre deux 
plaques de verre, et fixation de ces images 
( 1857 ). Karsten avait montré qu'en plaçant une 
médaille sur une plaque polie électrisée quel- 
conque , il se produisait une impression des re- 
liefs de la médaille sur la plaque. M. Grove alla 
plus loin : il fit voir que si l'on place entre deux 
verres de glace bien propres des lettres en pa- 
pier ou en clinquant, ou du papier imprimé d'un 
côté, et qu'on électrise par une machine de 
Rhumkorff ia surface extérieure de ces verres 
recouverte d'étain comme une bouteille de Leyde, 
il s'y forme à l'intérieur une impression invi- 
sible: il suffîtalors d'exposer le verre al'intluence 
des vapeurs d'acide fluoriiydrique pour obtenir 
une véritable gravure. L'impression invisible 
peut être également développée et fixée par les 
procédés photographiques du coliodiomle verre 
ainsi impressionné communique son état molécu- 
laire à la pellicule de collodion argenté, de sorte que 
quand celle-ci est exposée à la lumière diffuse, puis 
aux agents désoxydants, tels que l'acide pyro- 
gallique, l'impression électrique devient visible; 
— Corrélation des forces physiques ;Lon(\rei,, 
1842,in-8°; la 3" édit. (1856) de cet ouvrage capi- 
tal a été traduite en français par l'abbé Moigno ; 
l'auteur y expose avec une grande lucidité que 
les forces , telles que la chaieUi-, la lumière , l'é- 
lectricité, le magnétisme, l'affinité chimique, sont 
tellement liées entre elles que l'une ne peut être 
produite qu'aux dépens des autres; qu'il y a 
des relations nécessaires , définies, équivalentes, 
entre toutes ces forces; qu'elles dépendent, en 
dernière analyse, des mouvements moléculaires 
de la matière même , et non de fluides particu- 
liers hypothétiques. Ces doctrines de M. Grove, 
qui arracheront peut-être un jour à la nature ses 
plus grands secrets , furent d'abord assez mal 
accueillies, parce qu'elles contrariaient les idées 
reçues. Mais nous espérons qu'elles auront bien- 
tôt des partisans nombreux. t'. H. 

Documents particuliers. 

OitOKËLiËR [Nicolas), littérateur français, 
né à Beaune, en 1092, mort le 19 juin 1778, ii 
entra dans la congrégation de l'Oratoire en 1710, 
et professa successivement les belles-lettres , la 
philosophie et la théologie dans les établisse- 
ments de cette société religieuse. Il a composé 
un certain nombre de poésies. On a de lui : Ob- 
servations curieuses sur toutes les parties fl> 



239 



GROZELIER — GRUBER 



240 



la physique , tirées des meilleurs écrivains; 
Paris, 1719-1771, 4 vol. in-12 : le premier vo- 
lume de cette compilation est du père Bougeant; 

— Prose sur la résurrection de Jésus-Christ, 
par le père Voisin , traduite en vers français ; 
Paris, 1742, in-12; — Pastorale sur le ma- 
7-iage du Dauphin; Paris, 1747, in-12; — jRe- 
cueil de Fables nouvelles en vers français; 
Paris, 1760, in-12 ; — Nouveau Recueil de Fa- 
bles, divisé en six livres; Paris, 1768, in-12. 
Il a laissé non imprimée une Dissertation dans 
laquelle on s'attache à prouver que saint 
Ennodius, évêque de Pavie, est né à Arles, et 
que fous ses parents y demeuraient. On lui 
doit en outre un grand nombre d'ouvrages dont 
Gandelot donne la liste. J. V. 

Gandelot, Histoire de la faille de Beaune, page 210. 

— Quérard, La France littéraire. 

*GuiiAMONTE, sculpteur et architecte du 
douzième siècle, précéda de quelques années 
Nicolas de Pise , mais avait probablement étudié 
dans cette ville, où les grands travaux du bap- 
tistère et de la cathédi'ale avaient donné nais- 
sance à une école un peu supérieure à celles des 
autres villes de la Toscane. C'est à Pistoia que 
se trouvent les seuls ouvrages qui nous restent 
de cet ancien maître. On croit que ce fut sur ses 
dessins qu'en 1166 la façade de l'église Saint- 
André fut élevée; son architrave offre un bas- 
relief représentant Y Adoration des Mages, avec 
cette inscription : Fecit hoc opus Gruamons, 
magister bon. (bonus) et Adod. (Adeodatus), 
frater ejus. A la façade de Saint-Jean-Évangé- 
liste, une autre architrave, représentant la Cène, 
porte cette légende : Gruamons magister bornes 
fecit hoc opus. E. B — n. 

CiCDgnara , Storia délia Scultura. — Ticozzi, Dizio- 
nario. — Toloraei, Guida di Pistoia. 

* GRUBBE (Samuel), publiciste suédois, né 
le 9 février 1786 , dans la paroisse de Seglora, 
diocèse de Gothenbourg , mort à Stockholm , le 
6 novembre 1853. Après s'être fait recevoir doc- 
teur en philosophie à l'université d'Upsal, en 
1805, il y fut nommé docens, et devint professeur 
de logique et de métaphysique en 1813, puis de 
morale et de politique en 1827. La netteté de ses 
idées et la clarté avec laquelle il les exposait 
contribuèrent beaucoup à vulgariser la science. 
Il avait adopté le système de Schelliug, en y 
faisant quelques modifications. L'université d'Up- 
sal , dont il fut recteur à plusieurs reprises , le 
députa à la diète en 1834. Grubbe fut nommé en 
1840 conseiller d'État, et en même temps pré- 
sident du comité au ministère des affaires ecclé- 
siastiques. En 1843 il se démit de cette dernière 
fonction, et ne resta que conseiller d'État sans dé- 
partement. Il était chevalier de l'Étoile polaire 
et membre de plusieurs académies suédoises et 
danoises. On a de lui : Om fœrhallandet 
mellan religion oc/imomiiiei( (Relations entre 
la religion et la morale); Upsal, 1812; — Bi- 
drag lit ulredandet af Samœllslœrans grund- 
begrepp ( Documents pour l'éclaircissement des 



principes de la science sociale); Upsal, 1826, et 
dans Svea, n°' 8, 10; — Éloge de Léopold, 
discours de réception , prononcé à l'Académie 
suédoise en 1830 ; dans les Mémoires (Handlin- 
gar ) de cette académie, t. XIV ; — Discours sur 
le beau ; ibid. , t. XVI ; — Discours de réception ; 
dans les Mémoires de l'Académie des Belles- 
Lettres, histoire, antiquités, à Stockholm, t. XV ; 

— Des mémoires dans Svea, Skandia, etc. ; -^ 
Des dissertations et articles archéologiques. 

E. B. 

Siogr. Lexic, V, p. 220. — Convers. Lex. der Ceyen- 
tcart. note dans les Mém. de V Acad. des Sciences, 1833. 

— Clausade, f^oy. â Stockholm, p. 441. 
GRCTBEIVIMAIVN OU GRUBEMANIV (Jean- 

TJlrich), architecte suisse, né à Teufen ( anton 
d'Appenzell) , au dix-huitième siècle. Il bâtit 
en trois ans l'admirable pont de Schaffhouse sur 
le Rhin. Malheureusement cette construction 
n'existe plus : les Français la détruisirent par le 
feu, le 13 avril 1799, tandis que les Autrichiens 
se préparaient à assiéger Schaffhouse. Gruben- 
mann éleva ensuite de concert avec son frère le 
beau pont de Reichenau, dans les Grisons, qui, 
dans la même guerre de 1799, eut le sort du 
pont de Schaffhouse. Les œuvres des deux frères 
étaient destinées à ne pas leur survivre. Leur 
troisième construction , le pont de la Limmat, 
près du couvent de Wettingen , fut aussi la 
proie des flammes. Ce couvent devint le refuge 
de Grubenmann , qui sur la fin de sa vie se fit ca- 
tholique. W. R. 

Lutz , Nekrolog denJcwiirdiger Schweizer. — Nagler, 
Kiinstler- Lexicon. 

GRDBËR ( Grégoire-Maximilien ) , en reli- 
gion A. S. Ignatio, historien et antiquaire alle- 
mand, né à Horn (Autriche), le 7 août 1739, 
mort le 20 avril 1799. Entré en 1755 dans 
l'ordre des Piaristes, il fut chargé d'enseigner la 
philologie dans l'école de son ordre à Vienne. 
Plus tard il donna des leçons d'histoire et de 
géographie à la princesse Elisabeth de Wurtem- 
berg, fiancée de l'empereur François II. En- 
suite il devint professeur d'histoire universelle 
à l'Académie des Chevaliers de Savoie à Vienne. 
Après la transformation de cette académie , il y 
fut nommé professeur de diplomatique en 1781. 
Il obtint quatre ans après une chaire de diplo- 
matique à l'université de Vienne, et il devint enfin 
archiviste de la maison d'Autriche. Dans ses ou- 
vrages Gruber montre des connaissances très- 
exactes et très-complètes en ce qui concerne 
les documents du moyen âge. Ils sont intitulés : 
Die àltesten Einwohner and glànzendsten 
Vôlker Europas ini achten Alterthume (Les 
plus anciens Habitants et les principaux Peuples 
de l'Europe dans la véritable antiquité) ; Vienne, 
1773, in-4°; — Das Erzhaus Oestreïch nach 
seinem ganzen Vmfange vorgestellt (,La Mai-, 
son d'Autriche exposée dans toute son étendue ) ; , 
Vienne, 1774, in-4°; — Rede ûber DiplomU' 
tikals iJ?ods<Md/«?ft (Discours sur la diploma- 
tique comme carrière); Vienne, 1783, in-4°i 



I 



241 



GRUBER 



242 



_ Lehrsystem einer allgemeinen Diplomatik 
vorzûglich fur Oestreich und Deutschland 
j( Système de Diplomatique générale, surtout à l'u- 
jsage de l'Autriche et de l'Allemagne ) , première 
ipartie, comprenant la théorie, Vienne, 1783, 
jiri-8° ; seconde partie , donnant des applications 
pratiques, ibid., 1783, in-S"; une troisième fut 
iajoutée, sous le titre de Lehrsystem diploma- 
tischer Zeiienkunde, worinn aile môglichen 
politischen, kirchlichen und astronomischen 
jjrkundendatums theoretisch und praktisch 
abqehandelt worden sind ( Système de Chro- 
nologie diplomatique, dans lequel toutes les dates 
de diplômes possibles, qu'elles soient politiques, 
ecclésiastiques ou astronomiques , ont été théo- 
riquement et pratiquement traitées), Vienne, 
1784, iu-S"; — Auszug aus dem diplomatis- 
'chen Lehrsystem zum Gebrauch der offentiï- 
chen Vorlesuïigen (Extrait du Système diploma- 
itique, à l'usage des cours publics); Vienne, 
|l784, et 1789, in-8°; — Ueber die Evidenz 
und den hôchsten Grad der Gewissheit in 
der Diplomatik (Sur l'Évidence et le plus haut 
Degré de Certitude dans la Diplomatique); 
Vienne, 1785, in-4°; —Super optïma methodo 
\$cribendi docendique artem diplomaticam ; 
Vienne, 1795, in-4". E. G. 

Jarosl-Schaller,ff«rze Lebensbescfireibung jener vers- 
'torbenen Manner aus dem Orden der Irommen Scfiu- 
ien; Prague, 1799, in-S". — Meusel, Lexihon der deuts- 
■shen Schriftsteller, t. IV. — Scliônemann, /^>rsucA eincs 
voUstdndigen Systems der Diplomatik, t. 1, p. 135. 
■ GRUBEit {Jean-Daniel) , jurisconsulte et 
historien allemand, né à Ipsheim (Franconie), 
mort à Hanovre , le 24 mars 1748. Après avoir 
obtenu en 1710 le grade de maître en philoso- 
phie à l'université de Halle, il s'y lit recevoir 
onze ans après docteur en droit. En 1723 il 
fut nommé professeur de droit extraordinaire à 
cette même université ; l'année suivante il de- 
ivint professeur ordinaire à Giessen. Ensuite il 
liut nommé successivement historiographe, bi- 
jbliothécaire à Hanovre, enfin conseiller intime 
|de justice du roi d'Angleterre. On a de lui : De 
\Cultura Historix universalis; Halle, 1714, 
in-4° ; — De Differentiis Juris Romani et Ger- 
inanici in Re Militari; — De Judœo Milite; 
Halle, 1723, in-4°; — VindicisR Austriacae pro 
Aurei Velleris ordine; Halle, 1724, in-4°; — 
I Fleurii Institutiones Juris ecclesiastici, cum 
J.-IIen. Boehmeri notis ; Francfort et Leipzig, 
1724, in-8°; — Origines Livoniw sacrcc et ci- 
vilis, seu chronicon Livonicum vêtus, conti- 
nens res gestas trium priorum episcoporum, 
quibus devictse a Saxonibus et ad sacra 
chrlstianorum traductee Livonia:, absolvitur 
hlstoria a pio quodam sacerdote qui ipse 
tuntis rébus interfuit , conscripta et ad an- 
num 1226 deducta; e codice manuscripto 
recensuit , scriptorum, cum eetate tum locis, 
vicinorum testimoniis illust ravit , sylvam- 
que documentorum et triplïcem indicem ad- 
jecit Gruber; Francfort et Leipzig, 1740, 



in-fol., ouvrage très-important pour l'histoire de 
la Livonie au moyen âge. Gruber a édité le 
tome I*"" du Commercium epistolicum Leib- 
nitianum; Hanovre et Gœttingue, 1745, 4 par- 
ties in-8°. ,11 a mis en tête du premier volume 
de la Zeit-und Geschichtschreibung derStadt 
Gôttingen une introduction , qu'il qualifie de 
Vorrede and unpartheyische Betrachtung 
liber die altesten Nachrichten von Gôttingen 
(Préface et Considération impartiale sur les 
plus anciens documents concernant Gœttingue). 
Gruber a laissé en manuscrit une histoire com- 
plète de Brunswick, rédigée en latin. E. G. 

Jôcher, Allgem. Gel. Lexihon. — Moser, Lexihon der 
jetzlebenden Rechtsyelelirten. 

GRUBER ( Jean- Godef roi ) , savant écrivain 
allemand, né le 29 novembre 1774,à Naumbourg, 
mort le 7 août 1851, à Halle. 11 fit ses classes au 
collège de sa ville natale, et vint en 1792 à l'u- 
niversité de Leipzig, étudia simultanément la 
philosophie, la philologie et les sciences na- 
turelles. Après avoir vécu ensuite à Gœttingue , 
Leipzig, léna, Weimar et Dresde , il devint en 
1811 professeur à l'université de Wittemberg, et 
en 1815 professeur de philosophie à l'uni vei'- 
sité de Halle. 

Gruber, dont les travaux littéraires jouissent 
d'une réputation méritée, a attaché son nom à 
V Encyclopédie universelle des Sciences et des 
Arts ( Leipzig, 1818 et années suivantes, in^" ), 
excellent ouvrage aux proportions colossales , 
qui est plus connu sous la dénomination al- 
lemande de Allgemeine Encyclopœdie von 
Ersch und Gruber : il est trèsapprécié des sa- 
vants, et formera, quand il sera terminé, plus 
de 100 vol. in-4°, à 2 col. On lui doit en outre 
les ouvrages suivants : Ueber die Bestim- 
mung des Menschen (De la Destination de 
l'Homme); Zurich, Leipzig, 1800 et 1809; — 
Versuch einer pragmatischen Anthropologie 
(Essai d'une Antliropologie pragmatique) ; Leipzig, 
1803; — Charakteristik Herders ( Études sur 
Herder), ouvrage publié en commun avec Danz ; 
Leipzig, 1805; — Revision der ^Esthetik (Ré- 
vision de l'Esthétique); Halle, 1805-1806; — 
Wôrterbuch fur Jisthetik und Archœologie 
(Manuel d'Esthétique et d'Archéologie ); Weimar, 
1810; — Geschichte des menschlichen Ges- 
chlechts ( Histoire du Genre Humain); Leipzig, 
1806, 2 vol. (1) ; — Wôrterbuch der altclas- 
sischen Mythologie ( Dictionnaire de l'ancienne 
Mythologie classique); Weimar, 1810-1815, 
3 vol.; — Sophia's Lieblingsstunden (Les 
Heures de Récréation de Sophie ) , recueil de 
poésies, de nouvelles, etc.; Leipzig, 1811 ; — 
Wieland's Leben ( Vie de Wieland ) : bonne 
étude biographique, faite d'après des documents 
fournis par Wieland lui-même, Leipzig, 1815- 
1816, 2 vol.; autre édition corrigée, Leipzig, 
1828, faisant partie de l'édition des Œuvres 

(1) Et non Histoire du Sexe Masculin, coiiime (e tra' 
duUM. J. Tissot , dans la Sio^rffp/iie Michaud. 



248 



GRUBER — GRUGET 



244 



complètes de Wielaiid -, — Das Leben Lafon- 
îaine's (Vie de La Fontaine); Halle, 1833; — 
un grand nombre d'articles dans le Dictimi- 
naire de la Conversation de Brockhaus, dans 
la Gazette littéraire , etc., et dans d'autres re- 
vues et recueils semblables. R. L. 

Conversat.-Lex. 

GRUCHius. Voy. Grouchy. 

GRUOÉ. Voy. La. Cro[x du Maine. 

GRïTDius {Nicolas), poëte latin moderne, 
né à Louvain (Belgique), vers 1515, mort 
en 1571. Il était fils de Nicolas Everard ( voy. ce 
nom ) , et fut surnommé Grudius , du nom de 
sa ville natale, qui, suivant certains auteurs, 
avait été la demeure des anciens Grudii. Gru- 
dius devint trésorier des états de Brabant, se- 
crétaire de l'ordre de la Toison d'Or, et con- 
seiller de Philippe IL II mourut pendant une 
mission qu'il remplissait à Venise. On a de lui : 
Neenia in obitum illvst. principis Marga- 
retas Austriacm ; houvaia , 1532; — Epigram- 
mata Arcuum triumphalium Valentianis Ca- 
rolo V, in ejus adventu exkibitorum ;Loa\a.in, 
1540; — Apotheosis in obitum Maximiliani 
ab Egmondo, comitis Burani ; Louvàio. , 1549; 
— Negotia, sive poemata sacra; Anvers, 
1566, in-8° ; — Otia, sive poemata profana; 
Leyde, 1612, in-S". Z. 

Foppens , Sibl, Belgica. — Nicéron, Mémoires pour 
servir à l'histoire des hommes illustres , (. XVl. 

* GRVEL ( Guillaume ), historien breton du 
quinzième siècle, qui demeurait vers 1427 sur 
la paroisse de Saint-Étienne de Rennes, et que 
l'on regarde comme Breton, lut longtemps at- 
taché à la personne d'Arthur ÏII, comte de Ri- 
chemont, surtout depuis qu'il fut connétable de 
France. C'est ce qui résulte de sa Chronique, 
ou plutôt de son apologie de ce prince. Elle se 
termine ainsi : « Dieu veuille pardonner à celui 
qui a dicté ce livre et mis en escript des faits du 
bon duc Arthus, car il ne sçauroit aussi bien 
faire comme il le sent et pense. Et la plupart 
en a veu, au moins depuis qu'il fust connes- 
table ; et n'y a rien mis qu'il a peu sçavoir qui 
ne soit la vérité. « Malgré cette dernière asser- 
tion de Gruel, sa Chronique, dont il y a une 
excellente copie manuscrite à la Bibliothèque de 
Nantes , contient des faits ou singuliers ou exa- 
gérés ; le style en est facile et agréable. Elle est 
intitulée -. Histoire du vaillant chevalier Ar- 
thus, fils du duc de Bretagne; 1521 (alias 
1522), in-4°, goth. ; — Histoire d'Artus II f, 
duc de Bretagne et connestable de France , 
contenant ses mémorables faicts depuis l'an 
1413 jusqu'en l'an 1457, de nouveau inise en 
lumière par Théod. Godefroy ; Paris, 1622, 
in-4". La Chronique de Gruel a encore été pu- 
bliée par Denis Godefroy, dans ses Remarques 
sur l'Histoire de Charles VU; Pans, 1661, 
in-fol. Mais dans l'édition de Théodore, le texte 
ancien semble avoir été peu respecté ; c'est celui 
(|u'ont suivi M. l^etitot dans sa Collection des 



Mémoires sîir l'Histoire de France (t. VEII) 
et M. Buchon dans ses Chroniques et Mémoires 
du Panthéon littéraire. Albert Le Grand ( Vies 
de Françoise d'Amboise et de Charles de 
Blois) mentionne deux Guillaume Gruel : l'aîné, 
qui a fait une Chronique de Jean le Conque^ 
rant; et le jeune, auteur de celle à'' Arthur. 
p. Levot. 
Biographie Bretonne. 

GRUEL ( Raoul ) , frère du précédent. Ce 
gentilhomme, de petite noblesse, était d'une fa- 
mille attachée à la maison de Montauban. En 
1420 Jean de Montauban donna le jeune Raoul 
Gruel au connétable de Richemont , pour tran- 
cher à table devant lui. La famille de Gruel 
entra ainsi au service de la maison ducale de 
Bretagne. Raoul obtint Un grand crédit auprès 
d'Arthus, avant et depuis qu'il eut ceint l'épée de 
connétable. En 1421 Raoul négocia le mariage 
d'Arthus avec la sœur du duc de Bourgogne, veuve, 
du duc de Guyenne. En 1423 et 1435 il prit 
part aux importantes négociations politiques qui 
eurent lieu entre Charles VU, le duc de Bour- 
gogne , le duc d'Orléans et le connétable. En 
1440, Raoul fut fait chevalier au siège d'Avran- 
ches. Il participa encore, en 1442, à la nou- 
velle union que le comte de Richemont contracta, 
à Nérac, avec la fille du comte d'Albret. 

V. DE V. 
Chronique de Guillauiiie Gruel. 

GRUGËT ( Claude ), traducteur français, né 
à Paris, dans le seizième siècle, mort vers 1560, 
encore jeune. Il devint secrétaire de Louis de 
Bourbon , prince de Condé. « Gruget a démontré 
ledésir, dit Du Verdier, d'enrichir la langue fran 
çalse, en ce qu'il a usé d'un langage naïf et nul-| 
lement affecté. « On lui doit : Les Épîtres dm 
Phalaris, tyran agrigentin, mises en vul 
gaire françois ; Paris, 1550, in-S"; les mêmeslj 
avec les Épitres d'Isocrate, traduites par Louifl 
de Matha, et le Manuel d'Épictète, traduit pàfl 
Antoine Du Moulin; Anvers, 1558, in-16; -M 
Les Dialogiies de messire Speron Sperone,} 
Italien, traduicts en françois ; PatIs , 1551,| 
in-8'' ; — Les diverses Leçons de Pierre Messié 
gentilhomme de Séville, contenant Variables et\ 
mémorables Histoires, mises en françois ;\ 
Paris, 1554, in-8° ; les mêmes , revues et aug-i 
mentées de la cinquième partie et de trois dialo 
gués touchant la nature du Soleil, delà Terre'i 
et des Météores ; Paris, i560,in-8°; Lyon, 1577,' 
in-8''; Paris, 1583, in-16; Lyon, 1584, in-8° 
Tournon, 1604, 1609, in-8°; — Zes Dialogues' 
d' Honneur demessire Jean-Baptiste Possevin,' 
Mantouan, esquels est amplement discourm 
et résolu de tous les points de rhonneuè\ 
entre toutes personnes, mis en françois j\ 
Paris, Lyon, 1557, in-4''; — Le plaisant Jeé^ 
des Eschecs renouvelle, traduit de l'italien; 
Paris, 1560, in-8°; — L'Heptameron, ou his- 
toire des amans fortunés des Nouvelles de 
Marguerite de Valois, roijne de Navarre, 



245 GRTy'GET - 

li-emis en son vrai ordre, confits auparavant 
m sa première impression; Paris, 1560, 
n-4°, 1574, iB-16; Lyon, 1578, in-16; réim- 
primé un grand nombre de fois. Claude Gruget 
\i laissé inédite une traduction inachevée de Vffis- 
toire de Flavio Biondo; il avait commencé la 
;radnction de Y Institution des Filles de Louis 
Doinenichi et le Traité des Mathématiques de 
3. Messie. J- V. 

La Croix du Maine et Du Verdier, Biblioth. franc. — 
>. Kicéron, Mém. pour servir à l'/iist. des hommes ill. 
ilans la rép. des lettres, tonae XLI. p. 151. 

GRPGET ( François ) , littérateur français , 
rèredu précédent; il était, « selon Du Verdier, 
iréférendaireenla chancellerie ». Il lui attribue un 
Recueil des Prophéties et Révélations tant an- 
Hennés que modernes, lequel contient un 
iommaire des révélations de sainte Brigide , 
saint Cyrille , et plusieurs autres saints et 
religieux personnages ; Paris, 1561, in-8°. La 
Croix du Maine ne cite point cet ouvrage; il se 
borne à dire que François Gruget, référendaire, 
était de Loches et qu'il avait écrit la Description 
de Loches avec plusieurs antiquités de Tou- 
raine. J. V. 

La Croix du Maine et Du Verdier, Bibl. franc. 

GRUGET (François), littérateur français, 
cousin des précédents, aida Claude Gruget dans 
sa traduction des Leçons de Pierre Messie, et 
publia une édition estimée du Plaisant Jeu du 
Dodéchordon de fortune; Paris, 1560, in-4°. 
Barbier croit que ce François Gruget était de 
iLyon. J. V. 

[ Barbier, Dictionnaire des Anonymes. — Niccron , 
Mémoires. 

* GKCiXHUiSEiv (Franz von Paula.), as- 
Iroûome et naturaliste allemand, né le 19 mars 
1774, au château de Haltenberg , sur le Lecii , 
mort à Munich, le 22 juin 1852. 11 étudia la phi- 
losophie , la médecine et les sciences naturelles, 
obtint en 1808 une chaire à l'école de médecine 
|dft Munich, et devint en 1 826 professeur ordinaire 
d'astronomie à l'université de cette ville. Ce fut 
lui qui inventa le premier, longtemps avant Ci- 
viale, un instrument de chirurgie à l'aide du- 
(jiit^l on peut parvenir à réduire en petits mor- 
ceau \ la pierre de la vessie. L'Institut de France 
iiMoiiipensa cette belle invention par un prix de 
i,;iOO francs. On a de Gruithuisen les travaux 
suivants : Naturhistorische Untersuchungen 
uber den Vnterschied zwischen Eiter und 
Sclileim ( Recherches scientifiques sur la diffé- 
icsuo. entre le pus et le mucus ) ; Munich, 1809; 
— Ueber die Existent der Empfindung in 
den Koepfen und, Riimpfen der Gefioepften 
( De l'Existenc-c du sentiment iians les têtes et 
les troncs des décapités ) ; Nuremberg, 1809; — 
Anthropologie, odervon der Natur des mens- 
viilichen Lebensund We?iA;e/i.s ( Anthropologie, 
ou recherches sur la nature de la vie et de la 
poiKiée humaine); Munich, 1810; '— Organo- 
.';i)o;u)7?î/e;ibid,, 1811 ; — Ueber dieNntvr der 
h'iiine/en (De la INature des Comètes); ibid., 



GRULING 246 

1811; — Beitraege atlr Physiognosie und 
Eautognosie ( Recherches de Physiognosie et 
de la connaissance de soi-même) ; ibid., 1812 ; — 
Biographie des Verstandes (Biographie de l'in- 
telligence); ibid., 1812; — Hippokrates des 
zwelten aechte Schriflen ( Les Écrits authenti- 
ques d'Hippocrate le second); ibid., 1814; — 
Selenognostische Fragmente (Fragments sélé- 
nognostiques ), insérés dans les Acta de la Cae- 
sareo-Leopoldina Academia de Bonn, 1821; — 
Ueber Naturforschung (De l'Étude de la Nature) ; 
Augsbourg, 1824; — Gedankennnd Ansïchten 
uber die Ursachen der Erdheben ( Pensées 
et Opinions sur les causes des Tremblements de 
Terre ); Nuremberg , 1825; — Einleitung in 
das Studium der Arzneikttnde ( Introduction 
à l'Étude de la Médecine) ; Nuremberg, 1824; 
— Naturgeschichle des gestirnten Hinimels 
( Histoire naturelle du ciel étoile ) ; Munich, 
1836 ; — Kritik der neuslen Théorie der Erde 
( Critique de la dernière théorie sur la forma- 
tion de la Terre); Landshut, 1838; — Neue 
einfache trigonometrische Méthode die Hôhe 
der Berge zu messen ( Nouvelle Méthode tri- 
gonométrique pour mesurer la hauteur des mon- 
tagnes); Munich, 1842; — Entdeckung deut- 
licher Spuren der Mondbewohner ( Décou- 
verte de traces évidentes d'habitants dans la 
Lune), dissertation qui lit beaucoup de sensa- 
tion en Allemagne et qui se trouve insérée dans 
les Archives de Kastner. 

Gruithuisen rédigea en outre les Analekten 
fur Erd und ffimmels Kunde ( Travaux pour 
servir à l'Étude de la Terre et du Ciel ) ; Munich, 
1828-1831, les Neue Analekten etc.; ibid., 1832 
et années suivantes, et le Natur wissenschoJ'L- 
lich-astronomisches Jahrbuch (Annuaire d'His- 
toire naturelle et d'Astronomie ) ; ibid., 1838 et 
années suivantes. R. Lindâu. 

Brockhaus, C'ontî.-Iertc. — ïln^eXiV.AWn , Bibliotheca 
^Jedlco-Chirurgica. — Kayser, Index Libror. — Voss, 
Bibliotheca l'hysico -illedica. — Ger.sdorf , Reyerto- 
rium. 

GRULING (Philippe), médecin allemand, 
né à StoUberg, en 1593, et mort dans cette môme 
ville, en 1667. Il rendit de grands services à la 
ville de Nordhausen durant la peste qui la ra- 
vagea en 1626, et retourna en 1627 en sa patrie, 
011 il fut nommé médecin particulier du comte de 
Stollberg et bourgmestre. On lui doit les ou- 
vrages suivants : Florïlegium Hippocratico- 
Chimicum novum; Leipzig, 1631; 3^ édit., 
1665; — Von der Pest (X)e la Peste); Nord- 
hausen, 1659, in-4°; — Von den Kinderkhran- 
kheiten ( Des Maladies des Enfants ) ; ibid., 1 660 ; 
— De Calculo et Suppressions Urinx ; Nord- 
hausen , 1662; Leipzig, 1668; — O^se/'î'fl^Jo- 
num et Curationum medicinul'ium dogmatico' 
hermeticarum Centurix VU; Nordhausen, 
1662; Leipzig, 1668 ; — 3/erf/c//!c7. practicœ 
Libri I'; Leipzig, 1668, et 1073, etc. Ses œuvres 
complètes ont et»'; réunies sous ce titre : Opéra 
omnia, in quatuor tomos distributa. 



247 GRULllNG — GRUN 

Son fils, Philippe-Gerhard Gruling, mé- i 
decin aussi, passa sa vie à Stollberg, et publia 
de nouvelles éditions de quelques ouvrages de 
son père. D'' L. 

Biog. méd. - JOcher, Allg. Gel.-Ux. — Adelung, 
Suppi. à Jôclier. 

GRUMBACH {Guillaume de), célèbre aven- 
turier allemand , dont les actes, connus sous le 
nom de la rébellion de Grumbach , et qui ne 
tendaient à rien moins qu'à changer la face de 
l'Allemagne, firent grand bruit au seizième siècle. 
Grumbach, né en 1503 , mort en 1566, se montra 
de bonne heure capable de grandes entreprises. 
Après avoir commandé un corps d'armée au ser- 
vice de la France , il s'attacha au margrave Al- 
bert de Brandebourg, dont il encouragea les 
instincts rebelles, en l'excitant non-seulement 
contre son cousin, le margrave Georges, mais 
encore à une guerre générale contre tous les 
évêques allemands. Aussi perdit-il son patrimoine 
pour avoir combattu avec le prince contre son 
propre suzerain, l'évêque de Wurtzbourg. Grum- 
bach traduisit l'évêque pour cet acte spoliateur 
devant la cour de justice; mais ne pouvant obte- 
nir aucune réparation , il fit assassiner l'évêque 
en 1558, et continua le procès contre son suc- 
cesseur. A cette occasion il y eut échange de vio- 
lentes diatribes entre les deux partis. Cependant 
Grumbach, qui avait confiance dans des moyens 
plus énergiques, rassemblait autour de lui quel- 
ques-uns des seigneurs de la Franconie avec les- 
quels il avait combattu sous le margrave Albert. 
Les principaux étaient : Guillaume de Stein, 
Albert de Rosenberg , Ernest de Mandelslo et 
Jobst de Zetwitz, avec l'aide desquels il espérait 
soulever toute la noblesse allemande , la délivrer 
de ses suzerains immédiats, et la placer sous la 
domination seule de l'empereur. Pour s'assurer 
de puissants auxiliaires , il s'adressa à l'ambition 
des deux princes de Saxe , Jean-Guillaume et 
Jean-Frédéric. Le premier repoussa ses avances , 
mais le second se laissa gagner, et l'accueillit , 
lui et sa suite. Quelques-uns ont pensé que ce 
prince visait à l'électorat ou même à l'empire. 
Grumbach, assuré de ce côté, et voyant que son 
procès avec le chapitre de Wurtzbourg ne mar- 
chait pas à une solution favorable, résolut de se 
rendre justice lui-même. A cet effet, il rassembla 
huit cents hommes, et assiégea avec eux la ville de 
Wurtzbourg, le 2 octobre 1563. Après avoir pillé 
les couvents, il adressa au chapitre de l'évêché un 
manifeste par lequel il lui ordonnait de lui rendre 
ses biens, d'arrêter toute action juridique dirigée 
contre lui , et de payer une forte somme d'argent 
aux seigneurs de sa suite , ainsi qu'à ses hommes 
d'armes. Pour cette action, Grumbach fut mis 
au ban de l'Empire, et la sentence fut maintenue 
par la députation de Worms , malgré la protes- 
tation qu'il fit paraître à ce sujet. Aussi con- 
tinua- t-il à s'appuyer sur le duc Jean-Frédéric. 
Il se retira chez lui, y réunit un grand nombre 
de ses partisans , et fit avec eux quelques expé- 



'24% 



ditions à main armée sur les terres de l'électeur 
de Saxe. 

L'empereur Maximilien II s'en émut de nou- 
veau , mit en 1566 Grumbach et ses compagnons 
au ban de l'Empire, et fit signifier à Jean-Fré- 
déric qu'il eût à hvrer les coupables. Mais Grum- 
bach , auquel on attribuait des influences sur- 
naturelles, sut si bien intéresser le duc à sa 
cause , que celui-ci déclara vouloir lé garder sous 
sa protection. Grumbach tenta alors de faire as- 
sassiner le prince Auguste, et un meurtrier, soup- 
çonné d'être à sa solde, fut roué à Dresde après 
une tentative échouée. A la suite de cette affaire, 
le duc Jean-Frédéric lui-même fut mis au ban 
de l'Empire le 12 décembre 1566 et le prince 
électeur Auguste fut chargé de le livrer. Celui-ci 
se mit aussitôt à l'œuvre , assiégea la ville de 
Gotha et la forteresse de Grimmenstein. Les 
habitants de Gotha, exaspérés des malheurs que 
leur attirait la présence de Grumbach, se mirent 
à sa recherche , et le trouvèrent caché dans la 
chambre à coucher du duc. Après avoir été 
hvré , il fut mis en jugement , condamné à être 
écartelé, et exécuté le 12 décembre 1566. On 
raconte que l'abbé de Spanheim , Trithemius , 
qui avait vu Grumbach à la cour de Wurtzbourg, 
avait prophétisé, d'après les traits de la figure de 
cet homme audacieux, qu'il causerait de grands 
malheurs ou qu'il serait d'une grande utilité à 
sa patrie. La fatalité des circonstances seule pa- 
raît avoir fait pencher la balance du mauvais 
côté. William Reymond, 

Friese, Hist. der Bisch. zu TFûrzburg. — Ludewig, 
ffiXrzb. Cescliichte. — MuUer, Annales Saxon. — De 
Thou, Chytrxi Chron. — Langen, Thuring. Chronik. — 
Binhard, Heue Thuring. Chronik. — Sagittar, Hist. Go- 
th.au. — Historica Descriptio captse Gothœ, apudSckar- 
dium. — Zedier, Univers. Lexic. — Elisabeth, Herzo- 
gin von Sachsen, — \o\gt, Historisches Taschenbuch; 
1846-47. — Bechstein, Grumbach, roman. 

* GRU.HMELHDT {Jean), connu aussi sous 
le nom de Jean van Svest, littérateur allemand, 
vivait dans la seconde moitié du quinzième siècle. 
Il fut maître de musique du comte palatin Phi- 
lippe le Sincère ; il s'exerça à faire passer dans 
l'idiome germanique ces romans de chevalerie 
qui jouissaient alors de la plus grande vogue; 
les récits relatifs à Malagis , à Ogier, aux fiii 
Aymon l'occupèrent, et il se rendit également 
l'interprète d'une longue histoire répandue en 
Flandre, et où le merveilleux abonde. Elle a pouri 
titre ■• Les Enfants d'Othon de Limbourg ; 
Grummelhut la délaya , sans faire preuve de 
talent , en une épopée qui ne renferme pas 
moins de 25,000 vers et dont quelques critiques 
ont récemment entrepris l'analyse. G. B. 

Mone, Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, 
1835, p. 164-180. — Genthe, Deutsche Dichtung des Mit- 
telalters, I, 181-196. — Hoffmann, Horœ Belglcse, I, 38; 
V, 102. 

* GRÙN {Jean-Jacques-Charles-Alphonse)., 
jurisconsulte et littérateur français , né à Stras- 
bourg, le 8 mars 1801. Il étudia le droit dans 
sa ville natale, et commença à Besançon le stage 
qu'il vint achever à Paris , où il fut inscrit sur 



249 



GRUN 



e tableau des avocats à la cour royale. Après 
ivoir travaillé pendant plusieurs années au 
Journal de Paris , il devint rédacteur en chef 
ia Journal général de France de 1836 à 1839, 
et du Moniteur universel àe 18i0 k 1852. Tl fut 
nommé en 1853 archiviste de la couronne , et en 
11856 chef de la section législative et judiciaire 
jes archives de l'empire. Voici la Uste de ses 
principaux ouvrages : Traité des Assurances 
terrestres , et de V Assurance sur la Vie des 
hommes, etc.; Paris, 1828, in-8" (en société 
îvecM. Joliat) ; — Journal des Assurances, ou 
recueil des lois, ordonnances, règlements, ar- 
rêts, jugements , statuts , etc., relatifs aux as- 
surances; Paris, 1836 et ann.suiv.,6vol.in-8°; 
; avec le même); — Éléments du Droit fran- 
•^ais , ou analyse raisonnée de la législation 
oolitique, administrative, civile, commer- 
"Àale et criminelle de la France; Paris, 1838, 
l\\ in-l8; — Guide et Formulaire pour la ré- 
iaction des actes de Vétat civil , des procès- 
wrbaux, déclarations et actes divers; Paris, 
1838, 3'édit.; ibid., 1852, in-18; — Le vrai et 
le /aux Socialisme : le Communisme et son 
histoire; Paris, 1849, in-12: reproduction d'ar- 
ticles insérés dans le Moniteur universel ; — 
Les États provinciaux sous Louis XIV ; Paris, 
1850, in-18, et 1853, in-18; — La Vie publi- 
que de Montaigne, étude biographique ; Paris, 
1855,in-8°. E. Regnard. 

Journal de la Librairie. — Docum. partie. 

GRUNiEUS (1 ) ( Simon ), historien et antiquaire 
îUemand , né le 9 mars 1 564, à Liegnitz , mort 
lans cette ville, le 21 mai 1628. Après avoir étudié 
a théologie , il devint surintendant à Liegnitz. 
On adelui : Monumentorum Silesise Pericula; 
— Biologia Principum; -- Basileensium Mo- 
numentorum Antigrapha ; Liegnitz, 1602, 
in- 8" : cet ouvrage contient soixante-douze épi- 
taphes en vers latins et grecs ; à la fin se trouve 
l'i^logede Grunœus, en vers latins, parLaubanus. 

E. G. 

Witte, Diarium Biographicum. — Jôcher, ^llg. Cel.- 
Lcxik. 

GRiTND ( Norbert ), peintre allemand , né à 
Prague, en 1714, mort en 1767. Il était fils d'un 
jicintre, qui l'envoya faire ses études à l'Académie 
lies Beaux-Arts de Vienne , où il fut placé plus 
particulièrement sous la direction de Ferg. Il a 
peint des paysages, des marines, des batailles, 
ries animaux, des foires, etc., dans lesquels on 
reconnaît de belles qualités de couleur et beau- 
coup de soin. Il voyagea dans plusieurs parties 
(le l'Allemagne. Balzer a gravé un grand nombie 
(le ses tableaux. Il a été souvent confondu avec 
In suivant. W. R. 

Nagler. Kiinstler-Lex. 

G RriVD ( Jean -Jacques -Norbert ) , peintre 
et littérateur allemand , né à Gunzenhausen 
( principauté d'Ansbach), en 1755, mort en 1815. 

(1) Plusieurs bibliographes l'ont confondu avec Simon 

(irvna'iis 



GRUNDLER 250 

Son intention était d'abord d'entrer dans l'ordre 
des Jésuites ; mais cet ordre ayant été bientôt ex- 
pulsé, Norbert se vona à la peinture en miniature. 
Après avoir fait à Anssach ses premières armes 
dans l'art , il partit pour Italie , et fut nommé 
professeur à l'Académie de Florence. Ses essais 
de peinture en cire ne l'ont pas moins illustré que 
son grand ouvrage intitulé : Malerei der Grie- 
chen , oder Entstehen, Fortschrïtt , Vollen- 
dung und Verfall der Malerei ( La Peinture 
chez les Grecs , ou naissance , progrès , perfec- 
tion et décadence de la peinture); Dresde, 
2 vol., 1810-11. On a encore de lui : Male- 
rische Reise eines deutschen Kûnstlers nach 
Rom ( Voyage artistique d'un Peintre allemand 
à Rome); Weissenbourg , 1789; Vienne, 1789. 

W. R. 

Nagler, Kûnstler-Lexicon. 

* GRtTiVDLER ( Louis-Sébastien, comte), gé- 
néral français, né à Paris, le 29 juillet 1774, mort 
à sa campagne du Plessis (Aube), le 27 septembre 
1833. Il entra en 1792 dans un bataillon de la 
Seine, et fit ses premières armes en Champagne, 
contre les Prussiens. Il servit ensuite en Vendée. 
Lieutenant en 1793, capitaine en 1794, il fit les 
campagnes suivantes aux armées du nord et du 
Danube. En 1801 il passa à l'armée d'Italie, où 
il devint aide de camp du général Bonnet. At- 
taché comme chef de bataillon à l'état-major de 
la grande armée en 1805, il se fit remarquer 
plus tard à léna. Il assista encore à la prise de 
Weimar, fut nommé adjudant-commandant, et 
envoyé sous les murs de Straisund, assiégé par 
le maréchal Brune. Après la paix de Tilsitt, il 
revint en France , commanda le département de 
la Manche en 1808, et fut envoyé à l'armée d'Es- 
pagne, où il se distingua devant Burgos. Les Fran- 
çais étant entrés dans Madrid, Grundler quitta la 
péninsule, se rendit à Anvers, auprès du prince 
de Ponte-Corvo, à l'époque de la vaine tentative 
des Anglais. En 1810 il fut envoyé en Hollande ; 
puis il commanda le département du Simplon, et 
fit en 1812 la campagne de Russie. Il combattit 
avec distinction, particulièrement à Dunabonrg, 
le 12 juillet, et reçut à Moscou, le 10 septembre, 
le grade de général de brigade. En novembre, 
il fit prisonnier quatre cents Russes à Polotzk, 
fut blessé au passage de la Bérézina, et se trouva 
encore aux batailles de Lutzen et de Bautzen. En 

1814 il offrit ses services au roi, et fut mis à la 
tête d'un détachement sous les ordres du duc de 
Berry pour l'entrée de Louis XVIll dans la capi- 
tale. Il reçut ensuite le commandement de Paris , 
avec celui du département de la Seine. Quand ce 
poste fut supprimé, Grundler, qui avait été chargé 
de l'arrestation du général Exelmans, fut créé 
comte et chevalier de Saint- Louis. Le 13 mars 

1815 le duc de Feitre lui confia le secrétariat de 
la guerre, et après la bataille de Waterloo il fut 
envoyé à Soissons, en qualit<i de commissaire, 
puis il commanda le département de l'Aisne. Tl 
remplit les fonctions de rapporteur dans le procès 



251 



GRUNDLER — GRUNDTVIG 



252 



du prince de !a Moskova devant le conseil de 
guerre; mais l'impartialité avec laquelle il traita 
la question de compétence du conseil ne plut pas 
à la cour. On lui confia néanmoins le comman- 
dement de la subdivision de l'Aube, qu'il garda 
jusqu'en 1818, époque à laquelle il fut compris 
dans le corps d'état-major. En 1823 il fut nommé 
lieutenant général, et en 1830 il faisait partie du 
comité de l'infanterie. L. L — t. 

Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-Preuve, Biogr. 
nniv. et portât, des Contemporains. 

GRUND.^iANN {Martin ), théologien protes* 
tant allemand, né le 18 décembre 1619, à Leob^ 
schiitz ( Silésie), mort le 26 octobre 1696, à 
Gruno, près Gœrlitz. Il fit ses études à l'univer- 
sité de léna , occupa pendant quelque temps la 
place de recteur de l'école de Hof, et devint 
en 1844 pasteur de la commune de Gruno. On 
a de lui : Deliciae h'istoricas; 1653; — Vade 
mecum s. Memoriale Biblicum; Gœrlitz, 1654 ; 
— Geist-und iveltliche Geschichtschule (His- 
toire religieuse et Histoire profane) ; Dresde, 1655 
et Gœrlitz, 1677, 2 vol.; — quelques écrits de 
controverse. 11 a laissé en manuscrits un grand 
nombre de dissertations sur des questions de 
théologie , d'iiistoire, etc. V — u. 

GRUNOMANM (Christian) , fils du précé- 
dent, né à Grunau, le 18 décembre 1668, mort 
à Heuckewald, près Scheitz, le 6 février 1718. 
Il étudia la théologie à l'université de Leipzig, et 
devint en 1706 pasteur de Heuckewald. Il avait 
fondé une académie sous le titre de Collegium 
Phiiolitterariuvi , et était en correspondance 
avec les principaux écrivains de son époque. 
Parmi les ouvrages qu'il a laissés nous citerons : 
Ossa et Ctneres quorundam in Eepublica or- 
Ms Europxi, titm civili, tumliterarïu, 1716 e^ 
1717 defunciorum; Leipzig, 1717 et 1718, 
2 vol. Biograpiie érudit et consciencieux, il tra- 
vailla à un dictionnaire des écrivains allemands 
de son époque, qui devait paraître sous le titre de 
Germania literata , lorsque la mort !e sur- 
prit. V— u. 

Sùchcx, Allgem, Gel.-J,ex%kon; ,— kiicXMXig, Suite de 
Jôcher. 

*GRîJM!>Ti''îG (Olhon), prédicateur danois, 
né enSeelande, le 20 octobre 1772, mort en 1823. 
Il se fit une grande réputation dans l'éloquence 
sacrée, et laissa un recueil de Sermons fort es- 
timé de ses contemporains. de S. 

Brsiew, Forfatter-Lexicon. 

* GRïJNOTVîfi [Nicolas-Frédéric-Séverin), 
poète et ecclésiastique danois, frère du précédent, 
né en Seelande, le 8 septembre 1783. Il étudia à 
Copenhague, où il fut vivement impressionné par 
les cours de Hcnrik Steffiens , qui y popularisa la 
philosophie de Schelling et l'esthétique de l'école 
romantique. Bientôt l'éclat de la nouvelle poésie 
d'Œhlenschlœger le porta à l'étude de l'ancien 
Nord; il publia en 1808 une Mythologie Scan- 
dinave, remplie d'aperçus poétiques et philoso- 
phiques, et en 1809 les Scènes dramatiques de 
la Chute des anciens Héros ( Optrin af Helte 



livets Undergang Norden ), ouvrage remar- 
quable par la profondeur historique et la mâle 
énergie qu'il révèle. Peu de temps après, un 
excès de dévotion s'emparant de Grundtvig lui 
fit presque regretter comme une apostasie son 
enthousiasme pour le paganisme des anciens ha- 
bitants du Nord. Il publia 1810-12 des recueils 
de poésies ( Iduna et Saga ) où les idées reli- 
gieuses prédominent , et un Résumé de V His- 
toire du Monde ( Kort Begrebaf Verdenskro- 
nike) , où tous les faits historiques sont jugés 
du point de vue d« la plus austère dévotion lU" 
thérienne. Au commencement de 1814, lorsquef 
la coalition formée contre la France et son seuljj 
allié, le Danemark, envahit le Holstein, il prêchai, 
à la jeunesse des écoles une croisade patriotique! 
pour repousser l'ennemi. 11 publia depuis lors ^ 
un grand nombre d'ouvrages poétiques et his^ { 
toriques, où à côté d'inspirations sublimes orfi 
trouve des tendances mystiques regrettables.' 
En 1818 il entreprit une œuvre immense, latra-^ 
duction des anciens historiens, Snorro Sturlesoii' 
et Saxo Grammaticus, qui fut terminée en 1822. 
En 1820 parut sa traduction en vers du poème 
anglo-saxon de Beowuff, et en 1821 il fonda avec 
Rudelbach une revue religieuse. Ayant attaqué 
en 1825 avec trop de vivacité le chef de l'école 
rationaliste , le professeur Clausen , il fut con- 
damné à une amende de 200 rixdalers et à la 
censure. A la suite de ce procès, il renonça à sa 
place de pasteur, qu'il occupait depuis 1820, et 
se fit ouvertement chef d'une nouvelle écolethéo- 
logique, dite des orthodoxes, et qui aujourd'hui 
compte beaucoup de partisans : dans ses tendances 
vers l'Église primitive, elle se rapproche à quelques 
égards du catholicisme. Toutefois, Grundtvig 
n'abandonna pas le culte des lettres ; il continua 
de publier des poésies lyriques, et fit des voyages 
en Angleterre pour étudier les manuscrits anglo- 
saxons jusque là négligés ou ignorés par les An- 
glais. Eu 1832 parut une nouvelle édition de sa 
Mythologie Scandinave , complètement rema- 
niée et augmentée de digressions d'un goût très- 
contestable. De 1833 à 1842 il pubha plusieurs 
volumes d'un Manuel de V Histoire générale, 
où des idées lumineuses sont mêlées à des 
saillies d'esprit très-bizarres. Mais pendant et 
depuis ce temps sa vie fut principalement rem- 
pfie par une lutte continuelle pour la « liberté 
de l'Église », et pour la séparation de celle-ci de 
toute communauté avec l'État. Dans ce but il 
publia des brochures et des articles nombreux, et 
trouva encore le temps défaire paraître un vaste 
recueil de psaumes et de poésies religieuses 
( Sangvork til den danske Kirke ) ainsi qu'une 
traduction du poème anglo-saxon L'Oiseau Phœ- 
nix (1840;. Depuis 1839, de nouveau nommé 
pasteur d'une des églises de Copenhague, il attira 
par ses. improvisations la foule, en même temps 
qu'il fit à l'université des cours très-suivis de 
l'histoire et de mythologie grecque et Scandinave. 
La guerre de race qui éclata en 1848 entre le 



GRUNDTVIG — GRUNER 



254 



>anemark ef l'Allemagne, et les événements qui 
'en suirirent donnèrent un nouvel essor à la verve 
t à la passion patriotique de Grundtvig. Sans 
esser son activité de publiciste religieux et poli- 
igue,il futdepuis 1848 presque toujours membre 
lie la diète, et se trouva mêlé à toutes les luttes 
larlementaires. P.-L, Moller (de Copenhague). 

Conversations- Lexikon. — Documents partie. 

' GRUNDTVHi (Svenn-Hersleb), écrivain 
laaois, fils du précèdent, né à Christianshavn, 
e 9 septembre 1824. S'étant engagé dans l'armée 
laiioise, en 1848, il fut nommé second lieute- 
laiit au bout de quelques mois. Durant l'insur- 
ection des ducliés de Schleswig-Holstein-Lauen- 
lourg, il prit part à plusieurs combats, et mérita 
i décoration de chevalier du Danebrog. On a 
e loi : Dansken paa Fserœerne { Le Danois 
u\ Faerœer); Copenhague, 1845, in-8", sous 
3 pseudonyme de Frederiksen ; — Danmarks 
amie Folkeviser (Anciens Chants populaires 
u Danemark ), avec des variantes, des notes 
tdes explications historiques ; ibid., 1853-1856, 

vol. in-4° ; — Garnie danske Minder i Fol- 
emunde (Anciens Souvenirs conservés par le 
euple danois ) : recueil d'aventures, de chansons 
t detraditions populaires ; ibid., collections I, II, 
854-1856, in-8<' ; — Islenzk Fornkvxdi i An- 
iens Chants islandais), publiés en collaboration 
vec J. Sigurdsson, aux frais de la Société de 
iitérature septentrionale ; ibid., vol. I, 1854 ; — 
laduction danoise de chants populaires anglais 
t écossais, sous le titre û'Engelske og Skotske 
^olkeviser ; ib., 1842-1846; — quelques poê- 
les et des articles dans des revues et des jour- 
aiix. E. B. 

Th. H. Erslew, Almindeligt Forfatter-Lexic, t. I et 
uppl. 

GRUNEii (Jean-Frédéric), philologue alle- 
mand, né en 1723, à Cobourg, mort le 29 mars 
778, à Halle. Il fit ses études à Cobourg et à 
éna, devint en 1747 professeur de latin et d'ar- 
liéologie romaine, plus tard professeur d'é- 
iquence classique au collège de Cobourg, et fut 
lOinmé en 1764 professeur de théologie à l'iini- 
evsité de Halle. 

Ses principaux ouvrages sont : Observa- 
irines ad PJwedri priores libros II ; léna, 
"j; — Introductio in antiquitates Roma- 
ne':: qua popuH Romani res publicse et pri- j 
'(it;v, inm sub republica quam sub impera- 
or'ibus, studiose explicantur ; ibid., 1746; — 
''((-■in Sedulii Mirabilium divinonmi Libri V, 
<d codicum Mss. et ad fidem veterum edi- 
lonum recensuit, lectiones varias, observa- 
iones et indices necessarios adjecit; Leipzig, 
''i7; — Miscellanea sacra; léna, 1750; — 
Oe odii Romanorum adversos Christianos 
'anssisi Cobourg, 1750; — Eutropit Brevia- 
•i'um Historiœ Romayiœ, cumnofÀscriticis et 
ii^tor'icis; ibid., 1768; — Scxti Aiirelii Vic- 
oris Historia Romana, cum animadversio- 
ïibus criticis atqiie Imtoricis; Erlangen, 1787; I 



— Opuscula ad illusfrandam historiam Ger- 
wani^per^iwfiwies; Erlangen, 1760-1761, 2 vol.; 

— C. Velleii Paterculi quee supersunt, ex 
historisc Romanx voluminibus duobus, recen- 
suit et commentario perpétua illust ravit; 
Cobourg, 1762; — Hlstorische Untersuchung 
ûber den Ursprung des fraenkischen Reichs 
in Gallien ( Recherches historiques sur l'ori- 
gine de l'empire des Francs dans la Gaule); 
ibid., 1764; — De Origine Episcoporum eo- 
rumque in Ecclesia primitiva Jure ; Halle, 
1764; — Anweisung zur geistlichen Bered- 
samkeit { Leçons d'Éloquence sacrée ) ; ibid., 
1765; — Versuch eines pragmatischen Aus- 
ztigs aus der Kirchengeschichte der Cliris- 
ten (Essai d'un extrait pragmatique de l'histoire 
ecclésiastique des chrétiens ); ibid. , 1766; — 
Praktische Einleitung in die Religion der 
heiligen Schrift ( Introduction pratique à la re- 
ligion de la Bible); ibid., 1773; — Institîitio- 
num Theologise dogmaticœ Libri très; Halle, 
1777; — Observaiionum criticarum Libri II; 
léna, 1777. V— u. 

Harlesius, J^itœ Philologorum, t. ("^i", p. 334-2i3. — Le- 
bensbesclir. jetzlebend. Gottesael. in den preuss. Lan- 
den, V. !«■', p. 61-66.— Adcliing, Suite de .locher. — 
Sax. Onomast. litterar., P. Vll, p. 48-50. — Hirsching, 
Handbncli, ; Denktciirdigk. aus dem Leben avsgez. 
Devtsch d. Xf'lllteit Jahrh, p. 479 sqq. — Meusel, 
Lex. verst. Schrifst , vol. lY, p. 419-422. 

GRUi^EK { Johann- Rudolph) , bibliographe 
et philologue suisse, né à Berne, en 1681, mort 
à Burgdorf, le 19 mars 1761. Il fut pasteur et 
plus tard doyen du chapitre de Burgdorf, et tra- 
vailla assidûment à la topographie du canton 
de Berne. Il a laissé un grand nombre de ma- 
nuscrits et un ouvrage précieux pour l'histoire 
de la ville de Berne : Deliciae Urbis Bernœ : 
Merkivûrdigkeiten der fJochloebl.Stadt Bern, 
aus viehrentheils ungedruckten authentis- 
chen Schriften zusammengetragen (Curiosités 
de la ville de Berne, recueillies sur des manus- 
crits authentiques , pour la plupart entièrement 
inédites). R. L. 

Haller, Bibliothek der Schweizergeschichte. — Meu- 
sel, Lexicon der von 17.50-1800 verstorbenen deutsc/ien 
Schriftsteller, t. IV, p. 426-430. 

GRUNER (Gottlieb-Siegmund), naturaliste 
suisse, né à Berne, en 1717, mort en 1778. Il fit 
ses premières études sous la direction de son 
père, savant historien et statisticien, fréquenta 
ensuite l'école de droit, et obtint, après avoir dé- 
buté au barreau, la place d'archiviste du land- 
grave de Hesse-Hombourg. Plus tard il visita une 
partie de l'Allemagne, en compagnie du prince 
d'Anhalt-Schaumbourg; de retour dans sa patrie, 
il fut nommé avocat au grand conseil de Berne. 
En 1764 il devint secrétaire du cercle de Lands- 
hut. Gruner consacra tous ses loisirs à l'étude de 
l'histoire naturelle. Ses principaux travaux sont; 
Die Eisgehirge des Scliweizerlnndes (Les gla- 
ciers de la Suisse); Berne, 1760-1762, 3 vol. Hé- 
raclio a donné de cet ouvrage une traduction fran- 
çaise; — Auserlesene Sammlung z-um VortJ'.etl 



255 



GRITNER 



der Slaatswirthschaft, der Naturforschung 
unddes Felbaues (Recueil de mémoires choisis 
sur l'économie politique, l'histoire naturelle et 
l'agricultiu-e, traduits du suédois); Bâle, 1763- 
1769, 2 vol. ; — Die Naturgeschichte Helve- 
tiens in dei' alten Welt (Histoire naturelle de 
l'Helvétie dans l'ancien monde ) ; Neufchâtel, 
1766. Le pasteur Dulon a publié une traduction 
française de cet ouvrage ; — Reisen durch die 
merkwurdigsten Gegenden Helvetiens (Voya- 
ges dans les contrées les plus remarquables de 
l'Helvétie ) ; Berne , 1778 , 2 vol. ; — plusieurs 
mémoires insérés dans les recueils scientifiques 
publiés par la Société économique de Suisse. 

R. L. 
iVleusel , Lex. d. von 17S0-1800 verstorb. Schrifsteller, 
vol. IV, p. 468. — Nehrolog. denkivilrdiger ans dem 
I9ten Jatirl), clc; Aarau, 1812, p. 187. 

GRUNER ( /oAflnw-Ger^rtrf/),publiciste alle- 
mand, né à Cobourg, le 15 février 1734, mort 
dans cette même ville, le 1"'' juillet 1790.11 étudia 
le droit à l'université de lena, et revint en 17,56 
à Cobourg , où il remplit jusqu'à sa mort diverses 
fonctions administratives et judiciaires. On a de 
lui : Einige Berichtigungen der Topographie 
des Herzogl. Sachsen-Meiningïschen An- 
theils an dem Herzogthum Coburg, und geo- 
graphische Karte dièses Landes (Quelques 
rectifications de la topographie de la portion du 
duché de Cobourg appartenant à la maison du- 
cale de Saxe-Meiningen , avec une carte géo- 
graphique du duché de Cobourg); Coljourg , 
1781, in-4°; Supplément, fait d'après des do- 
cuments pour la plupart entièrement inédits ; 
ibid., 1782, in-4''; — Historisch-statistiche 
Beschreibung des Filrstenthums Coburg 
( Description historico-statistique de la princi- 
pauté de Cobourg ); Cobourg, 1783-1793,4 vol.; 
— Zur Geschichte Johann-Friedrich' s des 
Mittlern, Herz-ogs zii Sachsen, gehôrige und 
mit ungedruckten Urkunden belegte Nachrl- 
chten (Notices authentiques pour servir à l'his- 
toire de Jean-Frédéric, duc de Saxe) ; Cobourg, 
1785; — Geschichte Johann Kasimiri, Her- 
zogs von Sachsen (Histoire de ,Iean-Casimir, 
duc de Saxe ) ; ibid., 1787, in-S"; — Biographie 
Albrecht's des Dritten, Herzogs zu Sachsen 
(Biographie de Albrecht Ut, duc de Saxe); 
Biographie Friedrich Wilhelm II, Herzogs 
zu Sachsen ( Biographie de Frédéric-Guil- 
laume II, duc de Saxe); ibid., 1789, in-8"; — 
Geschichte Friedrich- Wilhelm I, Herzog zu 
Sachsen (Histoire de Frédéric-Guillaume F', duc 
de Saxe) ; ibid., 1791, etc., etc. R. L. 

Weidiich, liioqraphische Nachrichten von jetzleben- 
den liechtsgelehrten, l. 111, p. 97-99. — De.ductionsbl- 
bliothek von Tevtschland, t. IV, p. 2179. — .1. G. Gnincr, 
Beschreibimci des Tilrstent/mms Coburg, vol. I, p. 315, 
vol. m, p. 134. — Sc'hlichtegroll , Nekrolog aiif d. Jahr 

1790, vol. II, p, 18-24. 

GRUNER ( Christian-Godefroi) , médecin al- 
lemand , né à Sagan ( Silésie ) , le 8 novembre 
1744, mort le 4 décembre 1815. Après avoir 
étudié les langues classiques, l'histoire et les 



sciences accessoires, il s'occupa de théolo^e.i 
parce que son père le destinait à la carrière ec-i 
clésiastique ; plus tard il devint étudiant en mé- 
decine, et se fit recevoir docteur en 1770 k ruuii! 
versité de Halle. Il exerçait la profession de raéi 
decin dans sa ville natale, lorsqu'il fut nommé 
en 1773, professeur de botanique et de médeciai 
théorique à l'université de léna. On a de lui 1 
Dissertatio de causa sterilitatis in seguior 
sexu, ex doctrina Hippocratis veterumqm 
medicorum; Halle, 1770, in-4''; — Censun 
libronim Hippocrateorum, qua veri a falsis 
integri a supposais, segregantur ; Breslau, 

1772, in-S" ; ouvrage estimé; — Gedanken »oi 
der Arzneywissenschaft und den jErzte)< 
( Pensées sur la Médecine et les Médecins ) i 
ibid., 1772, in-8"'; — Variolarum antiqiii. 
tates ab Arabibus solis repetendsc; léna' 

1773, in-4''; — Analecta ad antiquitates me, 
dicas , quibus anatome JEgyptiorum et Hip. 
pocratis, nec non mortis genus quo Cleopatri] 
regina periit, expllcantur ; \A., 1774, in-4°, 

— M orborum Antiquitates ; id., 1774, in-8", oa 
vrage divisé en quatre parties ; la première trait; 
des maladies inconnues aux anciens ; la deuxièm 
des maladies sur les ooms desquels on discute^ 
la troisième des maiadies sur le nom et le cai 
ractère desquelles on est d'accord; la quatrièniii 
des maladies qui ont été étudiées avec plus d: 
détails par les anciens que par les modernes; -- 
Dïssei'tatio de causis impotentise in sexu poj 
tiori, ex doctrina Hippocratis veterumqu\ 
medicorum; léna, 1774, in-8°; — Semeioiic; 
physiologicam et pathologicani complexa, 
Halle, 1775, in-8°;trad. en allemand, léna, 179; 
in-8°; — Joh.-Jac. Reiskii et Joh.-Ern. Fabi\ 
Opusculamedica, ex monumentis Arabumt. 
Ebrœorum, nouvelle édition, accompagnée d 
notices des auteurs; Halle, 1776, in-8°; - 
Joh.-Ernesti Ebenstreit Palœologia Therapia 
qua veterum de morbis curandis placida po 
tiorarecentiorum sententiis ocquantur, collei 
tion de trente-deux dissertations qui avaient déj 
été imprimées; Halle, 1779, in-S»; — Dilectit, 
dissertationum rnedicortim lenensium ; Altcii ' 
bourg, 1771 ; t. II, III, Heidelberg, 1783.178:1 
in-4° ; — Almanach filr Mrzte und Nichu 
asrzte, auf die Jahre, 1782 bis 1796 ( Almii| 
nach pour les Médecins et non Médecins, anuéei 
1782 à 1796); léna, 1781-1795, 15 vol. in-S»; 

— Bibliothek der alten Mrzte (Bibliothèqu; 
des Médecins anciens); Leipzig, 1781-1782' 
2 vol. in-8% traductions et analyses des ouvr' 
d'Hippocrate , de Thucydide, Aristote, Théoi 
phraste , Euryphon , Dioclès, Praxagore , Chryi 
sippe; — Oribasii Medicinalium collectorun] 
Libril, H; léna, 1782, in-4'', texte grec i\ 
traduction latine ; — Dissertatio de causis me' 
lancholisc et maniée dubiis in mediâna fo' 
rensi' caute admittendts ; léna, 1783, in-4'' 

— Kritische Nachrichten von kleinen me\ 
dizinischen Schri/fen in und auslxndischri 



257 GRUNER — 

Ahademien vom lahr 1780, in Auszuegen und 
kurzen Z7r^Aeiien( Analyses critiques de mémoi- 
res et de petits écrits des académies allemandes et 
étrangères depuis l'année 1780 ) ; Leipzig, 1783- 
88, 3 vol. in-8" ; — De Momentis infanticldam 
excusantibus ; léna, 1786, in-4° ; — Fragmenta 
Medlcorum Arabumet Grœcorumde Variolis; 
léna, 1786, in-4°; — Fragmenta Medicorum 
Arabum et Grœcorum V; léna, 1787, in-4°; — 
De Signis Mortis diagnosticis dubiis caute 
• admittendis et reprobandis ; léna, 1788, in-4°; 

— Aphrodisiacus , sive de Lue venerea : col- 
lection de documents d'auteurs anciens et d'é- 
crits omis dans le recueil d'Aloysius Lusinus; 
léna, 1789, in-fol. ; — De Variolis et Morbillis 
Fragmenta Medicorum Arabistarum Cons- 
tantini A/ricani, etc. ;ibid., 1790, in-4°; — De 
Annis climactericis ; ib., 1790, in-4°; — De 
Incontinentiis ;ih., 1792, in-4°; — Lusus Me- 
dicil-V ; ib., 1792, in-4°; — De Morbo Gallico 
Scriptores medici et Historici, partim inediti, 
partim rari et notationibus aucti; ibid., 1793, 
in-8° ; — Catalogus Bibliothecse Grascas ine- 
iitus; léna, 1794, in-4''; — Nosologix histo- 
ricse I-IX; ib., 1794-95, in-4°; — Nosologia 
historica, ex monumentis medii sévi lecta; 
bid., 1795, ia-4°; — Vitœ libéras et dissolutae 
•Encomium; ib., 1795, in-8°; — Pandectee Me- 
iicaSy y-/F;ibid., 1796-1800, ia-4% réimprimés 
înserable en 1 800 : c'est une explication des pas- 
sages médicaux qui se trouvent dans le texte 
le droit romain ; — De Imputatione Suicidii 
lubia, I-IX; ib., 1797-1799, in-4° ; — Spici- 
egium I-VIII Scriptorum de Morbo Gallico; 
b., 1799-1800, in-4°; Continuation,/;? Jï/F;ib., 
801-1802, in-4°; — Gommentatio l-VI in lo- 
um Lutheri de filiisper diabolum subditis ; 
b., 1800-1802, in-é"; — Gommentatio in locum 
■elsi de sectis medicorum; ib., 1803, in-4° ; — 
tinerarium sudoris anglici ;ihid., 1805,in-4°; 

- De Stupore mentis infanticidam non excu- 
s«i!e;ibid., 1805, in-4° ; — Programmatal-Vll 
sidis, christ iani et pappi philosophi jusju- 
andum chemicum; ib., 1807-1808, in-8°; — 
'rogramma I-V de prioritate mortis; ibid., 
810-1814, in-4°; — Zozymi Panopolitani De 
'ythorum confectione Fragmentum, en grec 
t en latin; Salzbach, 1814, ia-8°. Il a écrit une 
ifinité d'autres dissertations. E. B. 
Meusel, Gel. Deutsch.— BiographiemécLicale. 
GRUNER ( Cari Justus von), liomme d'État 

t ambassadeur allemand , né à Osnabruck , le 
3 février 1777 , mort à Wisbaden, le 8 février 
W,0. 11 mena une vie aventureuse, dont les in- 
dents n'offrent aujourd'hui aucun intétêt. Il 
it en 1 81 1 directeur général de la police à Bcr- 
1, et travailla activement , après la campagne 
! Russie, à une coalition des États allemands 
mtre laFrance.Il avait aussi imaginé de mettre 
feu à tous les magasins de subsistances des 
l'auçais et de leur couper ainsi la retraite. Mais 
n\ cornplot fut découvert, et le gouvernement 

NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXII. 



GKUNERT 



268 



prussien dut ordonner son arrestation, qui eut 
lieu à Prague, il fut dépouillé de 20,000 écus 
qu'il possédait, puis conduit par les Autricliiens 
dans la forteresse de Peterwardein, sur les fron- 
tières de l'Esclavonie, d'où il sortit en 1813, sur 
la réclamation de la Russie, qui le nomma con- 
seiller d'État ; mais il préféra rester en Prusse, 
où il obtint l'administration du Rhin inférieui-, 
avec Dusseidorf pour résidence. Plus tard, il ac- 
compagna les alliés à Paris, y fut un de leurs 
agents les plus importants, et s'occupa active- 
ment de la restitution des objets d'art enlevés 
par les Français à l'étranger. Après la seconde 
paix de Paris, en 1815, Grunerfut nommé am- 
bassadeur à Dresde, puis en Suisse. Il fut le pre- 
mier à découvrir le complot de Grenoble et à 
en avertir le gouvernement français. Il mourut 
aux eaux de Wiesbaden. On a de lui : Authen- 
tische, actenmàsslge Erzdhlung der Betrû- 
gerei eines angeblichen Wundermddchens 
im Hochstijte Osnabruck, das seit zwei 
Jahren ohne Speise und Getrànke gelebt ha- 
ben wollte ( Histoire authentique et fondée sur 
les actes judiciaires d'une prétendue fille mira- 
culeuse de l'hôpital d'Osnabruck, qui soutenait 
avoir passé deux ans sans manger et sans boire ) ; 
Berlin, 1800; Wallfahrt zur Ruhe und Hojf- 
nung ( Pèlerinage au repos et à l'espérance ) ; 
Francfort-sur-le-Main, 1803, 2 vol.; — Versuch 
ûber die rechte und zweckmàssige Einrich- 
tung ôffentlicher Sicherungs'institute ( Es- 
sai sur l'Organisation efficace des Établissements 
de détention); Francfort-sur-le-Main, 1802, 
1 vol. W. R. 

Mlgemeine preussische personnal-Chronik, page 55, 
— Zeitgenossen, n° XXI. 

GRUKERT ( Jean-Auguste ), mathématicien 
allemand, est né le 7 février 1797, à Halle 
(Prusse). Il fit ses études dans sa ville natale et à 
l'université de Gœttingue, obtint en 1820 le 
grade de docteur en philosoplde, et devint dès 
l'année suivante professeur de mathématiques et 
de physique au collège de Torgau , professeur à 
l'école militaire et membre de la commission 
des examens militaires. De 1828 jusqu'en 1833 
il occupa une place de professeur à l'école ur- 
baine de Brandebourg, et en 1833 il fut appelé à 
l'université de Greifswald, où il exerce encore au- 
jourd'hui les fonctions de professeur ordinaire 
des sciences mathématiques. Depuis 1838 il oc- 
cupe en outre à l'Académie d'Eldena, près Greifs- 
wald, la chaire de mathématiques théoriques et 
pratiques. On a de lui : Mat hématie fie Abhand- 
lungen ( Dissertations mathématiques ) ; Altona, 
1 822 ; — Lehrbuch der Kegelschnitte ( Traité 
sur les Sections coniques); Leipzig, 1824, avec 
7 pi. ; — Stalik f ester Kôrper { Traité de Stati- 
que) ; Halle, 1826; — Sphaeroïdische Trigono- 
métrie; Berlin, 1833 ; — Elemente der ebenen, 
sphàrischen iind sphaeroidischen Trigonomé- 
trie in analijtischer Darstellung ( Description 
analytique des Éléments de Trigonométrie plane, 

9 



259 



GRUNERT — GRUNPEGK 



260; 



sphérique et sphéroïdale) ; Leipzig, 1837 ; —EU- 
mente der Differentialund Integralrechnung 
(Éléments du Calcul intégral et différentiel) ; Leip- 
zig, 1837, 2 vol.; — Leitfadenfûr den ersten 
Unterricht in der hôhern Analysis ( Guide pour 
les premières leçonsd'Analyse supérieure) ; Leip- 
zig, 1838; — Elemente der analytischen Géo- 
métrie (Éléments de Géométrie analytique) -, Leip- 
zig, 1839, 2 vol. ; — Lehrbuch der Mathema- 
tik fur die obern Classen ( Traité de Mathé- 
matiques à l'usage des classes supérieures); 
Brandebourg, 3" édit. , 1850, 4 volumes; — 
Lehrbuch der Mathematik fur die mittlern 
Classen (Traité de Mathématiques à l'usage 
des classes inférieures); ibid., 4*^ édit., 1851, 
2 vol. ; — Lehrbuch der Mathematik und 
Physik ( Traité de Mathématiques et de Phy- 
sique), 1''^ partie : Arithmétique politique, 
Leipzig, i841, 2 vol.; 2* partie : Géométrie 
plane. Stéréométrie, Trigonométrie plane et 
Géodésie, ibid., 1842-1843, 2 vol.; 3* partie : 
Physique, ibid., 1845-1851, 2 vol.; — Beitrsege 
zur reinen und angewandten Mathematik 
(Études de Mathématiques pures et appliquées) ; 
Brandebourg, 1840, 2 vol.; — Versuch einer 
neuen Méthode zur Bestimmting der Polhôhe 
( Essai d'une nouvelle Méthode pour déterminer 
la hauteur du pôle) ; Leipzig, 1844 ; — Ueberdie 
mittlere Entfernung einer Figur von einem 
Punkte ( De la Distance moyenne d'un point à 
une figure); Greifswald, 1848; — Optische 
Untersuchungen (Recherches sur l'Optique); 
Leipzig, 1846-1851, vol. 1-3; — Beitrœge zur 
meteorologischen Optik und zu verwandten, 
Wissenschaften ( Recherches pour servir à l'é- 
tude de l'Optique météorologique et des scien- 
ces qui s'y rattachent); Leipzig, 1850, l®"^ vol. ; 
— Untersuchungen ûber die Bestimmung 
der Stationen der um die Sonne sich bewe- 
genden Weltkœrper (Recherches pour déter- 
miner les stations des corps planétaires se mou- 
vant autour du Soleil); Vienne, 1855; — TJeber 
die Proximitseten der Bahnen der Planeten 
und Kometen ( Des Proximités des Orbites des 
Planètes et Comètes ) ; Vienne, 1 855 ; — Théorie 
der Sonnenfinster nisse ( Théorie des Éclipses 
de Soleil); ibid., 1855; — Analytische Géo- 
métrie der Ebene und des Baumes fur po- 
lare Coordinatensysteme (Géométrie analy- 
tique, etc. ) ; Greifswald, 1856. 

R. LiNDAU. 

Cnnv. hex. — Kayser, Index libror. — Gersdorf , Re- 
pf'rtorium. — Kirchhoff, Bûcher Catalotf. — SOhnke, 
llibliotheca Mathew.atica. 

«RïJiVîNGSîR. Voy. Reinhard. 

ORUisPECK {Joseph), nommé aussi Gruen- 
pECK et Gruenbecr, astrologue allemand, né 
en 1473, à Burghausen ( Bavière), et mort dans 
la Styric, vers le milieu du seiziètrie siècle. (1 
exerça les fonctions de secrétaire et d'astrologue 
de Maximilien F'', empereur d'Allemagne, et em- 
brassa dans la suite l'état de prêtre. îl n'était pas 



médecin ;, comme Ja biographie Michaud et plu- 
sieurs autres l'ont prétendu. Ses deux ouvrages 
sur la syphilis, qui ont probablement causé cet 
erreur, sont remplis de rêveries astrologiques. 
Presque tout ce qu'on y trouve de bon a été pris 
dans Sébastien Brandt , que Grunpeck a copié le 
plus souvent Uttéralement. Ses livres sont extrê- 
mement rares. Nous citerons les plus remarqua- 
blps : Josephi Grunpeck Pronosticon, siveju- 
dicium ex conjunctione Saturni et Jovis de- 
cennalique resolutione Saturni, ortu et fini 
Antichristi ac dliis quibusdam interpositis 
prout ex sequentibus clar-et preambulis hit 
inseritur ; Vienne, 1496, in-4*'. On n'en con- 
naît qu'un exemplaire, qui se trouve à la Biblio- 
thèque impériale de Vienne; — Tractatus di 
pestilentiali Scorra, sive mala de Frantzos: 
originem remediaque ejus continens, compi- 
latus a venerabili viro magistro Joseph 
Grunpeck de Burghausen , super carminC 
quœdam Sebastiani Brandt, utrïusque juri. 
professoris. La dédicace porte la date 1496; 
réimprimé par les soins de Chrétien Godefro; 
Gruner, léna, 1787, in-8"; traduction allemand! 
avec le titre Eulogium de Scorra pestilentiali 
Augsbourg, 1496 ; — Libellus de mentulagra 
alias morbo gallico; Burkhausen, 1503, in-4"; 
réimprimé la même année à Augsbourg et ' 
Vienne. Grunpeck décrit sa propre maladie dan 
ce livre ; — Josephi Grunpeck Bojarii comedi 
utilissime, omnem latini sermoniselegantiarl 
continentes ; Augsbourg, 1497; — Specuhimvi 
sionis omnium super omnes status christiaUi 
reip. futurarum calamitatum; Ratisbonne 
1508 , réimprimé en allemand à Nuremberg 
1508; — Ad reverendiss. et illustratis. 
Philipp. et Johann. Frisingenss. et Batispr 
ness. ecclesiarum episcopos, salubris exhortv 
tio Josephi Grunpeck in litterariarum reriu 
et universorum graduum cum bonorum tat 
dignitatum gravissimam jacturam; hsai 
shut, 1515, in-4°; — Dialogus epistolaris doc 
toris Josephi Grunpeck ex Burghausen, i 
quo Arabs quidam Turcorum imperator 
mathematicus disputât cum Mamaluch 
quodam de christianorum sede et Turcorwi 
secta, Landshut, 1522; réimprimé en all^j 
mand, ibid. ; — Aufklserung der ausseroil 
dent lichen Wahrzeichen so ivàhrend M 
Dauer des Reichstages am Himmel erscïm 
nen sïnd (Explication des signes extraordinaire 
qui ont paru dans le ciel pendant le temps de 
diète ), sans indication de date et de lieu d 
pression; — Geschichte Friedrichs lîl 
Maximilians 1 (Histoire de Frédéric ITF etc| 
Maximilien P""), ouvrage posthume, imprimé 
Tubingue, 1721 ; plusieurs manuscrits à la biblic 
thèque impériale de Vienne, tels que Explicatio 
relative à la comète qui, en 1531, a paru pen 
dant soixante-onze jours ; Horoscope de Max\\ 
milien I"' , etc. D' L. 

Zcdier, Universal-Lest. — Haîlevord , ISibl. ciir. 



'M 



261 



GRUNPECR — 



Biographie médicale. — Astruc, De morbis venereis, 
1. 1, p. 549 -- Restner, Medicinisches Gelehrten Lexikon, 
p. 365. — Haim, Hepertorium Bibliograpfiicum, t. i, II, 
p. S3U-D33. 

*GRUiswALD (Frédéric-Emmanuel), mé- 
decin et naturaliste allemand, né à Kupper 
(Haute-LusHce), le 10 avril 1734, mort à Belle- 
vaux, près de Bouillon (Pays-Bas ), le 16 octobre 
1826. Fils d'un pasteur, il prit ses premiers gra- 
des en médecine à Leipzig, en 1753, et fut admis 
au collège de médecine et de chirurgie à Dresde 
en 1755. Six ans après il vint s'établira Bouillon. 
Il était collaborateur du Journal Encyclopé- 
dique pour la partie étrangère, c'est-à-dire alle- 
mande, anglaise et italienne. Il fonda surtout sa 
réputation avec la Gazette salutaire, qui avait 
pour objet de répandre les découvertes se ratta- 
chant à l'art de guérir, et qu'il rédigea pendant 
trente ans. Diderot et D'Alembert l'invitèrent à 
travailler au supplément de V Encyclopédie. Il 
rédigea en outre un grand nombre de mémoires 
sur l'agriculture. Par suite de la révolution, 
Grunwald était tombé dans l'indigence, mais ses 
travaux utiles lui valurent des gratifications de 
ia Convention, du Directoire et du gouvernement 
mpérial ; le roi des Pays-Bas lui continua une 
lension que lui faisait la France. 

L. L— T. 

Rabbe, Boisjolin et Sainte-Preuve, Bioçr. univ. et par- 
ât des Contemp. — Biographie universelle Belge. 

GRUPEN (Chrétien-Vlric) , historien et ju- 
isconsulte allemand, né en juin 1692, à Har- 
louig, mort le 10 mai 1767. Son père, Joachim 
irupen, bailli àHarbourg, a publié en 1719 une 
laraphrase des psaumes de David en versalle- 
aands. Grupen étudia le droit à Rostock et à 
éna. En 1715 il se fixa comme avocat à Ha- 
o?re ; quatre ans après il y fut nommé syndic. 

I fut ensuite appeli en 1725 aux fonctions de 
oHigmestre , et en 1734 à celles de conseiller 

II consistoire. Le moyen âge devint l'objet de 

^s patientes recherches-, ses nombreux ou- 

rap;es sur cette époque et ceux qu'il a publiés 

jr l'histoire du droit romain sont remplis de 

irieux renseignements ; mais le style en est 

;c et monotone. Grupen a légué sa riche bibho- 

lèque à la cour d'appel de Zelle. On a de lui : 

ractatus juridicus de virgine prse vidua du- 

"iida ; léna, 1712, 1714 et 1720, in-4'' ; Lemgo, 

761, in-4''; — Commentarius ad l. 19 cod. 

" donat. ante nuptias ; léna, 1714, in-4° ; 

rancfortet Leipzig, 1741, in-4° ; — Schediasma 

'• amoris illecebris; léna, 1715, 1723 ; Franc- 

rl et Leipzig, 1750, in-4"; — De Successione 

ritannica Légitima stirpis Guelphicse; léna, 

Î5, in-fol.; — De Vxore Eomana, cum ea 

(cc in manum convenit, farre, coemtione et 

<ii, tum illa quse uxor tantum modo habe- 

'/«r; Hanovre, 1727,in-8°; — Disceptationc; 

rrnses , cum observationibus : 1° De Jtidi- 

i.s curix in terris Brunswicensibus ; 2" De 

'diciis provincialibiis ; Leipzig, 1737, in-4"; 

cueil d'arrêts avec de nombreuses notes sa- 



GRUPELLO 262 

vantes, qui remplissent plus de la moitié du vo- 
lume; — Origines et Antiquitates Hannove- 
renses; Gœttingue, 1740, in-4°; — Origines 
Pyrmxyntanœ et Swalenbergicee ; Gœttingue, 
1 740, in-4'* ; — Deutsche Alterthumer zur Er- 
lœuterung des Sàchsischen und Schwàhischen 
Land-und Lehnrechts (Antiquités germaniques 
servant à l'explication du droit commun et du 
droit féodal de la Saxe et de la Souabe } ; Hanovre, 
1746, in^" : cet excellent recueil contient des fac- 
similés des miniatures qui se trouvent dans les 
manuscrits du Miroir de Saxe et de celui de 
Souabe; — Abhandlung de uxore Theotisca 
( Traité de uxore Theotisca); Gœttmgue, 1748, 
iu-S" : ouvrage où sont rassemJjlés des docu- 
ments historiques et juridiques sur le mariage 
en Allemagne; — Observationes : De forma 
conficiendi acta apud Romanos ; De forma 
testamentorum judicialium et privatorum; 
Hanovre, 1753, in-4°; — Observatiojuris crimi- 
nalis de applicatione tormentorum; Hanovre, 
1754, in-4'', avec fig. ; — De Pomx£rio civitatum 
promurali ; sans indication de lieu, 1756, in-4°; 

— Disputationes foreuses; Hanovre, 1756, 
in-4°, sous l'anonyme; — Observationes de 
primis Francorum sedibus originariis ; Ha- 
novre, 1758, in-4°; — Observationes rei 
agrariee Germanie^ : 1° De marchis civita- 
tum et villarum; 2° De Almeintis, Mein- 
ten , cum disseriatione de civitatum forma; 

— Observationes Rerum et Antiquitatum 
Germanicarum et Romanarum ; Halle, 1763, 
in-4°, avec fig. : ouvrage important, qui con- 
tient une préface sur la langue anglo-saxonne; 

— Origines Germanicx , ocler das œlteste 
Deutschland unter den Rômern, Franken 
und Sachsen ; Lemgo, 1764 et 1768, 2 vol. 
in-4" ; — Formulée veterum confessionum cum 
versionibus et illustrationibus et capitulare 
Ludovici PU ; ïla.no\re, 1767, in-4"'. — Gru- 
pen a publié aussi plusieurs articles dans les 
Hannôverische Anzeigen. Il a laissé en manus- 
crit : Corpus Juris feudalis Longobardici , et 
Corpus Juris Weichbildici. E. G. 

Nachrichten von Niedersâchsischen berûfimten Leu- 
ten, t. II, p. 172. — Adelang, Supplém. à JOcher : Allge- 
meines G elehrt.- Lexikon. 

* GRUPELLO ( Gabriel de ), sculpteur belge, 
né à Grammont, le 26 mai 1644, mort le 20 Juin 
1730, à Ehrenstein, près d'Aix-la-Chapelle ; il des- 
cendait d'une ancienne famille du Milanais, dont 
une branche, peu favorisée de la forîune, était 
venue s'établir dans les Pays-Bas. Après avoir 
étudié à Anvers et à Paris, Grupeilo fut appelé 
à la cour de l'électeur palatin, Jean-Guillaume, 
qui , en 1695, le nomma .son premier sculpteur. 
Rentré dans sa patiie en 1706, l'artiste obtint le 
même titre de la part de l'empereur Charles VI. 
Selon de Reiffenberg, Grupeilo avait de la faci- 
lité, du feu , de l'invention . de l'élégance ; mais 
son ciseau manquait souvent de largeur et de pu- 
reté. Il n'avait pas assez étudié l'antique. Ses pro- 

9. 



263 



GRUPELLO — GRUTER 



264 



ductions sont assez nombreuses. On peut citer la 
statue équestre, en bronze, de L'électeur pa- 
latin , érigée au milieu de la grande place de 
Dusseldorf ; une statue pédestre, en marbre, du 
même prince; une Madeleine expirante, en 
marbre ( grandeui- naturelle ) ; une Dia7W et un 
Narcisse dans le parc de Bruxelles ; un groupe 
destiné à décorer une fontaine : ce travail, exécuté 
en 1675, et remarquable sous le rapport delagrâce 
et du mouvement , est au Musée de Bruxelles. 

B. 
De Reiffenberg, Notice sur Gabriel de Grupello ; dans 
les Bulletins de l'Acad. royale de Belgique, .t. XV. n» 2. 

* GRCPPE ( Othon-Frédëric ) , poëte et po- 
lygraphe allemand, né le 15 avril 1804, à Dantzig 
( Prusse ). Il fit ses études au collège de sa ville 
natale et à l'université de Berlin, devint en 
1830 un des collaborateurs réguliers du Moni- 
teur de la Prusse, occupa depuis 1842 jus- 
qu'en 1843 un emploi au ministère des affaires 
ecclésiastiques, et obtint, en 1844, une chaire 
de professeur extraordinaire à la faculté phi- 
losophique de Berlin. Ses principaux ouvrages 
sont : Alboin, poëme épique en six parties, suivi 
du poëme Theudaline , reine des Lombards; 
Berlin, 1 830, avec 10gravures; — GedJcAife (Poé- 
sies); Berlin, 1835; — Kônigin Bertha (la Reine 
Berthe); Berlin, 1848; — Theudelinde, poème 
épique; Berlin, 1849; — Kaiser Karl (L'Empe- 
reur Charles ), trilogie épique composée de Ber- 
tha, Charles et Hildegard et Eginard et 
Emma; Berlin, 1852 ; — Firdusi, poëme épique 
en sept livres ; Stuttgard, 1856 ; — Antseus; ein 
Briefwechsel iiber spéculât. Philosophie etc. 
( Antaeus : correspondance sur la philosophie 
spéculative); Berlin, 1831 ; — Wendepunkt der 
Philosophie im 19<e« Jahrh (Pivot de la 
philosophie au dix-neuvième siècle ) ; Berlin , 
1834 : deux écrits dans lesquels l'auteur attaque 
le système philosophique de Hegel ; — Ueber 
die Fragmente des Archytas und der eeltern 
Pythagorxer ( Fragments d'Archytas et de quel- 
ques autres anciens pythagoriciens ) ; Berlin , 
1841; — Die kosmischen Système der Grie- 
chen ( Les Systèmes cosmiques des Grecs ) ; 
Berlin , 1851 ; — Gegenwart und Zukunft der 
Philosophie in Deutschland (Présent et Avenir 
de la Philosophie en Allemagne) ; Berlin, 1855, 
gr. in-8° ; — Ariadne ; Die iragische Kunst 
der Griechen in ihrer Entwickelung und 
ihrem Zusammenhange mit der Volkspoesie 
( Ariadne : L'Art tragique des Grecs considéré 
dans son développement et dans ses rapports 
avec la poésie populaire); Berhn, 1834; — Die 
rœmische Elégie ( L'Élégie romaine ), ouvrage 
divisé en deux parties : Recherches critiques, 
Leipzig, 1838, et Alb. Tibullus et Sex. Aur. 
Propertius secundum ordin. et numer. res- 
titua; accedit P. Ovidii Nasonis Amores; 
Leipzig, 1839;— Veber die Théogonie des 
Hesiod, ihr Verderbniss und ihre ursprung- 
liche Gestalf ( De la Théogonie d'Hésiode , de 



sa corruption et de sa forme primitive ) ; Berlin, 
1841 ; — Bruno Bauer und die akademische 
Lehrfreiheit ( Bauer et la liberté de l'enseigne- 
ment universitaire) ; Berlin, 1841 ; — Lehrfrei- 
heit und Pressunfug (Liberté de l'enseignement 
et abus de la presse) ; Berlin, 1843 ; — Der deuts- 
che Dichterwald (Recueil de Poésies alle- 
mandes); Berlin, 1849, 3 vol.; — Sagen und 
Geschichten des deutschen Volkes (Contes et 
histoires du peuple allemand) ; Berlin, 1854, con- 
tenant un grand nombre de pièces entièrement 
inédites. M. Gruppe collabora en outre à VAl- 
manach des Muses de Chamisso, et il rédige de- 
puis 1850 un annuaire littéraire intitulé : Deut- 
scher Musenalmanach. R. L. 

Brockhaus, Conversât. -Lex.. — C.-G. Kayser, Index, 
Librorum. — Alb. Klrchhoft, Bûcher- Katalog. — Hin-' 
richs, F'erzeichniss der Biicher, etc. — Gersdorf, ietp- 
ziger Repertormm. 

GRUTER ( Jean ), célèbre philologue néer- 
landais, né à Anvers , le 3 décembre 1 560, mori 
à Heidelberg, le 20 septembre 1627. Son père,' 
Gautier Gruter ou plutôt Gruytère, bourgmestre 
d'Anvers, signa en 1566 le fameux compromis 
des nobles, contenant ime protestation énergique 
contre la tyrannie de Philippe II, et, ayant accordt 
l'hospitalité à un banni , il fut proscrit , et dui 
s'enfuir avec sa femme et son enfant. Après beau- 
coup d'incidents, ils abordèrent en Angleterre, el 
se retirèrent d'abord à Norwich. Le jeune Grutei 
y reçut sa première instruction par les soins d* 
sa mère , Catherine Tishem , Anglaise de nais 
sance ; cette femme, des plus instruites, savait 1(| 
français et l'italien aussi bien que le latin, et lÈl 
langue grecque lui était si familière, qu'elle Usai] 
Galien dans l'original. Gruter passa ensuite souii 
la direction de plusieurs précepteurs ; il se rendi' 
avec Richard Swagle, l'un d'eux, à l'université d( 
Cambridge, où il continua ses études, ayant été 
agrégé au collège de Gunwell-et-Caïus. En 157( 
il alla étudier le droit à l'université de Leyde; ij|« 
y suivit les cours du célèbre Hugues Donneau m 
et reçut le grade de docteur. Pendant son séjouiW" 
à Leyde, il composa plus de cinq cents sonnetii !: 
en flamand, et se lia d'amitié avec Janus Donza > 
Jacques Arminius , et Rombant Hogebeerts. Il si 
rendit ensuite à Anvers, dont les états gêné 
raux s'étaient rendus maîtres. Son père, d^j 
retour dans cette ville, y avait été nommé pré'i a 
vôt d'un quartier et commissaire des vivresji « 
Lorsque le duc de Parme vint assiéger Anversi|< k 
en 1584, Gruter quitta de nouveau sa patrie suij 
l'ordre de son père : il parcourut la France e{ 
quelques autres pays. En 1586 il se trouvait <! 
Rostock , où il fit un cours d'histoire. L'annéi) 
suivante il se rendit en Pologne, où il resta jus j 
qu'au mois d'août 1589, époque à laquelle Chrisi|ii, 
tian , duc de Saxe, lui conféra une chaire d'his 
toire à l'université de Wittemberg. Après la mor| |ii!ii 
de ce prince, en 1591, les professeurs reçuren 
l'ordre de signer le livre de la Concorde. 
confession de foi religieuse compilée par les théo^ jii 
logiens luthériens en 1579. Gruter s'y refusa, dé m 



265 

clarant ne pas connaître ce livi-e, et fut congédié 
sans égards. Il vint en mai 1592 à Heidelberg, 
où il fut peu de temps après nommé professeur 
d'histoire; on le trouve en 1602 directeur de labi- 
bliottièque Palatine. En 1622, lors de la prise de 
Heidelberg par les Bavarois, il se retira à Bretten, 
chez Simendius, bailli de cette localité, son gendre. 
Sa belle bibhothèque , qui lui avait coûté douze 
mille écus, fut en partie pillée par les troupes de 
Tilly. Plus tard le commissaire du pape permit 
à Gruter de reprendre les ouvrages imprimés qui 
lui appartenaient , mais le général Tilly ne voulut 
jamais y consentir. Gruter passa ensuite quelque 
temps àTubingue; puis il revint à Bretten, et fit 
l'acquisition d'une maison de campagne aux en- 
virons de Heidelberg. Ayant été un jour faire 
visite à son gendre, il tomba malade chez ce 
dernier, et mourut dix jours après. Il fut en- 
terré dans l'église de Saint-Pierre à Heidelberg, 
îu moment même où arriva la ,nouvelie que 
l'Académie de Grœningue l'avait nommé profes- 
seur d'histoire et de langue grecque. Déjà plu- 
sieurs universités lui avaient fait des proposi- 
tions séduisantes pour l'attirer dans leur sein. 
Gruter était infatigable au travail ; il étudiait 
lune grande partie de la nuit , et toujours 
flebout. Son délassement consistait à cultiver 
les fleurs ; il aimait aussi à faire construire. Il 
était d'un commerce très-doux ; à cette époque, 
)ù les savants se prodiguaient entre eux les in- 
ures, il n'eut que deux discussions littéraires, 
'une avec Denis Godefroi (voy. ce nom ), avec 
«quel il se réconcili.^ depuis entièrement, et 
'autre avec Pareus, à l'égard duquel, il faut 
'avouer, il ne ménagea pas ses termes. Gruter, 
aaturellement obligeant, prêtait de l'argent à tout 
menant, et se déclarait heureux « de ne pas être 
lé fille, parce qu'il n'aurait jamais su rien refuser » . 
1 fut marié quatre fois; on l'accuse d'avoir 
nontré trop d'indifférence lors des morts suc- 
;essives de ses épouses. On lui fait de même le 
•eproche d'avoir été peu religieux et d'avoir in- 
îliné vers l'athéisme. Th. Crenius prouve péremp- 
oirement la fausseté de cette dernière inculpation 
laus ses Animadversiones philologicas , t. IV, 
). 142. Quant à la premièi'e, elle s'explique parce 
jue Gruter détestait toute discussion sur la reli- 
gion. Cependant, s'il refusa de signer le livre de 
concorde, il ne fit aucune difficulté d'embrasser 
i Heidelberg le calvinisme, après avoir fait à 
Wittemberg profession de luthéranisme. Comme 
)hilologue , Gruter joignait à une érudition im- 
mense un coup d 'œil critique des plus exercés; 
Duker, Drakenborch , Burmann et autres, qui 
)nt publié après lui des auteurs qu'il avait édi- 
,és , ne peuvent assez louer son talent d'inter- 
prète et de correcteur. Le Thesaurtis Inscrip- 
'Àomim, que Gruter recueillit avec l'aide de 
loseph Scaliger, est encore aujourd'hui indispen- 
sable à qui veut connaître à fond les antiquités 
i romaines. De plus, on doit louer chez Gruter le 
>;oùt constant qu'il montra pour la poésie; ce 



GRUTER ' 266 

sont les recueUs dès poètes latins modernes ras- 
semblés par lui qui ont donné l'idée des collec- 
tions de ce genre faites chez les différentes na- 
tions de l'Europe. On a de Gruter : Pericula 
poetica, id est : Elegiarum libri IV ; Manium 
GuilUelmianorum liber unus; Epigrammatum 
libellus; Harmosynes, sive ocellorum libel- 
lus; Heidelberg, 1587, in-12; — Pericula se- 
cundo /Heidelberg, 1590, in- 12;— Suspicionum 
Librinovem, in quibus varia scriptorum loca, 
prœcipuevero Plauti, ApuleiietSenecse, emen- 
dantur ; Wittemberg, 1591, in-S"; Gruter ré- 
digea encore trente livres de Suspiciones , dont 
le manuscrit passa d'abord dans la bibliothèque 
de Sarrau, puis dans celle d'Isaac Vossius; — 
Confirmatio suspicionum extr aor dinar io- 
rum, contra Dion. Gode/redi in Senecam 
conjecturas; Wittemberg, 1591, in-8° ; — Ani- 
madversiones in Senecx Opéra; Heidelberg, 
1594, in-fol.; Genève, 1595,2 vol. in-12, avec 
des notes de Faber ; — Notae ad Flori libros IV 
Rerum Romanarum; Heidelberg, 1597, in-8°; 
— Papinii Statii Opéra; Heidelberg, 1600, 
in-8° ; — Valerii Martialis Epigrammata, cum 
notis; Heidelberg, 1600, in-12; Francfort, 1602, 
in-16; Leyde, 1619, in-12-, — Inscriptiones 
antiquas totiîis orbis Romani , auspiciis Jos. 
Scaligeri ac M. Velseri; accedunt XXIV Sca- 
ligeri Indices, 2 vol. in-fol. ; sans date et sans 
nom de lieu, mais sûrement publié à Heidel- 
berg, selon Nicéron en 1601, selon Fabricius en 
1603; Amsterdam, 1707, 4 vol. in-fol., de beau- 
coup augmenté par Grsevius. Après la mort de 
Smetius ( voy. ce nom ), la collection d'inscrip- 
tions latines recueillies par lui avait été publiée 
en 1588. Scaliger engagea Gruter à la compléter, 
et lui remit un grand nombre d'inscriptions, qu'il 
avait lui-même rassemblées. Aidé par Scaliger, 
Velser et d'autres, Gruter publia en effet les Ins- 
criptiones antiquas , et dédia cet ouvrage à l'em- 
pereur Rodolphe II. Celui-ci laissa à Gruter le 
choix de la récompense qu'il désirait pour son 
travail; le savant ne voulut pas se prononcer, 
disant seulement qu'il n'accepterait pas d'argent. 
Mais ayant appris qu'on songeait à lui conférer 
la noblesse de l'Empire , il déclara qu'il ne vou- 
lait pas de nouvelles armoiries , celles qu'il te- 
nait de ses ancêtres lui étant déjà trop à charge. 
L'empereur alors lui accorda un privilège pour 
tous les livres qu'il publierait, et lui destina la 
dignité de comte du sacré palais ; mais il mourut 
sans en avoir signé le brevet; — Lampas sive 
Fax artiiim liberalium , hoc est thésaurus 
criticus , iti quo infinitis locis theologorum , 
philosophorum, oratorum, historicoru7)i,poe- 
tarum, grammaticorum scripta supplen/ur, 
corriguntur, illustrantur, notantur ; Franc- 
fort, 1602-1612, 6vol. in-8°: recueil très-précieux, 
contenant une quantité de dissertations philolo- 
giques émanant des humanistes du quinzième et 
du seizième siècle, lesquelles étaient devenue» 
très-rares. Un septième volume fut ajouté ^ 



267 



GRUTER 



268 



reus, adversaire de Griiter; ce dernier y. est fort 
maltraité. Une nouvelle édition du recueil de 
Gruter lut faite à Florence, en 3 vol. in-fol., 1737- 
1747 ; on y trouve de plus les biographies des 
érudits auteurs des traités rassemblés dans cet 
ouvrage: Le relevé du contenu de chaque volume 
de la première édition se trouve à la page 247 de la 
BibLiotheca Latinitatis i-estitutx de Noltenius 
et dans la Bibiiographia antiquaria de Fa- 
briciiis ; — Notœ Tyronïs et Annsei Senecae, 
sive characteres quitus utebantur Romani 
veteres in scriptura compendiaria ; Francfort, 
1603, in-fol.; — L. Annxi Senecse Tragœdide; 
Heidelberg, 1604, in-8"-, Leyde, 1621 et 1708, 
ia-S°; — Onosandri Strategicus , sive de impe- 
ratoris institutione ; accessit Vrbicii Inven- 
tum; adjiciuntur J. Gruteri Discursus varii 
ad aliquot insigniora loca Taciti atque Ono- 
sandri; Paris, 1604, in-4"; Francfort, 1607, 
in-8°; Amsterdam, 1673, in-8°; les Discursus 
politici in Tacitum ont été publiés à part ; 
Leipzig, 1679, in 4°. Au jugement de Baudius 
et d'Amelot de La Houssaye, les réflexions de 
Gruter sur Tacite prouvent que leur auteur n'en- 
tendait rien aux affaires politiques; — Duo- 
decim Panegyrici vêler es emendati, aucti; 
Francfort, 1607, ia-16 ; — Velleii Paterculi 
Historise Romanee; Francfort, 1607, in-12; — 
Sallustii Opéra, cum J. Ricii, Glareani, Aldi 
Manutii, JF. Ursini, Jarii Donzse Janique 
Gruteri notis ; Francfort, 1607, in-8°, édition 
estimée ; — Delicias CG Poetarum Italorum 
hujus superiorisque xvi; Francfort, 1608, 
2 vol. in-16, sous le pseudonyme de Rana- 
tius Gherusj — Historiae Augustae Scrip- 
tores, cum notis politicis; Francfort, 1609, 
in-fol.; Hanau, 1611, in-fol. ; cet ouvrage com- 
prend tous les historiens latins depuis Au- 
guste, tels que Florus, Suétone, Ammien 
Marcellin, Jornandès, et enfin les historiens 
spécialement connus sous le nom de Historise 
Augmtis Scriptores; les notes de Gruter ont 
été réimprimées avec celles de Casaubon et de 
Saumaise dans les Historiœ Augustse Scrip- 
tores; Leyde, 1671, 2 vol. in- 8°; — Delicise C 
Poetarum Gallorum hujus superiorisque sévi ; 
Trancfort, 1609, 3 vol. in-16; — T.-Livii His- 
torise, ad fidem codicum Bibliothecœ Pala- 
tinœ; Francfort, 1609-1612, 2vol. in-8°,et 1628, 
in-fol.; Paris, 1625, in-fol.; Francfort, 1634, 
2 vol. in-8" ; — Florilegtum ethico-politicum, 
cum gnomis Grêecorum, proverbiis germani- 
cis , belgicïs , britannicis , italicis, gallicis, 
hispanicis; Francfort, 1610-1612, 3 vol. in-8° : 
les proverbes rapportés et annotés par Gruter 
dans ce livre n'ayant pas été classés par lui dans 
un ordre méthodique, l'ouvrage n'eut pas de 
succès; — Plinii Epistolee cum notis ; Franc- 
fort, 1611, in-16; les notes de Gruter ont été 
réimprimées dans l'édition de Pline donnée à 
Leyde en 1669, in-8''; — Delicise G Poetarum 
ncUilcomm hujus superiorisque sévi; Francfort, 



1614, 4 vol. in-16 ; — Chronicon Ghronicorum 
ecclesiastico-politicum ; Francfort, 1614, 4 vol. 
in-8°, sous le pseudonyme de Joannes Gualte- 
rus ; compilation souvent inexacte et incomplète, 
commençant à la première année de notre ère et 
allant jusqu'en 1613 ; — M. T. Ciceronis Opéra, 
emendata a Jano Guillielmio et Jano Gru- 
tero, cum notis; Hambourg, 3 vol. in-fol.; ibid., 
1618, 5 vol. in-fol.; Amsterdam, 1661, 2 vol. 
in-4° , par les soins de Schrelvius ; Leyde, 1692, 
2 vol. in-4°, par les soins de Jacques Grono- 
vius : cette édition est estimée. Gruter se servit 
de la collection de variantes rassemblées par Guil- 
lielmius, mais non du manuscrit que ce dernier 
avait déjà remis à l'imprimeur pour une édition 
de Cicéron; — Orationes politicse Dinarchi, 
Lesbonactis , Lycurgi, Herodis, Demadis, 
grsece et latine ; Hanau, 1619, in-12 ; — Ghris- 
tophori Pflugii Epistola monitoria, in qua 
fatuitas Apologise Joan. Ph. Parei contra 
J. Gruterum detegitur ; Wittemberg, 1620, 
in-12. Pareus, ancien disciple de Gruter, voyant 
plusieurs de ses remarques sur Plante contes- 
tées par Gruter, avait écrit contre ce dernier^ 
qui riposta par cette lettre très-violente, od 
ne se reconnaît plus du tout son caractère, or- 
dinairement calme. Pareus répondit, et Gruter 
répliqua par la satire suivante : Asini Cumani 
fraterculus e Plauti electis electus; 1619,in-l 2, 
antidaté, sans nom de lieu, sous le pseudonyme 
de Eustathius Sw. P.; — Plauti Comœdiœ; 
Wittemberg, 1621, in-4" : édition estimée; la ré- 
vision critique fut faite par Gruter, lés notes sont 
de Taubmann ; — Florilegium magnum, sive 
Polyanthese tomus secundus ; Strasbourg, 

1624, in-fol.; continuation de la Polyanthea de 
Jos. Langius ; un abrégé en fut donné à Stras- 
bourg, en 1624, in-8°; — Bibliofheca Exulum, 
seu enchiridion divinas humaneeque pru- 
dentiee ; Strasbourg, 1624, in-12; Francfort, 

1625, in-12 : recueil de maximes composées par 
Gruter, extrait de son Florilegium ethico-po- 
liticum; — Ovidii Opéra; Leyde, 1629, 3 vol. 
in-16 : il n'y a qu'une partie des notes qui soit 
de Gruter, les autres sont de Scaliger ; Je texte 
fut corrigé par Heinsius. Les lettres de Gruter 
sont disséminées dans plusieurs recueils ; il y en 
a vingt-quatre dans G. Camdeni et illustrium 
virorum ad eum Epistolas, Londres, 1691, 
in-4''; treize dans Marq. Gtidii et doctorum 
virorum adeum Epistolx, Utrecht, 1697, in-4° ; ; 
d'autres se trouvent dans les Epistolae celebrium 
eruditorumque virorum, Amsterdam, 170.5, - 
in-12 ; dans les tomes I et II de la SijUoge Epis- 
tolarum de Burniann; dans les tomes IV et T ; 
des Amœnitates litterarim de Schelhorn. 

E. Grégoire. 

E. Stida, /. Gruteri JV/ane.s ,• Erfnrt, 1628, in-3°. — 
F. Her. Flaytler, f'ita Grwter i. ; Tubinguc, 1628, ln-18. \ 
— Baltli. Venator, Paneçiyricus, J. Grntero dictus; dans 
[es Memoriœ Philosophnnim, de Hen. Witten; réim- ! 
primé avec l'ouvrage précédent dans le t. I des Inscrip- 
tionex de réditlon de Graviiis et dans les .Discurxus in 



269 



GRUTER — GRUYÈRE 



I Tacitum de Gruter de l'édUlon faite à Leipzig ea 1679. 
_ Sweertius, Mhensb Belgicse. — Foppens, BM. belgica. 
' — Bayle, Dictionnaire. — Nicéron , Mémoires, t. IX . — 
Paquot, Méin. pour servir â l'hist. littér.' des dix-sept 
provinces des Pays-Bas , t. XVI. — Creuzer, Zur Ges- 
cbichte der classisc/i en Philologie , p. 93. — Sax, Ono- 
j masticon . t. IV, p. 7. 

I GRUTER (Pie?Te), médecin et épistolographe 
I néerlandais, né dans le Palatinat (1), vers 1655, 
' mort à Amsterdam, le 26 septembre 1634. Son 
■ père, Thomas Gruter, Néerlandais de naissance , 
! avait quitté la Hollande, parce qu'ayant embrassé 
la réforme, il avait à craindre des persécutions, 
et il s'était rendu à Duisbourg, où il fut nommé 
professeur de théologie. Gruter, après avoir 
étudié la médecine, lit un voyage de plusieurs 
années en Italie pour se perfectionner dans son 
art. Il alla ensuite pratiquer à Dixmude , puis à 
Ostende, où ii fut nommé médecin militaire 
pour la garnison. En 1620 il passa à Middelbourg, 
et de là en trois ou quatre autres endroits ; il se 
fixa enfin à Amsterdam. Gruter avait trois frères, 
tous adonnés à l'étude des belles-lettres, sm- 
lesquels on trouve quelques détails dans le 
tome XVI des Mémoires pour servir à V his- 
toire littéraire des dix-sept provinces des 
Pays-Bas. Il correspondait avec eux en latin; 
l'idée lui vint de recueillir les lettres échangées 
entre eux et d"en ajouter d'autres adressées à 
divers personnages. Sa latinité est des plus affec- 
tées ; outrant les défauts de Juste Lipse , Gruter 
recherche trop les archaïsmes et les tournures 
elliptiques. On a de lui : Epistolarum Centu- 
ria, suivie d'une Apologia pro eadem, qua 
ïnstituti sui, et styii abusa et latinismi pu- 
ritate abhorrentis , rationem reddit; Leyde, 
1609, in-12; — Epistolarum Centuria se- 
cwnrfa ; Amsterdam , 1629, in-12. E. G. 

Sweertius, Mhenx Belgicse — Bayle, Diction. — La 
Rue, Celetterd Zeelnnd, p. 332. — i'aqnot , Mémoires 
pour servir à l'histoire littéraire des dix-sept provin- 
ces des Pays-Bas, loin. XVI. 

GRCTHPTSE. Voy. Là. Gruthctsè. 
GRUYER (^n^oiwe, baron), général français, 
né le 15 mars 1774, à Saint-Germain (Haute- 
Saône), mort à Strasbourg, le 27 août 1822. Vo- 
lontaire dans un bataillon de son département , 
il fut élu capitaine, et fit les premières campagnes 
de la révolution. Il fut blessé à Fleurus, et se 
distingua à l'armée d'Italie. Blessé à Austerlitz , 
il devint en 1806 lieutenant-colonel des chasseurs 
de la garde impériale, fit les campagnes de 
Prusse et de Pologne , fut nommé colonel en 
1808 et attaché comme aide de camp au prince 
Borghèse, qu'il suivit à Turin. Promu au grade 
de général de brigade, le 6 octobre 1813, il eut 
deux chevaux tués sous lui en s'emparant du 
village d'Interbroch près de Tœplitz. Séparé, 
dans cette position , des autres corps de la 
grande armée, il réussit à la rejoindre après des 
efforts inouïs. Encore blessé à Leipzig, il revint 
à Lure ; mais quand cette ville tomba aux mains 

(1) Selon l'opinion peu probable de Sweertius, Gruter 
serait Dé il Zirikzée, en Zélande. 



27C 

de l'emiemi, Gruyer accourut à Paris, et accepta 
le commandement d'une brigade à la tête de la- 
quelle il parut à Montmirail , Château- Thierry, 
Champaubert et Montereau. Le 22 février 1814 
il reprit aux Russes Méry-sur-Seine ; mais il fut 
dangereusement blessé, et trente grenadiers 
le transportèrent à Paris. Nommé au mois 
de juillet suivant commandant du départe- 
ment de la Haute-Saône, il occupait ce poste 
quand le maréchal Ney, chargé de s'opposer 
aux progrès de Napoléon, arriva à Lons-le- 
Saulnier le 12 mars 1815. Il se rallia, comme le 
reste de l'armée, au nouveau gouvernement im- 
périal. A la seconde restauration, il fut arrêté, 
dans la nuit du 13 décembre 1815, et condamné 
à mort le 16 mai 1816 par un conseil de guerre. 
Les démarches de ses amis firent commuer sa 
peine en celle de vmgt ans de réclusion. Sa 
femme voulut partager sa captivité : elle accou- 
cha d'un fils en prison. Le duc d'Angoulème, 
passant à Strasbourg en 1817, s'intéressa au sort 
du générai Gruyei', qui fut rendu à îa liberté 
après vingt-huit mois de détention. L. L— t. 

Arnault, -lay, Jouy et Norvins, Bioyr. nouvelle des 
Conteînporatns. — Knbbe, Vieilh de Roisjolin et Sainte- 
Preuve, Binçr. univ. et port, des Contemp. — C. MuUié, 
Biogr. des Célébrités militaires des armées de terre et 
de mer de 1789 d 1850. 

GRUYÈRE (Maison de), seigneurs suisses, 
descendait d'un chef bourguignon qui avait suivi 
le roi Gondioc dans l'Helvétie occidentale au 
cinquième siècle de notre ère. Ce chef fut la 
souche des comtes de Gruyère, qui s'enrichirent 
par la culture, se tirent remarquer par leur bien- 
faisance , leurs fondations pieuses et leurs ex- 
ploits guerriers en Suisse et en Terre Sainte. En 
1268 le pays de Gessenai paya la rançon du 
comte Pi&rre Je»", et en 1348 deux cents vassaux 
suivirent Pierre III, son petit-fils, dans une 
guerre conti-e les villes de Berne et de Fribourg. 
Us lui sauvèrent la vie, et en récompense il les 
exempta de toute taxe, eux et leurs descen- 
dants. En 1383, Rodolphe V s'étant engagé dans 
des querelles étrangères, quelques-uns de ses 
sujets formèrent avec Berne un traité de bour- 
geoisie , qu'ils maintinrent contre leur seigneur. 
Lors de l'expédition de Charles le Téméraire, 
un seigneur de Gruyère combattit avec les Suis- 
ses. François ///, comte de Gruyère, n'ayant 
pas laissé d'héritiers mâles, tous ses biens pas- 
sèrent à un de ses parents , Jean de GruilÈke , 
seigneur de Mont-Salvens en 1501. Son fils , 3U- 
chel DE Gruyère, lui succéda en 1539. Mais son 
héritage était grevé de dettes. 11 entra au service 
de la France avec 5,000 hommes, et combattit à 
CerisoUeen 1544. Il n'en tira aucun profit, et dut 
vendreau pays de Gessenai tous les privilèges que 
celui-ci voulut acheter. Ses dettes s'accrurent 
encore. Il était en querelle avec Berne et Fribourg, 
qu'il avait refusé de reconnaître pour suzerains, 
et ne pouvait espérer aucun secours de l'empe- 
reur, dont il avait soutenu l'ennemi. Cité par ses 
créanciers devant le tribunal d'une diète gêné- 



271 



GRUYÈRE — GRYN^US 



272! 



raie des treize cantons, en 1553, il ne put obte- 
nir qu'un court délai. Il convoqua ses sujets, et 
leur offrit la liberté s'ils voulaient se charger de 
ses dettes. L'offre ne fut pas agréée. L'année 
suivante tous ses biens furent saisis ; sa femme 
conserva seulement sa dot. Le comte Michel ayant 
pris la fuite, les deux cantons payèrent sa dette, 
et se partagèrent le pays. La messe fut abolie et 
le protestantisme établi dans la partie échue à 
Berne. Le roi de France ne voulut rien faire 
pour le pauvre comte; celui-ci quitta alors son 
service, et se retira dans les Pays-Bas, où il trouva 
des amis et de l'argent. Alors il demanda à deux 
reprises , en 1 569 et 1 570, à racheter ses anciennes 
possessions ; mais les cantons ne répondirent pas. 
Philippe II voulait s'employer pour lui, lorsque 
la mort du comte Michel de Gruyère, arrivée au 
château de Thaloue (haute Bourgogne), en 1570, 
mit fin à ces débats. 

Son frère puîné, dom Pierre de Gruyère , qui 
avait embrassé l'état ecclésiastique et qui avait 
été nommé vicaire général du comté par le cha- 
pitre de Lausanne , prononça l'éloge funèbre du 
duc Michel devant le peuple assemblé. J. V. 

Lettres sur undes peuples pasteurs de la Suisse; dans 
la Collection des écrits de K.-C. de Bottstemn. — Hisely, 
Histoire des Comtes de Gruyère, Lausanne, 3 vol. in-S" . 

GRYFF, en latin Griphius {Christian), phi- 
lologue polonais, né à Frauenstadt (Prusse polo- 
naise), en 1649, mort à Breslau, en 1706. Après 
avoir achevé ses études aux universités alle- 
mandes , où il fit de grands progrès dans diver- 
ses langues, il fut nommé professeur de latin et 
bibliothécaire à Breslau. Il conserva cette der- 
nière place jusqu'à sa mort. Ses principaux ou- 
vrages sont : Entwurf von geistlichen und 
weltlichen Ritterorden ( Essai sur les ordres 
ecclés. etciv. ); Leipzig, 1697; — Traité sur 
Vorigine et le progrès de la langue allemande 
(en allemand); Breslau, 1708; — Fasciculus 
primus etsecundus lusuum ingenii; 1699; — 
Diatribe de Scriptoribus Galliee et Lotharin- 
giee; publ. dans le recueil de Jean-Albert Fabri- 
cius; — Dissertatio de scriptoribus historiam 
sseculi XVII illustrantibus ; Leipzig, 1710. 

N. K. 

Jeta Eruditor., Leipzig, 1706. — Nlcérou, Mémoires, 
t. II. — Jôcher, Allgem. gel.-Lexikon, vol. XI. 

* GRYLLUS (rpuXXoç), fils aîné de Xénophon, 
tué en 362 , avant J.-C. Lorsque la guerre éclata 
entre l'Élide et l'Arcadie, en 365, au sujet des 
villes de la Triphylie , Xénophon et ses deux fils, 
Gryllus et Diodore quittèrent leur résidence de 
Scyllus, et se rendirent à Corinthe. Gryllus servit 
dans la cavalerie athénienne envoyée au secours 
des Spartiates contre les Thébains , et fut tué à 
la bataille de Mantinée. Il était de tradition chez 
les Athéniens et les Thébains qu'Épaminondas 
avait reçu la mort de la main de Gryllus, et ce 
fait était représenté dans la bataille peinte par 
Euphranor sur le Céramique. Les Mantinéens, 
bien qu'ils attribuassent la mort d'Épaminondas 
à Machserion, honorèrent Gryllus de funérailles 



publiques , et lui élevèrent une statue équestre. ! 
Suivant Diogène Laerce, la mort de Gryllus fut j 
l'objet d'épigrammes et de panégyriques sans» 
nombre. Y. ' 

Diogène Laerce, II, 52-SS. — Xénophon, HeUen.,\\\, 
4. — Anab., V, S; Ep. ad Sot. — Diodore, XV, 77. — j 
Élien, Far. Hist., III, 3. — Plutarque, Ages., 35. — Pau- 
sanias, I, 3; VIII, 9, il ; IX, 15. 

GRYNiEtrs OU GRUNJEtrs ( Simon ) , sur- 
nommé Major, théologien protestant et philo- 
logue allemand, né en 1493, à Veringen ( comté 
de Hohenzollern ), mort le 1*"^ août 1541, à Bâle. 
Il fit ses études à Pfortzheim et à Vienne, en- 
seigna ensuite la langue grecque dans cette der- 
nière ville, à Bude et à Heidelberg, vint en 1534 
à Tubingue pour inti'oduire dans les écoles et 
dans l'église des réformes que le duc Ulrich de 
Wurtemberg l'avait chargé d'opérer, et se fixa : 
enfin en 1536 à Bàle, où il mourut de la peste. Ami 
d'enfance de Mélanchthon , lié avec Luther, Cal- 
vin, Thomas Morus et autres personnages célè- 
bres du siècle delà réforme, Grynaeus embrassa i 
les nouvelles doctrines avec la fermeté d'un hon- 
nête homme qui est convaincu que sa cajuse est 
bonne. Dangereusement exposé à plusieurs re- 
prises, il parvint toujours à se soustraire aux 
persécutions de ses adversaires, grâce à la pro- ; 
tection de quelques amis influents auxquels les 
grandes qualités de Grynaeus avaient inspiré le 
plus vif intérêt. Il fut présent à la diète de Spire 
et au colloque de Worms, fit en 1531 un voyage 
en Angleterre pour conférer avec Thomas Morus, 
et assista É rasme de Rotterdam à son Ut de î 
mort. Il partagea l'amour passionné de ce der- 
nier pour les lettres classiques, et contribua beau- 
coup aux progrès des bonnes études en Alle- 
magne. Ce fut lui qui découvrit dans un couvent, 
aux bords du Rhin, les cinq derniex'S livres de 
Tite Live et qui les remit à Érasme, auquel nous 
devons la publication de ce précieux manus- 
crit (1) (Bâle, 1531, in-fol. ). Les principaux tra- 
vaux de Grynaeus sont : la traduction latine de 
la Vie d'Agésilas de Plutarque, d'une partie des 
Homélies de saint Jean Chrysostomesur la pre- 
mière épître de saint Paul aux Corinthiens et de 
quelques Traités d'Aristote; Bâle; — l'édition 
des Vies de Plutarque en latin et de la traduc- 
tion des Œuvres de Platon par Marcile Ficin, 
avec des corrections et des préfaces , — la i)re- 
mière édition grecque des Veterinarii medïcl , 
Bâle, 1537, in-4°, et de YAlmageste de Ptolé- , 
mée, ibid., 1538, in-fol. ; ~ Novus Orbis re- 
gionum ac insularum veteribus incogni- 
tarum, cum tabula cosmographica, aliisque 
17 scriptoribus consimilis argumenti ; Bâle, 
1532, 1535, 1537, 1555, in-fol. : curieuse compi- 
lation, que l'on peut considérer comme la pre- 
mière histoire générale des voyages. On y trouve 
les relations de Marco Polo , d'Hayton , de Ca- 
damosto , de Colomb , de Vespucci , de Cor- ; 

(1) Le manuscrit original trouvé par Gryneeus est 
conservé dans la Bibliothèque impériale de vienne, cod. ! 
inss.297. Foy. Lambecius, t. III, p. 495. 



278 

tez/etc; — Epistolade obitu Œcolampadti, 
imprimée en tête du Commentaire d'Œcolam- 
pade zur Ezéchiel et du Recueil de ses lettres; 
traduction française dans les Vies des princi- 
paux Réformateurs; Orléans, 1564, in-S" ; — 
Somnium ad cl. vir. Jacob. Sturmium, car- 
mine heroico;B&\e, 1541, in-8° ■, — Encomium 
Medicinas; MA., 1542, in-8° ; — Tractatus de 
utilitate legendee histoi-ias , en tète de diffé- 
rentes éditions de Tite Live ; dans le Penus artis 
Mstoricse de Jean Wolf, Bàle, 1579, et dans le 
BasUeensium Monumentorum Antigrapha; 
Liegnitz, 1602, in-S", et Bâle, 1661, in-4°. 

Samuel Grïnjebs l'aîné, fils du précédent, 
né à Bâle, en 1539, mort en 1599, s'est distingué 
comme jurisconsulte. 11 exerça pendant plusieurs 
années les fonctions de syndic de la ville de Bâle. 

Samuel Gryn^us, le jeune, fils du précédent, 
né à Bàle, le 21 septembre 1595, mort le l"mars 
1658, ouvrit dans sa ville natale une école de 
théologie , et laissa après sa mort plusieurs ou- 
vrages en manuscrit, qui n'ont pas été imprimés. 

R. LiNDAU. 

Pantaléon, Prosopograph., P. III, p. 211-213. — Vos- 
slus, De Scicntiis Mathemat., c, LVii, § 7, p. 33i, et 
c. Lxv, § 11. p. 375. — Pope-Blount, Censura celebr. 
Juctor., p. 570, sqq; — Baillet, Jugements, t. II, p. 156, 
n. 346, et p. 891, n. 826. — Jo. Moller, Uomonymoscop., 
sect. II, c. VI, § 33, p. 680. — Baelius, Lexicon Criticum, 
t. II. — Heumann , f^ia ad Histor. Lit., c. iv, § LUI, 
p. 160. — Jac. Brucker , Historia critica Philosoph., 
t. IV. period. III, pars I, L. Il, c. i, § XII, p. 105, sqq. — 
Catal. Bibl.Bunav., t. 1, vol. II, p. 1288. — Freytag, Ad- 
parutus lAtterarius, t. III, p. 497, sqq. — Melch. Adam, 
ntœ Theolog., p. 56.— Verheiden, f^itx Theolog. — 
Athenx Rauricse in professoribus Novi Testamenti , 
n. II, p. 69-72. — Relmmann , Uist. Littcrar., vol. IV, 
p. 207, sqq.; vol. V, p. 497. — Nachricht vonder Stolli- 
scfien Bibliot/iek, vol. I, p. 65. 

GRYN.^us {Thomas ), neveu de Simon Gry- 
oaeus major, né à Veringen , en 1512, mort à 
Rœtein, le 2 août 1564. 11 fut élevé par son oncle 
Simon, professa les langues anciennes à Bâle et 
ï Berne, et embrassa, à l'exemple de son bien- 
"aiteur, les nouvelles doctrines religieuses. Le 
margrave Cliarles de Bade, qui commença alors 
i introduire la réforme dans son pays, le nomma 
pasteur et surintendant ecclésiastique à Rœtein, 
3ù il mourut, de la peste, âgé de cinquante-deux 
ms. Il laissa quatre fils, dont Simon et Jean-Jac- 
ques ( voir plus bas ) ont acquis une certaine ré- 
putation. R. L. 

Pantaléon, ProsopogrûsjjA., m.— Adam, T/ieolog.,p.i9l. 

GRYNJEUS ( Simon ), surnommé minor, fils du 
précédent, né à Berne, le i" décembre 1539, mort 
îBàle,Ie 3 septembre 1582. Il professâtes mathé- 
matiques et exerça la médecine à Heidelberg, 
noais quitta cette ville à cause de quelques discus- 
sions religieuses, et se fixa, en 1580, à Bâle, où il 
mourut, deux ans plus tard. On a de lui : Com- 
mentarii duo : de ignitis meteoris unus ; 
alter de cometarum causis et significationi- 
bus ; accessit observatio cometse gui anno su- 
neriore 1577 et ab initia IblS fulsit ; et dis- 
mtatio de inusita magnitudine et figura Ve- 
neris conspecta in fine anni 1 578 et ad ini- 



GRYN^US 274 

tium 1579; Bâle, 1580, in4°. Cet ouvrage a.eté 
attribué par erreur à Grynaeus l'aîné, mort 
trente-neuf ans avant l'apparition du livre en 
question. R. L. 

Jos. Moller, Homonymoscopia., sect. II, c. vi, § 53, 
p. 680. — F.-G. Freytag, Adparatus Litterarius, t. III, 
n. 207, p. 772. — Athenœ Rauricœ in professoribus ethi- 
cœ, n. VI, p. 485-426. 

GRYN.ECS [Jean-Jacques], troisième fils de 
Thomas Grynaeus, théologien suisse, né à Berne, 
le 1^'' octobre 1540, mort à Bâle, le 30 août 
1617 (1). Il fit ses premières études à Bâle, sous 
Thomas Plater, père du médecin de ce nom, et 
se livra ensuite tout entier à la théologie. Nommé 
diacre à Rœtein en 1559, il obtint en 1565 la 
place de ministre que son père y avait occupée, 
et qu'il garda pendant douze ans. Il vint alors 
à Bâle, où il enseigna la théologie jusqu'à l'an 
1584, et de là il passa à l'université de Hei- 
delberg, où Jean Casimir, administrateur du 
Palatinat, l'avait attiré. Il resta dans cette der- 
nière ville pendant deux ans, au bout desquels 
il retourna à Bàle, où il exerça jusqu'à sa mort 
les fonctions de premier ministre de la ville. 
On a de lui : Variorum Patrum Grxcorum 
et Latinorum Monumenta orthodoxographa ; 
Bâle, 1569, 2 vol. in-fol. ; — Ecclesiastica His- 
toria Eusebii , Pamphili, Ruffini, Socratis, 
Theodoreti, Sozomeni, Theodori, Evagrii, et 
Dorothei, in locis obscuris innumeris illus- 
trata, dubiis explicata, mutilis restituta; 
Bâle, 1571, 1588, 1611, in-fol. ; — Epitomes 
Sacrorum Bibliorum , pars 1", complectens 
Veteris Testamenti, tum librorum tum ca- 
pitum, argumenta ; Bâle, 1577, in-8" ; — Cha- 
racter Christianorum , seu defidei, spei et 
charitatis doctrina, etc. ; Bâle, 1578, in-8° ; 

— Synopsis Historiée Hominis, seu de prima 
hominis origine, ejusque corruptione , re- 
conciliatione cum Deo et œterna salute, thè- 
ses 200 in Academia Basileensi anno 1579 
propositse. Accesserunt thèses analyticse 
Symboli Apostolici ; Bêile , 1576, in-8°; — 
Chronologia brevis Historias Evangelicœ ; 
Bâle, 1580; — Sciagraphia Sacras Theologix 
secundum très methodi formas , synthesim, 
analysim et definitionem, delineata. Item 
thèses 60, complectentes prxcipua quaedam 
religionis nostrx capita et totidem de studio 
theologico ; BMe, 1577, in-4'> ; — Censura 
theologica de prima Antichristianorum er- 
rorum origine; Heidelberg, 1484'; — Theore- 
mata et Problemata theologica ; Bkle, 1590, 
3 vol. ; — De Viris illustribus quorum opéra 
Deus in reformandis ecclesiis usus est ; 1602 , 

— un grand nombre de commentaires et de dis- 
cours. R. LiNDAO. 

Tob. Mag'm, Eponymolog. — Crenius, Animadv. Philo- 
log., p. Xlll, p. 132-133; P XVI, p. S2-54. - Jo. Fabrlciiis, 
Uistôria Biblioth., P. VI, p. 418-421. — Dan. Gerdes, Flo- 
rileg. Lib. rar., p. 153. — Catal. Biblioth. Bunav., t. I, 



(1) Et non le 81 août 1618, comme le dit la Biographie 
Mtcbaud. 



276 



GRYN.ËUS 



vol. II, p. H*8, — At/ienœ Itauricas in professoribus Fe- 
teris Testamenti, n. vi, p. 29-3*. — M. Aciami, Fitas 
T/wologorum Germanorum. — Nicéron, mémoires, 
YOl. Xixvil, p. S07-S1S — Witte, Diar. Biogr., ad. an. 
1617. — Freher, Theatr. claror. Firor., P. I, p. 392. — 
Uhse, Lëben (1er beruhmtesten Kirchen Scribenten, p, 196. 
— Zeltner, De firis theolog., Alsdotf, p. 64, sqq. 

GRYiV^US { Jean ), théologien suisse, né en 
1805, à Leufeifingen (canton de Bâle), mort le 
11 avril 1744, à Bâle. Il étudia la théologie, et 
acquit en même temps de très-bonnes connais- 
sances des langues orientales. Durant les der- 
nières sept années de sa vie il occupa une chaire 
à la faculté tiiéologiquc de Bâle. On a de lui : 
Opuscula Theol. miscell. ; Bâle, 1746,in-8°, 
qui le montrent comme savant théologien et phi- 
lologue. R. L. 

Catal. Bibl. Bunav., t. I, vol. Il, p. 1288. — Mhense 
Rauricas in professoribus Novi Testamenti, n. XIV, 
p. 79-81. — M. Lutz , NeKroi. denkw. Schweizer atts 
dem XFiJlten Jahrh.; Aarau, I812, p. 187. 

grvNjECS (Simon), théologien et philologue, 
dernier représentant d'une famille illustre eu 
Suisse, né en 1725, àBâle, et mort en 1799, dans 
cette même ville. A l'exemple de ses ancêtres, 
il s'adonna à l'étude de la théologie. Il aimait • 
passionnément les belles-lettres, et fut très-versé 
dans la littérature française, anglaise et latine. On 
lui doit une traduction de V Ancien et un Nou- 
veau Testament et des traductions de Jnvénal, 
de Thomas a Kempis , de l'Éloge de la Folie 
d'Érasme, de plusieurs ouviages anglais, etc. 
Tous ces travaux parurent anonymes. R. L. 

M. Lutz, JSehrol. denkw, Schweiz. ans d. XP'lllten 
Jahrh. 

GUTPH , en français Gryphe , en latin Gry- 
phius {Sébastien), imprimeur allemand, né à 
Reutlingen (Souabe), en 1493, mort à Lyon, le 
7 septembre 1556. Il vint encore* jeune s'établir 
à Lyon, où il ouvrit ses ateliers d'abord rue Tho- 
massin, puis dans une maison devenue l*hôtel 
de Liergues, de la rue Sala. Il se rendit célèbre 
par la netteté de ses caractères etla correction de 
ses éditions, il avait pris pour emblème un griffon 
sur un cube lié par une chaîne à un globe ailé. Sa 
devise était: Virtuteduce, comité fort u}ia, em- 
pruntée àCicéron; quelquefois il y substitua ces 
deux vers de Juvénal : 

NuUura numen abest si fit prudentia ; sed te 
Wos tacimus, lortuna, dearn, cœloque locamus. 

Maittaire(t. Il, p. 266-277) a donné la liste des 
ouvrages sortis des presses de Gryph entre les 
années 1528 et 1555; quoique quelques-uns y 
soient omis, leur nombre dépasse trois cents , 
ce qui est très-remarquable pour cette époques 
prouve quelle était alors l'activité de l'imprime- 
rie de Lyon. Nous citerons seulement sa belle 
Bible latine de 1 550, dont les caractères sont purs, 
arrondis et les plus grands qui eussent paru 
jusque alors. Quelques fautes, de très-peu d'im- 
portance, sont indiquées dans un errata, que 
Gryph plaça non pas à la fin, comme on le fait 
d'ordinaire, mais immédiatement après le titre, 
se faisant gloire de ce petit nombre de fautes 
datis un ouvrage <riiiie toile éi(!ndue. Cependant. 



— GRYPH 276, 

en général ses éditions offrent peu de charme : 
aux yeux, à moins, ce qui est rare, que le papier 
n'ait conservé sa Ijlancheur. i 

Jules-César Scaligei-, en tête de son livre De , 
Causa Linguae Latinas {Lyon, 1540, in-4''), 
écrivait à Gryph : <( Tuam , mi Gryphi , veram 
pietatem, excellentem eruditionem, insignem hu- 
manitatem bis nostris lucubratiunculis et preeesse - 
volui et moderari )) , etc. Conrad Gesner lui ' 
dédia le douzième livre de ses Pandectes, et fit 
l'éloge de cet habile imprimeur dans une épître, 
dédicatoire, où l'on remarque ces mots : « Innu- 
meris libris , optima fine , summaque diligentia 
elegantiaque procussis, maximam tibi gloriam 
peperisti. » Dolet lui dédia aussi le quatrième 
livre de ses poésies : « Et amicitise quse tibi me- 
cum jamdudum intercedit, pignus seternum at-; 
que perpetuum »; et Jean Voulté composa sur lui 
l'épigramme suivante, dans laquelle il le compare 
aux deux plus habiles imprimeurs de l'époque: 

Inter totnorunt iibros qui cudere, très sunt ; 

Insignes : langiiet csetera turba famé. < 

f'astigat Stephanus, sculpsit ColinSus, utrumque 

firyphius edocta mente manuque facit. 

Dans son édition des Nugse, Lyon, 1538, Ni- 
colas Bourbon lui adressa ces vers : 

En libt coramitto mea ludicra, candide Gryphi, 

Ut subeant lucem pumice tersatuo; 
Interea, dum piura tibi ac meliora parantur 

Quae nondum liraam suslinuere satis, 
Ergo tuo ex praelo fac talis prodeat iste '. 

Ut volitet toto spiendidius orbe liber. 

Les premières impressions de Gryph datent de 
1528, et ses dernières de 1547. La plus remar-, 
quable est Commentaria Lingiim Latina) de 
Dolet (1536), formant deux vol. in-fol. chacun de 
1800 colonnes, dont la correction est telle qu'elle 
n'a nécessité qu'un errata de huit fautes. Cet 
ouvrage est imprimé en caractères italiques, ca- 
ractères que Gryph employait de préférence aux 
romains. Le frontispice est décoré d'un bel enca- 
drement, dans lequel on voit les Muses avec les 
grands poètes et prosateurs grecs et romains pr*"- 
sidés par Salomon, placé entre Platon et Socratc. 

Charles Fontaine, dans ses Étrennes à certains 
seigneurs et dames de Lyon, a composé sur 
Gryph ce bizarre quatrain : 

La grand'griffe qui tout griffe 

A griffé le corps de Gryphe; 

Le corps de ce Gryphe ; mais 

Non lelos, non, non, Jamais! 
Bayle, Dict. nist. — Chevilller, Origine de l'Imprime- 
rie, 'p. 1.10. — Baillet. Jugements des Savants. 1. 1, p. 208. 
— Ménage, Ànti-Baillet.— De Vauprivas, Prosopo(ira-\ 
phie. — Bayle, Dictionnaire critique. — Colonla, Hislolrc 
littéraire de Lyon, t. Il, p. 592. - L'abbé Pernetti , /,«« 
Lyonnais dignes de Mémoire, t. I, p. 301. 

GRYPH {Antoine), imprimeur français, fils; 
du précédent, exerça avec distinction l'état de son ' 
père, dont il soutint la réputation. La seconde 
édition du Thésaurus Linguec Latinse, qui con- 
tient plus de 3,000 colonnes grand in-folio, est en- 
core regardée comme une œuvre hors ligne. Use 
servaitdelamême marque et devise que son père. ' 

GRYPH (FnoifOi!."; ), imprimeur français du 
milieu du seizième siècle, et frère de SébastiWi 



277 



ai-yph, habitait Paris. Il se fit aussi remarquer 
jar son savoir. Au contraire de son frère, il se 
servait plutôt du caractère romain que de ïiia- 
lique. Il avait gardé pour marque le griffon de 
iâ famille, mais ea avait changé la devise en celle 
ie Vires et Ingenium. 

Un troisième frère, Jean, imprimait à Venise 
ivec la devise du griffon entourée d'un bel en- 
cadrement. 

Plusieurs autres membres de cette famille se 
sout encore distingués dans la profession d'impri- 
meur, en Italie, en Allemagne et en Hollande. La 
forme de leur nom s'est altérée suivant le pays 
qu'ils habitaient : c'est ainsi qu'à Venise, à Pa- 
doue, ils prennent le nom de Gn;5^o, à Hambourg 
celui de Gree/f, etc. A. F.-D. 

Jean-Théodore Leubscher, Schediasmade Claris Gry- 
ohiis , Brieg, 1]02, in-4° ; le même, ATCOCTTracTfiàTa 
[itUraria , Breslau, 1705, in-i". — Nova litteraria; 
Hambourg, 1703, p 88 et 91, et 1705, p. 9. — Dibdin, De- 
•Aimeron, t. il , p. 124. 

GRYPHiANDER {Jean) ,\\tëioi-'wxi et juris- 
consulte allemand, né vers la fin du seizième 
siècle, à Oldenbourg, mort en décembre 1652. 
Il commença ses études à Brunswick; mais 
pour vivre il fut forcé de se faire pendant quel- 
que temps négociant. Ensuite il acheva ses étu- 
des à Helmstaedt et à léna. Il fut nommé dans 
cette dernière ville professeur d'histoire et de 
' poésie en 1612. Deux ans après, il se fit recevoir 
docteur en droit. En 1618 il fut nommé conseiller 
et juge dans sa ville natale. On a de lui : Phœnix 
Poetarum carminibus celebratus et comnien- 
•Jario illustratus ; 1618, in-4°; — De Insulis 
Tractatus , in quo plurimx quxstiones de 
mari, fluminibus, littoribus , portubus, 
aqueediictibus , navigationibics excutiuntur ; 
Francfort, 1624, in-4° : cet ouvrage contient un 
exposé historique sur toutes les questions dans 
lesquelles les mers et les fleuves jouent un rôle; 

— Commentarius de Weichbildis Saxotiicis, 
sive Colossis Rulandinis urbium quarumdam 
Saxonicarum ; Fvàndovt , 1625, in-4°; Stras- 
bourg, 1666, in-4°; ouvrage intéressant, dans le- 
quel Gryphiander réunit les documents histo- 
riques et fabuleux de l'histoire de Roland, et où 
il examine l'origine des statues gigantesques con- 
nuts en Saxe sous le nom de colosses de Roland ; 

— Œconomicorum legalium , s eu de arte ac- 
(ji'irendi et conservandi patrimonii , Libri II ; 

' Brème, 1662 -. publié par le fils de Gryphiander. 

I On à encore de lui : Meditationes Politico- 

Juridicx, et Collegïum Politicum. E. G. 

Freher, Theat. erudit. yirorum. — Beyer, Prof essores 
leneiises , p. 1014. — Zeumer, yUœ Pro/essorum Jetien- 
.■:i«»i, class. IV, p. 161. — Baylc, Dict. 

* i&RZEPSRi {Stanislas Grepidsou), philo- 
loe,ue et mathématicien polonais, né dans le duché 
de'Varsovie, en 1526, mort en 1 572. Il fut profes- 
seur à l'université de Cracovie. Ses principaux 
ouvrages sont : Ihio Poemata Gregorii Na- 
zianzeni theologi : alterum de virtute homi- 
nis, alterum de vitx itineribus et vanitate 
rerum , hujus sancti , scholiis .explicata ; 



GRYPH — GUACANAGARI 278 

Cracovie, 1561 : c'est un commentaire sur l'un 
des ouvrages de saint Grégoire de Nazianze ; — 
DemultipUcisicloet talentohebraico. Itemde 
mensuris hebraicis, tam aridorum quam liqui- 
dorum, etc.; Anvers, 1568; — Geometrya, 1. 1. 
Miernicka Nauka { Géométrie ou Étude des 
mesures, tracée d'après les ouvrages grecs et la- 
tins ); Cracovie, 1566. 



N. K. 

CUodyniecki , Dykcyonarz Vczbnych Polahow ( Dic- 
tionoaire des Polonais érudlts ), tora. I. 

GUA DE MALVES ( Jean-Paul de) , mathé- 
maticien et polygraphe français , né à Carcas- 
sonne, en 1713, mort en 1788. Il embrassa l'état 
ecclésiastique, et se livra plus particulièrement à 
l'étude des mathématiques. Il obtint la chaire 
de philosophie au Collège de France, et la conserva 
quelques années. En 1740 il était au nombre 
des membres del'Académiedes Sciences. Homme 
entreprenant , il s'engagea dans des entreprises 
qui compromirent à la fois sa fortune et sa santé. 
En 1754, il forma un projet d'exploitation des 
mines d'or du Languedoc, et se chargea de l'essai, 
qui ne réussit pas. Un procès avec sa famille 
acheva de le ruiner, et il mourut dans l'indi- 
gence. Il était membre de la Société des Arts de 
Londres et de l'Académie de Bordeaux. On a 
prétendu que ce fut lui qui donna à Diderot l'idée 
et le plan de V Encyclopédie. 11 a publié les ou- 
vrages suivants : Usage de l'analyse de Des- 
cartes pour découvrir, sans le secours du 
calcul différentiel, les propriétés ou affec- 
tions principales des lignes géométriques de 
tous les ordres; Paris, 1740, in- 12; — Voyage 
d'Anson autour du monde, trad. de l'anglais , 
1740, in-4'', ou 4 vol. in-12; — Dialogues entre 
Hylas et Philomoûs contre les sceptiques et 
les athées par G. Berkeley, trad. de l'angl. ; 
Amsterdam (Paris), 1750 et 1785, in-8°; — 
Essai sur les causes du déclin du commerce 
étranger de la Grande-Bretagne, trad. de 
l'angl. du cavalier Decker ; 1757, 2 v. in-12; — 
Discours pour et contre la réduction de l'in- 
térêt de l'argent, traduits de l'angl., avec un 
avant-propos du traducteur; Wesel et Paris, 
1757,in-8°. Guyot de Fère 

Desessarls, Les Siècles littéraires de la France. — 
Annuaire de l'Jude , 1851. 

* GUACANAGARI , cacique haïtien, né dans 
la seconde moitié du quinzième siècle , mort en 
1499. Ce chef, qui fit la première alliance des In- 
diens avec les Espagnols, appartenait à la race 
des Igneris. Il dominait dans la grande île de 
#jisquey, ou d'Haïti , le beau territoire baigné 
par le golfe de la Samana, depuis l'Artibonite 
jusqu'au delà de Monte-Christo. Ce territoire 
fertile portait le nom de Marien, et comprenait 
cinq provinces : Baijnoa , Gualiabu , Hatiey, 
Ignamuco et Dahabon.ll s'en faut bien que l'his- 
toire puisse le placer parmi ces chefs sauvages 
dont le courage brutal avait asservi son île. ïrès- 
supérieur aux Caraïbes, il était parvenu à un 
degré de civilisation qu'on peut mettre hardi- 
ment au-dessus de la civilisation naissante de 



279 



GUACANAGARl — GUADAGNI 



280 



Tonga-Tabou, des lies Sandwich ou de Tahiti. 
Ses sujets connaissaient l'art de travailler les 
métaux précieux , cultivaient régulièrement cer- 
taines plantes alimentaires et savaient tisser le 
coton. On fixe au 22 décembre 1492 l'époque 
où il eut pour la première fois une entrevue 
avec les Espagnols ; et comme l'a dit son der- 
nier historien , l'étiquette de son agreste cour of- 
frait les rudiments d'une civilisation naissante qui 
n'était pas dépourvue d'élégance et de recherche 
au milieu de sa simplicité. Ce fut sur l'emplace- 
ment de la ville du Cap , à côté du bourg de 
Guarico, que fut édifié le premier fort construit 
par les Européens dans le Nouveau Monde. Lors 
de son retour en Europe, Christophe Colomb 
confia le commandement de ce poste à Diego de 
Arana , qui avait pour lieutenant Pedro Guttie- 
rez , oliîcier de la maison royale. Les Européens 
formant le noyau de ce premier établissement 
se montaient en tout à 42 hommes (à 38 ou 39 
selon d'autres ). Ce fut le 2 janvier 1493 que 
Christophe Colomb plaça solennellement ses 
compatriotes sous la protection de Guacanagari 
et qu'il quitta Puerto-Real. Ainsi que nous le 
prouve Oviedo , le fort carré édifié alors offrait 
une certaine sécurité aux Espagnols. Bâti avec 
les poutres d'un navire échoué, renforcées par des 
murailles en terre , il aurait pu les préserver 
contre les armes débiles des Igneris et même 
contre le courage formidable des Caraïbes (1). 
L'amiral n'eut pas plus tôt quitté les rivages de 
l'Ile que les nouveaux colons, s'abandonnant à 
tous les mauvais instincts , soulevèrent les po- 
pulations voisines contre eux. Ils s'étaient di- 
visés, et périrent tous sans exception. L'innocent 
Guacanagari ne put les sauver d'une destruc- 
tion complète. Lorsque Christophe Colomb se 
présenta de nouveau devant ces l'ivages et de- 
manda compte au jeune cacique des hommes 
qui lui avaient été confiés, à défaut du courage 
qu'il eût dû puiser dans sa boime foi, Guacanagari 
tenta de se tirer de ce mauvais pas en employant la 
ruse: il feignit d'avoir été dangereusement blessé 
en défendant les chrétiens. Sa défense avait été 
réelle; il avait tenté de défendre ses hôtes contre 
la fureur de Caonabo et de May Reni, mais aa 
blessure offrait si peu de gravité qu'on pouvait 
la croire feinte. Cette circonstance n'échappa 
point à l'esprit observateur et défiant du P. Boïle, 
ce rehgieux qui avait accompagné Colomb lors de 
son second voyagea la suite d'une fraude pieuse 
dont la responsabilité doit tomber tout entière sur 
Ferdinand. Le P. Boïle, dans son zèle exagéré, 
voulait que l'on s'emparât de la personne de Gua- 
canagari; Christophe Colomb résista. Mais la 
passion dominante du cacique ne tarda pas à le 
perdre- Accoutumé à passer sa vie au sein des 
voluptés faciles , que permettaient le doux climat 

(!) « E fico haccr un castillo quadrado a'raancra de pa- 
lenqiie, con la itiadera de la caravela capitana ogalega... 
c non faxina e tierra lo mejor que se pudo fabricar en 
la Costa. » Foy, Oviedo, t. I, édlt. de l'Académie. 



du Marien et l'état social du peuple qu'il gou- 
vernait , ce jeune chef ne semblait vivre que pour i 
le plaisir. Durant une de ses visites à bord de 
l'amiral, il distingua l'une des Indiennes que; 
l'expédition ramenait , après lui avoir fait con- 
templer les merveilles de l'Europe ; on l'avait 
nommée au baptême Catalina; les regards du 
jeune souverain firent oublier un moment 
à la néophyte les préceptes de sa nouvelle loi , \ 
et surent lui indiquer d'une façon précise la ma- 
nière dont elle devait quitter les chrétiens pour 
venir le rejoindre.. Soit que l'exact décorum au- ; 
quel obéissait le cacique lui en fit une loi, soit 
que l'on craignît l'oreille subtile de Diego Co- \ 
lomb , l'interprète lucayen de l'expédition , pas 
un mot n'avait été échangé entre les deux amants, 
et cependant au bout de quelques jours Cata- 
lina, se jetant à la nage avec plusieurs de ses 
compagnes , joignait le jeune souverain, et fuyait 
avec lui au sein des forêts , sur des hauteurs 
inaccessibles. Les États de Guacanagari furent 
dès lors abandonnés aux déprédations des Euro- 
péens , et une centaine d'Espagnols , dont il to- 
lérait encore la présence, achevèrent de le rui- 
ner, sans qu'il sedécidât à les repousser. Il devint 
suspect à Caonabo, l'implacable ennemi des Eu- 
ropéens , le chef de la coalition qui s'était formée 
contre eux; on arma contre le jeune cacique, 
durant cette guerre des Indiens contre les In- 
diens, et il eut la douleur de perdre cette belle Ca- 
talina pour laquelle il avait fui la présence de Co- 
lomb. Après cette mort il se rapprocha de nouveau 
de l'amiral, et lui jura encore fidélité. F. Denis. 
Documents particuliers. 

GUACCiniÂivi ou GiTAZZiMANi (Jacques)^ 
littérateur italien, né à Ravenne, vers 1 570, mort 
dans la môme ville, en 1649. Il entra d'abord dan.s 
la carrière militaire, puis après avoir fait en 
Hongrie plusieurs campagnes contre les Turcs"., 
il revint dans sa ville natale , et s'adonna à k, 
culture des lettres. On a de lui : RacoUa di So~, 
netti di autori diversi ed eccelenti delV età 
nostra; Ravenne, 1623, in-fol. Z. 

Ginani, Memorie storico critiehe degli Scrittori Ra- 
vennati. 

GîJACCiMANi (Joseph-Just), poète italien, 
de la même famille que le précédent, né à Ra- 
venne, en 1652, mort à Rome, en 1705. Il passa 
la seconde moite de sa vie à Rome , où ses ta- 
lents poétiques , lui firent trouver quelques pro- 
tecteurs. Malheureusement il s'engoua des rê- 
veries de l'alchimie , dépensa son talent et son 
argent à cherchei" la pierre philosophale , et 
mourut dans l'indigence. On a de lui : La Vit- 
toria délia santissima Vergine nelle passate 
guerre e miserie deiV Europa, ode; Rome, 
1698, in-4°; — LaNave d'Argo, osia la virin 
propria ed il merito del conte di Martinitz , 
ode; Rome, 1699, in-fol. Z. 

Ginani. Mem. stor. degli Scrit. Rav. 

GiTADAGNi ( en français Guadagne ), famille 
florentine, qui occupa les principaux emplois de 
son pays. Elle compte douze gonfàloniers et seize 



281 GUADAGNI 

prieurs ou seigneurs de la Liberté. Exilés de leur 
patrie, ils \inrent se fixer à Lyon, et y acquirent 
jes richesses considérables par le commerce. Il 
était passé en proverbe de dire : Riche comme 
Gadagne (1). Lesraembres les plus connus sont : 

Bernardo contribua en 1530 à l'expulsion 
des Médicis, les croyant dangereux pour la li- 
berté de Florence. Il fut nommé membre de la 
balle, créée au nom de la souveraineté du peu- 
ple. En octobre suivant, il fut confirmé dans sa 
charge. Alessandro Médicis s'étant emparé du 
pouvoir, le 5 juillet 1531 , Bernardo Guadagni 
rentra dans la vie privée. Cependant il ne cessa 
île travailler au rétablissement du gouvernement 
populaire, et prit une part active à plusieurs 
séditions. Cosme F'' de Médicis crut devoir le 
bannir de Florence en janvier 1537. Guadagni 
se réfugia en France, où il termina ses jours. 

Thomaso 1er, qui s'établit à Lyon , rendit de 



282 



bons services à François P"", auquel il prêta même 
cinquante mille écus après la bataille de Pavie. 
Fi'ançois P"^, sorti des prisons de Charles Quint, 
nomma Thomaso Guadagne son maître d'hôtel 
ordinaire , et lui accorda d'antres charges. Tho- 
maso Guadagne fit un noble emploi de ses reve- 
nus; il dota l'hôpital des pestiférés de Lyon et 
celui d'Avignon. 

Thomaso II, dit le Magnifique, était maître 
d'hôtel de Henri II. Il n'est connu que par sa 
bravoure et sa libéralité. Cette dernière qualité 
lui mérita son surnom. 

Guillaume 1er, fiig (Jq précédent et de Pernette 
de Berti, né en 1536, mort en 1598. Dès l'âge 
de dix-huit ans il combattait vaillamment. Il 
suivit en Allemagne ie maréchal de Saint- André, 
se trouva, le 13 août 1554, à la bataille de Renty, 
où Henri II défit les Espagnols, à la reprise de 
Calais sur les Anglais par le duc François de 
Guise ( 1-9 janvier 1558 ), à celle de Thionville, 
par le même duc sur les Espagnols ( 2-22 juin 
1558 ) , et à plusieurs affaires importantes. 
Henri II le choisit pour son sénéchal et le nomma 
lieutenant de roi dans le Lyonnais. Plus tard il 
l'admit au nombre des vingt-quatre gentils- 
hommes de sa chambre. Sous Charles IX Guil- 
laume de Guadagne contribua à enlever aux pro- 
testants Blois, Tours, Amboise et Bourges. Il se 
distingua aussi à la bataille de Dreux (1562). Il 
servit ensuite dans le Lyonnais, sous les ordres 
du duc de Nemours et sous Charles de Bris- 
sac au siège du Havre. Il leva même à ses frais 
une compagnie de deux cents hommes d'ar- 
mes, presque tous ItaUens , pour le service de 
Charles IX, qui le fit chevaher de son ordre. 
Du même pays que Catherine de Médicis, Gua- 
dagne était fort bien en cour ; il mit son poignard 
et ses sicaires à la disposition de cette reine lors 
de la Saint-Barthélémy, et selon l'expression ter- 

(1) Leurs armes étaient foud de gueules à la croix 
engrelée d'or. Leur écu portait pour cimier une tête de 
licorne en argent et pour support deux lions au naturel. 
Leur devise était : ExaUaoitur. 



rible d'un contemporain, « ils besoignèrent rude- 
ment «. Henri HI envoya Guadagne comme am- 
bassadeur en Allemagne et à Venise ; et à son 
retour de ces missions, il le fit conseiller d'État 
et gouverneur du Lyonnais , du Forez et du 
Beaujolais. Le 24 février 1589, Lyon s'étant in- 
surgé en faveur de la Ligue , Guadagni fut chassé 
de la ville, et rejoignit l'armée de Henri HI. 
Après l'assassinat de ce roi , le souple Guadagne 
se rallia à Henri IV, qui le chargea de plusieurs 
transactions délicates. Il mourut peu après, de la 
douleur que lui causa la perte de son fais unique, 
Gaspard, qui fut tué par les ligueurs dans une 
embuscade à Verdun-sur-Saône. Guillaume de 
Guadagne avait épouse .Jeanne de Sugni , dont 
il laissa cinq filles. L'aînée, Diane, fut mariée à 
Antoine d'Hostun, bai'on de La Baume. Leur 
fils aîné, Balthazar, reprit le nom et les armes 
des Guadagni ; il mourut sénéchal et lieutenant de 
roi du Lyonnais pour Henri IV. 

Guillaume II, duc de Guadagni , fils de Bal- 
thazar et de Renée du Clos, né à Lyon , fut lieu- 
tenant général en France. En 1 664 , le duc de 
Beaufort s'étant emparé, le 22 juillet, de Gigeri 
( Barbarie ), il en confia le gouvernement à Gua- 
dagni. Celui-ci fut bientôt bloqué par les Mau- 
res ; il abandonna ses canons, ses équipages dans 
la nuit du 29 au 30 octobre, et s'embarqua avec 
sa garnison. Ce départ se fit avec tant de préci- 
pitation qu'un bâtiment qui portait la plus grande 
partie du régiment de Picardie, sombra en vue 
des côtes sous le poids de son chargement : il ne 
paraît pas qu'aucun des passagers ait pu être sauvé. 
Plus tard Guadagni entra au service des princes 
italiens , et commanda les flottes papale et véni- 
tienne. Il obtint de brillants succès sur les Turcs. 

Giambatista, diplomate florentin, frère de 
Guillaume F'". Il avait pris la carrière ecclésias- 
tique. L'un des favori»de Catherine de Médicis , 
il la servit activement dans ses trames politiques. 
Charles IX l'attacha comme conseiller ou plutôt 
comme surveillant à La Noue lorsque ce seigneur 
vint traiter avec les protestants de la reddition 
de La Rochelle (5 novembre 1572). En juin 1574, 
Catherine de Médicis le dépêcha de nouveau au- 
près de Gontaut de Biron, qui commandait les 
forces catholiques dans le Poitou et qui se trou- 
vait alors en présence de La Noue. Le P. Guada- 
gni réussit à amener une trêve de deux mois 
entre les deux partis. En octobre et décembre 
1586, Guadagni fut encore chargé par la reine 
de traiter avec Henri de Navarre ; il ne put con- 
vaincre ce prince des bonnes intentions de la 
cour de France , mais il amena les conférences 
de Saint-Bris ( 10 et 14 décembre 1586). On 
ignore l'époque de sa mort. 

Bernardo- Gaetano , en religion Jean -An- 
toine de Saint -Bernard , prélat italien, né à 
Florence,le 14 septembre 1674, mortaprès 1733. 
Il était fils du marquis Donaîo-Mario de Gua- 
dagni et de Maria-Madalena Corsini , sœur du 
pape Clément XII. Il fit profession dans l'ordre 



?83 



GUADAGISI — GUADAGNINI 



284: 



des Carmes déchaussés, au couvent d'Arezzo 
(Toscane), le 11 novembre 1700. Après avoir 
été successivement maître des novices, plusieurs 
fois prieur et provincial à Florence, il fut nommé 
par le pape Benoît XIII , le 20 décembre 1724, 
à l'évêché d'Arezzo, et il reçut le 26 novembre 

1730 le paliium , des mains de Clément XII. 
Le 24 septembre 1731 le même pontife le créa 
cardinal du titre d»^ Saint-Martin-aux-Monts. Ce 
pape lui assigna en même temps les congréga- 
tions des évêques de l'immunité, de la disci- 
pline régulière, et des sacrés rits. Le 28 février 
1732, Jean-Antoine de Saint-Bernard fut nommé 
vicaire général de Rome. Il exerça cette fonc- 
tion jusqu'à sa mort. A. de L. 

De Thon, HUtoria sui temporis, 1. LUI, p. 647, et I. 
LXXXXIIU, p. 405. - Oavila, liv. V. — Le P. Anselme, 
Histoire généalogique des Grands-Officiers, etc. — 
Tristan, ha Toscane française. — Le P. Ménétrier, 
Éloge liistorique de la Maison de Guadagne. — Mé- 
moires de la Limite, t. III, p. 271-286. — Auberi, Histoire 
des Cardinaux. — Mong\at, Mémoires, t. Ll, p. 131. — 
Limiers, Histoire de France, 1. V, p. 58. — Sismondi , 
Histoire des Français, t. XVIII, p. 205, 289; t. XX, 
p. 229, 501 ; t. XXV, p. 56. — Pernetti, Les Lyonnais di- 
gnes de mémoire, t. I, p. 176; t. Il, p. 19. 

GUARAGNï ( Léopold- André) , jurisconsulte 
italien, né le 21 novembre 1705, à Florence, 
mort le 6 mars 1785. A cause de la faiblesse de 
ses yeux , il ne suivit pas la profession de son 
pèi-e, qui était médecin. S'étant destiné à la ju- 
risprudence, il alla l'étudier à l'Académie de 
Pise , où il eut pour maître Averanius. il cul- 
tivait en même temps concurremment les littéra- 
tures latine, italienne et grecque, pour laquelle 
Salvini avait été son maître. Sur le conseil de 
Facciolati , il voulut ensuite se rendre à l'univer- 
sité de Padoue; et pour y être admis, il publia en 

1731 sa dissertation sur les lois des censeurs. 
Mais le sénat de l'université de Pise le retint , en 
lui confiant la même année une chaire d'Insti- 
tutes. Sa réputation fut bientôt si répandue que 
les républiques de Gênes, de Lucques et autres 
lui demandèrent des consultations de droit. En 
1742 Guadagni fut appelé à la chaire de Pan- 
dectes, par suite des plaintes des autres profes- 
seurs d'Institutes , qui n'avaient pi-esque plus 
d'auditeurs ; il garda cet emploi jusqu'à sa mort. 
Les ouvrages de Guadagni se distinguent par 
une latinité des plus élégantes ; la pureté de son 
style était si bien reconnue , qu'on le priait sou- 
vent de composer des inscriptions funéraires et 
autres , ce dont il s'acquittait avec beaucoup de 
bonheur. Quant à la jurisprudence, il se montra, 
comme il en faisait ouvertement profes.sion , un 
sectateur de l'école de Cujas , de cette école qui 
allie l'éhide du droit romain avec celle de toute 
l'antiquité classique. Le commentaire publié par 
Guadagni sur les Institutes a le méi-ite de joindre 
à l'explication historique de ce texte des inter- 
prétations lumineuses concernant son applica- 
tion pratique. On a de Guadagni : Dïssertazione 
circa le Leggi censorie, insérée dans les No~ 
velle (etterarie, Venise, 1731 ; il y expose au 



long les fonctions législatives des censeurs ro-l 
mains; — De Florentino Pandectarum exem-\ 
plari, an sit Justiniani archetypum et an\ 
ex eo ceteri qui supersunt Pandectarum 
libri emanaverint , dans le tome IV des Sym- 
bolse litterariai de Gori ; réimprimée avec des 
adjonctions de Walch, léna, 1755, in-S" : Gua-: 
dagni résout la première des questions qu'il 
se pose, négativement; la seconde affirmative- 
ment; — Institutionum liber I, cum adnota- 
tionibus; Pise, 1758, 2 vol. in-8° : un troisième 
volume suivit, dans lequel ne se trouve com- 
menté que le premier titre du second livre; — 
Exercitationes in Jus civile; Pise, 1766, 3 vol.,; 
in-8". On a encore de Guadagni plusieurs dis- 
cours latins , dont l'un, intitulé De Periculis ex\ 
copia subsidiorum in litterarum studio ca-, 
vendis, est dirigé contre les études superfi- 
cielles faites à l'aide ^e manuels. E. G. 

Fabroni, f^itx Italorum, t. XIII, p. 46. 

GUADAGNI (Gaetano), contraltiste italien,' 
né à Lodi, vers 1725, mort à Padoue, en 1797. 
11 fut l'un des plus célèbres chanteurs italiens 
du dix-huitième siècle. Il débuta à Parme en: 
1747. En 1754 il vint à Paris, et chanta avec beau- , 
coup de succès au concert spirituel et devant la 
cour à Versailles. De retour en Italie, il créa le 
rôle de Telemacco, que Gluck avait écrit pour 
lui, et y produisit une vive impression. L'illustre 
compositeur le fit engager en 1766 à Vienne 
pour représenter son Orfeo, où Guadagni attei-, 
gnit le plus haut degré de perfection. L'année 
suivante il visita Londres, et l'evint à Venise 
chanter ro?:/'eo de Bettoni. Ce fut pour lui l'oc-î 
casion d'un nouveau triomphe , qui lui valut le 
titre de chevalier de Saint-Maïc, Il se rendit 
en 1770 à Vérone et de là à Dresde, où l'appelait 
rélectrice régente de Saxe. En 1776 il quitta Iîi 
cour de Saxe pour celle de Prusse, et reçut des 
marques de satisfaction de Frédéric IL En 1777 
il se retira à Padoue, et ne voulut plus chanter 
que dans les cérémonies religieuses. Il avait 
amassé une fortune considérable, dont il faisait 
usage avec intelligence et générosité. Les qualités 
principales du talentde Guadagni, outre la beauté < 
de la voix, consistaient dans l'expression et: 
l'ai't de déclamer le récitatif. E. D — s. ! 

Fctis, Biographie universelle des Musiciens. — Gej'- i 
vasonl, Biograjla, etc. ' 

*GUADAGJViNï, famille d'habiles luthiers ita- ' 
liens, dont plusieurs membres existent encore à 
Naples ; les plus renommés sont : 

Lorenzo, né à Plaisance, sur la fin du dix- 
septième siècle. I! apprit son état à Crémone, 
chez le célèbre Stradivari, et s'établit successi- : 
vement à Plaisance, puis à Milan. Il copia la , 
forme des instruments de son maître , particu- \ 
lièrement pour "les violons , qu'il fit en général : 
d'un petit modèle : « Les ouïes, dit Fétis , en 
sont d'une forme élégante, les filets bien tracés , : 
et le vernis fort beau. Cependant on remarque j 
que la troisième corde est sourde dans la plu- : 



5 GUADAGNmi — 

lart, ce qui leur ôte beaucoup de prix. On les 
rend encore néanmoins de 600 à 800 francs. « 

Glambatnia, ûhâuprécédent, né à Plaisance, 
,'ers 1720. Il suivit son père à Milan, et l'imita 
lians son talent comme dans ses défauts. Sesmeil- 
leurs instruments sont de 1742 à 1771. E. D— s. 

Fétis, liioqraphie universelle des Musiciens. 
GuÀiiAGNOLi {Philippe), orientaliste ita- 
lien, né vers 1596, à Magliano (Abruzze ulté- 
iieure), mort à Rome, le 27 mars 1656. Il n'é- 
jait pas encore sorti de l'adolescence lorsqu'il se 
!?oua à la vie monastique. Adnnis dans l'ordre 
Iles Clercs réguliers mineurs, il fit profession à 
j'.ome en 1612. Il enseinna l'arabe an collège de 
a Sapience. Cette langue lui était si familière 
jii'il s'en servit dans un discours qu'il prononça 
e 14 janvier 1656 en présence de Christine de 
Juède. Il savait en outre le grec, l'hébreu, le 
ihaldéen et le syriaque. En 1622 le souverain 
:)ontife lui donna ordre de travailler, conjointe- 
inent avec l'archevêque de Damas , à une tra- 
jinction arabe de la Bible, destinée à l'usage des 
khrétiens d'Orient. Mais bientôt Guadagnoli resta 
iieul chargé de l'entreprise , qui ne fut achevée 
ju'en 1649. Vers les derniers temps, il n'eut 
!:>lus qu'à surveiller et à corriger le travail d'in- 
;erprètes placés sohs sa direction. Cette traduc- 
ion a paru sous le titre de Bïblia sacra S. Con- 
)recjation'i.s de Propaganda Fïde ; Rome, 1671, 
î vol. in-fol. En 1625 Guadagnoli fut chargé de 
'épondre à plusieurs objections qu'un musulman, 
\hmed-ben-Zéin-al-Abedin avait faites contre la 
religion chrétienne. Il publia en latin : Apologia 
vro christiana religione qua respondetur ad 
objeciiones Ahmed filii Zin Alabedin Persx 
Asphaensis contentasin libre inscriptoPolitor 
Speculi: Rome, 1634, in-4°. Cet ouvrage est di- 
visé en quatre parties ; la première et la seconde 
ont pour objet de démontrer que la Bible est un 
ilivre divin, tandis que le Coran est un tissu 
d'impostures ; les deux dernières traitent du mys- 
tère de laTrinitéet delà divinité de Jésus-Christ. 
L'auteur invoque à l'appui de ses raisonnements 
des preuves qui ne sauraient toucher beaucoup les 
musulmans; par exemple, il s'appuie sur l'auto- 
;rité des conciles, des Pères de l'Eglise, des papes 
et même sur celle de livres sibyllins. On dit 
pourtant qu'Ahmed , après avoir lu la réfutation 
de son écrit , se convertit au christianisme. Ur- 
bain VIII ayant été instruit de ce fait rem.ar- 
qtiable, fit imprimerie texte arabe de l'Apologie; 
Rome, 1637, in-4°. On a encore de Guadagnoli : 
Brevea Institution es lingux Arabicse ; Rome, 
1642, in-fol. : grammaire qui est suivie d'une 
chrestomathie contenant des vers d'Ali, de Ga- 
liriel Maronite sur la Trinité, des fragments du 
Coran , et des vers sibyllins traduits en arabe ; 
— un Traité de polémique contre le Coran ( en 
arabe); Rome, 1649; — un Dictionnaire Arabe- 
Latin , qui est resté inédit. E. B. 

Tnppi, Hiblioth. Ncnpolitana, 1678, in-fol. — Nicéfon, 
Mcm., t. Vil, p. 273. — Bayle, Dici. — Schnurrer, Bibl. 

trahira, n»" 72, 247. 



GUADALAXARA 286 

GUADAiiAXARA Y XAVIER© (Marcos), his- 
torien et théologien espagnol , né à Saragosse, 
vers 1 580, mort dans la même ville, le 15 janvier 
1630. 11 entra dans l'ordre des Carmes, et fut 
nommé préfet des études du monastère d'Al- 
caîia, en 1606. 11 consacra sa vie à l'étude de l'his- 
toire et à la composition de livres mystiques : 
ses ouvrages se font plutôt remarquer par la 
piété que par le style et la critique; cependant, 
Philippe IV lui faisait une pension annuelle de 
deux cents ducats. On connaît de lui : Quarta 
et qninta parte de la Historia pontifical , gê- 
nerai ij cathoUca, contenant les vies de Clé- 
ment vm, de Léon XI et de Paul V; Saragosse, 
Madrid et Barcelone, 1612, 1614 et 1630, in-fol. 
Les deux premières parties appartiennent à Gon- 
zalve de Illescas , la troisième à Luis Babia ; — 
Mémorable expulsion y justissimo destierro 
de los Moriscos de Espana; Pampelune, 1613, 
in-4° ; réimprimé sous le titre de : Prodicion y 
destierro de los Moriscos de Castilla hasta el 
valle de Ricote, con la disension de los dos 
hermanos Xerifes, y presa in Berberia de la 
fuerza y puerto de Alarache; Pampelune, 
1614, in-4''; — Catalogo de los santos de la 
orden de Nuestra-Senora-del-Carhnen ; — De 
las Indulgencias y gracias concedidas a la 
orden de Nuestra-Senora-del -Carmen; —■ 
Tesoro espiritual de la orden del Carmen ; 
Saragosse, 1616, in-S"; trad. en italien par le 
F. Elia Marrugi, 1624; — Milagrosa Vida y 
Muerte de santa Maria-Magdalena de Pazzis, 
natural de Florencia , de la orden de Nues- 
tra-Senora-del-Carm,en, trad. de l'italien de 
Vicenzo Puzzini; Saragosse, 1627, in-8°. Le 
F. Guadalaxara a laissé en manuscrits : Los 
Apotechmas de la santa virgen Maria-Mag- 
dalena de Pazzis ; — Vida y Hechos del vé- 
nérable martyr de Jesu-Christo Pedro Arbues 
Elmado, vulgarmente Mastrepila,; — Vida 
de S. Alberto de Trapana (publiée depuis la 
mort de l'auteur); — Arte de bien morir. Ces 
manuscrits se conservaient dans le couvent des 
Carmes de Saragosse. A. L. 

Nicolas .Antonio , Bibliotheca Scriptorum Hispaniœ, 
t, IV, p. 83. — Le Mire, De Scriptoribus sssculi decimi- 
septimi. — Dupin, Table des Auteurs ecclésiastiques 
du dix-septiéme siècle. — Richard et Giraiiri , Biblin- 
thègue sacrée. 

G€ADET ( M ar guérite- Élïe ) , homme poli- 
tique français, l'un des chefs du parti girondin, 
né à Saint-Émilion (Bordelais), le 20 juillet 1758, 
guillotiné à Bordeaux, le 15 juin 1794. Dès l'âge 
de quinze ans il vint à Bordeaux , y fit son droit 
et débuta dans la carrière du barreau. Comme la 
majorité de ses collègues, parmi lesquels brillaient 
au premier rang Vergniaud et Gensonné, il ac- 
cepta avec ferveur les principes de la révolu- 
tion, et se dévoua dès lors à la chose publique. 
En 1789, il réunit, lors des élections pour les 
états généraux, un nombre considérablode suf- 
frages; mais son àgc l'empêcha d'être iiomifiTé. 



287 GUADET 

Le républicanisme et l'éloquence qu'il montra 
dans les sociétés démocratiques, où il prit souvent 
la parole, le firent élire à l'Assemblée législative 
( septembre 1791 ). Dès lors commence le rôle si 
important qu'il joua dans les luttes politiques de 
cette grande époque, rôle qui devait être pour 
lui aussi brillant que funeste. 

Dès son arrivée à Paris il s'était fait admettre 
au club des Jacobins, qui marchait alors avec 
celui des Cordeliers en tête du parti populaire. 
Doué d'une âme forte et d'une parole entraî- 
nante , Guadet était également propre à résister 
aux mouvements d'une assemblée parlementaire 
ou à la précipiter vers le dénouement; il rele- 
vait ces dons de l'intelligence par une physio- 
nomie méridionale, où la passion s'allumait du 
même feu que le discours. Disciple de Brissot, 
il était moins profond, mais aussi courageux et 
plus éloquent ; s'il n'égalait pas la splendide élo- 
quence de Vergniaud, sa parole, plus âpre, frap- 
pait des coups également terribles ; leurs ennemis 
communs l'admiraient moins, mais le craignaient 
davantage. Ardent à la tribune, comme la plu- 
part de ses collègues, il agissait peu au dehors, et 
n'avait aucune influence sur les masses popu- 
laires. Queîques historiens l'on surnommé le 
Danton de la Gironde; mais nous pensons que 
ce surnom convenait mieux à Isnard. Le 5 oc- 
tobre, quatre jours après l'ouverture de la ses- 
sion , il fit son début à la tribune ; il y monta 
pour appuyer Couthon , qui proposait l'adop- 
tion d'un nouveau cérémonial à observer avec 
le roi et la suppression des titres de sire et de 
majesté. « Le roi, dit Guadet, qui s'accoutu- 
merait à régler dans nos séances le mouvement 
de nos corps, croirait bientôt qu'il peut régler 
aussi le mouvement de nos âmes. « Le 18 il 
dénonça le ministre de la justice au sujet de l'exé- 
cution de la loi d'amnistie , affirmant que les 
aristocrates étaient relâchés tandis que les pa- 
triotes restaient détenus. Le 28 octobre il ap- 
puya une motion ayant pour but d'enjoindre à 
Monsieur (depuis Louis XVIII), frère du roi, 
de rentrer en France dans le délai de deux 
mois : cette motion fut décrétée deux Jours 
après. Au commencement de novembre, il de- 
manda que les émigrés fussent déclarés suspects 
de conjuration, et que si au l^"" janvier 1792 ils 
n'étaient pas rentrés dans le royaume , on les 
poursuivit comme conspirateurs et on leur in- 
fligeât la peine de mort. Il voulut aussi que le 
séquestre fût mis sur leurs biens, et que la na- 
tion en perçât les revenus. L'Assemblée adopta 
ces diverses propositions. Peu de temps après, 
un député ayant demandé qu'on mît en accusa- 
tion les frères du roi, Guadet répondit ironique- 
ment « qu'il fallait réserver cette mesure pour les 
éti-ennes du peuple», et la fit ajourner au 1*"^ jan- 
vier. Le 25 novembre il proposa , avec Albitte , 
d'exclure les prêtres dissidents des temples ser- 
vant aux cultes autorisés et salariés par la na- 
tion, et de permettre la vente des autres raonn- 



281 
ments religieux. Vers la fin de décembre, il ré^ 
clama l'application de l'amnistie de septembri 
pour les Suisses insurgés du régiment de Châ: 
teauvieux. Il fut appuyé par Pastoret, membn 
influent du parti modéré, et quelques instanti 
plus tard Collot d'Herbois venait annoncer qui 
le roi avait sanctionné la mise en liberté des cou 
pables. Le 2 janvier 1792 Guadet appuya Gen 
sonné pour faire prononcer le décret d'accusation 
jusque là ajourné sur sa demande, contre lei 
princes frères du roi et les autres chefs de l'émi 
gration. Le 14 suivant il présidait l'Assemblée 
lorsque Gensonné vint faire un rapport au non 
du comité diplomatique sur les menées de l'Au 
triche et l'attitude des puissances allemandes, 
qui, d'accord avec les émigrés, voulaient statuer 
dans un congrès sur l'organisation intérieure df 
la France. Guadet quitte aussitôt le fauteuil , et, 
s'élançant à la Iribune : « On vient nous parlei 
d'un congrès ! s'écrie-t il; quel est donc ce com- 
plot nouveau formé contre la liberté de notrf 
patrie et jusques à quand souffrirons-nous que 
nos ennemis nous fatiguent par ces manœuvres 
et nous outragent par leurs espérances ? Y ont-ils 
bien pensé ceux qui le trament ! La seule idée 
de la possibilité d'une capitulation de la liberté 
pourrait porter au crime les mécontents qui en 
auraient l'espoir, et ce sont les crimes qu'il faut 
prévoir. Apprenons donc à tous ces princes que 
la nation est résolue de maintenir sa constitu- 
tion tout entière ou de périr tout entière avec 
elle! « (Applaudissements : les tribunes joigneni 
leurs acclamations à celles de tous les membres 
de l'Assemblée, et de toutes parts retentissent let 
cris Vivre libre ou mourir ! la constitution ou le 
mort! ) Guadet reprend : « Oui, nous mourrons 
tous plutôt que de permettre qu'il soit porté une 
seule atteinte à notre hberté î Je propose à l'ins- 
tant même de décréter que la nation regarde 
comme infâme , traître à la patrie, coupable du 
crime de lèse-nation, tout agent du pouvoir 
exécutif , tout Français qui prendrait part, soit 
directement, soit indirectement, à un cougiès 
dont l'objet serait d'obtenir une modification à 
notre constitution, en une médiation entre la 
France et les rebelles! Et marquons d'avance 
une place aux traîtres, et que cette place soit 
l'échafaud! « Le décret proposé par Guadet fut 
adopté à l'unanimité, et lui-même fut choisi 
pour présider la commission chargée de trans- 
mettre à Louis XVI la décision de l'Assem- 
blée. Ce triomphe éleva le député girondin et ses 
amis à la hauteur d'hommes d'État. Sans la 
prudence quelque peu machiavélique de Bris-' 
sot, l'esprit politique de leur parti, ils eussent 
de suite remplacé aux affaires le ministère 
feuillant, déjà ébranlé par la retraite de Nar- 
bonne. Prêts à tout, à diriger comme à remplacer 
le pouvoir, ils préférèrent rester maîtres de' 
la position sans en avoir la responsabilité, et 
conserver ainsi leur popiilarité. Le 10 mars 
Guadet donna le coup de grâce au ministère, 



j289 

eu appuyant les accusations de Brissot et de 
Vergniaud et en faisant décréter la mise en 
jugement de De Lessart , ministre des affaires 
étrangères, qui s'était coalisé avec Bertrand de 
MoUeville pour renverser Narbonne. Dès lors le 
triomphe de la Gironde fut assuré. Ses chefs per- 
sistèrent à rester en dehors de la nouvelle com- 
binaison ministérielle; ils cherchèient autour 
d'eux quels étaient les hommes nuls par eux- 
ïiêmes, mais inféodés à leur parti, dont ils pou- 
raient faire des ministres; il leur fallait des ins- 
ruments , et non des maîtres, en un mot des 
iéides dévoués, qu'ils pussent tourner à leur 
5ré contre le roi ou contre les montagnards. 
Js crurent les avoir trouvés lorsqu'ils eurent 
ait nommer Dumouriez aux affaires étrangères, 
ivec la haute main sur le portefeuille de la guerre, 
[ue conserva de Graves, Roland à l'intérieur, 
Dlavière aux finances, Lacoste à la marine, Du- 
anthon à la justice (24 mars) .Louis XVI parut très- 
atisfait du choix et de l'activité de ses nouveaux 
ninistres, et réussit à le faire croire. La Gironde, 
[ui au fond n'était républicaine que par méfiance 
lu roi (1), cessa de l'être alors, etdurant quelque 
emps Guadet s'abstint défaire de l'opposition sys- 
ématique contre la cour. A sa honte, il se pro - 
lonça , le 14 avril, pour que l'on couvrît par une 
imnistie les affreux massacres de La Glacière à 
kvignon ; il est vrai que plusieurs députés de son 
larti se trouvaient compromis dans ces assas- 
inats. 

Cependant, le ministérialisme de Guadet et 
le ses collègues ne fut pas de longue durée ; 
)umouriez, arrivé au pouvoir par leur intermé- 
liaire, voulut s'y maintenir par la protection 
oyale, et la division éclata entre lui et ceux des 
ninistres qui, cornmeRoland etCIavière, étaient 
estes fidèles à la Gironde. Une dernière circons- 
ance acheva de brouiller le général avec ses 
nciens amis ; il avait demandé en entrant au 
ninistère six milhons pour dépenses secrètes; 
as feuillantss'y étaient opposés, mais la Gironde 
vait fait triompher sa demande. Pétion avait 
emandé des fonds pour la police de Paris, Du- 
nouriez lui avait alloué trente mille francs par 
lois ; mais, cessant d'être girondin, ilne les paya 
u'uiie fois. En même temps on apprit qu'il ve- 
ait de consacrer cent mille francs pour sesplai- 
irs ou à des dépenses inutiles. La probité étant 
i principale vertu des girondins, ils craignirent 
vec raison que les dilapidations de leur protégé 
e fussent tournées contre eux. Guadet et ses col le- 
uessc virentdoncforcésderentrerdansles rangs 
e l'opposition. Le 3 mai, Guadet dénonça VAmi 
'a flol en même temps que L'Ami du Peuple, 
t'fit rendre un double décret d'accusation contre 
loyou et Marat, rédacteurs de ces deux feuilles : 



GUADET 290 

c'était , en affichant de l'impartialité, assez dire au 
peuple et au roi que ni l'un ni l'autre ne prévau- 
drait contre la volonté dé la Gironde. En même 
temps les girondins poussèrent Servan au minis- 
tère de la guerre, où il remplaça de Graves, do- 
miné par Dumouriez. Guadet n'avait jamais par- 
tagé les illusions de Gensonné sur ce général ; aussi 
le ménagea-t-il peu. Il alla jusqu'à demander que 
les ministres engageassent le roi à prendre pour 
d irecteur un prêtre assermenté . Dumouriez répon- 
dit justement que les ministres ne pouvaient ni 
ne devaient intervenir dans les pratiques reli- 
gieuses du roi, et fut approuvé par Vergniaud et 
Gensonné]; mais la querelle n'en fut pas moins 
vive , et la rupture devint définitive. La Gironde 
ne se regardait plus comme maîtresse de 
Louis XVI depuis que Dumouriez s'en était em- 
paré. Indécis jusque là entre la république et la 
monarchie, ils avaient suiiout cherché le pouvoir, 
prêts à le saisir où ils le rencontreraient. Ne pou- 
vant l'obtenir par le roi, ils jugèrent qu'il y avait 
plus de sûreté à saper le trône qu'aie consolider, 
et ils se tournèrent du côté des exaltés (1). 

Le 19 mai Guadet provoqua la suppression du 
million que la liste civile attribuait aux frères 
du roi : c'était une conséquence naturelle, puisque 
ces princes avaient été déclarés en état d'hostilité 
contre la France. Le 20 il attaqua vivement le juge 
de paix Larivière, qui avait décerné des mandats 
d'amener contre Merlin de Thionville, Chabot et 
Bazire, coupables suivant la cour d'avoir affirmé 
sans preuves l'existence d'un complot autrichien. 
Le 28 il demanda que de La Porte, directeur de 
la manufacture de Sèvres, fût appelé à la barre 
pour s'expliquer sur les ballots de papiers brû- 
lés par ses ordres (2). Le 30 il appuya la proposition 
de licencier la garde royale et de mettre en. ac- 
cusation le duc de Brissac, chef de ce corps. 
Quelques jours après, il vota la déportation hors 
du royaume des prêtres non assermentés. Le 
18 juin, lorsqu'on lut à l'Assemblée nationale la 
lettre où La Fayette manifestait le dessein de dé- 
fendre par les armes la monarchie constitution- 
nelle contre les envahissements de la démocratie, 
Guadet soutint que cette lettre « digne d'un nou- 
veau Cromwell , » n'était pas du général , ou 
qu'on avait abusé de sa signature. Sur la protes- 
tation de Matthieu Dumas en faveur de La Fayette 
et contre ce qu'il appelait « une atroce calomnie » , 
il s'exprima ainsi : « Oui, je le répète, cette lettre ne 
peutôtre du fils aîné de la liberté ! M. deLaFayette 
doit savoirque lorsque Cromwell tenait un langage 
pareil, la liberté était perdue en Angleterre. Or je 
neme persuaderaijamais que l'émulede Washing- 
ton veuilleimiter le protecteur de la Grande Breta- 
gne. Il faut ou s'assurer qu'un lâche s'est cou vert 
du nom de M. de La Fayette, ou prouver par un 



(1) Thiers, Hist. de la Révolution française, t. Il, 
V. y. Assemblée législative, p. 53. Consulteraussi Lainar- 
ne, Hist. des Girondins, et Vlllaumé, Hist. de la Révn- 
'Uion. 



NOUV. BIOCH. GENER. 



T. XXU. 



(1) Lamartiue, Histoire des Girondins, t. II, llv. XIII, 
p. Î61. 

(2) Ces papiers étaient une f^ie secrète de la reine 
Marie- Antoinette. 

10 



291 



GUADET 



grand exemple au peuple français quevous n'avez 
pas fait un vain serment en jurant de défendre 
la constitution. L'iiabile argumentation de Gua- 
deteut un plein succès; et malgré une foule de 
membres , qui vinrent attester qu'ils reconnais- 
saient la signature du général, la lettre n'en fut 
pas moins renvoyée au comité des Douze pour 
en constater l'authenticité. Elle fut ainsi privée 
de l'impression et de l'envoi aux départements. 
Huit jours après la journée du 20 juin, lorsque 
La Fayette vint à la barre de l'Assemblée de- 
mander la répression des excès commis contre 
le monarque , et que le président lui eut répondu 
que sa demanda serait examinée, Guadet com- 
prit l'utilité de détruire l'effet produit par le dis- 
cours probe et énergique du général. Il s'é- 
lança aussitôt à la tribune , et s'écria : « Au mo- 
ment où j'ai vu M. de La Fayette, une idée bien 
consolante s'est offerte à mon esprit : Ainsi, me 
suis-je dit, nous n'avons plus d'ennemis exté- 
rieurs, ainsi les Autrichiens sont vaincus. L'il- 
lusion n'a pas duré longtemps : nos ennemis sont 
toujours les mêmes , nos dangers extérieurs n'ont 
pas changé; et cependant M. de La Fayette 
est à Paris ! 11 se constitue l'organe des honnêtes 
gens et de l'armée ! Ces honnêtes gens, qui sont- 
ils ? Cette armée, comment a-t-elle pu délibérer? 
Mais (l'abord qu'il nous montre son congé. Je 
n'examinerai pas si M. de La Fayette, qui ne voit 
dans le peuple français que des factieux entou- 
rant et menaçant les autorités, n'est pas lui- 
même entouré d'un état-major qui le circonvient ; 
mais je ferai observer à M. de La Fayette qu'il 
manque à la constitution en se faisant l'organe 
d'une armée légalement incapable de délibérer , 
et que probablement aussi il a manqué à la hié- 
rarchie des pouvoirs militaires en venant à 
Paris sans l'autorisation duministredela guerre. » 
Le reste de son discours ne fut ni moins fougueux 
ni moins finement ironique. Il finit par demander 
que le ministre fût interrogé sur-le-champ pour 
savoir s'il avait ordonné ou permis à M. de La 
Fayette d'abandonner ainsi, en présence de l'en- 
nemi, le corps placé sous son commandement. 
Cette motion ne fut pas appuyée , mais le dis- 
cours de Guadet n'en fit pas moins une vive im- 
pression, et i'.grandit encore la brèche faite à la 
popularité du général. Toutefois, au moins autant 
pour empêcher la Montagne d'arriver au pouvoir 
que par peur des excès populaires , les girondins 
résolurent de faire une dernière tentative auprès 
de la cour. Le 16 juillet Guadet présenta, au nom 
de la commission extraordinaire nommée à cet 
effet, un projet de message au roi, où l'assem- 
blée déclarait que " la France saurait se sauver 
toute seule si le roi compromettait son salut. » 
Quoique ferme et énergique, ce langage avaitcessé 
d'être en rapport avec l'opinion publique , qui ne 
s'arrêtait plus que devant l'abdication ou la dé- 
chéance du roi. Par l'entremise du peintre 
!>oze, Louis XVI fit engager les chefs de la Gi- 
ronde à lui présenter un mémoire sur leurs vues 



et sur la position générale des partis, lis 
consentirent , et firent une lettre qui fut signé 
par Guadet, Gensonné et Vergniaud. Ils y dij 
saient qu'il n'était plus temps pour le roi de si 
dissimulerque sa conduite ambiguë était la caus 
de l'agitation publique et de la violence de 
clubs; que de nouvelles protestations seraieii{ 
inutiles ou paraîtraient dérisoires : qu'il fallail 
des actes décisifs pour rassurer le peuple , qu'il fa'J 
lait d'ailleurs éloigner les armées étrangères , r^f 
peler Roland, congédier La Fayette, qui ne pou' 
vait plus servir utilement, soumettre la liste civil; 
à une comptabilité publique , rendre une loi pou' 
l'éducation constitutionnelle du jeune dauphin (1^ 
et déclarer solennellement la souveraineté de 1 
nation. A ces conditions, franchement exécutées! 
ils espéraient calmer l'effervescence des démo! 
crates, et avec le temps faire recouvrer au mc| 
narque la confiance qu'il avait complétemenS 
perdue. Guadet accepta même une entrevue sel 
crête aux Tuileries. La nuit couvrit cette d(| 
marche , qui n'était pas sans danger. « Une porti 
et un escalier dérobé, rapporte M. de Lamartine 
le conduisirent dans un appartement où le roi e, 
Marie-Antoinette l'attendaient seuls. La simpli! 
cité et la bonhomie de Louis XVI triomphaieni 
au pi-emier abord des préventions politiques de! 
hommes droits qui l'approchaient. Il accueilliij 
Guadet comme une dernière espérance. Il lu! 
peignit l'horreur de sa situation comme roi ë 
surtout comme époux et comme père. La rein* 
versa des larmes devant le député. L'entretien s' 
prolongea longtemps dans la nuit. Des conseili 
furent demandés, donnés et non suivis peut-être 
La bonne foi était des deux côtés dans les cœurs 
la constance et la fermeté de résolution n'; 
étaient pas. Quand Guadet voulut se retirer, l 
reine lui demanda s'il ne désirait pas voir )i 
dauphin; et, prenant elle-même un flambeai 
sur la cheminée, elle le conduisit dans un c?^\ 
binet où le jeune prince était couché. L'enfan 
dormait. Les charmes de sa figure , son som 
raeil tranquille dans ce palais troublé, cetti' 
jeune mère, reine de France, se couvrant, pom 
ainsi dire, de l'innocence de son fils pour excitei' 
la commisération d'un ennemi de la royauté! 
attendrirent Guadet. Il écarta de la main les 
cheveux qui couvraient le visage du dauphin, 
et l'embrassa sur le front , sans le réveiller' 
<c Élevez-le pour la liberté, madame ; elle est Is 
condition de sa vie, dit Guadet à la reine, et il' 
déroba quelques larmes sous ses paupières. » 
Ces dén)arches n'eurent pas de lendemain : la coui' 
n'eut pas de peine à faire rejeter par Louis XVJ 
les propositions des triumvirs bordelais. La lettre 
deceux-ci,retrouvéedans l'armoire de fer, devint 
contre eux un des principaux chefs d'accusation 



(1) «' Cette condition seule, fait observer M. Thiérs,' 
prouvoqne les girondins ne considérnient pas la iiin 
ehie comme nn avenir insupportable et que la république 
ne fui di'sirce par eux qu'en di'scspnlr de tout autre 
raode de gouvernement. 



I 



293 CUADET 

]! faut attribuer à respérance qu'avaient les 
girondins <le voir leurs avis écoutés les ména- 
gements qu'ils gardèrent chaque fois que l'on 
voulut soulever dans l'Assemblée la question de 
déchéance , tous les jours agitée dans les clubs , 
dans les groupes populaires,demandée par des péti- 
tions ; mai« les moyens de transaction échouèrent , 
et la catastrophe prévue et redoutée arriva bientôt. 
La journée du 10 août dépassa toutes les prévi- 
sions. Le peuple venait de faire la république , 
mais comme le peuple fait tout quand il est sans 
direction supérieure, c'est-à-dire par le désordre, 
par le fer, par le feu , par le sang. Quant à l'As- 
semblée, son rôle était passif : elle ne fit qu'en- 
registrer la volonté populaire. Les girondins fu- 
rent terrifiés de ce résultat; mais ce fut leur 
rôle constant de préparer l'événement, de l'at- 
tendre , sans lui demander d'avance son secret 
et l'avenir qu'il recelait. Ce système d'impré- 
voyance fit de ces hommes les instruments de la 
révolution , et ne leur permit jamais d'en deve- 
nir les chefs. Aussi les emporta-t-elle tous 
avec elle ailleurs et plus loin qu'ils ne voulaient 
aller. Aussi , malgré les efforts de Vergniaud , 
le Guadet et de G«nsonné, qui tous trois prési- 
dèrent successivement l'Assemblée dans la jour- 
née du 10 août, le roi fut-il déclaré non pas 
seulement suspendu, comme ils le voulaient, 
nais déchu, comme le demandaient la Montagne 
it la commune de Paris. Roland , Clavière et 
»erran, les protégés de la Gironde, rentrèrent, il 
st vrai, au ministère, et deux autres ministres, 
rtonge et Lebrun, étaient de son choix ; mais on 
eur avait adjoint Danton, et Danton, à lui seul, do- 
ninait le conseil. Il plaçait ses créatures, faisait 
artager à ses amis les profits de la révolution, 
:t enlevait toute influence aux girondins. 
Cependant, le 30 août Guadet demanda et fit dé- 
réterladissolutionde lacommune de Paris ; mais 
Assemblée, reculant devant les menaces des 
actieux , rapporta son décret. Les massacres du 
septembre, auxquels les girondins n'eurent pas 
e courage de s'opposer activement , mais qu'ils 
létrirent à la tribune , vinrent augmenter les 
auses d'inimitié qui existaient entre les deux 
•artis. 

Réélu à la Convention dès le 23 septembre, 
iuadet se joignit à Vergniaud , à Rebecqui et à 
iarbaroux pour attaquer les députés de Paris et 
■urtout Robespierre , qu'il affectait de confondre 
ivec Marat, <t ne voulant pas souiller sa bouche 
le ce nom impur ». Robespierre depuis long- 
emps ne désignait les membres de la Gironde 
|ue sous le nom d'intriganl.s : ceux-ci, de leur 
ôté, lui prodiguaient les noms d'ambitieux, de 
louveau Cromwell, de tyran, etc. Les deux partis 
uccombèrent successivement sous cet échange 
l'accusations vagues et calomnieuses. Le 29 oc- 
obre Louvet formula une attaque plus directe 
entre Robespierre; Guadet se présenta pour 
iovitenir la lutte. Robespierre, elfrayé desapplau- 
lissements prodigués à ses adversaires, demanda 



294 



jusqu'au 5 novembre pour préparer sa réponse. 
Durant ce temps les girondins firent passer plu- 
sieurs décrets, et obtinrent la soumission du 
conseil général de la commune; mais l'Assemblée 
au jour décisif, après avoir écouté Robespierre, 
passa à l'ordre du jour sur la motion de Louvet. 
« Ainsi , dit Thiers , finit cette célèbre accusation , 
qui fut une véritable imprudence. » 

Toute la conduite des girondins est caracté- 
risée par cette démarche; ils éprouvèrent une 
généreuse indignation, ils l'exprimèrent avec ta- 
lent, mais ils y mêlèrent assez de ressentiments 
personnels , assez de conjectures et de supposi- 
tions pour donner à ceux qui aimaient à s'abuser 
une raison de ne pas les croire , à ceux qui redou- 
taient une action d'énergie un motif de l'ajour- 
ner, à ceux qui affectaient l'impartialité un 
prétexte pour rejeter leurs conclusions. Les 
montagnards, vainqueurs, adressèrent à leurs an- 
tagonistes le reproche absurde de vouloir sacrifier 
Paris à l'invasion étrangère et de se réfugier 
dans les départements et au delà de la Loire; 
on leur reprocha encore de vouloir rompre l'unité 
nationale et composer des quatre-vingts-trois dé- 
partements quatre-vingt-trois États égaux entre 
eux et unis par un simple lien fédératif. On 
ajoutait qu'ils voulaient par là détruire la supré- 
matie de Paris et s'assurer une domination per- 
sonnelle dans leurs départements respectifs. 
C'est alors qwe fut imaginée la grande fable du 
fédéralisme. Il est vrai que lorsque la France 
avait été envahie par les Prussiens, qui menaçaient 
la capitale, les girondins, loin de désespérer de 
la France, avaient songé, dans cette extrémité , à 
se retrancher dans les provinces méridionales et 
à y continuer la guerre en y transportant les 
principaux moyens d'action et de gouvernement; 
il est VI ai qu'en voyant les excès et les désordres 
commis à Paris au nom de la liberté, ils avaient 
plusieurs fois discuté si les départements ne de- 
vraient pas intervenir d'une manière plus éner- 
gique. Mais de là à un projet formel de régime fé- 
dératif il y avait un abîme. Quelques girondins, et 
surtout Pjrissot et Buzot, ne voyaient au surplus 
rien de coupable dans un pareil système, et deman- 
daient si après tout la Nouvelle Amérique, la Hol- 
lande, la Suisse étaient moins libres et moins 
heureuses yjour vivre sous un gouvernement 
fédératif. Ces conversations, méchamment inter- 
prétées, donnèrent un certain poids aux attaques 
des j icobins. Guadet et Vergniaud protestèrent 
toujours contre ces calomnies. 

Lors du procès du roi, la majorité fut d'accord 
sur la culpabilité ; mais la Montagne voulait porter 
un jugement définitif, tandis que la Gironde, refu- 
sant de prendre sur elle la responsabilité d'un pa- 
reil acte, voulait l'appel au peuple ; l'appel fut re- 
jeté. Sur l'application de la peine Guadet vota la 
mort, mais avec sursis ; le sursis fut rejeté encore, 
et de tous les biais employés par les Girondins il 
ne ressortit qu'une seule ciiose, c'est qu'il leur ré- 
pugnai tdenvoyer Louis XVI à l'échafaud et qu'ils 

10. 



29^ 



GUADET 



296 



n'osaient l'avouer. Vers cette époque des tenta- 
tives de rapprochement furent essayées par Dan- 
ton entre la Gironde et la Montagne ; Barbaroux 
déclara qu'il ne pouvait y avoir aucune alliance 
« «itre le vice et la vertu «. Guadet, de son côté, 
ne contribua pas peu à envenimer la lutte, et son 
opiniâtreté fit souvent échouer les projets de ré- 
conciliation qui auraient pu ramener la paix au 
sein de la Convention. Danton l'ayant conjuré , 
au nom du bien public d'abjurer tout ressenti- 
ment, Guadet repoussa ces propositions, ce qui 
lui attira cette apostrophe prophétique de Dan- 
ton : « Tu veux la guerre : tu auras la mort. » 

Le 9 mars Guadet appuya vivement Lanjuinais 
demandant que la juridiction du tribunal extraor- 
dinaire ne s'étendît pas au delà du département 
de la Seine. Le lendemain, s'étant réuni à Buzot 
pour demander le rapport de l'article qui portait 
que les jurés seraient pris exclusivement à Paris 
et dans les quatre départements limitrophes, 
Duhem l'interrompit en criant : « Nous ne pouvons 
entendre un conspirateur ! » Des menaces de mort 
se firent entendre de toutes parts; et pour la 
première fois les girondins comprirent que le 
péril devenait imminent pour eux. 

Cependant le combat était engagé, et au mois 
d'avril Guadet et Vergniaud eurent à leur tour 
à se défendre contre les attaques de la Montagne. 
Robespierre porta la parole en cette occasion ; 
il ne ménagea pas Guadet, qui sut répondre avec 
un rare talent d'improvisation. Guadet repoussa 
surtout l'accusation d'avoir correspondu avec 
Dumouriez : « Mais, ajoutait-il, j'aurais eu des 
liaisons aveclui qu'il ne s'ensuivrait pas que j'au- 
rais partagé ses intrigues criminelles. Conquérant 
victorieux , je l'admirai ; conspirateur, je sauraile 
condamner ! Eh ! crois-tu donc, Robespierre, que 
Brutus n'aimait pas ses enfants ? Brutus avait des 
liaisons naturelles avec eux : cependant Brutus les 
condamna , et personne ne le supposa complice 
de leurs crimes. »Puis,reprenant hardiment l'offen- 
sive il rappela les intelligences de Danton et de Du- 
mouriez. « Ah ! tu m'accuses, moi ! s'écria Danton ; 
tu ne connais donc pas toute ma force?.. Je te 
répondrai; je prouverai tes crimes! » Guadet, 
toujours impétueux, toujours entraînant, arracha 
les applaudissements de l'Assemblée ; mais dès 
lors il ne se fit plus d'illusion sur le résultat de la 
lutte. En vain un de ses amis lui faisait espérer le 
peuple, plusjuste, se rapprochant des girondins et 
reconnaissantleurpatriotisme. « C'est impossible! 
lui dit Guadet ; nous ne pouvons promettre au 
peuple que du pain, et cela en échange de son tra- 
vail ; nos ennemis, au contraire , lui offrent sans 
travail toutes les jouissances delà fortune et du 
pouvoir : il n'est pas difficile de prévoir quel sera 
son choix. » Le 15 avril en effet les députés de 
trente-cinq sections de Paris se présentèrent pour 
demander l'expulsion de vingt-deux représen- 
tants ; le nom de Guadet figurait en première li- 
gne. Cette demande illégale fut rejetée. Représen- 
tée le 20 , avec plus d'insistance, elle fut encore 



repoussée ; mais ce fut le commencement de cette 
série de récriminations et de violences dont l'issue 
fut la catastrophe du 31 mai. Les girondins 
avaient perdu toute popularité dans la capitale 
par leurs attaques incessantes contre la dépu- 
tation de Paris. Le 24 avril, jour où la po- 
pulace ramena en triomphe Marat , Guadet de- 
manda que le siège de la Convention nationale 
fût transféré à Versailles ; cette fois la majorité 
des députés ne répondit pas à son appel. Le 14 
mai il vint lire une adresse des Bordelais, qui 
menaçaient Paris d'une éclatante vengeance s'il 
était porté atteinte à la personne deleurs manda- 
taires. L'Assemblée vota l'impression et la dis- 
tribution de cette adresse ; Guadet, profitant de 
ce dernier triomphe, proposa le 18 mai de cas- 
ser les autorités de Paris, de remplacer dans les 
vingt-quatre heures la commune et de convoquer 
les suppléants de l'Assemblée à Bourges, dans la 
crainte d'une dissolution violente de la Conven- 
tion. Cette motion fut repoussée ; mais l'Assem- 
blée, sur la proposition de Barrière, institua une!; 
commission de douze membres destinée à sur- 
veiller d'une manière permanente la chose pu 
blique et à préparer les mesures d'ordre géné- 
ral. Cette commission fut composée exclusive- 
ment de girondins ; malheureusement ils ne su- 
rent pas se servir du pouvoir exceptionnel qu'ils 
avaient entre les mains , ni prévenir les insurrec- 
tions des 31 mai et l^'^juin. Compris dans lalistej 
des vingt-deux députés décrétés d'accusation le 2| 
juin, Guadet monta encore à la tribune; mais dans) 
la journée même il quitta Paris, et se réfugia dansj 
le Calvados, où Brissot, Louvet, Barbaroux, 
Salles, etc. , vinrent le rejoindre. Ils appelèrent aux 
armes les populations des départements voisins,; 
Leur voix eut peu d'écho, et l'armée qu'ils 
avaient assemblée et mise sous les ordres du gé- 
néral royaliste Wimpfen fut facilement dissipée, 
Guadet et la plupart de ses collègues allèrent alors 
chercher un refuge dans la Gironde ; mais déjà^ 
la Convention y avait rétabli son pouvoir. Les, 
proscrits gagnèrent secrètement Saint-Émilion,i 
séjour de la famille de Guadet. Le 6 octobre 179c| 
Tallien vint faire à Saint-Émilion des perquisi- 
tions, auxquelles échappèrent les proscrits. Huit 
mois plus tard les recherches recommencè- 
rent. Le 15 juin 1794, au point du jour, toutes; 
les carrières de la ville de Saint-Émilion, la vilk 
elle-même et les maisons de Guadet père et de 
sa famille se trouvèrent cernées. Guadet el. 
Salles furent trouvés dans la maison de Guadel 
père , et conduits à Bordeaux devant une com- 
mission militaire, qui n'eut qu'à constater leur 
identité, car ils avaient été mis hors la loi 
« Bourreaux , faites votre office , dit Guadet auxj 
membres de la commission; allez, ma tête à^ 
la main, demander votre salaire aux tyrans 
de m^ patrie. Ils ne la virent jamais sans pâ- 
lir; en la voyant abattre, ils pàhront encore. » 
Jusque sur l'échafaud Guadet conserva toute sa 
fermeté. Il voulait parler , lorsqu'un roulement de 



297 



GUADET 



tambours vini couvrir sa voix : il ne put faire 
entendre que ces mots : « Peuple, voilà l'unique 
ressource des tyrans ; ils étouffent la voix des 
hommes libres pour commettre leurs attentats. « 
Il n'avait que trente-cinq ans , et laissait après 
lui une veuve et deux orphelins. Le père de 
Guadet et une tante, arrêtés en même temps que 
lui , furent aussi mis à mort; un jeune frère, ad- 
judant général à l'armée de la Moselle , qui se 
trouvait à Saint-Émilion lors de l'arrestation du 
député , eut le même sort. 

A. DE L. 

Moniteur universel, ann^e 1791, a" 292 ; années 1792, 
1793, an II, m et iv, passim. — M™» de Campan, Mé- 
moires, t. II. — Thiers, Histoire de la Révolution fran- 
çaise, t. II et ni. — A. de Lamartine, Histoire des 
Girondins, t. II- VI. — Le Bas, Dictionnaire encyclopé- 
dique de la France. — Galerie historique des Contem- 
porains; Bruxelles 1819. — J. Guadet, dans l'Ej$cyclo- 
pédie des Gens du Monde. 

GUAGNINO (Alexandre) , historien polo- 
nais , originaire de Vérone, né en 1548, mort à 
Cracovie, en 1674. Il alla de bonne heure chercher 
fortune en Pologne, et se distingua en qualité 
d'ingénieur par la défense de Witepsk et en 
[général dans les guerres que la Pologne eut alors 
|à soutenir contre les Livoniens, les Moldaves et 
les Russes. Il s'intitulait dans ses écrits capi- 
fano de' fanti nella rocca di Witebska, ehe 
con la Moscovia confina. On a de lui : Rerum 
Folonicarum Libri III; Francfort, 1584, et 
idansStarowolski, Centuria Script. Polon.;tm- 
duit en polonais par Carzlowski, et imprimé sous 
: le titre : Chronique de la Sarmatie européenne ; 
Cracovie, 1611 ; — Gesta prascipua tyranisque 
ingens Monarchas Moscoviœ nuper perpetrata ; 
Spire, 1581, écrit satirique dirigé contre le 
czar Iwan Vasiliéwitch, et qui lui fut envoyé par 
Etienne Batori, roi de Pologne, avec ces mots : 
« Lisez , et sachez ce qu'on dit de vous en Eu- 
rope; » — Sofficiente e vera Discrettione de 
iutte le regione al monarca di Moscovia sog- 
•gette, qui, primitivement publiée dans la Rac- 
colia di Ramusio, tom_. Il, a été un grand 
nombre de fois traduite en latin (Sarmatiae Eu- 
ropxsc Descriptio; Cracovie, 1578), en polo- 
nais et en bohème. Ce second ouvrage est du 
plus haut intérêt; car, ainsi que l'a observé son 
dernier et érudit éditeur, Guagnino fut le té- 
moin oculaire des faits dont il est l'élégant 
historien : Magna profecto est auctoritate , 
quippe qui non ex aliis accepta , sed ab ipso 
visa tradidit (1). On a reproché à Guagnino 
d'avoir profité sans scrupule de Strekowski en 
parlant de la Lithuanie et d'Herberstein au cha- 
pitre de la Moscovie. Si ce reproche est fondé , 
ce qui n'est pas complètement jugé, ses récits 
perdent sans doute en originalité, mais n'en 
demeurent pas moins dignes de foi et précieux 



i2) Starczcwski, Historiée Ruthenicœ Scriptores exteri 
sxculi Xyi; Berlin et Saint.-Petersb., 18W, I. 



GUAÏMAR 298 

à consulter pour ce qui concerne la Pologne et 
la Russie ancienne. P*"*^ A. G. 

Adelung, Ubersicht der Reisenden in Russland bis 
1700, I, 226. 

GVAIFER, cinquième prince de Salerne, régna 
dans la seconde moitié du neuvième siècle. Il 
forma en 861 une conjuration contre Adémar, 
prince de Salerne, que ses vices avaient rendu 
odieux aux Salernitains , le jeta en prison, et se 
fit proclamer à sa place. L'empereur Louis II dé- 
sapprouva ce changement; et lorsqu'il vint à Bé- 
névent combattre les Sarrasins, en 806, il exigea 
le rétablissement d'Adémar ; Guaifer alla trouver 
Louis n à Sarno , mais il ne put en obtenir la 
confirmation de son usurpation. L'empereur exi- 
gea même qu'Adémar fût remis entre ses mains. 
Guaifer y consentit , mais avant il fit crever les 
yeux à son prisonnier, et de la sorte le rendit 
incapable de reprendre le pouvoir. Il continua 
donc de gouverner Salerne, qu'il fortifia et défen- 
dit avec succès contre les Sarrasins de Sicile. En 
877, Guaifer associa à son gouvernement son 
fils Guaimar V ou Waimare. La fin de son règne 
ne présente aucun fait intéressant. A. de L. 

Erkempert, De Gestis Princip. Benevent. — Don Salva- 
dor-Maria Blasi, Séries Principum qui Langbardorum 
eetate Salerni imperarunt ; Napies, 1783. 

*GVAiF'EB. (Benoît), théologien napolitain, 
né à Salerne, vivait dans le troisième siècle. Il 
entra parmi les moines du Mont-Cassin sous la 
direction de l'abbé Didier, et se fit remarquer par 
sa piété , son savoir et son éloquence. On a de 
lui : Vita sancti Secundini, episcopi Triventi 
(Puglia), imprimé dans le 1^"^ vol. de Yltalia 
sacra; — des Homélies sur l'Avent, sur les 
fêtes de Noël, de V Epiphanie, sur les di- 
manches de la Septuagésime, des Rameaux; 
sur la Cène ; — Martyrium sancti Lucas papee ; 

— des poèmes à la louange du Psautier; sur 
la résurrection d'un homme qui, s'étant suicidé, 
fut ressuscité par saint Jacques ; sur la conver- 
sion de quelques habitants de Salerne ; — Elog. 
sancti Martini , episcopi ; (Ac. Ces divers écrits 
étaient consei-vés dans la bibliothèque du couvent 
du Mont-Cassin. L— z— e. 

Ughelli, Bibliotheca sacra, t. I. — Dom Ceillier, His- 
toire des Auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. XXI, p. 97. 

— Rictiard et Girand, Bibliothèque sacrée. 

GCAiMAR ou WAIMARE i*^"", sumommé de 
Mauvaise Mémoire, sixième prince de Salerne, 
régna de 877 à 901. Il était fils de Guaifer, qui 
l'avait associé au pouvoir dès 877. Il régna seul 
à la mort de son père ( 880). Il fut continuelle- 
ment en guerre avec les Sarrasins, qui le pres- 
sèrent vivement. Trop faible pour résister seul plus 
longtemps, il mit ses États sous la protection de 
l'empereurd'Orient.Léon VI, dit le Philosophe; 
mais celui-ci, au lieu de lui venir en aide, fit une 
tentative pour s'emparer de Salerne. Guaimar 
s'allia alors avec Gui, duc de Spolète, dont il avait 
épousé la fille, Viote, et tous deux parvinrent à 
expulser les Grecs, en 896. Guaimar, en 893, s'é- 
tait donné pour collègue son fils Guaimar H. Cette 



299 



GTJAÏMAR 



GUALA-BIGHIERI 



300 



précaution ne fut pas inutile; car en 897, étant 
dans le château d'Avellino, le châtelain, nommé 
Adelferio, qui avait à venger quelque injure par- 
ticulière, lui fit crever les yeux pendant la nuit. 
Cette trahison acheva d'aigrir le caractère de 
Guaimar l", déjà enclin à la violence ; sa cruauté 
ne connut plus de bornes, et exaspéra ses su- 
jets; ils le reléguèrent dans le couvent de Saint- 
Maxime, et ordonnèrent à son fils de prendre les 
rênes du gouvernement. 

GîTAiaiAR n, surnommé de J?o?ine Mémoire, 
septième prince de Salerne, fils du précédent , 
régna de 893 à 933. Il commença à gouverner seul 
en 901 , et peu après son avènement prit les armes 
pour soutenir les intrigues de Pierre, évêque de 
Bénévent, contre son prince, Aténulfe. Cette fois 
le succès fut pour la bonne cause, et Guaimar dut 
solliciter la paix. En 929 il réunit ses armes à 
celles de Landolfo, fils d'Aténulfe, pour attaquer 
les Grecs dans l'Apulie. En 933 il partagea le 
pouvoir avec son fils Gisulfe I***". Il vivait encore 
en 943. 

GUAIMAR III, treizième prince de Salerne, 
mort en 1027. Il était le second fils du Toscan 
Jean-Lambert, qui s'était emparé, on ne sait com- 
ment, du gouvernement de Salerne. Guaimar, à 
la mort de son frère aîné, Gui, en 988, fut associé 
au pouvoir par son i)ère. Il eut d'abord à lutter 
contre les Sarrasins, qui ravagèrent souvent ses 
États et le tenaient comme assiégé dans sa ca- 
pitale. Vers 1003 quarante pèlerins normands, 
revenus de la Terre Sainte sur des vaisseaux 
d'Amalfi, se trouvaient à Salerne lorsqu'une 
flotte sarrasine vint insulter cette ville et eu 
exiger une contribution. Les habitants du midi 
de ritaUe s'étaient abandonnés aux délices de 
leur climat ; ils n'étaient pas moins énervés que 
les Grecs, et avaient perdu presque tout courage : 
ils allaient donc lâchement payer le tribut de- 
mandé, lorsque les quarante chevaliers normands 
demandèrent à Guaimar des armes et des che- 
vaux, se firent ouvrir les portes de la ville, char- 
gèrent les Sarrasins, et les mirent en désordre. Les 
Salernitains suivirent alors l'exemple donné par 
les braves étrangers. Conduits par leur duc, ils 
complétèrent la défaite des musulmans,dontles ca- 
davres couvrirent la campagne; un petit nombre 
des vaincus put seul regagner les vaisseaux. 
Guaimar combla d'honneurs et de présents ses li- 
bérateurs; il essaya de les fixer à sa cour par 
les promesses les plus brillantes; et lorsqu'il les 
vit déterminés à quitter la Campanie, il les sup- 
plia d'inviter du moins de sa part des hommes 
de leur nation et au.?si braves qu'eux à venir l'ai- 
der à repousser les infidèles. 11 promit des terres 
et des richesses à ceux qui voudraient s'établir 
près de lui. S'il se délivra ainsi des Sarrasins, il 
attira les aventuriers qui plus tard régnèrent sur 
une grande partie de la péninsule {voy. Dken- 
fiOT ). Guaimar lll avait épousé Gaitelgriine, dont 
il eut trois fils, Jean et Gaïmar, qui eurent part 
au pouvoir, et Pandulfe, qui futducde Sorrento. 



En 1016, suivant la coutume, Gaimar Ilï s'asso- 
cia son fils aîné, Jean II; il le perdit en septembre 
1018, et le 21 du même mois il lui substitua son 
second fils, Guaimar IV, encore en bas âge. 

GUAIMAR ïv, quatorzième prince de Salerne, 
né vers 1025, assassiné en 1052. H succéda à 
son père en 1031. En 1038 il se donna pour 
collègue son fils aîné, Jean III, qui mourut deux 
ans après. Son frère Gisulfe 11 le remplaça. 
Guaimar agrandit d'abord ses États par le don 
que lui fit l'empereur Conrad le Salique de la 
principauté de Capoue, dont il avait dépouillé 
Pandolfe IV, et par la conquête d'Amalfi avec 
l'aide des Normands. En 1040 il envahit le du- 
ché de Sorrento; il porta ensuite ses armes 
dans la Calabre et l'Apulie, fonda en 1044 la 
forteresse de Squillace, et mit le siège devant 
Bari. Tout à coup la fortune l'abandonna : en 
1047, l'empereur Henri III le força à restituer 
laprincipauté de Capoue à Pandulfe V. Jusque ici 
les Normands avaient suivi ses drapeaux ; mais 
ayant mécontenté ses dangereux auxiliaires , il 
se vit rapidement réduit par eux à Salerne et à 
Amalfi; encore les habitants de cette dernière 
ville souffraient-ils impatiemment la perte de 
leur liberté. En 1052, ils formèrent une conspi- 
ration, et pendant que Guaimar se rendait d'Amalfi 
à Salerne, ils le tuèrent, sur le bord de la mor, 
de trente-six coups de poignard. Guaimar SV 
laissa quatre enfants : Gisulfe 1/, qui lui succéda; 
Jean; Sikelgaïte, femme du célèbre Robert 
Guiscard ; et Gaifef.grime , mariée en premières 
noces à Jourdain , prince de Capoue , et en se- 
condes à Hugues de Païda. A. d'E — p — c. 

Uoniuald de Salerne , C/ironica. — Léon d'OsUe, Cliro- 
nic. Mont.-Cassin., t. IV, 1. Il, cap. xxxvil, p. 362. — 
Salerlilani Paralipom. — Dom Blasi, Séries PrincijJntn 
qui I.onçiobardorum œtate Salerni imperarunt ; Naples, 
1785 — Sismoatii , Histoire des Ilépiibliques italiennes, 
t. i, p. 284. — Muratori, Antiq. Ital. médise mvi, t. I]; 
le même, Annales, t. VI. — Erkempert, DeGestisPrin- 
cip. Bencvent. — Chronica Amalpkitani , c. I, p. 207 et 
■;rq. —Cave, Clironica. 

* GUAiNERius, médecin italien, vivait auj 
quatorzième siècle. On manque de renseigne- 
ments sur son compte; il écrivit un traité De 
Venenis, qui fut imprimé in-folio , sans heu ni 
date, et qui est accompagné d'un traité D'e Peste,\ 
où l'on trouve des détails sur cette fameuse épidé- 
mie dite la mort noire, qui ravagea l'Europe à 
partir de 1348. G. B. 

Hain, Repert. Biblioç/r., t. I, P. Il, p. 353. 

GDALA-iîiCHiERi (Jacques) (1), cardinal 
italien, né à Verceil, dans la seconde moitié du 
douzième siècle, mort en mai 1327. Il était de 
la célèbre famille des Bichieri , qui avait joué un 
rôle important dans le gouvernement de la ré- 
publique de Verceil. Après avoir fait des études 
brillantes en droit canon, il fut nommé à l'âge 
de vingt-et-un ans chanoine de la cathédrale 
Eusébienne. S'étant rendu à Rome en 1205, il 
fut créé dans la môme année cardinal par Inno- 

(1) Plusieurs historiens du raoyen-âge le désignent par 
' le nom de Gualo ou fp'alon. 



301 



GUALA-BICHIERI - GUALANDI 



302 



cent VII. En 1207 il fut chargé par ce pape 
d'aller apaiser la lutte entre Sienne et Florence, 
à quoi il réussit couipléteuient. En 1208 Inno- 
cent VIÏ l'envoya en France en qualité de légat, 
pour réformer les mœurs du clergé. Guala fit à 
cet effet rédiger des constitutions sur la disci- 
pline ecclésiastique ; elles se trouvent dans plu- 
sieurs collections de conciles. Trois ans après il 
parvint à réconcilier Philippe-Auguste avec sa 
femme, la reine Ingelburge. Selon Ciacconius , 
Guala aurait ensuite été envoyé dans le midi de 
la France lors de la guerre contre les Albigeois; 
mais il est maintenant établi que ce fut le car- 
dinal Robert Corcon qui prêcha la croisade 
contre ces hérétiques. En 1216 Guala fut chargé 
par le pape d'interdire à Louis, fils de Philippe- 
Auguste , d'accepter la couronne d'Angleterre , 
que les barons de ce pays avaient offerte a ce 
prince. Louis ne tint pas compte des menaces 
d'excommunication dont le légat accompagna 
l'ordre du pape, et passa la Manche. GuaJa l'y 
suivit, alla rejoindre le roi Jean, et prononça la 
sentence d'excommunication contre Louis. Peu 
de temps après, le roi Jean étant venu à mourir, 
Guala réunit un certain nombre de prélats et 
de barons, qui proclamèrent roi Henri lU. En 
1217 il tint, dans une nouvelle assemblée, un dis- 
cours plein de chaleur contre l'usurpation de 
Louis, et il bénit l'armée de Henri, qui battit 
les troupes françaises quelques jours après à 
Lincoln. Il ménagea plus tard la paix entre Henri 
et Louis. Matthieu Paris l'accuse d'avoir commis 
après de nombreuses exactions sur les ecclé- 
siastiques qui s'étaient prononcés pour les 
Français; mais on sait que les assertions de 
cet historien demandent à être sévèrement con- 
trôlées dès qu'il parle de la cour de Rome. Guala 
resta encore deux ans en Angleterre, pour guider 
les premiers pas du jeune roi, dont il fut nommé 
tuteur et gardien ; secondé par le grand-maré- 
chal Pembroke , il sut faire respecter l'autorité 
royale. Conciliant pour les choses de peu d'im- 
portance, il déployait la plus grande énergie 
dès qu'il s'agissait d'infractions graves aux lois. 
De retour à Verceil , en automne 1219, Guala y 
fonda la même année le monastère de Saint- 
André ; il y établit aussi un hôpital de deux cents 
lits , qu'il dota avec les sommes d'argent que 
Henri HI lui avait données à son départ. Cet hô- 
pital existe encore aujourd'hui. 

Après avoir été chargé de réformer le clergé de 
la Lombardie, Guala fut envoyé en Sicile auprès 
de l'empereur Frédéric II , pour l'engager à en- 
treprendre une nouvelle croisade; mais il ne 
parvint pas à y décider Frédéric. De retour en 
Italie, il contribua à la fondation de l'université 
de Verceil; il mourut avant son établissement 
définitif. Sa riche bibliothèque, dont les volu- 
mes étaient d'une exécution très-belle, fut re- 
mise par son ordre au monastère de Saint-André; 
le catalogue en a été donné par Frova, dans son 
excellente biographie de Guala. . E. G. 



Matthieu Pûris, Chronicon (année 1216 et 1217). — 
Kruva, Fita et Cesta Gualx-Biechleri; Milan, 1767, 
in-S". — C. Deiiina, Elogio del cardinal Guala- Bicchieri; 
Turia, 1782, iii-S". 

GUALANDI (Jean-Bernard) , traducteur ita- 
lien , vivait au seizième siècle. On n'a point de 
détails sur sa vie. On sait seulement qu'il était 
ecclésiastique, et qu'il mourut vers 1570. Il a 
traduit en italien : Philostrate, Vita Apollinii ; 
Venise, 1549, in-8°; — Guil. Bade, De Asse; 
Florence, 1562, in-S"; — Plutarque, Apophlheg- 
mata; Venise, 1565, in-4°. On a encore de lui : 
Tructatus de vero Judicio et Providentia Dei ; 
Florence, 1562, in-8°, et quelques discours la- 
tins. Z. 

Gaïuba, Série delV ediziani de' TesW di lingua Uu 
liana. 

GiTALANDi (Odoardo) , philosophe italien, 
né à Pise, vers le commencement du seizième 
siècle, mort à Rome, le 17 mars 1597. Entré 
dans les ordres, il fut nommé par Paul IV, qui 
l'estimait beaucoup, évêque de Césène, en 1557. 
Après avoir gouverné son diocèse pendant trente- 
et-un ans, il se démit de son évêché eu faveur 
de son neveu Camille Gualandi , et alla résider 
à Rome. Gualandi s'est fait remarquer comme 
partisan déclaré des doctrines platoniciennes. 
On a de lui : Philosophie moralis ac totius 
facultatis civilis vera et absolula Methodtis ; 
Rome, 1598 et 1604, in-fol. E. G. 

Ughelli, Italia sacra, t. II, p. 464. — Jôclier, Jllgem. 
Gel.-Lex. 

GUALANDI [Hermès), poète italien du dix- 
septième siècle, mort à Bologne, le 22 juillet 
1629. 11 étudia la théologie et la jurisprudence, 
et exerça pendant plusieurs années les fonctions 
de protonotaire apostolique et de vicaire géné- 
ral de Parme. On lui doit un recueil de poésies 
lyriques : Rime; Bologne, 1631. V — u. 
Biografla universale; Venise. 

* GUALANDI ( Michelangelo ) , littérateur 
italien, né à Bologne, le 13 mars 1793. Issu d'une 
ancienne famille originaire de Pise, mentionnée 
par le Dante au XXX^ chant de Y Enfer : 

Gualandi con Sismondi e con Lanfranclii 
S'avea rnessi dinanzi alla fronte, 

et dont les membres occupèrent les premières 
charges dans les républiques de Pise et de Bo- 
logne, M. Gualandi renonça aux emplois aux- 
quels sa naissance et son mérite l'appelaient, pour 
se livrer tout entier à son goût pour les arts. 
Habitant à Bologne cet appartement du palais 
Fava rendu célèbre par les fresques des Carrache 
et de leur école, il y réunit autour de lui une 
riche collection de tableaux, de dessins et de gra- 
vures de maîtres, de livres sur les arts, de cu- 
riosités de toutes sortes et surtout d'autographes, 
fruits de ses longs voyages en Italie, en France, 
en Angleterre et en Allemagne. Chercheur infa- 
tigable, il a su ramasser d'innombrables docu- 
ments, dont il a déjà fait paraître une partie dans 
un recueil formant trois volumes in-8° , Bologne, 
! 1840 à 1845 , sous le titre de ; Memorie origi- 
i nali Ituliani risguardunti le belle arti. Cha- 



303 



GUALANDI — GUALDIM-PIES 



304 



cune de ces pièces originales, qui éclaircissent 
tant de points obscurs de l'iiistoire de l'art, et 
que nous-même avons souvent mises à profit 
dans nos notices de la Biographie générale, est 
accompagnée de notes et de commentaires qui 
accusent dans leur auteur autant de savoir que 
de sagacité. Ce travail précieux, dont un qua- 
trième volume est annoncé en ce moment, fut 
accompagné en 1844 et 1845 de deux autres vo- 
lumes non moins intéressants, qui en sont pour 
ainsi dire le complément et font suite aux publi- 
cations de Bottari et de Ticozzi. Cet ouvrage 
est intitulé : Nuova Raccolta di Lettere sulla 
Pittura, ScuUura ed Architettura, scritte da' 
più celebri personnagi dei secoli XV a XIX, 
con note ed illustrazioni. Le troisième volume 
de ce recueil est annoncé. 

M. Gualandi a publié en 1850 un excellent guide 
de Bologne , intitulé Tre Giorni in Bologna , et 
en 1854 la curieuse relation d'un voyage fait à 
la Chine en 1698 par le peintre bolonais Gio- 
vanni Gherardini. Sans parler de ses nombreux 
articles donnés aux recueils littéraires et artis- 
tiques de l'Italie , nous indiquerons encore trois 
brochures de M. Gualandi : une Notice sur 
Victoire Jaquotot , l'habile peintre sur porce- 
laine, morte en 1855; Le Porrettane, lettres 
artistiques adressées à un ami , des bains de La 
Porretta, Bologne, 1850, in-8'' ; enfin, une notice 
pleine de précieuses recherches, intitulée : Di 
Ugo da Carpi e dei conti da Panico Memorie 
eNote; Bologne, 1854, in-S". 

M. Gualandi a coopéré à la publication, si impor- 
tante pour l'histoire de l'Italie, de VArchlvio 
Storico-Italiano. Il fournit en ce moment des 
notes pour la magnifique édition de Vasari en 
cours de publication à Florence, chez Le Monnier. 
Tant de travaux consciencieux et utiles ont valu 
à leur auteur le titre de membre des académies 
de Bologne, de Florence, du Panthéon de Rome, 
de Na pies, de Messine, etc. 

E. Breton. 

Documents particiUiers. 

GCALBERT (Jean). Voy. JthU-GVAlSERT 

(Saint). 

* GUALBERTO FERREIRA DOS SANTOS- 

REis ( Joâo ) , poète brésilien , né à Bahia , au 
dix-huitième siècle, mort en 1854. Il vivait dans 
un état voisin de la gêne , à l'ilha de Mare, où 
il possédait un petit héritage. Il a donné une 
traduction portugaise de Virgile , et ses Œuvres 
poétiques ont été publiées à Bahia, en 6 ou 8 vo- 
lumes. F. D. 
Bevista trimensal de Hio-de-Janetro , 19 vol. in-8o. 

* GVALCA ( Diego ) , explorateur de mines 
péruvien, vivait au seizième siècle. 11 apparte- 
nait à la nation Chumbivilca , qui s'était fixée 
aux environs de Cusco; il gardait ses trou- 
peaux sur le penchant du Potosi , et il cou- 
rait après ses moutons, lorsque, pour éviter une 
chute , il saisit le rameau d'un arbuste que l'on 
nomme icho, et dont le revers de la montagne 



était couvert; l'arbuste fut arraché, et un fragment 
d'argent natif brilla aux yeux de l'Indien, qui le 
recueillit. Guaica fit part de sa découverte à deux 
Espagnols qui travaillaient aux mines de Porco. i 
Guidés par ses indications , ils commencèrent, 
vers 1545, les riches exploitations qui ont eu une 
sî prodigieuse influence sur la richesse métal- 
lique du monde entier. F. D. ! 

Ignacio '^ann, Esquisses historiques, politiques et sta- 
tistiques de Buenos- Ayr es , des autres Provinces -Uyiies ' 
de la Plata et de la république de Bolivar, trad. de 
l'espagnol par M. Varaigne; Paris, 1826, in-S". 

* GUALDiM-PAES (Dom), célèbre grand- 
maître de l'ordre du Temple en Portugal , né à 
Braga, au douzième siècle, mort en 1195 (1). Il 
se battit fréquemment contre les Maures de la 
Péninsule , et dès 1 147 contribua par son cou- 
rage à la conquête de Santarem. Au moment de 
la deuxième croisade, il était provincjal de l'ordre 
des Templiers. Il prolongea durant cinq ans son 
séjour en Orient, et prit part au siège d'Asca- 
lon en 1155 ; l'année suivante, il revint en Eu- 
rope. Nommé grand-maitre de son ordre , l'un de 
ses actes les plus mémorables fut de jeter les 
fondations du magnifique château de Thomar, 
qui devait servir désormais de chapitre capitu- 
laire aux templiers portugais. Ce vaste monas- 
tère fortifié, qui subsiste encore, et que vont 
admirer tous les voyageurs , fut commencé au 
mois de mars 1160. Neuf ans plus tard le roi 
Alfonse-Henriquez confia la défense de l'Alem- 
Tejo à Gualdim-Paes. C'était le moment de ses 
luttes les plus animées avec l'Espagne; le mo- 
narque portugais concéda alors au grand-mattre 
le tiers de tout ce que ses armes pourraient con- 
quérir. Les exploits des chevaliers du Temple s'é- 
taient rapidement succédé , et Gualdim-Paes était 
parvenu à l'apogée de sa puissance, lorsqu'il eut à 
subir une attaque imprévue dans le couvent fortifié 
qu'il avait su rendre pour ainsi dire imprenable. 
Jacoub, fils d'Abu-Joussouf, s'étant déterminé à 
venger sur les chevaliers du Temple l'échec que 
son père avait éprouvé en rendant Santarem, in- 
vestit la province de Beira avec une année plus 
nombreuse que toutes celles qa'ou avait vues pa- 
raître jusque alors dans cette partie de la Pénin- 
sule. C'était en l'année 1190, sous le règne de 
D. Sancho. Cette troupe, composée de tant d'é- 
léments divers, se porta avec impétuosité contre 
la place de Thomar, et avant de faire en règle le 
siège de la forteresse anéantit la boui^ade qu'elle 
protégeait. Gualdim-Paes ne se laissa point ter- 
rifier par cette redoutable multitude ; ses cheva- 
liers le secondèrent admirablement, et les Maures 
s'enfuirent bientôt en désordre. On montre en- 
core, dans la partie fortifiée du monastère, la 
porte par laquelle s'effectua la sortie désespérée 
des chevaliers. Les templiers du Portugal étaient 
réellement un rempart pour les populations chré- 
tiennes. Aussi leur ordre fut-il respecté même 

(1) Une ancienne chronique ajoute à son nom celui de 
Piscos; le même document lui donne pour père don Paas 
Hamlrez, et pour luère dona Golor de boares. 



305 GUALDIM-PAES - GUALDO-PRIORATO 

au moment où le souverain pontife sévissait 



avec le plus de sévérité contre leurs couvents. 

Le couvent de Thomar, édifié par ce grand- 
maître, passe avec juste raison pour une des 
constructions religieuses les plus remarquables 
ie la péninsule; mais l'édifice, qui remonte au 
louzième siècle, n'offre que des vestiges sans 
mportance. On considère cet ancien monastère 
;omme recelant encore les peintures les plus 
jnciennes dont on garde le souvenir en Portu- 
gal. Gualdim-Paes mourut paisiblement, dans le 
monastère qu'il avait si bien défendu. 

Ferdinand Denis. 
Nnbiliario do Conde de Barcellos, ms. de la Bib. Imp. 
le Paris; édit. de Faria y Souza; id., édit. de Lavanha. 
- O Panorama, jornal litterario. 

GUALDO-PRIOBATO (GaieOSSO), COmte DE 

CoMAzzo, officier supérieur, tacticien, diplo- 
mate et l'un des plus féconds historiens italiens, 
lé à Vicence (1), le 23 juillet 1606, mort dans 
la même ville, en 1678. Il était fils de Nicolas 
Sualdo-Priorato et de Antonietta Roma. Peu 
i'hommes ont eu une existence aussi active que 
la sienne. Dès l'âge de quinze ans il passa en 
Flandre, et servit contre les Espagnols, sous les 
Drdres de Maurice de Nassau , prince d'Orange. 
U était dans Breda lorsque cette ville fut prise 
par Spinola (5 juin 1625). Il accepta ensuite le 
grade d'enseigne dans le régiment français du 
comte d'Hauterive ; mais il refusa de suivre son 
colonel lorsque celui-ci fut rappelé en France, 
et entra dans le corps allemand du comte Ernest 
ie Mansfeld, où il obtint une compagnie de cava- 
lerie. Mansfeld, ayant été complètement défait 
et forcé de se réfugier en Angleterre, Gualdo le 
suivit dans ce pays. L'année suivante il s'embar- 
qua pour la Hollande avec sept cents passagers, 
presque tous protestants et militaires; mais 
leur vaisseau fit naufrage en vue des côtes ba- 
taves, et Gualdo ne gagna la terre qu'avec douze 
compagnons seulement. L'ambassadeur de Ve- 
nise le prit sous sa protection , et lui facilita les 
moyens de gagner la France. Gualdo y vint re- 
joindre le colonel d'Hauterive , qui alors était à 
La Rochelle. D'Hauterive reçut Gualdo comme 
capitaine, et tous deux, après la reddition de la 
ville, retournèrent guerroyer en Hollande. Gualdo 
fut blessé d'un coup de pique dans le côté au 
siège de Boisle-Duc. A peine rétabli, il s'em- 
barqua avec le prince Maurice de Nassau pour 
aller combattre les Portugais dans le Brésil ; 
mais ayant eu connaissance de la capitulation 
(le Rio-de- Janeiro , ils se bornèrent à dévaster 
les possessions portugaises des côtes de l'Afrique 
occidentale. Gualdo personnellement visita Fez 
et Maroc. Après un court séjour en Hollande, 
il revint à Vicence; mais, incapable de repos, 
il courut bientôt s'enrôler, comme capitaine, 
sous les drapeaux du célèbre Albert de Wal- 

(1) Cest par erreur que le P. Lelong et l'abbé Lenglet 
font naître et mourir Gualdo-Prlorato o tienne; c'est 
f^icence qu'il faut lire. 



306 

stein, duc de Friedland, et combattit les Suédois. 
Sa condition d'étranger et plusieurs querelles 
qu'il eut au sujet de sa patrie le firent des- 
cendre au rang de sergent-major dans le régi- 
ment allemand de Tersica. Cependant, le 10 fé- 
vrier 1632 , Venise récompensa son patriotisme 
par une pension annuelle de 400 ducats. 

Gualdo perdit son père vers cette époque ; dé- 
goûté du service impérial, il revit l'Italie, régla 
ses intérêts, et composa quelques-uns des ou- 
vrages que nous connaissons de lui. Cédant tou- 
jours à ses instincts belliqueux , on le voit, en 
1643, commander un régiment de cuirassiers dans 
les troupes vénitiennes. Après la paix , il con- 
duisit ses cavaliers à l'électeur de Bavière; mais 
le 3 août 1645 ils furent anéantis à la bataille 
de Nordlingue. Blessé et échappé à grande peine 
au désastre , Gualdo renonça enfin à l'épée, et 
reprit la plume ; mais il n'en fut pas plus tranquille. 
En 1652 il quitta Vicence pour venir à Paris, 
écrire l'histoire du ministère de Mazarin. 11 se 
fit naturaliser Français, le 6 octobre 1653, et le 
10 novembre suivant il reçut du cardinal le cordon 
de Saint-Michel. Le 16 février 1656 il était à Rome, 
où le pape Alexandre VII lui accordait un diplôme 
de noblesse. L'ex-reine Christine de Suède se trou- 
vait alors dans la capitale du monde chrétien ; 
elle apprécia l'incroyable activité de Gualdo, le 
créa gentilhomme de sa chambre, et le chargea 
de plusieurs négociations délicates. En 1659 elle 
l'envoya auprès de Louis XIV, afin que ce mo- 
narque la fit payer des pensions qu'elle s'était 
réservées en abdiquant la couronne en faveur 
de Charles-Gustave. Gualdo conduisit si bien l'af- 
faire qu'après un voyage en Suède il obtint com- 
plète satisfaction pour l'ex-reine. 

En 1660 le gouvernement vénitien envoya 
l'infatigable Gualdo en Suède et en Danemark, 
pour engager ces puissances à prendre parti 
contre les Turcs. Il fut depuis chargé de plu- 
sieurs missions semblables. En 1664 il était à 
Ratisbonne; l'empereur Léopold s'y trouvait 
alors : ce monarque accueillit Gualdo avec une 
grande faveur ; il le nomma son historiographe, 
et l'admit dans le conseil aulique. Gualdo re- 
nonça enfin à sa vie d'aventurier ; il se retira des 
intrigues politiques, pour se consacrer exclu- 
sivement à la littérature, et se fixa à Vicence, où 
il fut enterré, quatorze ans plus tard, dans l'église 
San-Lorenzo. Venise l'avait créé chevalier de 
Saint-Marc, le 2 mars 1676. On comprend dif- 
ficilement comment Gualdo- Priorato a pu trou- 
ver le temps d'écrire autant d'ouvrages qu'il en 
a publiés. Il faut reconnaître en lui une facilité 
peu commune. Il est vrai qu'il a traité surtout 
des événements accomplis sous ses yeux, et par 
cela même ses écrits présentent un grand intérêt 
pour l'histoire de son siècle. On a de lui : His- 
toria délie guerre di Ferdinando II et Fer- 
dinando II ï, imper atori , et del re Filippo IV 
di Spagna contre Gusiavo-Adol/o , re di Siie- 
zia, e Luigi XIII, re di Francia, successe 



307 GUALDO-PRIORATO 

dalV anno 1630 sino alV anno 1639; Venise 
1640, 1641, in-4°: Genève, 1642, 2 vol. in-S"; 

— Il Guerriero prudente e politico ; Venise, 
1640, in-4"; Bologne, 1641, ia-12 ; — /^ Ma- 
neggio delV Armi moderni, con un brève 
Compendio sopra le Guardie, Quartieri, For- 
tificazioni e 4r%i«ero ; Vicence, 1642, in-i2; 

— Hïstoria délia Vita d'Alberto Valstain, 
duca di Fritland, Lyon, 1643, in-12; trad. en 
latin par Josué Arndius, Rostock, 1668, in-S"; 
— Histoire des Révolutions et mouvements de 
Naples pendant les années 1647 et 1648; 
Paris, 1654, in-4° : on ne sait si cet ouvrage 
parut d'abord en italien; — ffistoria délie 
Rivoluzioni di Francia sotto il regno di 
Luigi XIV, dalV anno 1648 sin ail' anno 
1654 , C071 la continuazione délia guerra ira 
le due Corone; Venise, 1655, et Paris, 1656, 
in-fol. ; réimprimé avec un Aggiunta d^altri 
accidenti occorsi in Europa sino alla pace de' 
Pirenei; Cologne, 1670, 2 vol. in-4°; une traduc- 
tion anglaise de cet ouvrage, commencée par le 
duc de Montmouth et terminée par Williams 
Brandt, a paru à Londres, in-fol.; — Historia 
délia sacra real majesta di Gristina-Ales- 
sandra , regina di Suezia ; Modène , i 656 , 
in-4°; — Scena d'Uomini illustri d'italïa, 
singulari per nascità, per virtù, e per for- 
tuna; Venise, 1659, in-4°; — Vita e Gondizioni 
del cardinale Mazarini , Cologne, 1662, in-4° ; 
trad. en français, ibid.; en allemand , Francfort, 
1665, in-12; en anglais, Londres, 1669, in-12; 

— Relatione délia Gorti e Siati del serenis- 
simo Filippo-Guglielmo , duca di Giuliers, 
di Neubourg , etc.; Cologne, 1664, in-4°; — 
Il Trattato délia Pace conclusa tra le due 
corone nelV anno 1659 , con quanto ha havuto 
connessione con la medesima , Brème, 1664, 
in-12 ; Cologne, 1669, in-8" ; trad. en latin dans 
le tome IV De Jure publico Imperii, etc., 
Francfort, 1710, in-fol.; — Relatione délia 
Città e Stato di Milano, sotto il governo delV 
eccel. sign. don Luigi de Guzman Ponze di 
Leone; Milan, 1666, iri-4°; — Relatione délie 
Citte imperiali et ansiatiche di Colonia , Lu- 
becca, Bremen et Hambourg ; Le^Ae, 1668, 
in-8°; — Relatione deW Arcivescovato di 
Saltzburg, delli Vescovati e Principati di 
Bamberg , d'Eistet , e delV abbatia di Ftilda; 
Cologne, 1668, in-8"; — Relatione delta Città 
di Fiorenza e del Gran-Ducato di Toscana , 
sotto il régnante gran-duca Ferdinando II ; 
ibid.; — Relatione délia città di Genova e suo 
dominio; ibid.; — Relatione délie Provincie- 
Unité del Paese-Basso ; ibid.; — Relatione 
délia Signoria di Lucca et suo dominio; ibid.; 

— Relatione del Governo e Stato délie Citte 
imperiali di Noremberg , Augusta , Ulm e 
Francfort; ibid.; — Relatione délia Cor le e 
Stati del serenissimo Ferdinando-Maria elet- 
tore di Baviera; Leyde, 1668, in-8°; — Re- 
latione delli Ellettoratidi Magonza e Colonia, 



I 



— GUALFREDUCCI 

delli Vescovati d' Herbipoli, Munster , Pader 
born et Osnabruch; Cologne, 1669, in-B" ; — ! 
Relationi délie Gorti e Stati di vari Elettor. 
et altri Princlpi ecclesiastici di Germania l 
nello stato che s'attrovavano gli anni 16651 
e 1664; ibid.; — Relatione délie Gorti e Stat\ 
di vari Elettori et altri Principi secolari d, 
Germania, nello stato che s'attrovavano neglt 
anni 1663 e 1664 ; ibid. ; — Relatione delU 
Corfe e Stati del serenissimo Alberto-Chris-; 
tiano, duca d'Holstein, de Slesvic , etc., e det 
conte d'Oldenburg ;\h\à.; ces quatorze relationsi 
ont été réunies en un volume; Vienne, 1674,; 
in-fol. ; — Historia del Ministerio del cardi- 
nale Giiilio Mazarino , primo ministro dello, 
corona di Francia , Cologne, 1669, 3 vol. in-12 
trad. en français, Paris, 1669, 3 vol. in-12, e1; 
1672, 2 vol. in-12; Amsterdam, 1671, 3 voli 
in-16; —Historia di Leopotdo, cesare, divisas 
in tre tomi, che contiene le cose piu memo^i 
rabiU successe in Europa deW anno 165ci 
sino al 1670; Vienne (Autriche), 3 vol. 1670' 
1674, in-fol.; avec une continuation, nella quali\ 
sidescrive la ribelMone d'Ungheria, Vienneji 
1676, in-4°; — L'Uomo chiamato alla memo-]^ 
ria di se stesso , e dellu morte; ibid., 1676, 
in.40 ; — Arte délia Guerra; ibid., ia-12 ; avefj 
des additions du P. Giuseppe Leonciui, Rome,' 
1681, in-12; — Historia di Ferdinando III ij 
imper atore; Vienne, 1672, in fol.; — Vite et 
Attioni di Personaggi militari epolitici; Md.j 
1674, in-4"; — Leitera al Eminentissimo car- 
dinale Barberino , decano del Sacro-Collegio^ 
con la quale si dà ragguaglio a S. E. di 
quanto èpassato negli augustiss. terzispon- 
sali di S. M. Cesarea; col piu che di festivi 
e rigardevole s'èfatto nella cesarea cortepei 
t'utto il corso del carnevale delV anno 1677; 
ibid., in-fol.; — Teatro del Belgio, sia des- 
crizione délia Diecisette-Provincie del mede- 
simo, con le piante délie citte e Jortezze 
principati ; F tmdort, 1683, in-fol. (posthume). 

L — Z — E. 

Michel-Ange Zorzi, Fita di Galeazzo Qualdo-Prio- 

rato, dans les Opiiscoli scientifiri, t. IV; Venise, 1728/11 
în-12. — Le Gloria degli incogniti. - Le P. Lelong, Bi-\ 
bliothèque historique de la France. — I.englet, Catalo- 
gue def historiens. — Nicéron, Mémoires pour servir à ! 
l'histoire des lettres, t. XXXIV, p. 113. | 

GVALFREnucci (Bundino), littérateur ita-| 
lien, né à Pistoie, en 1565, mort à Rome, le 
5 mars 1627. Entré dans l'ordre des Jésuites, il 
enseigna la rhétorique pendant six ans ; ensuite 
il devint successivement secrétaire du général 
de son ordre , coadjutor spiritualis dans la : 
maison professe de Rome, enfin de nouveau 
professeur de rhétorique. On a de lui : ffiero- 
mentœ, seu sacrorum mensium partes II; 
Rome, 1622, in-12; ibid., 1625, in-12; — Va- 
rioriim Carminum Libri VI, et Sophoclis 
Œdipus Tyrannus in lutinum carmen trans- 
lalus; nome, i àll, in-i2 ; — Sigericus, frn^ 
gœdia; Rome, 1627. E. C. 



Î09 



Alegambe. Biblioth. Scriptorum Societ.Jesu.— Jiicher, 
Hlgem. Gelchrten-Lexifkon. 

* GUALLA (Pietro), peintre de l'école pié- 
nonfaise, né à Casale ( Mantf errât ) , à la fin 
lu dix-septième siècle, lïiort à Milan, en 1760. 
jon peintre de [sortraits , il se crut appelé à 
laiter à l'tiuile ou à fresque des sujets îiistori- 
[iies; mais il n'avait pas fait d'assez sérieuses 
études de dessin et d'anatomie : il échoua dans 
son entreprise. Déjà avancé en âge , il prit l'habit 
eligieux de l'ordre des Paoletti, et voulut pein- 
ire la coupole de l'église Saint-François de Paule 
le Milan, appartenant à cet ordre; il mourut 
ivant d'avoir pu achever ce travail, qui du reste 
lui eût fait peu d'honneur. E. B — n. 

Lanzi, Storia délia Pittnra. — Ticozzi, Dizionario, 
- Siret, Dictionnaire historiqiie des Peintres. 
* GUALLERY OU GALLERY ( Jean ) , poète 

français, né au Mans, vivait en 1540. « Il estoit, 
dit La Croix du Maine , poète françois , philoso- 
phe, mathématicien et bien versé en d'autres 
sciences. ^> Il vint à Paris, et obtint la place de 
jpiincipal au collège de Justice (l). Il y fit re- 
! présenter plusieurs pièces, tant en français qu'en 
I latin. Il composa aussi quelques poésies; mais 
ises œuvres sont restées manuscrites. Il culti- 
ivait l'astrologie, et passait pour expert dans 
l'art de la nécromancie. Il avait écouté les plaintes 
et avait promis ses bons offices à un procureur 
d'Alençon, nommé Saint- Aignan, qui , après avoir 
assassiné l'un des amants de sa femme , voulait 
se défaire de celle-ci au moyen de certains ma- 
i léfices ; mais la dame, ayant découvert toute la 
liTame, dénonça les deux associés , et le mari et 
le sorcier furent envoyés aux galères, on ils fini- 
rent leurs jours. A. Jadin. 
Marguerite de Navarre, Contes et nouvelles, t. ler, 
i' p. L — La Croix ilu Maine, Biblioth. française, p. 226. 
— Parfaict frères, Histoire du Théâtre français, t. Il, 
p. 369. — Barthélémy Hauréaii, Histoire littéraire du 
3!ah)e, t. II, p, 10. 

* GiTALO, poète latin du douzième siècle. 
Tout ce qu'on sait à son égard , c'est qu'il était 
né dans le pays de Galles ; il reste de lui un 
petit poème satirique contre les moines, qui a été 
imprimé dans le recueil de Flaccius lilyricus, 
Poemata de corrupto Ecclciix Statu, Bàle, 
ir>57, que Fabricius a reproduit. G. B. 

hcys(;T,BîstorialPoetarnm medii asvi.p. i3it. — Fa- 
brlciu.s, jlihUotheca Latina, t. lU, p. 321 et S22. 

GUALTEH. Voy. GAULTIER. 

GiTALTERio {Filippo- Antonio), prélat et 
érudit italien, né à San-Quirice-de-Fermo , le 
2i mars 1660, mort à Rome, le 21 avril 1728. Il 
était fils de Gualterio et d'Anna-Maria Cioli, et 
appartenait à une des premières familles de la 
Marche d'Ancône. Son grand oncle , le cardinal 
Carlo Gualterio, archevêque de Fermo , se char- 
gea de son éducation, et l'envoya, en 1672, à 
Rome, étudier au collège Clémentin. Filippo 

(l)Ce cnllése était situé rue de la Harpe, an-dessus de 
SaInt-COme.II avait été fondé en 13G3, par testament de 
Jean de .lustice, chantre à l'ésli.se de Bayeux, chanoine 
de Notre-Dame de Pari.i et conseiller du roi. 



GUALFREDUCCr ~ GUALTERUS âlO 

: Gualterio fit sa philosophie à Rome, son droit et 
I sa théologie à Fermo, et dès l'âge de dix-neuf ans 
I recevait le grade de docteur dans ces deux der- 
nières facultés. Vers 1684, et malgré sa jeunesse, 
il fut admis au nombre des prélats récipiendaires 
I de l'une et l'autre signature. Gualterio sut ga^ 
gner la faveur particulière de plusieurs souve- 
rains pontifes. Sous Innocent XI, il obtint suc- 
cessivement l'inspection générale de l'Annone, 
les gouvernements de San-Severino, de Fa- 
brieno, d'iesi , de Cameriuo , de Loretto et la 
vice-légation d'Avignon. Le 17 février 1700 
Innocent XII lui confia la nonciature de France; 
Clément XI lui conféra l'abbaye de La Trinité 
(Milanais), l'évêché d'Imola, celui de Todi, la 
légation a latere dans Ravenne et la Romagne ; 
enfin, en 1799 il le créa cardinal du titre de 
Saint-Chrysogone. Suivant Moréri, Gualterio 
quitta cependant la France avec regret : il s'y 
était lié avec les principaux savants , avait com- 
pulsé toutes les bibliothèques laïques et mona- 
cales, et s'était formé une fort belle collection de 
manuscrits uniques ou précieux, de médailles 
antiques et modernes , d'instruments de précision 
rares ou ingénieux; mais toutes ces richesses lit- 
téraires ou scientifiques, embarquées à Marseille, 
périrent dans la traversée. Gualterio recom- 
mença de nouvelles recherches, et parvint à 
réunir de nombreux éléments qu'il croyait devoir 
lui être utiles pour une histoire universelle qu'il 
projetait d'écrire. Un nouveau désastre vint l'af- 
fliger. II était alors légat à Ravenne : les troupes 
impériales ayant envahi cette ville pillèrent 
sa maison , et brûlèrent ou dispersèrent ses do- 
cuments. Gualterio revint en France, où Louis XIV 
lui accorda l'abbaye de Saint-Remy de Reims ; il 
le créa aussi académicien honoraire, avec une 
bonne pension. Sous la régence du duc d'Or- 
léans, le prélat italien fut pourvu de l'abbaye de 
Saint-Victor de Paris, l'une des plus riches du 
royaume ; etLouis XV, devenu majeur, le nomma 
commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. Le car- 
dinal Gualterio, malgré ses goûts littéraires , n'a 
laissé aucun écrit. L — z — e. 



De Boze , Éloge du cardinal Philippe- Antoine Gual- 
terio; dans les Mémoires de C Académie des Inscriptions 
et Belles- Lettres, t. Vil.— MoTéri, Le tirand Diction- 
naire historique. 

GUALTERIOS. Voy. GAULTIER. 

GCALTERiTs ( Rodolphe ), théologien suisse, 
né en 1518, à Zurich, mort dans cette même ville, 
le 24 décembre 1586. Il fit ses études en Suisse 
et en Allemagne, sella avec quelques chefs de 
la réformation, accompagna en 1541 le land- 
grave Philippe de Hesse à la diète de Ratis- 
bonne, et se fixa peu de temps après à Zurich, 
où il épousa la fille de Zwingli et où il devint, en 
1575, surintendant des affaires ecclésiastiques. 
Parmi ses ouvrages, dont une édition complète a 
paru à Zurich en 1 58,» ( 1 5 volumes ) , nous cite- 
rons son Antïchristus , Zurich, 1546, dans le- 
quel il se prononça sur la religion catholique 



311 



GUALTERUS — GUANZELLIS 



312 



d'une manière qu souleva beaucoup d'ennemis 
contre lui. 

Son fils Rodolphe , mort à l'âge de vingt-cinq 
ans (1577), s'est fait connaître par quelques 
poésies latines. V — v. 

Teissier, Elog., t. II, p. S5. — Hottinger, Mbliothcca 
Tigur., p. 115; le même, Helvetiscke Kirckengescn,. — 
Zedler, Universal Lexic. 

GUALTERCZZi (Charles), littérateur italien, 
né à Fano, vers la fin du quinzième siècle, 
mort après 1569. Très-jeune il se rendit à Rome, 
où il devint le disciple du cardinal Bembo, et où 
il se lia avec d'autres personnages éminents, tels 
que les cardinaux Polo et Sadolet. Ses amis 
lui procurèrent un emploi important dans la 
chancellerie papale. Bembo le nomma son exécu- 
teur testamentaire , et lui fit remettre beaucoup 
de ses livres et de ses manuscrits. Gualteruzzi 
donna de nouvelles éditions des Prose et des 
Lettere de Bembo, et publia en 1551, pour la 
première fois , VHistoria Veneta de son maître 
dans l'original latin , et l'année suivante en ita- 
lien. Longtemps la traduction italienne fut attri- 
buée à Gualteruzzi; mais le manuscrit original 
de cette version , découvert depuis à Venise , se 
trouve être de la main même de Bembo. Ce ma- 
nuscrit a servi de plus à constater que dans l'é- 
dition de Gualteruzzi le style de Bembo a été 
retouché , et que les faits rapportés par cet histo- 
rien ont été altérés. Gualteruzzi a encore publié 
la première (1) édition du Libro di Novelle e 
di Parlar gentile; Bologne, 1525, in-4" : ce 
recueil de cent Nouvelles, tirées des Gesta Ro- 
manorum, des fabliaux et des chroniques, fut 
rédigé vers la fin du treizième siècle, par divers 
auteurs, restés inconnus ; il n'offre d'intérêt que 
comme curiosité littéraire. Plusieurs autres édi- 
tions de ces Nouvelles ont été données depuis : 
Florence, 1572, in-4", avec des notes de Vincent 
Borghi; Naples (sous la rubrique Florence), 
1724, in-8°; Florence, 1778-1782, 2 vol. in-8% 
avec des notes de Manni; Turin, 1802, in-8'*; 
Milan, 1825, in-8°-, Modène, 1826, in-8" : très- 
bonne édition, augmentée de onze nouvelles ex- 
traites du livre de Fr. Barberius Del Regi- 
viento de' Costumi délie Donne, et de notes in- 
téressantes. Dans les collections des Lettere vol- 
gari, publiées au seizième siècle, se trouvent 
plusieurs lettres de Gualteruzzi ; le sénateur Jacq. 
Soranzo en possédait un volume entier, manus- 
crit. E. G. 

Adelung, Suppl. à JOcher, yillg. Gel.-Lex. 

* GUALTiERi (....), peintre de l'école vé- 
nitienne , né à Padoue, vers 1550. En compagnie 
de son parent Doraenico Campagnola et de Ste- 
fano deir Arzere, il peignit à Padoue la grande 
salle de l'université, servant aujourd'hui de bi- 
bliothèque , dans laquelle ils représentèrent des 

(1) Pourtant Ap. Zeno regarde comme plus ancienne 
une autre édition, sans date, décrite dans le Catalogue de 
Crevenna, t. IV, p. 181. (/^'oj/. les notes d'Ap. Zeno sur 
le llagionamento délia Eloguenza Italiana de Fonta- 
nini, t. II, p. 131.) 



empereurs et des hommes illustres de propor- 
tion colossale , ce qui lui fit donner le nom de i 
Salle des Géants. Ces figures sont d'un dessin; 
inégal , les costumes ne sont pas toujours exacts, 
les têtes sont à peu près de fantaisie ; mais le co- 
loris est brillant , et il serait difficile de trouver 
en Italie des fresques qui aient mieux résisté 
aux attaques du temps. On voit aussi à Padoue, 
dans le vestibule du palais Venezze,treizefigures 
colossales allégoriques dues au pinceau de Gual- 
tieri; une quatorzième est détruite. E. B — n. 

Lanzi, Storia délia Pittura. — TIcozzi, Dizionario. — 
Paolo Faccio , Nuova Guida di Padova. — Valéry, 
Foyages historiques et littéraires en Italie. 

GUALTIERI [Giovanni). Voy. Cimabue. 

GUALTIERI {Nicola), médecin etconchylio- 
logiste italien, né en 1688, mort à Florence, 
le 25 février 1744. Il enseignait à Pise, et était le 
premier médecin de la famille des Médicis. Fort 
savant en histoire naturelle , il avait formé une 
belle collection de coquilles, dont il a publié un 
catalogue raisonné. On a aussi de Gualtieri deux 
lettres : l'une insérée dans le nouveau Recueil de 
l'Académie de Lucques, l'autre publiée en 1725, ^ 
et dans laquelle il combat l'opinion de Vallisnieri I 
sur l'origine des sources. L — z — e. j 

Biographie médicale. 

* GUANO (Bernabo), doge de Gênes en 
1415. Il appartenait à une riche famille plébéienne, 
et était estimé de tous les partis. Il contribua 
au rétablissement de l'ordre dans sa patrie lors- 
que les Génois expulsèrent de leur ville le mar- 
quis de Montferrat et secouèrent le joug étranger. 
Le 29 mars 1415 , le peuple força Giorgio Adorno 
à se démettre, et par un commun accord Guano 
fut acclamé doge. C'était un esprit honnête mais 
faible. Cependant la confiance parut renaître uni 
moment ; les fonds publics se relevèrent. Le doge 
fit réparer la ville , reconstruire les édifices abat- 
tus durant les luttes civiles, et ne s'occupa qu'à( 
effacer les traces des discordes. Mais il ne put dé- 
sarmer l'ambition des principaux citoyens. De 
nouveaux troubles éclatèrent, et Guano, se voyant 
menacé, renonça à sa dignité, le 3 juillet 1415, 
Le peuple demanda aussitôt Tomasso Fregoso 
pour doge, et Guano, dégoûté de son court pas- - 
sage au pouvoir suprême, se tint dès lors éloigné i 
des événements politiques. A. de L. 

Vincens, Histoire de Gênes, t. Il, p. 182-184. 

GUANZELLis ( Giaumaria de') , prélat et 
érudit italien, né en 1557, à Brazighella, près . 
Faenza, mort en 1619. Il prit fort jeune l'habita 
de dominicain, et professa avec distinction dans' 
divers établissements de son ordre. Paul V' le 
choisit pour maître du Sacré Palais, et en 1707 
le nomma évêque de Polignano ( Terre de Bari). 
On a de lui : Index librorum expurgando- 
rum in studiosorum gratiam confectus ; Rome, 
1607, in-8''; Bergame, 1608, in-8°; — Synodus 
diœcesana Polymnianensis ; Bari. 

L — z— E. 

V. Barooius, Apologix, lib. II, sect. I"'. — J. Gasalas, 
Canttores iiJitP, p. Ml et 31». — UghelU , /taiia «acra. 



313 



GUANZELLIS — GUARCO 



314 



it. VII, col. 1028. — Échard, Scriptores Ordinis Prœdica- 
itoru7/i. t. II, p. 413. 

*GlIARAi\A (Giacomo) , peintre et graveur 
fie l'école vénitienne, né à Venise, en 1716, vi- 
vait encore en 1776. Après avoir étudié sous 
Sebastiano Ricci et Giovanni-Battista Tiepolo, il 
prit pour modèle les ouvrages de Carlo Cignani, 
iont il se proposa d'imiter le style, dans un Sa- 
-jijlce d'Ipkigénie, qu'il peignit pour la .cour de 
Russie, ainsi que dans les autres ouvrages qu'il 
;jxécuta à Venise pour les palais Rezzonico et 
jContarini, pour la chapelle du palais ducal et 
ipour plusieurs églises. Dans un âge assez avancé, 
1 giava à l'eau-forte divers sujets mythologiques 
li^ sa composition. E. B— n. 

Orlandi, Abbecedario. — Ticozzi, Dizionario. — k. 
|)iiadri, Otto Giomi in Fcnezia. 

j GUARCO (Nicola), huitième doge de Gênes, 
Ile 1378 à 1383. D'une riche et ancienne fa- 
Inille plébéienne, il s'unit, en 1378, avec Anto- 
^liotto Adorno {voy. ce nom) pour renverser 
)omenico Fregoso. Les conjurés réussirent, et la 
iàmille Fregose fut bannie à perpétuité. Des élec- 
eurs gagnés élurent alors Antoniotto Adorno, et 
ine poignée de prolétaires proclama son avéae- 
inent au dogat. Pendant quelques heures il se 
;rat maître dn. pouvoir; mais le reste des citoyens 
lomma Nicola Guarco , et Adorno, se voyant mal 
ioutenu, consentit à céder sans coup férir la pour- 
pre ducale à son compétiteur. Guarco montra d'à ■ 
)ord de brillantes qualités, et afiermit rapidement 
ion gouvernement. Réputé gibelin, il se montra fa- 
.'0 able aux guelfes ; plébéien, il traita les nobles 
]ivec égard et affecta de prendre leur avis. Dès 
a première année de son règne, il les admit dans 
;on conseil et dans les charges publiques en 
lombre égal aux populaires. Il souffrit que des 
;tatuts précis limitassent ses droits et son pou- 
,oir. Il continua vigoureusement la quatrième 
ijuerre contre les Vénitiens, et envoya Luciano 
Ooria avec vingt-quatre galères ravager les côtes 
le la Vénétie, tandis que par terre Francesco de 
Jarrara, allié des Génois, enlevait Mestre etme- 
laçait Trévise. Luciano Doria rencontra devant 
^ola Vettore Pisani, qui revenait de la Fouille 
ivec vingt-cinq galères escortant un convoi de 
i;rains. On combattit avec une extrême fureur. 
Luciano Doria fut blessé mortellement dès le 
winmencement de l'action; mais son parent 
A.mbrosio Doria le vengea si bien que quinze 
galères vénitiennes furent prises , et le convoi 
restaaux mains des vainqueurs. Durant ce temps 
le territoire de Gênes était dévasté par une com- 
pagnie d'aventuriers dite rfe ^iîtoi/e, soudoyée par 
Bernabo Visconti , seigneur de Milan , qui tenait 
le parti de Venise. Nicola Guarco, craignant 
d'armer le peuple, préféra acheter leur retraite 
au prix de 9,000 écus d'or, consentant lâche- 
ment à ce qu'ils emmenassent leurs captifs et 
leur butin. Cette concession déshonorante eut les 
suites qu'elle méritait, et trois mois après la compa- 
gnie de l'Étoile campait de nouveauà Saint-Pierre 
d'Arena sous les murs de Gênes. Cette fois Nicola 



Guarrco se montra digne. Il réunit l'élite des ci- 
toyens , les plaça sous les ordres de son frère 
Isnardo Guarco, et le 22 septembre 1380 les 
Génois marchèrent contre les condottieri. La 
défaite de ces derniers fut complète : cette vic- 
toire parut si importante aux Génois , qu'ils en 
consacrèrent l'anniversaire par une fête pu- 
blique. Nicola Guarco réussit à traiter avec 
les empereurs grecs Jean Paléologue et Andro- 
nic ( 2 novembre 1382) ; il conclut aussi une trêve 
avec les Turcs, qui attaquaient les colonies gé- 
noises en Orient , et principalement Fera et Ga- 
lata. Pietro Doria, qui avait pris le commande- 
ment de la flotte génoise, vint bloquer Venise, et 
prit Chioggia (16 août 1379). Les Vénitiens se 
crurent perdus; ils allèrent jusqu'à implorer la 
miséricorde des vainqueurs, et offrirent les 
plus larges concessions; mais l'arrogant Doria 
(voy. ce nom) exigeait qu'ils se rendissent 
à discrétion. Le désespoir et l'indignation don- 
nèrent de nouvelles forces aux assiégés, qui, 
après avoir fait essuyer aux Génois différents 
échecs , les enfermèrent à leur tour dans Chiog- 
gia et les ayant affamés, ils les forcèrent à capituler 
honteusement (24 juin 1380). L'amiral génois 
Maruffo vengea ce désastre sur Trieste, Capo- 
d'Istria et Pola, qu'il prit et pilla (juillet 1380). 
Enfin, après quelques mois de dévastations réci- 
proques , la paix fut conclue à Turin, le 8 août 
1381, par l'entremise du pape Urbain VI et d'A- 
roédée VI, comte de Savoie. 

Guarco ne sut pas réparer les maux de la 
guerre. Il vivait dans la défiance, et avait sou- 
vent recours à l'arme du despotisme. Le peuple 
était accablé de taxes , que le doge employait à 
soudoyer des mercenaires pour garder sa per- 
sonne. Il s'attira l'opposition des magistrats char- 
gés d'administrer les finances de l'État. Un nou- 
veau droit sur la viande mit le comble à l'exas- 
pération publique : les portes du palais ducal 
furent forcées, et Guarco futobhgé de s'enfuir à 
Final (t7 avril 1383). Leonardo Montaldo fut 
proclamé à sa place. Guarco ne reparut plus dans 
les affaires publiques. A. de L. 

Le marquis Glrolamo Serra, La Storia delV Liguria et 
di Cenouo; Turin, 1834, 3 vol., t. Il, p. 442-50, t. 111, p. 84- 
59. — De Bréquigny, Histoire des Révolutions de Cènes ; 
Paris, 1753, 3 vol. in-12. — Sismondi, Histoire des Répu- 
bliques italiennes , t. vu, p. 195-228. — Vincens, HiS' 
toire de Gênes, t. Il, p. 13. 

GUAKCO {Antoniotto), dix-septième doge de 
Gênes, en 1394, fils du précédent et assassiné 
à Pavie, en 1404. En 1391 il prit les armes avec 
Boccanegra pour renverser Antoniotto Adorno ; 
mais les révoltés furent vaincus, et leurs chefs 
obligés de chercher un refuge à l'étranger. De son 
exil, Guarco chercha plusieurs fois à saisir le 
pouvoir, et fomenta sans succès plusieurs émeutes. 
En 1394 il réussit à expulser du palais ducal Ni- 
cola Zoaglio; mais il ne put conserver la souve- 
raineté que quelques jours, et dut se retirer une 
seconde fois devant Antoniotto Adorno. Profi- 
tant alors des troubles amenés par la lutte d'A- 



315 



GUARCO — GUARÏENT 



316 



dorno et d'Antonio Montaldo , il s'empara de 
Bonco, petite place forte, située sur le penchant 
des Apennins , et y rassembla des bannis et des 
mécontents. De ce poste il descendait faire des 
excursions jusqu'aux portes de Gênes, dont il n'é- 
tait qu'à 19 kilomètres. Quoique allié en appa- 
rence avec les Adorni, Giovanni-Galeas Visconti, 
seigneur de Milan, soudoyait Guarco et l'encou- 
rageait dans ses tentatives. Adorno, désespérant 
de résister utilement contre ses ennemis, se plaça 
sous la seigneurie de Charles VI, roi de France, 
le 25 octobre 1396, et livra Gênes aux Français, 
le 18 mars suivant. Le 12 janvier 1400, les Génois 
s'insurgèrent contre leurs maîtres, et le gouverneur 
français, Colard de Calleville, se vit dans la né- 
cessité de se retirer à Savone. Antonio Guarco 
fut un des fauteurs de la révolte , mais il n'en 
profita point. Batista Boccanegra fut proclamé 
capitaine de la garde du roi de France. Ce 
titre affectait une singulière considération pour la 
protection française, que l'on venait de briser; 
mais toute la vie politique des Génois fut aussi 
inconséquente. Boccanegra fut renversé par les 
Adorne. Ceux-ci eurent pour concurrents les 
Montaldi, les Fregose, et Guarco : Ils se saisirent, 
et s'expulsèrent les uns les autres du palais. Il y 
eut un des usurpateurs qui ne fut qu'une seule 
journée au pouvoir. Des autres con)pétiteurs, il 
y en eut qui furent capitaines trois jours, d'au- 
tres une quinzaine; l'un d'eux remonta deux 
fois sous le dais dans le même mois. Cette anar- 
chie ne se prolongeait que parce que le peuple 
restait indifférent et plein de mépris pour des in- 
trigues sanglantes et compliquées dans lesquelles 
iln'avait rien àgagner. Enfin, le maréchal français 
Jean Le Meingre de Boucicault vint rétablir l'ordre, 
en désarmant les factieux et faisant exécuter plu- 
sieurs des chefs ( 31 octobre 1401 ). Antonio 
Guarco se retira à Pavie, où il fut assassiné, peu 
de tem.ps après. A. de L. 

Serra, La Storia di Genova, t. IM, p. 60. — Vincens, 
Histoire de Cènes, t. II, p. 7S-S11. — Georff. Stella, Jn- 
nal. GenuenS; p. 1187. — De Bréquigny, Histoire des 
Révolutions de (jènes. 

tiUARCO {Isnardo ), doge de Gênes, oncle 
du précédent, né vers 1355. Il s'était distingué 
fort jeune par sa bravoure et son habileté dans 
les armes. Le 22 septembre 1380 il avait dis- 
persé la fameuse compagnie de VÉtoile, alors 
la terreur de l'Italie septentrionale. Il soutint 
longtemps les prétentions de son neveu Antoniotto. 
Exilé sous le dogat de l'illustre Tomaso Fregoso, 
Isnardo Guarco s'était réfugié auprès de Fe- 
lipe-Maria Visconti, duc de Milan. Ce seigneur 
ne cessait d'exciter des troubles à Gênes, afin 
d'avoir un prétexte pour intervenir. En 1417, il 
excita Guarco à s'unir aux Montalde et aux 
Adorne pour renverser Fregoso, s'allia lui-même 
aux marquis de Montferrat et de Caretto, et 
tous ensemble vinrent attaquer Gênes. Fregoso 
se défendit vigoureusement; en même temps il 
fit des cessions de territoire à plusieurs des prin- 
cipaux confédérés. Ceux-ci abandonnèrent alors 



les insurgés; qui avaient proclamé un doge, ïe- 
ramo Adorno. Fregoso repoussa facilement son 
compétiteur ; mais bientôt, pressé sur mer par leî 
roi d'Aragon Alfonse V, et assiégé de nouveau 
par Visconti, il remit la dignité ducale entre les 
mains du duc de Milan. Le 12 décembre 1435 
les Génois se soulevèrent, tuèrent leur gouver- 
neur, Olzati, chassèrent Trivulce et les Milanais, 
et se déclarèrent indépendants. Le premier doge 
qu'ils proclamèrent fut Isnardo Guarco ; mais, au 
bout de sept jours, Tomaso Fregoso vint récla- 
mer le dogat , et personne ne s'élevant pour le 
lui disputer, il marcha au palais, et congédia 
Guarco sans autre formalité. Celui-ci mourut 
peu après. A. de L. 

Ubcrto Foglietta. //istoriûs Genuensis, lib. X. — Vin 
cens, Histoire de Gênes, t. II, p. 189. 

*GïJARDi ( Francesco), peintre de l'école- 
vénitienne, né à Venise, en 171,2, mort en 1793. 
Élève et imitateur du Canaletti, il peignit, comnif 
lui, les plus pittoresques sites de Venise avec 
un grand succès. L'effet de ces vues est plein 
de vérité et de charme, quoiqu'elles soieni 
touchées avec moins de netteté que celles di 
maître. On reproche aussi à leur auteur d'avoii 
quelquefois altéi-é les proportions et manqué am 
règles rigoureuses de la perspective. Malgré cef 
imperfections, les tableaux deGuardi sont très- 
recherchés , et le plus bel éloge que l'on puiss( 
en faire est de dire qu'ils sont souvent attribué.' 
au Canaletti. C'est ainsi que les sept tableau: 
de Guardi que possède le Musée du Louvre on 
été longtemps indiqués dans les catalogue 
comme appartenant au Canaletti, et ont mêmi 
été gravés sous ce nom par Brustolon. | 

E. B— N. 

Lanzi , Storia delta Pittura. — Ticozzi, Dizionario. - ' 
Villot, Musée du Lonvre. 

GCARGENA (Domentco), ait le P. Félicien d' 
Messine , capucin et peintre de l'école napoli 
taine, néà Messine, en 1610. Élève du Hollandai 
Abraham Casembroodt, ce fut surtout en étu 
diant les ouvrages du Guide dans son couven 
de Bologne qu'il se forma un style à l'imitatioi' 
de celui de ce grand maître. Une Madone du P 
Félicien, conservée au couvent des Capucins di 
Messine, le place au premier rang des peintre 
qu'ait possédés cet ordre, qui pourtant a fourn 
quelques peintres de talent. E. B — n. 

Hackert, Memorie dei Pittori Messinesi. — Lanzi 
Storia délia Pittura. — Ticozzi , Dizionario. 

*GUARIENT {Ignace-Cristophe YOî^}, di- 
plomate italien, vivait à la fin du dix-septièmi 
et au commencement du dix-huitième siècle, i 
la suite de la coalition de Léopold F', Pierre T' 
et Frédéric-Auguste II contre les Turcs , il fu 
deux fois ambassadeur de Venise à Constant!- 
nople, chargé d'une mission importante à Mos- 
cou. Il en a laissé trois relations manuscrites 
qui se conservent dans les archives de Vienne 
En. outre, il passe pour avoir publié, sous l(j] 
nom de son secrétaire Korb, un document très-| 
curieux sur Pierre F' , dans un ouvrage intitulé 



5)7 GUARIENT 

Oiarium Itineris in Moscoviam J.-C. de Gua- 
nent ; Viennes Austrix, in-fol. : l'auteur a été 
Drésent à la révolte des strelitz et aux supplices 
[ui l'ont suivie. Pierre P' exigea et obtint de la 
;our de Vienne que ce livre fût supprimé, ce qui 
;st la cause de son extrême rareté. 

P". A. G— N. 
Gordon, Gesch. Peter's des Grossen ( Leipzig, 176S), I, 
28. — Adelung, Ubersicht der Reisenden in Hussland, 
lis noo, II, 392. - Brunet, Manuel du JAbraire. 

«lUARiENTi (Pietro) , peintre de l'école vé- 
litienne, né à Vérone selon les uns , à Venise 
elon d'autres, un peu avant 1700, mort vers 
1758. Après avoir étudié ledessin et la peinture 
!. Bologne , sous Giuseppe Crespi , il passa à 
i)resde en qualité de directeur de la galerie Élec- 
lorale. Cette position le mita même de connaître 
iieaucoup d'artistes anciens et modernes oubliés 
lar Orlandi dans sou Abbecedario; il en profita 
loiir enrichir d'une foule d'articles nouveaux ce 
ecueii, qu'il réimprima à Venise, en 1753. 

E. B— N. 

Uim\,Storia délia Pittura. —Crespi, Felsina pit- 
rice. — Ticozzi, Dizionario. — Gualandi, Memorie ori- 
iinali di Belle- Jrti. 

* GUARÏENTO, GUABENTE, GUARINETTO 

lu GUARiERO , peintre de l'école vénitienne , 
'ivait dans la seconde moitié du quatorzième 
Jècle. Vérone et Padoue se disputent l'honnem- 
l'avoir donné naissance à ce peintre, moins ser- 
ile imitateur du Giotto que ceux qui l'avaient 
)récédé. 11 eut de son vivant une im.mense répu- 
ation, que justifient ceux de ses ouvrages, en 
ietit nombre, qui sont parvenus jusqu'à nous. 
)n voit un Crucifix et une fresque de ce maître 
i Bassano. En 1365, il avait peint en camaïeu 
i la terre verte , par ordre du sénat , dans la 
grande salle du conseil à Venise, un Paradis, qui 
m 1508 fut remplacé par celui du Tintoret. 
50US cette immense toile restent encore, dit-on, 
[iielques vestiges de la fresque du Guariento. Au 
)alais Lazzara de Padoue, on conserve un ange, 
)etit tableau du Guariento; mais c'est dans cette 
-ille, au chœur de l'église des Eremitani, qu'il 
«aiit chercher les plus importants et les plus sin- 
.;uliers ouvrages de cet ancien maître. Ses fres- 
lues couvrent le chœur tout entier, et représen- 
ent \es tètes des douze Apôtres, six prophètes, 
plusieurs saints et martyrs, quatre docteurs, 
ie Christ entouré des Apôtres , des groupes 
d'élus et de réprouvés, plusieurs sujets de 
'Ancien Testament , enfin les sept Planètes, 
parmi lesquelles figure Mercure en habit de 
moine, et en sa qualité de Dieu de l'éloquence, 
tenant un Hvre à la main. Ces compositions sont 
lin peu confuses ; elles tiennent encore du style 
byzantin; les auréoles des saints dorées et en 
relief sont bien primitives ; mais pourtant on re- 
connaît déjà dans ces peintures une tendance 
imarquée vers le progrès, et on ne peut s'empê- 
cher de regretter qu'elles aient été en partie défi- 
gurées en 1589 par de maladroites restaurations. 

E. B— N. 



GUARIN 



318 



Vasari, Fite. — Baldinucci, Notizie. — Ridolfi, fite 
degli illustri Pittori Feneti é dello Stato. — Orlandi , 
abbecedario. — Ticozzi , Dizionario. — Quadri , Otto 
Giorni in Venezia. — P. Faccio, Guida di Padova. — 
Valéry, Foyages historiques et littéraires en Italie. 

* GUARIN, abbé de Sainte- Geneviève, puis de 
Saint- Victor à Paris, au douzième siècle, 
mourut en, 1194. On ne sait rien sur ses pre- 
mières années; il gouverna avec sagesse ses 
communautés dans des temps difficiles. La con- 
sidération dont il jouissait était grande, car Phi- 
lippe-Auguste, partant en 11 90 pour la croisade, 
le nomma, par son testament, un des dispensa- 
teurs de ses trésors dans le cas qu'il vînt à 
mourir. Il reste de cet abbé plusieurs sermons 
manuscrits et quelques lettres, disséminées dans 
divers recueils. G. B. 

Oudin, De Scriptor. écoles., t. II, col. 1566. — Histoire 
littéraire de la France, t. XV, p. 50. 

GUARIN (Dom Pierre) , hébraïsant français, 
né auTronquay,près de Lions-la-Forêt (Norman- 
die), en 1678, mort à Paris, le 29 décembre 1729. Il 
fit profession chez les Bénédictins de la congréga- 
tion de Saint-Maur, le 21 octobre 1696. Il était 
très-versé dans les langues anciennes, professa 
le grec et l'hébreu, et mourut bibliothécaire de 
l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. On a de lui : 
Grammatica Hebraiea et Chaldaica , ex op- 
timis quse hactenus prodierunt, nova faciU- 
que methodo conci7inata ; Paris , 1724-1728, 
2 vol.in-4°. Deux (jrojets de cet ouvrage avaient 
paru en 1717 et en 1721 : dans son premier 
projet, le P. Guarin attaqua le chanoine Masclef, 
qui avait donné une Nouvelle Méthode pour 
apprendre l'hébreu sans points ; Paris, 1716; 
il l'attaqua de nouveau dans la préface de son 
premier volume. L'abbé Masclef y répondit par 
une longue Ze^ire , Paris, 17 novembre 1724; 
une seconde réplique de l'abbé Masclef fut 
rédigée par le P. oratorien de La Bletterie : elle 
se trouve dans l'édition de 1730 de la Gram- 
maire Hébraïque de Masclef ; — Lexicon He- 
braicum et Chaldseobiblicum, in quo non so- 
lum voces primigenise, seu radicales, verum 
etiam derivatge, cum omnibus earum accl- 
dentibus , ordine alphabetico disponuntur ; 
et latinis earum interprelationibus, quas ex- 
hibent optima, quse hactenus prodierunt, vo- 
eabularia hebraiea et chaldaica, prxmittun- 
tur grsecœ quas suppedïtant LXX interpre- 
tum translatio, et quœ supersunt Aqîdlse, 
Symmachi, Theodotionis V , VI et VU edi- 
tionum fragmenta. Accedunt nomina propria 
virorum, mulierum, idolorum, populorinn, 
regionum,urbium, montium, fluviorum,etc., 
cum prœcipuis eorum etymologiis ; Paris, 
1746, 2 vol. in-4''. Les auteurs de la Préface 
de ce dictionnaire avertissent que le travail de 
dom Guarin ne s'étend que jusqu'à la lettre 
Mem inclusivement; que les lettres suivantes 
ont été exécutées par dom Le Tournois, et que 
les deux dernières lettres sont <1e la composition 
de deux autres bi'nédictins. L — z — e. 



319 

Dom Le Cerf, Bibliothèque historique et critique des 
auteurs de la Congrégation de Saint-Maur. — Le Mer- 
cure, décembre 1729. 

GUAUiNi de Vérone, célèbre humaniste ita- 
lien , né à Vérone, en 1370, mort à Ferrare, le 
4 décembre 1460. Il était de la famille noble des 
Guarini ; ses contemporains l'appellent tous Gua- 
rlno ou Varlus. Après avoir étudié le latin sous 
la direction de Jean de Ravenne , le maître de 
presque tous les Italiens distingués de cette 
époque, il se rendit vers 1390 à Constantinople, 
pour y suivre l'enseignement d'Emmanuel Chry- 
soloras dans la langue grecque. Il y resta cinq 
ans. Selon Viruncio, auteur du commencementdu 
seizième siècle, Guarini rapporta de Constanti- 
nople deux caisses de manuscrits précieux, dont 
l'une fut perdue pendant la traversée. A cette 
nouvelle Guarini fut, dit-on si affecté que ses 
cheveux blanchirent pendant une seule nuit. 
Maffei a prouvé la fausseté de cette anecdote. De 
retour en Italie, Guarini enseigna publiquement 
le grec, selon toute prohabilité, d'abord à Flo- 
rence. Par suite de démêlés qu'il eut avec Nic- 
colo Niccoli , il quitta Florence, et se rendit en 
1415 à Venise, où il fut chargé d'une chaire de 
langue et de littérature grecques. Vers 1422 il 
passa, toujours en qualité de professeur de grec, 
à Vérone, avec cent-cinquante ducats d'appoin- 
tements; il y enseigna aussi le latin. Vers 1426 
il se rendit à Trente, mais il retourna à Vérone 
peu de temps après. L'envie de quelques-uns 
de ses concitoyens l'ayant dégoûté du séjour 
de Vérone , il accepta vers le mois de juillet 
1429 l'emploi de précepteur, que Nicolas III, 
marquis d'Esté, lui offrait auprès du jeune 
Lionel d'Esté. Guarini se rendit donc à Ferrare, 
où il fut nommé en 1436 professeur de grec et de 
latin , avec quatre cents livres d'appointements. 
Lors du concile de Ferrare , il servit d'interprète 
entre les théologiens grecs et ceux de l'Église 
latine. Il est probable que Guarini retourna pour 
quelque temps à Vérone; mais il est certain qu'il 
passa les dernières années de sa vie à Ferrare. Il 
eut, selon Viruncio, jusqu'à vingt-trois enfants ;ce 
qui semble le prouver, c'est qu'il annonce au comte 
San-Bonifacio, par une lettre datée de 1438, qu'il 
viendra le trouver avec ses douze enfants. Les 
éloges unanimes d'^Eneas Sylvius, de Pogge, de 
Philelphe, de Valla mettent Guarini an premier 
rang parmi ceux qui ont ranimé au quinzième 
siècle l'étude de l'antiquité. Ses nombreuses tra- 
ductions du grec doivent être, il est vrai, décla- 
rées aujourd'hui défectueuses sous beaucoup de 
points; mais pour les contemporains de Guarini 
elles étaient la première initiation aux écrits des 
anciens. Selon l'opinion commune, ce serait Gua- 
rini qui aurait découvert en 1425 l'unique manus- 
crit des poésies de Catulle; Lessing, dans ses 
Vermischte Schri/ten, a prouvé le peu de fonde- 
ment de cette assertion. Les principaux ouvrages 
de Guarini sont : Plutarchi Paralela minora, in- 
cunable .'lans marque de lieu ni d'année, réimprimé 



GUARIN — GUARINI 



32 



par Jodocus Badius avec quelques opuscules d 
Léonard Arétin ; — Strabonis Geographiœ Libr' 
decem; Rome, 1470, in-fol., et Venise, 1472 
in-foli, avec les sept autres livres, traduits pa 
Grégoire Typhernas. C'est sur l'ordre du pape Ni 
colas V que Guarini avait traduit tout l'ouvragt 
de Strabon , et non les dix livres seulement im 
primés ici : ce fait a été prouvé par Maffei d'aprèi 
des manuscrits écrits tout entiers de la main di 
Guarini; — Vocabularius breviloquus, dia- 
logus de arte diphthongandt et de accentu . 
Bâie, 1478, et 1480, in-fol.; Cologne, 1486 
in-fol. ; — Grammaticx Institutiones , sans 
date et sans nom de heu (Vérone, 1487 eï 
1540), premier modèle d'une grammaire latin( 
méthodique. — Plutarchi Fi^* ;Brescia, 1488. 
in-fol.; Strasbourg, 1506, in-4''; Bâle, 1550' 
cette traduction comprend quatorze vies de Plu- 
tarque; Guarini en a traduit plusieurs autres, 
comme l'atteste un manuscrit de la Bibliothèque: 
bodleyenne ; — Emmamielis Chrysolaree Erote 
mata Linguœ Graecx in compendium redactœ ; 
Ferrare, 1509, in-8° : extrêmement rare. Dans 
ses notes Guarini contredit plusieurs fois son: 
rasiitre {voy. Henri Estienne, De infidis Grœca. 
Lingiiae Magistris,^). 1571) ; — Notx in aliquoi. 
Ciceronis Orationes ; Bâle , 1553, in-fol.; Paris, 
1554, in-fol. On a encore de Guarini quel- 
ques pièces de poésies, beaucoup de discours, 
des lettres, etc.; il n'y a qu'une petite partie d'im- 
primée dans divers recueils, le reste est encore 
inédit; deux volumes manuscrits de ses lettres j 
sont à la Bibliothèque d'Esté. E. G. | 

Joannes Pannonins,5j^fca Panegyrica, ad Guarlnun. 
preeceptorem suum; Bâle, 1518, in-4° ; — Paolo Giovlo 
£/0(;ia, n» ex. — Barth. Fazio, De f iris sui œvi illus- : 
tribus, p. 17. — Trithemius, De Scriptoribus ecclesias- 
ticis. — Maffei, Fei-ona illustrata, part. II, p. 131.— 
Apost. Zeno , Dissertazione Kossiane, t. I, p. 'il3. — Fa 
bricius , Bibl. médise et infimœ Latinitatis, (?dU. Mansi, 
t. III, p. 119. — Nicéron, Mémoires, t. XXIX. — Bavlc, 
Dictionnaire. — Tlraboschi, Storia délia Letter. Ital., 
t. VI, parte II, p. 287. — Giornale de' Leterati dUtalia, 
t. XII, p. 352; t. XIII, p. 406; t. XVI, p. 439; t. XXIV, 
p. 279. — Rosmini , Fita e Disciplina di Guarino f^ero- 
nese e de' suoi discepoli ; Bre.scia, 1805, 3 vol. Sn-B°. 

GCARiNi (Jean- Baptiste), philologue ita- 
lien, fils du précédent, né à Vérone, vers 142ô, 
mort à Venise, en 1513. U succéda en 1460 à son 
père dans la chaire de grec et de latin à l'uni- 
versité de Ferrare, où il eut pour disciples, entre 
aiitres, les Giraldi , Aide Manuce et Jodocus Ba- 
dius. Angelo Poliziano l'appelle le plus célèbre 
professeur de son temps. Le duc Borso l'envoya 
en France en qualité d'ambassadeur. Guarini 
professait encore à Ferrare en 1495. On a de lui : 
De Ordin